29/11/2005

Où trouverait-on de l'eau fraîche dans un désert calciné par le soleil ?

Le récit-cadre de La Doctrine secrète de la Déesse Tripurâ est celui d'un homme - appelons-le disciple - qui en questionne un autre - un homme trés sage. Le disciple revient voir le maître, aprés avoir passé douze ans à pratiquer le culte de la Déesse Tripurâ, personnification de notre propre conscience sous les traits d'une belle jeune fille de seize ans, d'une formule en seize syllabes (un "mantra") et d'une figure géométrique avec pleins de triangles emboités, que l'on voit partout sur le Net. Il a également entendu les récits décrivants les immenses qualités de la Déesse, et il a compris qu'elle réside en lui-même.
 
Mais, malgré cette longue pratique et moultes expériences, le disciple se fait cette réflexion : "Même le culte que je rend à la Déesse Tripurâ paraît se ramener à une simple activité mentale de ma part et tomber ainsi dans la catégorie des amusements puérils." De plus, il se demande pourquoi pratiquer telle sâdhanâ (méthode de réalisation spirituelle) plûtôt que telle autre ? Toutes prétendent également "laver plus blanc que blanc"...
 
Le maître, tout content, lui répond que ce doute qui s'insinue en lui est le signe que la Déesse lui octroie la Grâce la plus intense ! Comme si toute pratique n'avait pour fonction que de faire naître la pensée que toute pratique est factice, artificielle et donc puérile.
 
Le maître se livre alors à une intense louange de la réflexion (vicâra, tarka). Elle seule peut détruire les préjugés en forme de "je dois" (pratiquer, méditer, purifier, travailler, jeûner, péleriner, réciter, payer, baver...). Il cite tout un tas d'exemples tirés de la mythologie hindoue pour montrer que tous les problèmes viennent d'un manque de réflexion, et que la solution, c'est toujours de réfléchir.
 
"La réflexion, en effet, est à l'origine de tout. Sache qu'elle est la première marche de l'escalier qui monte vers le bien suprême. Sans elle, qui donc pourrait obtenir un bien quelconque ?
Le défaut de réflexion, c'est par essence la mort : les hommes périssent à cause de lui..."
 
"La réflexion est la graine qui, en germant, produit l'arbre du bonheur. C'est elle qui exalte l'homme au-dessus de tous les êtres (de la nature). (...) C'est grâce à elle que l'omniscient Shiva est le plus grand des dieux..."
 
"Heureux et mille fois digne de louange, ceux que jamais la réflexion n'abandonne ! Par manque de réflexion, on rencontre le "je dois" et on succombe à l'aveuglement.  Grâce à la réflexion, on échappe à d'innombrables dangers."
 
Pour en arriver là, il faut la grâce de la Déesse "qui a élu domicile dans le coeur de chacun".
 
"Le soleil de la réflexion dissipe les épaisses ténèbres de l'irréflexion. Et il finit toujours par se lever pour qui, avec amour, rend un culte à la Déesse." Ce culte est lui-même une forme de réflexion (carcâ), mais qui s'appuie plutôt sur des images symboliques pour préparer l'âme.
"Une fois propitiée et satisfaite la Déesse prend la forme de la réflexion et monte au firmament de la conscience comme le soleil (dans le ciel)."
 
"Toutes les existences où le (pouvoir de réflexion) ne se manifeste pas encore sous sa forme achevée paraissent vaines et stériles."
 
Comme dit le commentateur : "C'est clair."
 
Or, tout cela naît d'abord du fait d'avoir entendu la célébration de la grandeur de la Déesse...
N'est-ce pas faire dépendre l'obtention du Souverain Bien d'un simple hasard ?
 
Quelle sera la réponse du maître ? et la nôtre ?
 
 

20:51 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

La Gnose de la Déesse Conscience, celle-là même qui lit ces lignes !

Sur ce blog, je m'efforce de faire la synthèse de ce que les Quattre Pattes de la Vache Cosmique ont a offrir de meilleur. Mais, parmi elles, la Reconnaissance, la voie philosophique proposée par la religion non-dualiste du Shivaïsme du Cachemire, est la plus importante.
 
Pour réfléchir sur la Reconnaissance, je propose de lire des passages d'un texte exceptionnel, La Doctrine secrète de la Déesse Tripurâ. Ce texte anonyme fut composé par un adepte de la philosophie de la Reconnaissance. Je m'appuirais sur la belle traduction de Michel Hulin (Fayard, collection "Documents Spirituels", 1979) ainsi que sur le commentaire de Shrînivâsa un adepte du XIXème siècle. Ce commentaire fut publié à Bénares par le grand savant du Tantrisme, Gopinâth Kavirâj. J'ai eu l'honneur d'étudier auprès de deux de ses disciples. 
Je choisi ce texte, parce qu'il enseigne la Reconnaissance sous forme de récits disposés un peu à la manière des contes des Mille et Une Nuits, et parce qu'il démêle un tas de questions que l'on se pose souvent aujourd'hui.
 
 

20:09 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tripura rahasya, tantra, pratyabhijna |  Facebook |

28/11/2005

Boires et déboires de la vache ...

Au fond, la plupart de mes billets depuis deux semaines portent sur la question de la connaissance de l'absolu : Est-il connu par lui-même ? par autre chose ? ou encore carrément inconnaissable ? Sur ce même thème, il y a également la question du rapport entre connaissance par concept, et connaissance intuitive, voire inconsciente (je pense à l'influence des "initiations-bénédictions" sur les traces karmiques).
 
