10/11/2005

Où situer la frontière entre expliquer et justifier ?

Ces jours-ci, un slogan revient sans cesse. "Comprendre".
 
Il faut "comprendre" les "jeunes", nous dit-on. Soit.
Mais, à force d'écouter ce refrain, on a trés vite l'impression qu'il s'agit d'autre chose que de simplement comprendre. Car la frontière est bien mince entre expliquer un acte, et le justifier. C'est pourquoi Elie Wiesel refusait de comprendre le pourquoi les camps de concentration. Son argument était que le Mal doit certes être vu, remémoré et combattu. Mais, chercher à le comprendre, ce serait encore lui reconnaître une certaine intelligibilité. Car, si le Mal est rationnel, s'il a des explications, on pourrait aussi bien dire qu'il a ses raisons. Il serait subrepticement justifié. Le passage de l'un à l'autre serait quasiment inévitable. D'autre part, bien sûr, il y a l'argument qui consiste à dire qu'il faut comprendre le Mal pour le combattre et pour éviter qu'il se reproduise. Ce serait une des fonctions des sciences historiques. Mais éviter le glissement de la compréhension à la justification reste un exercice particulièrement délicat.

Dans la vie, en effet, on cherche souvent à comprendre, pour retarder le moment où l'on devra juger, c'est-à-dire décider.
Ainsi, des parents s'interrogent sans fin sur les causes du comportement de leur enfant. C'est certainement louable. Sauf que comprendre est une démarche purement spéculative. Dans la réalité, il faut aussi agir. Et agir, c'est juger, décider. De sorte que, dans les circonstances présentes, les voix des "experts" sociologues et autres, fonctionnent comme une forme de divertissement. On écoute ces gens pour ne pas avoir à réfléchir soi-même, pour ne pas avoir à prendre ses résponsabilités de citoyen. Le sociologue nous rassure : par son jargon, il transforme des violences physiques en problèmes purements théoriques. Il transforme des attaques manifestes contre la démocratie républicaine en des "phénomènes qu'il faut comprendre". De plus, on nous demande également de faire preuve d'empathie à l'égard des "jeunes". Ils faut les comprendre, les pauvres. Ce sont des victimes, ils appellent au secour. Ils "poussent un cri".
Sans parler des inénarables économistes de tous bords qui viennent eux-aussi nous rassurer : Pour avoir la paix, il suffit de donner aux "jeunes" plus d'argent, plus de travail, etc. Plus, toujours plus, comme si l'argent pouvait règler tous les problèmes...

Comme si, surtout, il n'y avait pas aussi des idées derrière cette violence. Comme s'il n'y avait absolument aucun lien entre l'idéologie islamique puisée dans la lettre du Coran et cette guerre des rues qui rappelle un peu trop l'Intifada.
 
Comme si les terroristes islamistes, aussi, étaient de tous de pauvres victimes analphabètes manipulées.
 
Tout cela est en partie vrai. Mais cela ne suffit pas.
 
Bien sûr, les personnes d'origines maghrébines sont victimes de discrimination et d'injustices sociales insupportables. Bien sûr le racisme rampant et la violence dont font preuve trop de policiers est intolérable. Mais enfin, tous les musulmans, veulent-ils vraiment s'intégrer au peuple ? A la communauté des citoyens ? Pour cela, il faudrait que le Coran lui-même fasse l'objet d'une profonde relecture, mais aussi d'une réécriture. Ce qui semble inconcevable, puisqu'il est "la Parole de Dieu".
 
