02/11/2005

Toute généralisation est-elle abusive ?

J'ai passé l'aprés-midi d'hier à faire la visite du quartier latin avec un brahmane shivaïte (shaiva-siddhânta : voir le billet sur les mélanges à base de pipi de vache et autres purifications).
 
Y a pas de doute : J'ai du mal avec les brahmanes. Et eux encore plus avec moi. J'ai l'invincible impression d'avoir affaire avec des autistes. Il faut dire que mes relations avec eux ont toujouts été assez tendues.
 
En 95, j'essayais de m'inscrire en doctorat dans une grande université du nord de l'Inde. Deux mois durant, je crapahutais dans les bureaux, les embouteillages et les ruines du campus. Le Président devant donner son accord, j'assiégeais son bunker, situé hors du campus. Entouré d'une muraille de sacs de sables, protégé par plusieurs centaines de militaires, le bougre refusa. Puis on me fis comprendre que, pour 5000 $ de plus, j'aurais la joie de pouvoir me faire raquetter par les caids de ce campus mafioso-guérillaïste. Puis tout a foiré, l'ambassade (de France) m'ayant vivement conseillé de laisser tomber, et mon instinct de survie a fini par reprendre le dessus. J'étais assisté par un grand érudit du Shivaisme du Cachemire, membre du Rotary Club en plus et multi-millionaire. Rien n'y fit (pour mon plus grand bien, certes, mais bon, sur le coup ça énerve).
Ce n'est que deux ans plus tard que j'ai eu le fin mot de l'affaire. Il se trouvait qu'un grand prof d'étude védiques de cette université vint à Paris pour enseigner le sanskrit. Au  cours d'un sympathique snack dans son appart de diplomate indien dans le 15ème, il m'a dit, avec un grand sourire et le plus naturellement du monde "Yes ! C'étais moi qui m'occupais de l'acceuil des étrangers à l'époque. : ) . [Ah ? me dis-je] . Et comme tu étais étranger, j'ai refusé ton inscription. C'est normal, tu comprends, tu est un étranger". Ben voyons. Plus tard, j'ai malencontreusement laissé son épouse (une authentique patate réincarnée en brahmane) voir une photo de mon père. Commentaire : "C'est qui ce nègre, là ?"
Eh oui, les brahmanes et les indiens des classes moyennes sont xénophobes. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais, en gros, on doit savoir (pour son propre bien et celui de tous les êtres) qu'ils sont les gens les plus insupportables qui soient.
Par ailleurs, je me suis fait viré de chez un brahmane maharâja astrologue grand amateur de bierre et de bas-reliefs-pornos-pour-touristes. Malheureusement, j'avais besoin de ses services. Je me suis gélé deux mois dans sa ruine, à être espionné par ses serviteurs à l'oeil torve. Et ce qui devait arriver arriva. Un beau matin, il me présenta à sa fille (la cocaïnomane qu'il avait dû faire rapatrier de Hong-Kong). Salle tronche. Pas aimable du tout. Pas un mot. Juste du père : "Hum... yes, we would like you now go". Traduction : dégage. En fait, la fille (que je n'avais jamais vu, et qui laisse plus ou moins ses parents se débrouiller avec trois sous) avait cru m'aperçevoir avec une jeune indienne dans ma chambre (via les sevriteurs, j'imagine). En brave fille bien éduquée qu'elle était, elle craignait pour la réputation de ses parents. Ceci dit j'avais bien aprécier les virées nocturnes avec le brahmanarâja. Notamment dans les millieux politiques ayant organisé la destruction de la mosquée d'Ayodhya. Je ne vous dis pas les ambiances glauques, genre complots fascistes.
Juste un fait : dans toutes les (rares) librairies de l'Inde, vous trouverrez des édition anglaises ou hindies de Mein Kampf. D'ailleurs, le parti fasciste élu par les classes moyennes, le BJP, est une émanation du RSS, créé par un admirateur indien du Duce. Même structure, mêmes uniformes... une authentique reconstitution. C'est un de leur sympathique militant qui assassinat Gandhi. Il était inspiré par la Bhagavad Gîtâ ("Tue les méchants, de toute façon ils sont déjà morts!"), tout comme un certain Himmler quelques années auparavant (il a tellement aimé, qu'il l'a fait traduire en Allemand, et en a offert un exemplaire à chacunde ses SS). L'ironie de l'histoire, c'est que la candidate du parti ennemi (le Congrès) aux dernières élection, Sonia Gandhi, était née italienne, fille d'un militant fasciste ! Ce qui n'empêcha nullement les politiciens du BJP de l'insulter comme étant une ignoble étrangère. A ce propos, je souviens que, comme par hasard, un blockbuster de l'époque Hum Dilde Chuke Sanam, se passait en partie en Italie, décrit comme un pays de sauvages gangters s'exprimants comme des singes... Bref.
Plus récemment, je me suis fais vider de chez un brahmane Shivaïste cachemirien. Mais il n'est pas cachemirien. Juste bihari, vivant à Bénares. Le Bihar fut le pays du Bouddha. Je ne sais pas ce qui s'est passé depuis, mais on compare volontier le Bihar à la Sicile. En tous les cas, quand je suis arrivé, il vivait avec sa femme, ses trois filles (malédiction !) et son fils dans un temple qui passait des bhajans à fond 24h/24. Il déménageait, et m'a gentillement offert d'habiter avec lui. Dans la nouvelle maison, calme, on m'octroya un appart sur le toit. Je prenais là mes leçons tous les matins. Je tenais ce personnage en haute estime, vu qu'il était disciple de Rameshvar Jha, sans doute le plus grand maître du XXème siècle en Shivaïsme du Cachemire.  Il ne parlais pas un mot d'anglais. Mais ça donnait un côté magique à l'enseignement : Sur les toits de Bénares, en sanskrit et en hindi, avec des ciel intemporels. Les filles nous apportaient des thés et des biscuits, la mère me découpait des morceaux de mangue... En plus, côté magie, le gourou, que j'appellerais K, m'avais annoncé d'emblée qu'il avait vu en rêve que j'arrivais, que je devienddrais moi-même un grand gourou (comme disait Rameshvar : Ici [dans notre tradition] on ne prend pas de disciples : on fabrique des gourous"), il m'a révélé que j'avais un lien avec le Shivaïsme remontant à un lointain passé, il m'a expliqué que les corbeaux se posants sur le toit dans différentes postures était de bons augures (cette science s'appelle le Kawa Tantra; si, si), que tout cela était exceptionnel, merveilleux, etc.
Peu de jours aprés, K, dans sa salle de classe, m'informa que je ne pouvais plus habiter chez lui. Il était, comme toujours, allongé sur l'immense matelas-canapé qui occupait la plus grande partie de la classe, avec ses étudiants lui servant des thés, et faisant des courses importantes. Il n'y avait rien que je puisse identifier comme étant un "cour", mais de nombreux aller-retour, palabres, touchages de pieds (je suis un expert), prosternations, éloges, délires, sirotages de thés, gratouillements de bistouquettes, rots et pets, baîllements et rires juvéniles, tout cela dans ce décors de palais des mille-et-une nuits du collège de sanskrit de la BHU ("la plus grande université de l'Inde"). Pour trouver la classe, c'est pas compliqué : c'est la seule où y a encore quelqu'un. Il suffit de se guider aux voix.
Il m'annonce donc qu'il a un ami qu'il doit aider...

12:17 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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