Mon approche consiste à m'efforcer de trouver un point de vue dans lequel le plus grand nombre de vérités se trouvent embrassées.
Pour ce faire, je m'appuie sur l'expérience, la raison, et le témoignage de personnes faisant autorité dans ce domaine. Bien sûr, je pense que l'absolu se connait par lui-même, et que la connaissance de l'absolu est elle-même inséparable de l'absolu. Comme ce dernier n'est pas un concept, sa connaissance n'est pas conceptuelle non plus. Néanmoins, je persiste à dire que la pensée est un moyen assez direct pour réveiller en nous cette connaissance. De fait, nous faisons cela tous les jours : Nous utilisons des raisonnements pour arriver à des expériences directes. Par exemple, nous apprenons à jouer du piano en analysant et en raisonnant. Mais, rapidement et sans rupture dramatique, ces opérations mentales complexes deviennent une seconde nature, et le jeu devient "intuitif". De même,  quand on me demande "Passe moi le sel", bien que le sel soit en lui-même innacessible par le mot "sel", je sais très bien aller du mot (la connaissance par concept) à la chose (la connaissance directe, intuitive).
Pour discuter de tout ceci plus en détail, je me propose de m'appuyer sur des extraits de La Doctrine secrète de la Déesse et de La Lumière sur les Tantras, textes traduits et accessibles à tous.
J'ai bien conscience que mes billets paraissent embrouillés. C'est normal : Ce blog essaie d'être une synthèse jamais achevée de plusieurs pensées ("Les Quatre Pattes") qui sont en grande partie incompatibles (voir "Cette bête est-elle viable ?" en marge). De plus, il n'est pas toujours commode de distinguer entre ce que je pense et ce que pense la Reconnaissance sur tel ou tel sujet... 
En outre, je ne suis ni bouddhiste, ni chrétien, ni néo-védântiste. Les pensées sur lesquelles je m'appuie ici ne rentrent adéquatement dans aucune de ces catégories (Longchenpa est trés éloigné de l'orthodoxie bouddhiste, tout comme le Dzogchen dans son ensemble).
 
Enfin, j'aimerais relater quelques anecdotes d'Inde et d'ailleurs. Mais pour cela, il faudrait encore que je scanne quelques clichés. Patience donc... 

10:28 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, pratyabhijna, tantra |  Facebook |

25/11/2005

Qui a plus peur de renaître après sa mort, que de perdre ses clefs ?

Je suis surpris d'entendre encore des gens parler de "ne plus renaître", d'être "délivré du cycle des renaissances".
Franchement, qui prend encore au sérieux cette histoire de samsâra ? Car si, vraiment, je vais renaître, alors je ne veux pas chercher à y échapper, mais, au contraire, je ferais tout pour conserver instacte la continuité de ma mémoire !
 
Ce point est d'importance.
En effet, nous confondons souvent des sagesses qui ont des projets complètements différents à cet égard : 
 
(1) Le but du Bouddhisme ancien, de l'Advaita Védânta et du Néo Védânta, c'est bien de ne plus renaître du tout et de plutôt se fondre dans un absolu impersonnel, le "non né" dont parle le Bouddha historique.
 
(2) En revanche, le Bouddhisme Mahayana, les différents tantrismes et le Dzogchen ne partagent aucunement cet idéal. On n'y cherche pas seulement la délivrance (moksha). On y recherche également une expérience (bhoga) de liberté, ce qui suppose un corps et donc une forme d'immortalité. D'où l'intérêt des pratiques qui permettent de transmuter le corps ordinaire en un corps inaltérable, comme Thogal dans le Dzogchen. Ou bien , à défaut de cela, il s'agit renaître dans une "Terre Pure", un monde de lumière dans lequel l'esprit ignorant se volatilisera en un instant. Mais jamais de ne point renaître du tout.
 
Si l'on fait abstraction de ce point (capital) alors, évidemment, "tout le monde dit la même chose"...
 
Or, il me semble que la plupart d'entre nous sommes plutôt attirés - au fond de nous-mêmes - par la seconde sorte d'entreprise : nous rappeller enfin nos exitences antérieures ! profiter à l'avenir d'une série infinie d'existences, ici où dans d'autres dimensions !
Seulement, cela implique que nous admettions l'existence d'une conscience individuelle aprés la mort. Et là, il n'y a pas des masses "d'expériences" possibles... Du coup, nous nous rabattons sur ces sagesses non dualistes qui ne visent que la délivrance. Au moins, il n'est alors plus aussi urgent de croire à une vie dans l'au-delà digne de ce nom. On cite souvent les réponses de Nisargadatta là-dessus, du genre "Voyez d'abord qui vous êtes Ici et Maintenant..." Dans la même veine, on garde l'idée de samsâra, mais dans le cadre d'une interprétation psychologique : ces histoires de renaissances ne seraient qu'une manière, adaptée à un temps et à une mentalité différente, de dire comment nous, les êtres humains, nous sommes conditionnés par notre imagination et par le langage. D'où la thèse de ceux qui, comme Stephen Batchelor, disent que la transmigration (samsâra) n'est au fond qu'une allégorie de notre devenir depuis notre naissance, allant dans le même sens que ce que dit la Psychanalyse freudienne.
 
Tout cela est un peu embrouillé certes, mais il en ressort qu'il y a deux conceptions de la liberté : S'agit-il d'échapper à tout conditionnement en réalisant qu'on est un Absolu impersonnel; Ou bien s'agit t-il d'accéder à une nouvelle forme de liberté, à la fois impersonnelle (le dharmakâya, disons) et trés personnelle (sambhogakâya, "mondes imaginals et corps de gloire"...), c'est-à-dire avec un corps et une mémoire intactes  ?
 