Bref, les musulmans de France ont sans-doute des raisons de se sentir exclus, mais n'est-ce pas au fond ce qu'ils cherchent ? N'est-ce pas, du moins, ce que veulent les imams de la plupart des mosquées ? Se sentir persécuté, pourchassé (par les américains, les juifs..), n'est-ce pas le sentiment que cherchent à entretenir toutes les idéologies ?
D'ailleurs, pourquoi devrait-on, a priori, respecter l'Islam ? Aucune opinion n'est, a priori, respectable. Seules les personnes le sont. Et les idées formant la religion mulsulmane sont-elles toutes respectables ? Sont-elles compatibles avec la modernité ? Où parle t-on de démocration, de liberté de conscience où d'égalité des sexes dans le Coran ? Comment se fait-il que les pays à majorité musulmane imposent cette religion à leurs citoyens ? Si l'Islam est démocratique en essence, et tolérant, comment expliquer toute cette violence, depuis Mahomet jusqu'à aujourd'hui ? Qu'y a t-il de commun entre les terroristes saoudiens, algériens, chinois, thaïs, indiens, indonésiens, chinois et philippins ? Non pas l'appartenance à une ethnie, non pas un passé commun, non pas la pauvreté. Non. Une seule chose : une idéologie. De plus, si l'Islam est tolérant, pourquoi le territoire de l'Arabie Saoudite est-il interdit aux non-musulmans ?
 
Et surtout, ne serait-il pas temps de chercher à comprendre les victimes de l'Islam, ces millions de personnes opprimées dans leur chair et dans leur conscience, rejetées, exclues dans leur propre pays, parce qu'elles ne sont pas musulmanes ("soumises" - je pense aux minorités du Pakistan, de l'Arabie Soudite, du Soudan, de l'Iran, etc.) ? Sans parler de l'oppression que subissent les "musulmans" des états islamiques, personnes qui ne méritent ce nom que parce qu'on ne leur reconnait nulle liberté de conscience. Sans parler des femmes, non plus...
 
La liberté de penser et de s'exprimer sont des droits qu'il faut sans cesse défendre pour pouvoir les exercer. Comment ? En les exerçant, justement.


19:51 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Par delà leBien et le Mal Si l' "idéologie musulmane" est si univoque dans ses fondements, comment expliquer les mille et une manières dont les gens, qui se réfèrent à elle, agissent? Je pense plutot pour ma part que le facteur commun entre les terroristes saoudiens, algériens, chinois, thaïs, indiens, indonésiens, chinois et philippins est une somme d'ingrédients politiques, économiques, où une certaine interprétation du coran peut s'assoir et venir servir de justification idéologique à ces actes barbares. En cela, je m'explique ces actes même si je les condamne.
Contrairement à une explication, une justification les aurait organisé selon une hiérarchie de valeur, car justifier, c'est d'abord "traiter avec justice, déclarer juste". Une explication permet d'envisager l'ensemble le plus complet des facteurs qui ont déterminé l'apparition d'une situation ( si tenté qu'on envisage le monde selon une conception déterministe): elle permet alors de comprendre, c'est-à-dire de mettre un sens sur l'absurdité de certains événements. La compréhension en ce sens offre une certaine distanciation à l'égard de cette fascination qu'engendre l'horreur.
Si il est difficile de s'exempter de tout jugement de valeur, une telle distanciation est cependant plus efficace en ce qui concerne l'anticipation de ces actes barbares, et donc plus efficace dans nos actions. Vouloir comprendre avant d'agir ne sert donc pas uniquemnt de prétexte au report sempiternel de nos actes, car comprendre permet aussi de mieux agir.

Écrit par : regard | 11/11/2005

Comprendre est nécessaire, mais pas suffisant Soit. Mais comment se fait-il que le Coran prête si souvent à des dérives ? Ne doit-on pas chercher ici un lien, même partiel, de cause à effet ? Certes, il existe de nombreuses interpétations du Coran. Mais le texte lui-même ne comporte t-il pas des passages révoltants pour toute conscience humaine ?
Pour ce qui est de la valeur des efforts pour expliquer les phénomènes, je suis bien sûr totalement d'accord. Dans ce billet, je voulais seulement dénoncer certains usages abusifs du terme "comprendre". C'est d'ailleurs cela que je cherchais à comprendre.

