18/11/2005

Rétention spermatique et autres curiosités...

L'autre jour, je feuilletais un recueil d'articles sur "le corps dans la civilisation indienne". Allez à la FNAC, dans le rayon "ethnologie", vous l'y trouverrez sans difficulté. Il est cher, mais vous n'avez pas besoin de l'acheter.
Bref, un article qui retint mon attention se présentait comme une étude de la "rétention spermatique" pratiquée par des yogins tantriques de Târâpîth, au Bengale.
Ces hommes (mais aussi quelques femmes) s'entraînent à pomper leur sperme une fois éjaculé. Evidemment, la semence ne peut retourner dans les testicules. En fait, en contractant les muscles autour de l'anus, le liquide va dans la vessie. Mais cette pratique est essentielle au yeux de ces yogins inspirés par le hatha yoga. L'idée est que lorsque on éjacule, on perd son cerveau (vous avez sans doute déjà remarqué la ressemblance, non ?). Autrement dit, son âme et sa vitalité. Savoir le recycler, c'est donc se rapprocher de l'immortalité.
Cette idée que la semence est l'essence de la vitalité masculine est d'ailleurs assez largement répandue. Dans le christiannisme par exemple, les prêtres tiennent leur pouvoir sacramentel de leur chasteté : leur pouvoir vient de leur accumulation de semence. Or, le sang menstruel est considéré, dans la plupart des sociétés pré-modernes, comme étant la semence féminine. Les femmes étant ainsi incapables de conserver leur semence, on s'explique qu'on leur refuse l'accès à la prêtrise... De même, en Inde, il y a de nombreux livres sur l'art de conserver sa semence. C'est pourquoi, aussi, la femme est perçue comme une sorte de vampire qui peut se nourrir, volontairement ou non, de l'essence masculine. Dans la même veine, on dit en Inde qu'un homme qui n'a que des filles est une sorte d'impuissant dominé par sa femme. N'avoir que des filles, c'est "gupta rog", la "maladie cachée". Ouvrez n'importe quel journal, vous verrez des dizaines d'annonces pour remédier à ce genre de problème.
Dans cet article trés sérieux, on voit des illustrations des diverses sortes de tubes en caoutchouc utilisés par les yogins, ainsi que les récipients et les liquides pour leur entraînement : lait, puis miel, voire mercure... L'auteur de l'article, trés scrupuleux, nous livre même une remarquable formule mathématique de l'acte de pompage, selon la densité du liquide pompé, l'inclinaison, la longueur du tube... Ca, c'est de l'indologie !
Par contre, dans son introduction, il affirme que le tantrisme est basé sur le principe de la rétention du sperme. Il se réfère pour cela à Abhinavagupta et au Shivaïsme du Cachemire.
Or, c'est un grave contresens : Nulle part Abhinavagupta  ne prescrit ou ne fait allusion à ce genre de pratique selon laquelle il faudrait à tous prix éviter l'éjaculation... Il faut dire que cette idée est reprise par les quasi-majorité des "maîtres de Tantra". Mais c'est un cliché sans fondement. Cette idée de rétention n'est abordée que dans quelques textes bouddhistes et hatha-yogiques tardifs. Dans le tantrisme "mainstream", on éjacule et on offre tout ça à Shiva et aux Déesses.
Un autre livre plus intéressant sur la question est celui d'Hélène Trottier, "Fakir. La quête d'un Baul musulman", parut chez l"Harmattan. Bonne lecture.

21:50 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tantra, yoga |  Facebook |

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