Bref, nous sommes tous d'accord pour dire que nous sommes immortels. Mais cette immortalité n'est-elle que l'Etre pur, c'est-à-dire aussi bien un pur Non-Etre, un Néant au-delà de toute représentation, de toute expérience mentale ? Mais alors, dans ce cas, comme on peut bien se le dire en lisant Nisargadatta, pourquoi parler de "recherche" spirituelle ? Les matérialistes comme Spinoza ou Diderot disent aussi que tout est une seule Substance, dans laquelle nous forgeons des divisions fictives à partir de notre entendement limité. "Rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se transforme" : sous-entendu, l'Etre, la Réalité reste la même, tel un océan. Personnellement, je ne suis pas sûr que cette immortalité impersonnelle puisse me satisfaire. Et l'on aura beau rétorquer que c'est là justement une illusion mentale, je trouve que ce genre de sagesse, si l'on se contente de cela, n'est que la voix des piliers de bistrot mixée au jargon védântique... Que l'univers, la Nature, la Réalité continuera aprés moi, que la conscience n'est qu'une illusion : C'est ce dont on nous rabat les oreilles depuis la maternelle. Inutile donc d'invoquer Ramana Maharshi ou la sagesse des "Eveillés" post-papajistes, ces microcéphales analphabètes tout justes bons à gâcher la beauté des plages de Goa (là, je suis caricatural et de mauvaise foi, mais c'est juste un moyen habile, donc que tout le monde garde son calme...). Je comprend tout à fait le dépit des gens qui trouvent que cette "Non-dualité" n'est qu"un verbiage inconsistant.
 
Ou bien alors, finalement, sommes-nous prêts à croire en une immortalité personnelle ?

17:18 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : samsara, reincarnation, dzogchen, tantra |  Facebook |

22/11/2005

Des méthodes pour vérifier par soi-même qui on est vraiment ?

En gros, on peut distinguer deux phases dans toute démarche spirituelle de connaissance de soi :
(1) Découvrir qui je suis;
(2) En faire profiter ma petite personne et les autres (ou, du moins, éviter de leur en faire trop baver...). Il fut un temps, j'appelais cela "stabiliser", mais c'était suicidaire, et je préfère la vie.
 
Pour découvrir qui on est donc, il existe quelques merveilleux textes et collections de dispositifs expérimentaux à mettre entre toutes les mains.
 
Il y a,d'abord, le Vijnâna Bhairava Tantra. Evitez, de grâce, la "traduction" de D. Odier. En effet, la mienne sera beaucoup meilleure ! Mais il faudra me faire des cadeaux pour l'avoir. Mon poids (virtuel) en chocolats Duplot serait une bonne entrée en matière.
En attendant, vous pouvez vous procurer la traduction de Lilian Silburn, parue chez De Boccard.
Dans le même style, il y a d'autres petits textes en sanskrit, malheureusement introuvables. N'est pas Indiana qui veut...
 
Il y a aussi les "semzin" du Dzogchen. Des séries de 21 ou 25 expériences. Peut-être oserais-je les mettre en ligne. On verra bien.
 
Si, enfin, vous être allergiques aux livres, il y a, en livre, en vidéo, et en chair ainsi qu'en os, les extra-ordinairement ordinaires expériences inventées par Douglas Hardins et ses amis (pour plus d'informations, veuillez cliquer le lien sur la Vision Sans Tête). 
En attendant, voici un lien vers une présentation vidéo des-dites expériences :
http://www.headless.org/English/movies.htm
 
Et si, impatients de passer enfin de la théorie à la pratique, vous n'en pouvez plus d'attendre, il vous suffit de simplement retourner votre attention, de trés exactement 180°, vers cet "espace" à partir duquel vous lisez ces lignes. Essayez, juste pour voir.
 
Comme on dit en anglais : "Mind the gap !"

23:26 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : douglas harding |  Facebook |

20/11/2005

Pratiquer pour atteindre l'Eveil, ou bien parce qu'on l'a déjà atteint ?

Je visitais hier les listes de gourous du site de Sarlo. Et je me disais que leur vocabulaire n'est pas le mien. L'Eveil, le mental, la clarté, le cérébral vs. le corps, la théorie vs. la pratique, l"illusion vs. la réalité : je ne me reconnait tout simplement pas dans ces problématiques. La Reconnaissance non plus, d'ailleurs.
 
"Je suis" est une sorte d'acte de conscience extatique, qui se répand en tout et auxquel toutes choses participent. Ce n'est peut-être pas permanent, mais ça fait plaisir, et ce plaisir donne l'envie d'y replonger.
 
Du coup, je ne ressent pas la nécessité de pratiquer, la méditation par exemple. En fait, quand on me pose la question "Tu médites ? Tu pratiques quoi ?", je me trouve assez embarrassé. Car pratiquer voudrait dire que la conscience "je suis" est ailleurs. Or elle est toujours déjà-là. C'est un fait. C'est un peu comme la "voix de la conscience morale". On peut ne pas l'écouter, mais on ne peut pas ne pas l'entendre. Il suffit de s'y abandonner. C'est bien une sorte d'effort, mais trés particulier. Je ne sais pas si on peut appeller ça méditer. Mais on peut dire, comme Ramana, que jusqu'à un certain point l'effort est nécessaire. Au-delà, il devient impossible.
 
Bref, je ne pratique pas pour atteindre l'Eveil. L'Eveil est mon essence, et tout ce que je fais, que je le sache ou non, est "pratique", c'est-à-dire manifestation de cet Eveil éternel.
En un sens, nous sommes tous l'Eveil. En un autre sens, nous ne l'atteindrons jamais.

20:33 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : eveil, pratyabhijna, ramana |  Facebook |

19/11/2005

Quel rapport entre connaissance discursive et connaissance intuitive ?

Je reprends ici, par commodité, l'échange à propos de la connaissance libératrice commencé il y a quelques jours.
 
En disant que "la Reconnaissance est une pensée", je voulais simplement dire qu'il n'y a pas un gouffre insondable entre la connaissance discursive (par mots et concepts) d'un côté, et la connaissance parfaite, intégrale, de l'autre. Il n'y a que des différences de degrés. En effet, la connaissance intuitive contient en elle-même tous les concepts possibles, mais à l'état subtil. A l'inverse, aucune pensée conceptuelle ne serait possible si elle n'était le prolongement d'une connaissance intuitive, en prise avec l'Etre.
 