Écrit par : anargala | 11/11/2005

Correction Dans ce billet, j'affirme que "comprendre est une activité purement spéculative".
Ceci est inexact. Comprendre, c'est aussi un exercice spirituel, une pratique éthique, puisque, comme dit Regard, comprendre permet une distanciation par rapport à nos propres opinions. En essence, il s'agit de ce même geste que l'on pratique dans différentes formes de méditation, telle que vipassana.

Écrit par : anargala | 11/11/2005

Paix et amour mes frères.

IL faut avant tout comprendre un phénomène, pour pouvoir plus tard chercher des solutions.
Rester indifférent ne mène à rien et ne résout rien, et s'indigner sans même chercher la source du mal, est trop simpliste comme prise de position,
avec tout mon respect.

Avant tout je voudrais clarifier un peu les choses, et apporter ma petite contribution,
pour que vous compreniez notre état d'esprit à nous les musulmans en ces temps sombres.

Nous vivons tous dans une atmosphère d'injustice, nous éprouvons presque tous un profond dégoûts pour les sociétés occidentales,
qui nous rabâche à longueur de journées leur valeurs universelle des droits de l'homme, de la démocratie et de la liberté.
Alors qu'en même temps, ils spolient nos terres, ils spolient nos richesses, ils détruisent nos économies,
ils nous font la guerre pour un peu d'or noire, ils nous volent et nous maltraitent, ils organisent des coups d'états.
Et ils nous imposent leurs décisions par la force, si il le faut.
Nous assistons quotidiennement à des exactions inhumaines commise en Palestine. Alors que les grandes puissances ne bronchent pas un mot...ils laissent faire.
Imaginez vous 5 pays qui imposent légalement leurs décisions au reste de l'humanité à travers le conseil de sécurité de l'ONU.
Est ça la démocratie, que vous voulez qu'on accepte ?


C'est ainsi que pensent la majorité des musulmans, ils ne cherchent même plus à comprendre qu'est que disent les Droits de l'homme,
qu'est ce que veut dire la démocratie et qu'est ce qu'une république.
Et chaque fois que vous essayerez de les informer ou même de leur expliquer le vrai sens de vos valeurs. Ils vous répéterons ce que je vous ai cité plus haut.
Et des musulmans il en existe de toutes les nationalités, mais nous avons une particularité,
c'est que nous nous considérons tous comme des frères sous une même nation. Ce qui arrive en Indonésie, se fera ressentir au Maroc...cela a toujours été ainsi.
Avec toutes nos différences, nous restons néanmoins soudés, soudés par une religion. Qui nous obligent à nous préoccuper de nos frères.

C'est ce que nous éprouvons tous en ce moment,un profond sentiment d'injustice. Et notre valeur refuge, c'est Dieu.
C'est lui que nous implorons sans cesse, pour qu'un jour on puisse vivre en paix comme jadis.
Et c'est seulement à ce moment que certaines obédiences dans l'islam très dures et extrémistes,
tire profit de cette misère humaine pour faire grandir leur rang.
Ces Obédiences là, comme le wahabisme et le salafisme, se sont répandue comme une traînée de poudre.
Ce sont elles qui nous ordonnent de nous venger, en nous disant qu' Allah n'aime pas les faibles... qui ne se battent pas pour leur droit.
Et ce sont toujours elles qui grossissent leur rang à chaque guerre.Et ce sont toujours elles qui sont au bord de la disparition, lorsque nous vivons en paix.

Mais il faut faire très attention, en critiquant l'islam en sa globalité, lorsque vous mettez tout le monde dans le même sac.
Ce sont les musulmans pacifistes et tolérants, ceux qui ont toujours vécu en paix avec tout le monde, ce sont eux que vous jetez dans la gueule du loup.

Voilà, j'ai bien aimé votre blog, il est très riche en informations, surtout sur les religions en Inde.

Bonne Continuation.

Écrit par : Gaya | 22/02/2007

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