30/10/2005

Le Grand et le petit

La question du "je suis" est centrale. Décisive par son enjeu.
Cette question est : Le "je suis" (ou "je-je") est-il l'état ultime, ou bien un indicateur de l'ultime, ou bien carrément une illusion ?
 
Chez Ramana ou Nisargadatta, deux sages indiens du XXème siècle, on peut lire des conseils du genre : "Absorbez-vous dans le 'je', laissez-vous aller, et ce sera la connaissance absolue, et tout irra bien". Mais parfois, chez Nisargadatta, on entend également qu'il faut dépasser le "je suis", source de toutes les illusions.
Le pur "je suis" est ainsi profondément ambivalent : On peut tantôt le considérer comme l'état le plus haut, la dernière étape avant l'absolu; ou bien, au contraire, comme cet état qui porte en germe tout le devenir douloureux du samsâra. Le "je suis" est-il presque l'absolu, ou bien le début de la chute ? La dernière étape, ou bien la première déviation ? Tout cela est une question de point de vue.
Quoi qu'il en soit, il est vrai que le "je suis" porte en lui une certaine ambiguïté. Une sorte d'instabilité. Ce qui peut paraître problématique, dans la mesure où j'affirme en même temps qu'il est ultime et éternel.
 
En fait, voilà comment je vois la chose :
 
Le "je suis" est éternel. En effet, quand je retourne l'attention de 180°, ce que "je vois" est toujours identique. Que je sois débutant ou expert en cette matière, que je sois en retraite ou bien bombardé par de glauques néons d'une sation de RER de banlieue, cette vive conscience demeure identique, telle un miroir inaltéré par les reflets qu'il accueil. A cet égard, le "je suis" est l'absolu se connaissant toujours-déjà absolument, parfaitement. 
 
D'un autre côté, il y a les effets de cette vision sur ma personne, et sur mon rapport au monde et aux autres. Dans ce domaine, tout dépend de mon ardeur à m'absorber dans le "je suis". Les fruits que j'en tire, qui sont des fruits temporels, dépendent assez étroitement de ma fidélité à cette essence de moi-même et de tout. C'est là que la dévotion, l'amour, et toutes ces choses trés intimes ont leur importance. C'est aussi dans ce domaine que des progrès sont possibles. Et, ajouterais-je, que des progrès sont toujours encore possibles. On peut et on doit toujours progresser. Comme disait Rousseau, l'homme est perfectible à l'infini. Autrement dit, il n'y a pas d'être parfait (siddha), "réalisé", "éveillé". Pas de perfection absolue en ce domaine. Seulement des progrès relatifs. De plus, rien n'est jamais définitivement acquis.
 
Pour récapituler donc, il y a d'un côté le "je suis", le "Grand", éternel et éternellement parfait, qui est toujours déjà ce qu'il doit être et ce qu'il peut être. De l'autre, il y a la personnalité et le monde, le "petit", temporel et temporaire, jamais encore parfait.
 
Quant au rapport entre les deux, c'est un mystère. Un mystère que l'on peut penser comme liberté. En d'autres termes, je ne vois pas la "non-dualité" comme la panacée. Le réel, c'est à la fois de l'un et du multiple, de l'identité et de la différence, de l'éternel et du temporel, de l'immuable et de l'évanescent : la liberté.
Mais tout cela est matière à réflexion, et doit constament être remis à l'épreuve du quotidien.
 

11:20 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

MOI et MOI "Le réel, c'est à la fois de l'un et du multiple, de l'identité et de la différence, de l'éternel et du temporel, de l'immuable et de l'évanescent : la liberté."
C'est vrai, et c'est ce qui rend les choses géniales et permet aussi a beaucoup d'escrocs d'abuser les gens, comme tu le dénonce avec beaucoup de talent.

Dans la même lignée que mon post précédent:
Il y a un moment dans le Je suis attentif où toutes les sensations se résorbent d'elles mêmes, disparaissent, toutes lâchent d’un seul coup ( soudaine dissolution du corps dans son aspect quantique, une sorte de grande anesthésie consciente).
Dans le corps, disons entre les poumons, il y a une sensation particulière qui est celle du MOI, celle qui fait qu'il y a un agissant, un acteur qui aime, déteste, ne supporte plus une douleur par exemple et qui fait agir. C'est elle qui nous permet de survivre (retirer la main du feu par exemple).
Et pourtant…, c'est cette même sensation qui empêche d'atteindre la libération, car seuls ceux qui abandonnent cette sensation se libèrent.
L’abandon de cette dernière, permet de voir la naissance et la mort des autres sensations corporelles et mentales.D'atteindre la dissolution.
Alors il y a un chemin entre laisser sa main sur le feu et abandonner cette sensation de MOI.
Observer confortablement son petit ou son grand Je suis, (ou comme sur un autre site d’observer de belles visions colorées) ne suffit pas à se libérer, si l’on n’agit pas au niveau de toute la structure psychophysique et si l’on n’a pas parfaitement mémorisé tout son schéma corporel.

Écrit par : Vibrant | 02/11/2005

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