Et je suis tout à fait d'accord avec Iboga pour dire que cette intelligence intuitive se dévoile en sa nudité entre deux pensées, deux perceptions, entre l'expiration et l'inspiration, etc. Et cela, même si l'on en a pas conscience ordinairement.
 
La connaissance discursive est le déploiement dans le temps et l'espace de la connaissance éternelle. Car cette dernière précontient en elle-même toutes les connaissances, un peu comme un programme compressé. Connaissance discursive et connaisssance directe sont un seul et même acte de connaissance : la conscience, la Déesse. C'est seulement du point de vue de la connaissance discursive, justement, que ces deux plans peuvent paraître totalement étrangers l'un à l'autre.
 
Shiva choisit de ne connaître que certains aspects de lui-même, grâce aux phonèmes, aux mots et aux phrases, selon son bon plaisir. Et rien n'empêche d'aller des mots à leur sens, puis vers une connaissance de plus en plus intégrale. Les mots ne sont pas une illusion à écarter. Ils sont la manifestation fragementée d'une connaissance unique. A partir d'eux, on peut ainsi remonter jusqu'à la Déesse Parole, jusqu'à la source des mots. C'est du moins ce que propose la Reconnaissance, mais aussi le Bouddhisme Théravâda et l'Advaita védânta de Shankara. On médite d'abord pour calmer le mental, puis on réflechit et enfin on re-trouve cette connaissance absolue qui est depuis toujours le coeur de tous les êtres, juste Ici.

15:10 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : pratyabhijna, tantra, yoga, shankara, abhinavagupta |  Facebook |

18/11/2005

Rétention spermatique et autres curiosités...

L'autre jour, je feuilletais un recueil d'articles sur "le corps dans la civilisation indienne". Allez à la FNAC, dans le rayon "ethnologie", vous l'y trouverrez sans difficulté. Il est cher, mais vous n'avez pas besoin de l'acheter.
Bref, un article qui retint mon attention se présentait comme une étude de la "rétention spermatique" pratiquée par des yogins tantriques de Târâpîth, au Bengale.
Ces hommes (mais aussi quelques femmes) s'entraînent à pomper leur sperme une fois éjaculé. Evidemment, la semence ne peut retourner dans les testicules. En fait, en contractant les muscles autour de l'anus, le liquide va dans la vessie. Mais cette pratique est essentielle au yeux de ces yogins inspirés par le hatha yoga. L'idée est que lorsque on éjacule, on perd son cerveau (vous avez sans doute déjà remarqué la ressemblance, non ?). Autrement dit, son âme et sa vitalité. Savoir le recycler, c'est donc se rapprocher de l'immortalité.
Cette idée que la semence est l'essence de la vitalité masculine est d'ailleurs assez largement répandue. Dans le christiannisme par exemple, les prêtres tiennent leur pouvoir sacramentel de leur chasteté : leur pouvoir vient de leur accumulation de semence. Or, le sang menstruel est considéré, dans la plupart des sociétés pré-modernes, comme étant la semence féminine. Les femmes étant ainsi incapables de conserver leur semence, on s'explique qu'on leur refuse l'accès à la prêtrise... De même, en Inde, il y a de nombreux livres sur l'art de conserver sa semence. C'est pourquoi, aussi, la femme est perçue comme une sorte de vampire qui peut se nourrir, volontairement ou non, de l'essence masculine. Dans la même veine, on dit en Inde qu'un homme qui n'a que des filles est une sorte d'impuissant dominé par sa femme. N'avoir que des filles, c'est "gupta rog", la "maladie cachée". Ouvrez n'importe quel journal, vous verrez des dizaines d'annonces pour remédier à ce genre de problème.
Dans cet article trés sérieux, on voit des illustrations des diverses sortes de tubes en caoutchouc utilisés par les yogins, ainsi que les récipients et les liquides pour leur entraînement : lait, puis miel, voire mercure... L'auteur de l'article, trés scrupuleux, nous livre même une remarquable formule mathématique de l'acte de pompage, selon la densité du liquide pompé, l'inclinaison, la longueur du tube... Ca, c'est de l'indologie !
Par contre, dans son introduction, il affirme que le tantrisme est basé sur le principe de la rétention du sperme. Il se réfère pour cela à Abhinavagupta et au Shivaïsme du Cachemire.
Or, c'est un grave contresens : Nulle part Abhinavagupta  ne prescrit ou ne fait allusion à ce genre de pratique selon laquelle il faudrait à tous prix éviter l'éjaculation... Il faut dire que cette idée est reprise par les quasi-majorité des "maîtres de Tantra". Mais c'est un cliché sans fondement. Cette idée de rétention n'est abordée que dans quelques textes bouddhistes et hatha-yogiques tardifs. Dans le tantrisme "mainstream", on éjacule et on offre tout ça à Shiva et aux Déesses.
Un autre livre plus intéressant sur la question est celui d'Hélène Trottier, "Fakir. La quête d'un Baul musulman", parut chez l"Harmattan. Bonne lecture.

21:50 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tantra, yoga |  Facebook |

15/11/2005

Un spécimen de "maître du Shivaïsme du Cachemire" de Mathurâ

Je vais essayer de scanner quelques photos pour illustrer un peu mes récits de voyage.
 
En attendant, voici un sympathique specimen de gourou se réclamant du Kriya yoga et du Shivaïsme du Cachemire (voir sa traduction commentée des Shiva-sûtras), le grand, l'inimitable Shailendra:  http://www.siddhasiddhanta.com/shail.html
 J'ai effectivement pu visiter la demeure ancestrale de la famille Lahiri dans une ruelle de Bénares. C'est petit mais joli. En tout cas, les Lahari étaient une famille d'adeptes du yoga. Dommage qu'ils aient du inventer cette histoire de babaji pour faire connaître leur méthode de yoga.
Je vous laisse admirer ces photos de la lignée. Au milieu, on a les Lahiris, authentiques pratiquants de yoga. Par contre, la première et la dernière photo me laissent un peu perplexe. Surtout la dernière, qui nous offre une synthèse inédite de Shiva, Rambo, Terminator et Tarzan. M'enfin bon, c'est juste un cas parmi d'autres...

