03/11/2005

Abd el Kader contre al Kaida ?

"Mon coeur est devenu capable de revêtir toutes les formes
Il est pâturage pour les gazelles et couvent pour le moine
Temple pour les idoles et Ka'aba pour le pélerin
Il est les tables de la Thora et le livre du Coran
Je professe la religion de l'Amour, quelque soit le lieu
vers lequel se dirige ses caravanes
Et l'Amour est ma loi et ma foi."
 
L'interprête des désirs (Tarjumân al-ashwâq), Ibn 'Arabî,
cité dans Abd el Kader, Ecrits spirituels, p. 34.

 

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 La tolérance, au sens moderne, est pour ainsi dire absente des textes pré-modernes (en gros, avant Descartes).
 
Mais, selon leur conception de la vérité, les auteurs pré-modernes préparent ou non le terrain à une certaine tolérance.
 
Pour l'hindouisme, Abhinavagupta est sans doute le plus brillant exemple.
Comme tous les indiens, il intègre toujours les anciens systèmes, ou bien ceux qu'il estime être inférieurs, sans les supprimer. Il hiérarchise les points de vue, sans en exclure aucun. Chaque pensée est un point de vue plus ou moin riche sur l'Etre. 
Les exemples sont ici innombrables, mais je souhaitais en rappeller l'existence, pour corriger l'impression qui ressort  de mes billets précédents, et qui serait que les hindous sont des fanatiques.
Il n'en est rien. La civilisation indienne est profondément tolérante, intégratrice, réconciliatrice, toujours prête à envisager la nouveauté, à faire des compromis. Et les religions tantriques Shivaïtes et Bouddhistes (mais aussi Vishnouïtes et Jains) sont des mouvements religieux d'une richesse sans équivalents ailleurs.
Même dans la pratique, les indiens font preuve d'une incroyable ouverture d'esprit face à l'Islam ou au Christiannisme, alors que ces religions font bien peu d'effort pour s'adapter.
 
Par exemple, saviez-vous que le maître de Lilian Silburn était un hindou, maître d'une lignée soufie réputée, la Naqshbandiyya ? C'est une des plus orthodoxe en manière de loi islamique. Et pourtant, au début du siècle, un maître musulman de cette lignée transmit son enseignement à un hindou ! Au XXème siècle ! Et cette lignée s'est propagée. Des disciples de Lilian Silburn la perpétue, et il y a toujours des satsangs à Kanpur. Par ailleurs, même les hindoux anti-musulmans au plan politique ont souvent une étonnante culture islamique. Ils connaissent le plus souvent des poèmes  arabes et persans. Parfois même, ils en composent, comme l'ex premier ministre de l'Inde, qui était pourtant du parti hindou fondamentaliste BJP !
 
De même, j'ai décris le Shaiva-siddhânta comme une religion sectaire. Ce qui est vrai. Mais certains textes shivaïtes, par exemple, décrivent comment toutes les sectes shivaïstes avaient le droit de chanter leur propres hymnes à Shiva lors des grandes fêtes publiques. Et ce n'est pas qu'un idéal : on a la preuve que cela s'est parfois déroulé ainsi. Evidemment, les shivaïtes ont aussi leur "service d'ordre", hier comme aujourd'hui. Mais bon, il y a aussi une étonnante plasticité.
 
On retrouve cette ouverture d'esprit en Islam, chez Ibn Arabi en particulier. Il n'a pas eu de successeur. Il est en fait devenu immortel, sous la forme de ses oeuvres. Certains ont perpétué son esprit. Le meilleur exemple en est sans doute l'émir Abd el Kader. Authentique mystique non-dualiste, nationaliste arabe, homme d'action, et homme de dialogue impressionnant. Je vous conseil vivement de vous procurer ses Ecrits spirituels, parus dans la collection Points Sagesse.
 
Quand on le lit, on se dit que tout est encore possible.

 

18:05 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

citation d'Ibn Arabi J'apprécie énormément cette citation d'Ibn Arabi que j'ai d'ailleurs retranscrite dans un recueil de grandes citations de Sages.

De ce côté-ci, c,est la lecture de L'enseignement de Mâ Ananda Moyî que ce corps-ego a abandonné l'agnosticisme. Et comme vous, je crois qu'on peut se Réaliser à partir de plusieurs voies religieuses.

Écrit par : sylvain | 15/10/2009

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