05/11/2005

Nous sommes tous des tülkous, nom d'un clou !

Dans la Grande Complétude (Dzogchen), comme dans toutes les traditions, il y a une tension entre deux approches. Celle qui considère que tout est déjà parfait, d'une part. Et celle qui considère que tout est potentiellement parfait, d'autre part. Ces attitudes ont cristallisés vers le XII-XIIIème siècle. On a alors commencé à distinguer Trekchöd ("Laisser être") et Thögal ("Brûler les étapes").
 
Selon cette dernière approche, les qualités de l'Eveil, à savoir l'omniscience et ce qui en découle, sont déjà présentes en nous. La connaissance parfaite est depuis toujours cachée au sein des ténèbre de notre âme, qui est l'ignorance même. Le feu couve sous les cendres.
Mais, pour raviver ce feu et actualiser les qualités, il faut recourir à des techniques. Il ne suffit pas de re-connaître comment toute chose est parfaite du point de vue vrai. Cela ne suffirait pas, car cela resterait une construction. Au fond, on continuerais à se raconter des histoires... Il faut donc des techniques pour actualiser ce qui, au fond de nous, est le contraire même de toute technique : l'Eveil, absolument simple et infiniment riche.
 
L'autre approche, celle du "laisser être", met l'accent sur le fait que la "complétude" dont parle "la Grande Complétude" est avant-tout une question de point de vue. Tout est toujours-déjà parfait. Pure de tous défauts, dotée de toutes qualités. Il suffit de le re-connaître, de redécouvrir ce qui est, tel qu'il est, grâce à la raison et à l'expérience.
 
C'est dans cette perspective que le Tantra Qui Réduit les Discours en Poussière ("Drathelgyour") dit :
 
"De plus, si l'on considère leur condition, [l'on s'aperçevra] qu'il n'y a pas un seul être ordinaire qui ne soit déjà un Bouddha.
Parce que leur nature est celle de la connaissance principielle (yéshé) qui surgit spontanément, le samsâra n'a jamais été une entité avérée.
Par conséquent, chaque [être ordinaire] est naturellement un Bouddha.
 
Quand on prend conscience de ce que signifie réellement "naître" [d'une femme, on réalise que] demeurer dans le ventre [de la femme], c'est l'Elément Réel.
La conjonction d'un corps et d'un esprit, c'est la conjonction entre l'Elément et l'Intelligence. Etre dans un corps, c'est être les Trois Corps [d'un Bouddha].
Le vieillissement, c'est l'effondrement des phénomènes [karmiques] et la fin des apparences nées de l'égarement.
La maladie, c'est l'expérience directe de la vraie nature des phénomènes.
Et la mort, c'est la vacuité innasignable.
 
Par conséquent, les êtres ordinaires sont des Bouddhas."
 
De même, on lit dans le Tantra de la Guirlande de Perles :
 
"Il n'y a pas libération grâce aux efforts.
Bien plutôt, on est éternellement libéré.
 
Parce qu'ils sont l'union de la Sagesse et de la Méthode, les causes [de notre existence ordinaire] - notre mère et notre père - sont purs.
L'impulsion en forme de désir [qui débouche sur la naissance] est la connaissance d'un Bouddha, consciente d'elle-même est parfaitement bienheureuse.
L'ovule et le sperme, causés par les Cinq Eléments, sont le surgissement des apparences dans l'espace de la vacuité.
La bienheureuse union d'un couple est la Sagesse intellectuelle (prajnâ) qui nait de la Méthode.
L'entrée [de l'esprit transmigrant] dans l'embryon, c'est, depuis le Fond, la venue au plein jour de l'Intelligence qui se connaît elle-même.
Les sept premières semaines sont l'épanouissement de la Réalisation.
En dix mois, les [vingt-et-une] Terres sont traversées.
La naissance est le Corps d'Emanation (tülkou).
La croissance corporelle est le Champs pur du Fond.
L'existence corporelle est le Fond.
La vieillesse est la disparition de l'égarement.
La maladie est la Réalisation en toute certitude.
La mort est la délivrance au sein de la vacuité des phénomènes.
 
De sorte que, sans efforts et éternellement, dans leur incarnation, les êtres ordinaires sont des Bouddhas."
 
Ici, existence ordinaire = existence pure de tous défauts et dotée de toutes les qualités (sangyé, équivalent en tibétain du sanskrit buddha, "éveillé").
 
Il s'agir de re-connaitre ce qui est donné ici et maintenant comme ce dont parlent les textes religieux. La conscience et ses propriétés, ce sont les vertues des Bouddhas, les Puissances de Shiva, les attributs de Dieux, les Noms d'Allah, les Trucs-Qu'on-Veut du Divin Marché Mondial, etc.
 
Tout ce que nous promettent la religion, l'économie, la politique, l'art, les ETs, les Anges, les gens qu'on rencontre, les pigeons, les paysages, les rêves, les rêveries, etc., tout cela est donné, d'une manière incompréhensible, Ici. A zéro centimètre. Puis, de là, partout.
Trouver cet Ici ne prend qu'un instant. En mesurer la richesse prend toute une vie.

18:15 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dzogchen, tulkou |  Facebook |

Commentaires

Ca me fait penser a un autr site. "Trouver cet Ici ne prend qu'un instant. En mesurer la richesse prend toute une vie".
Le véritable problème n’est pas d’identifier la vacuité, rien que sur skynetblog, des dizaines de sites la décrivent.
Le vrai problème, c’est que cet état ne dure pas, rien n’est stabilisé, et à la première vrai contrariété, la personne est rattrapée par son quotidien et se met l’état de bouddha là où je pense.
C’est la grande mode en ce moment : je milite sur mon blog, (je ne parle pas de toi), sur les avantages de la méditation X par rapport à la méthode Y (vraiment de la merde, car il faut faire des efforts), puis je médite confortablement 1 heures entre mes séries de fictions et vidéos porno.
C’est pour cela que tous ces courant " retrouvés " plaisent tant à nos contemporains, cela correspond à notre société de consommation, Je paye donc je deviens", " le sport devant la télé ", " l’anglais facile en 2 mois " etc. Et surtout ..... "MOI JE ne suis pas comme les autres "

Écrit par : Vibrant | 05/11/2005

Un effort qui n'en est pas vraiment un Les textes Mahâyâna en général et Dzogchen en particulier parlent du Grand Effort, ce grand non-effort.
En fait, c'est tout le problème du rapport entre l'effort et la grâce. Personnellement, je crois à l'effort, mais à un effort intime, animé par une vraie curiosité. Et non pas un effort pré-programmé sur un chemin spirituel entièremment balisé. Sans parler de l'effort qui consiste à apprendre le tibétain ou le sanskrit ou le chinois, à aller là-bas, à étudier de manière traditionnelle, à essayer de comprendre les textes par soi-même. C'est une aventure qui n'a pas de fin. Et c'est tant mieux.

Écrit par : anargala | 06/11/2005

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