19:57 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kriya, yoga, tantra |  Facebook |

14/11/2005

"Quand dire, c'est faire"

Un sympathique lecteur a répondu a mon dernier billet en livrant un extrait d'un sermon du Bouddha. Celui-ci dit, en substance, que lorsqu'on souffre, ce qui compte c'est d'abord de se libérer de cette souffrance. A côté de cette urgence-là, les spéculations métaphysiques sont totalement secondaires. Lorsque nous serons enfin libérés de la souffrance, nous aurons tout le loisir, si nous y trouvons encore quelque intérêt, de spéculer sur les causes ultimes et le sens de la souffrance. Donc, soyons pragmatiques, et gardons-nous du "fourré des opinions" (dixit le même Bouddha).
 
Ce discours est trés sage.
Sauf si notre souffrance tient à des opinions, justements. Si la souffrance n'a rien à voir avec la manière dont nous pensons, dont nous nous représentons le monde, alors effectivement, il est inutile de perdre son temps a penser.
Mais si, au contraire, c'est notre manière même de penser qui est à l'origine de nos souffrances, alors nous ferions bien d'y réfléchir à deux fois.
 
Or, je pense, avec la Reconnaissance (pratyabhijnâ), que nous sommes déjà cet être libre de toute souffrance que nous rêvons d'être. La seule chose à faire est de le re-connaître. Et cette reconnaissance est une certitude en forme de pensée. C'est une représentation, un "vikalpa". Un vikalpa vrai, certes, mais c'est tout de même une construction mentale. Car la souffrance (au contraire de la douleur) est une construction mentale, une imagination. On s'imagine être souffrant : c'est un cauchemard, au propre comme au figuré. Notre vraie nature nous apparaît alors sous la forme d'un maître sage, ou d'un texte sage, ou de ce qu'on voudra, et nous parle : "Tu rêves. Tu n'est pas cet être là. Comprends que tout n'est qu'un rêve." Et il le persuade à travers divers moyens (yoga, rituels, raisonnements), qui sont tous des constructions imaginaires. Un peu comme dans Matrix. Si vous voulez sortir quelqu'un de l'illusion, il faut jouer son jeu. Faire semblant d'y croire. On se libère donc des illusions par d'autres illusions. Telle est, du moins, la doctrine des Bouddhas eux-mêmes. C'est également la pensée de la Reconnaissance et de bien d'autres sages.
 
Cependant, je ne crois pas que l'on puisse s'affranchir entièrement de l'humaine condition, ni même que cela soit souhaitable. Comme je l'ai déjà dit, nous sommes à la fois toujours déjà libérés et jamais encore parfaits.

20:35 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : pratyabhijna, yoga, vikalpa |  Facebook |

13/11/2005

La re-connaissance de soi comme étant le Seigneur n'est-elle pas une pensée ?

La "délivrance" (moksha) n'est pas une question d'expérience, mais de pensée.
 
Telle est, du moins, la thèse d'Abhinavagupta et des autres philosophes de la Reconnaissance (Pratyabhijnâ).
 
En effet, la délivrance des liens du samsâra est une idée, de même que le samsâra lui-même n'est qu'un enchaînnement d'idées. Dès lors, l'exercice de la réflexion sert à contrer les idées fausses. On remplace ainsi peu à peu l'idée que "je suis untel, voué à la mort", par la conviction que "je suis conscience, je omniprésent, omniscient et omnipotent".
 
On peut se demander comment la conscience, qui est au-delà des pensées, peut être réalisée par la pensée. Abhinavagupta répond que c'est possible, parce que la conscience est omniprésente, et parce que la conscience est libre : pour elle en effet, l'impossible est possible. L'intellect permet de réaliser l'absolu, car il en est une manifestation, au même titre que le corps, l'imagination, etc. Cependant, selon Abhinavagupta, l'intellect est plus proche de la conscience que le corps et la sensation. Quand au vide de l'état de sommeil profond, il est une simple expérience, dans lequel toute faculté de compréhension est paralysée. Il est donc sans intérêt.  
 
En effet, la délivrance n'est pas une question d'expérience. Car toute expérience est déjà cet Apparaître lumineux qu'on appelle, métaphoriquement, Shiva. Ce qui est décisif, en revanche, c'est la manière dont on se représente ce qui apparaît. Et cette "conscience de" est la Puissance, Shakti.
 
Autrement dit, il y a l'Etre, qui ne change pas. Et il y a la manière dont l'être se connait lui-même. C'est cela la conscience, la pensée, le langage et les représentations en générale. Et c'est là que la notion de "délivrance" (ou d'Eveil, ou de Réalisation) intervient.
 
Quand l'Etre se connaît lui-même parfaitement (sur le mode du "je") c'est la "délivrance".
Quand il se connaît lui-même imparfaitement (sur le mode du "oh, une table", "tiens, je suis riche", etc.), c'est le samsâra.
 
Evidemment, en un autre sens, la pensée "je suis Shiva" est elle-même une expérience.

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11/11/2005

Qu'y sont rigolous ces gourous !

Pour se détendre un peu, quelques perles, purs produits du génie humain :
 
http://www.simurgh.net/nada/etnada/ethome.htm Là, j'ai envie de faire une prière, du genre : "Dieu Provident et Bon, faites que je ne devienne jamais comme cela !" Aprés avoir vu pareille chose, vais-je arriver à dormir ? On se le demande...
 
http://www.angermgmt.com/spirituality.asp Personne n'y avait pensé : il l'a fait ! Sacré Bhagwan Râââââ (!) Afrika, va !
 
http://www.womanthouartgod.com/rasa.php Au secour ! J'oserais plus sortir seul dans un bois !
 

http://gaycampers.com/articles/hotnudeyoga.htm Re-Au secour ! (Bon, je vais sans doute passer pour un vieux con aux yeux de certains, je le sais, mais franchement, le rire est le propre de l'homme, et de la femme, et des ET, et (même) des Avatars, etc., etc. Alors pourquoi se priver ?)


 
 

00:45 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/11/2005

Où situer la frontière entre expliquer et justifier ?

Ces jours-ci, un slogan revient sans cesse. "Comprendre".
 
Il faut "comprendre" les "jeunes", nous dit-on. Soit.
Mais, à force d'écouter ce refrain, on a trés vite l'impression qu'il s'agit d'autre chose que de simplement comprendre. Car la frontière est bien mince entre expliquer un acte, et le justifier. C'est pourquoi Elie Wiesel refusait de comprendre le pourquoi les camps de concentration. Son argument était que le Mal doit certes être vu, remémoré et combattu. Mais, chercher à le comprendre, ce serait encore lui reconnaître une certaine intelligibilité. Car, si le Mal est rationnel, s'il a des explications, on pourrait aussi bien dire qu'il a ses raisons. Il serait subrepticement justifié. Le passage de l'un à l'autre serait quasiment inévitable. D'autre part, bien sûr, il y a l'argument qui consiste à dire qu'il faut comprendre le Mal pour le combattre et pour éviter qu'il se reproduise. Ce serait une des fonctions des sciences historiques. Mais éviter le glissement de la compréhension à la justification reste un exercice particulièrement délicat.

Dans la vie, en effet, on cherche souvent à comprendre, pour retarder le moment où l'on devra juger, c'est-à-dire décider.
Ainsi, des parents s'interrogent sans fin sur les causes du comportement de leur enfant. C'est certainement louable. Sauf que comprendre est une démarche purement spéculative. Dans la réalité, il faut aussi agir. Et agir, c'est juger, décider. De sorte que, dans les circonstances présentes, les voix des "experts" sociologues et autres, fonctionnent comme une forme de divertissement. On écoute ces gens pour ne pas avoir à réfléchir soi-même, pour ne pas avoir à prendre ses résponsabilités de citoyen. Le sociologue nous rassure : par son jargon, il transforme des violences physiques en problèmes purements théoriques. Il transforme des attaques manifestes contre la démocratie républicaine en des "phénomènes qu'il faut comprendre". De plus, on nous demande également de faire preuve d'empathie à l'égard des "jeunes". Ils faut les comprendre, les pauvres. Ce sont des victimes, ils appellent au secour. Ils "poussent un cri".
Sans parler des inénarables économistes de tous bords qui viennent eux-aussi nous rassurer : Pour avoir la paix, il suffit de donner aux "jeunes" plus d'argent, plus de travail, etc. Plus, toujours plus, comme si l'argent pouvait règler tous les problèmes...

Comme si, surtout, il n'y avait pas aussi des idées derrière cette violence. Comme s'il n'y avait absolument aucun lien entre l'idéologie islamique puisée dans la lettre du Coran et cette guerre des rues qui rappelle un peu trop l'Intifada.
 
Comme si les terroristes islamistes, aussi, étaient de tous de pauvres victimes analphabètes manipulées.
 
Tout cela est en partie vrai. Mais cela ne suffit pas.
 
Bien sûr, les personnes d'origines maghrébines sont victimes de discrimination et d'injustices sociales insupportables. Bien sûr le racisme rampant et la violence dont font preuve trop de policiers est intolérable. Mais enfin, tous les musulmans, veulent-ils vraiment s'intégrer au peuple ? A la communauté des citoyens ? Pour cela, il faudrait que le Coran lui-même fasse l'objet d'une profonde relecture, mais aussi d'une réécriture. Ce qui semble inconcevable, puisqu'il est "la Parole de Dieu".
 
Bref, les musulmans de France ont sans-doute des raisons de se sentir exclus, mais n'est-ce pas au fond ce qu'ils cherchent ? N'est-ce pas, du moins, ce que veulent les imams de la plupart des mosquées ? Se sentir persécuté, pourchassé (par les américains, les juifs..), n'est-ce pas le sentiment que cherchent à entretenir toutes les idéologies ?
D'ailleurs, pourquoi devrait-on, a priori, respecter l'Islam ? Aucune opinion n'est, a priori, respectable. Seules les personnes le sont. Et les idées formant la religion mulsulmane sont-elles toutes respectables ? Sont-elles compatibles avec la modernité ? Où parle t-on de démocration, de liberté de conscience où d'égalité des sexes dans le Coran ? Comment se fait-il que les pays à majorité musulmane imposent cette religion à leurs citoyens ? Si l'Islam est démocratique en essence, et tolérant, comment expliquer toute cette violence, depuis Mahomet jusqu'à aujourd'hui ? Qu'y a t-il de commun entre les terroristes saoudiens, algériens, chinois, thaïs, indiens, indonésiens, chinois et philippins ? Non pas l'appartenance à une ethnie, non pas un passé commun, non pas la pauvreté. Non. Une seule chose : une idéologie. De plus, si l'Islam est tolérant, pourquoi le territoire de l'Arabie Saoudite est-il interdit aux non-musulmans ?
 
Et surtout, ne serait-il pas temps de chercher à comprendre les victimes de l'Islam, ces millions de personnes opprimées dans leur chair et dans leur conscience, rejetées, exclues dans leur propre pays, parce qu'elles ne sont pas musulmanes ("soumises" - je pense aux minorités du Pakistan, de l'Arabie Soudite, du Soudan, de l'Iran, etc.) ? Sans parler de l'oppression que subissent les "musulmans" des états islamiques, personnes qui ne méritent ce nom que parce qu'on ne leur reconnait nulle liberté de conscience. Sans parler des femmes, non plus...
 
La liberté de penser et de s'exprimer sont des droits qu'il faut sans cesse défendre pour pouvoir les exercer. Comment ? En les exerçant, justement.


19:51 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

08/11/2005

Y a t-il des états de conscience préférables à d'autres ?

L'état de veille est le Nirmâna Kâya
L'état de rêve est le Sambhoga Kâya (richesse infinie - Thögäl)
L'état de sommeil profond est le Dharma Kâya (simplicité absolue - Trekchöd)
Le quatrième état est le Svabhâvika Kâya
 
Les différents états que l'on atteint et cultive par la méditation, nous les traversons chaque jour, quoi qu'il arrive, que l'on médite ou pas. Ou plutôt; ils nous traversent.
 
Dés lors, la méditation consiste à cultiver délibérement l'un de ces états. En général, c'est le quatrième état que l'on recherche. Les autres, on les évite. Etre dans le quatrième état, c'est "méditer". Etre dans un autre état, c'est être distrait.
 
Si vous vous demandez à quoi ressemble ce "quatrième" état de la conscience, sachez qu'il est comparable à l'orgasme, à l'évanouissement, à l'éternuement et autres moments durant lesquels il y a "conscience de", mais sans objet bien défini. Genre : "Oh !" "Ah !"
 
Pour ce qui est de "faire le vide dans sa tête", cela n'a guère d'utilité. Même quand nous sommes réveillés, nous avons la plupart du temps l'esprit vide. Les pensées sont comme les atomes dans l'espace. On a l'impression qu'elles tissent des murs et des réalités solides. Mais, si l'on y regarde de plus prés (zéro centimètres est l'idéal), on s'aperçoit qu'il y a beaucoup plus d'espace que d'atomes, comme dans un système planétaire, où les planètes occupent en réalité un espace minuscule.
 
Ce qui fait vraiment la différence, ce n'est pas la présence ou l'absence de pensées, de sensations ou d'émotions, mais plutôt la manière d'y réagir.
 
Mais enfin, vu qu'on a guère plus de contrôle sur nos réactions que sur le reste, tout cela revient au même. 
Je me demande si l'état indicible, ultime et absolu que l'on cherche par la méditation n'est pas tout simplement l'état de sommeil profond, l'état de sommeil sans rêves. Un rien de chez Rien. C'est ce que disaient déjà certaines Upanishads il y a 3000 ans (!). Mais peut-être est-ce trop simple... 

14:04 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, upanishad |  Facebook |

06/11/2005

Des inconvénients d'être idolâtré

Aujourd'hui, les lamas semblent unanimes : le bouddhisme Tchan (ou Zen), jadis enseigné au Tibet par un certain Hashang, est une voie erronée. Ce Hashang aurait prôné une pratique de la méditation molle, proche de la torpeur et, pour tout dire, du sommeil. Le contraire de l'Eveil, en somme.
Mêmes les lamas tibétains qui enseignent le Dzogchen professent à présent cette opinion sur le Tchan/Zen. Il est vrai que le Dzogchen fut souvent accusé d'être une survivance déguisée du Tchan de ce Hashang.
 
Pourtant, Longchenpa, que les maîtres Dzogchen tiennent unanimement pour le plus grand maître Dzogchen a dit, dans Le trésors de joyaux du Réel tel quel, sa dernière oeuvre :
 
"Le soleil de la réalité ultime, la connaissance principielle qui surgit spontanément, est voilée autant par les nuages de la vertu - les actes positifs -  que par ceux du vice - les actes négatifs".
Il commente lui même ce vers: "Le grand maître Hashang parla en des termes semblables, et bien que ceux dont l'entendement était moins développer ne purent l'admettre alors, en réalité ce qu'il a dit est vrai."
 
Et oui, Longchenpa, le "saint maître", l'a bien dit, et pourtant ceux qui s'en réclament aujourd'hui disent le contraire ! Voir, par exemple Tulku Tondhup dans Dzogchen Practice, ou bien même Namkhai Norbu...
 
Saviez-vous qu'il n'existe aucun commentaire aux "Septs Trésors" composés par Longchenpa ? Celui-ci est soit divinisé, soit ignoré, à tel point qu'on peut se demander si on ne l'a pas divinisé pour mieux l'ignorer...
Deux des Septs Trésors, les plus importants relativement au Dzogchen, viennent d'être traduit en anglais. Les lamas se gardent bien d'en parler ou de s'en servir comme support pour enseigner, alors que par ailleurs, ils se plaignent de manquer de traductions. A titre d'exemple de l'attitude des maîtres Dzogchen d'aujourd'hui vis-à-vis de leur icône, voici ce qu'on peut lire dans la préface à l'un des Septs Trésors, préface écrite par feu le grand maître Dzogchen Chagdud Tülku : "It should be understood that works of this kind are not casually read and easily comprehended.[...] However, simply having these books in one's home is more valuable than having statues or stupas [...] Such holy works carry powerful blessings and are worthy objects of faith and devotion." En clair : pas la peine de lire le texte, vous pourriez vous créer des obstacles inutilement. Par contre, achetez ce livre, et placez-le sur votre autel bouddhiste. Un objet de décoration : voilà comment un maître Dzogchen nous présente le texte Dzogchen "le plus profond" !
 
Pauvre Longchenpa. L'adoration dont il fait l'objet empêche son message de se répandre.
Un peu comme la Bible, qui ne fut traduite en langues vulgaires qu'au XVème siècle.
 
Cela me rappelle un phénomène semblable qui s'était produit autour d'un célèbre disciple de Ramana Maharshi, qui enseignait dans les années 90 dans une grande ville du nord de l'Inde.
Agé, il était a demi paralysé à cause de son diabète. Il parlait de moins en moins, se contentant de lire des livres durant les satsangs (réunions spirituelles), ou bien des lettres d'admirateurs. Et moins il parlait, plus les gens déliraient sur la puissance de ses "bénédictions". Des femmes entraient en trance, pleuraient ou riaient. Les hommes fondaient aussi en larme, jouaient de la guitarre, du djembé à tout rompre (j'aime beaucoup le djembé), écrivaient des poèmes s'ils avaient eu l'impression d'avoir reçu la grâce d'un regard du Maître. Or, cette hystérie était inversement proportionnelle au silence, involontaire, dudit maître. Il était littéralement empaillé vivant, sur un trône de plus en plus kitsch, avec gardes du corps et ambiance de court avec cabbales façon Versailles. Bref, tout le monde (moi y-compris) semblait avoir oublié la sobre pratique de la réflexion, pourtant prônée comme étant la seule méthode de libération directe par le grand Ramana. Je me souviens que cette atmosphère d'hystérie collective attirait toutes sortes de prophètes. Il me revient notamment le souvenir d'une intervention haute en couleur par une réincarnation de Moïse, venue d'Israel, avec bâton et panoplie complète. Sans parler des Hare Krishnas, qui sont pourtant les ennemis traditionnels des approches non-dualistes. Je me suis farçi pendant 10 jours les élucubrations "personnalistes" d'un prosélyte débarqué de Norvège avec sa Râdhâ rousse et ses disciples Danois. Jolies adaptations des Beatles, effet garanti. Parler de méditation ou de quoi que ce soit en rapport avec la non-dualité ou la connaissance de soi était presque devenu un blasphème. Il fallait chanter, pleurer, lancer des fleurs, bref gagatiser nuit et jour.
 
De tout cela, je conclus que ce sont les disciples qui font le maître, le plus souvent pour neutraliser son enseignement.

15:08 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dzogchen, longchenpa |  Facebook |

05/11/2005

Nous sommes tous des tülkous, nom d'un clou !

Dans la Grande Complétude (Dzogchen), comme dans toutes les traditions, il y a une tension entre deux approches. Celle qui considère que tout est déjà parfait, d'une part. Et celle qui considère que tout est potentiellement parfait, d'autre part. Ces attitudes ont cristallisés vers le XII-XIIIème siècle. On a alors commencé à distinguer Trekchöd ("Laisser être") et Thögal ("Brûler les étapes").
 
Selon cette dernière approche, les qualités de l'Eveil, à savoir l'omniscience et ce qui en découle, sont déjà présentes en nous. La connaissance parfaite est depuis toujours cachée au sein des ténèbre de notre âme, qui est l'ignorance même. Le feu couve sous les cendres.
Mais, pour raviver ce feu et actualiser les qualités, il faut recourir à des techniques. Il ne suffit pas de re-connaître comment toute chose est parfaite du point de vue vrai. Cela ne suffirait pas, car cela resterait une construction. Au fond, on continuerais à se raconter des histoires... Il faut donc des techniques pour actualiser ce qui, au fond de nous, est le contraire même de toute technique : l'Eveil, absolument simple et infiniment riche.
 
L'autre approche, celle du "laisser être", met l'accent sur le fait que la "complétude" dont parle "la Grande Complétude" est avant-tout une question de point de vue. Tout est toujours-déjà parfait. Pure de tous défauts, dotée de toutes qualités. Il suffit de le re-connaître, de redécouvrir ce qui est, tel qu'il est, grâce à la raison et à l'expérience.
 
C'est dans cette perspective que le Tantra Qui Réduit les Discours en Poussière ("Drathelgyour") dit :
 
"De plus, si l'on considère leur condition, [l'on s'aperçevra] qu'il n'y a pas un seul être ordinaire qui ne soit déjà un Bouddha.
Parce que leur nature est celle de la connaissance principielle (yéshé) qui surgit spontanément, le samsâra n'a jamais été une entité avérée.
Par conséquent, chaque [être ordinaire] est naturellement un Bouddha.
 
Quand on prend conscience de ce que signifie réellement "naître" [d'une femme, on réalise que] demeurer dans le ventre [de la femme], c'est l'Elément Réel.
La conjonction d'un corps et d'un esprit, c'est la conjonction entre l'Elément et l'Intelligence. Etre dans un corps, c'est être les Trois Corps [d'un Bouddha].
Le vieillissement, c'est l'effondrement des phénomènes [karmiques] et la fin des apparences nées de l'égarement.
La maladie, c'est l'expérience directe de la vraie nature des phénomènes.
Et la mort, c'est la vacuité innasignable.
 
Par conséquent, les êtres ordinaires sont des Bouddhas."
 
De même, on lit dans le Tantra de la Guirlande de Perles :
 
"Il n'y a pas libération grâce aux efforts.
Bien plutôt, on est éternellement libéré.
 
Parce qu'ils sont l'union de la Sagesse et de la Méthode, les causes [de notre existence ordinaire] - notre mère et notre père - sont purs.
L'impulsion en forme de désir [qui débouche sur la naissance] est la connaissance d'un Bouddha, consciente d'elle-même est parfaitement bienheureuse.
L'ovule et le sperme, causés par les Cinq Eléments, sont le surgissement des apparences dans l'espace de la vacuité.
La bienheureuse union d'un couple est la Sagesse intellectuelle (prajnâ) qui nait de la Méthode.
L'entrée [de l'esprit transmigrant] dans l'embryon, c'est, depuis le Fond, la venue au plein jour de l'Intelligence qui se connaît elle-même.
Les sept premières semaines sont l'épanouissement de la Réalisation.
En dix mois, les [vingt-et-une] Terres sont traversées.
La naissance est le Corps d'Emanation (tülkou).
La croissance corporelle est le Champs pur du Fond.
L'existence corporelle est le Fond.
La vieillesse est la disparition de l'égarement.
La maladie est la Réalisation en toute certitude.
La mort est la délivrance au sein de la vacuité des phénomènes.
 
De sorte que, sans efforts et éternellement, dans leur incarnation, les êtres ordinaires sont des Bouddhas."
 
Ici, existence ordinaire = existence pure de tous défauts et dotée de toutes les qualités (sangyé, équivalent en tibétain du sanskrit buddha, "éveillé").
 
Il s'agir de re-connaitre ce qui est donné ici et maintenant comme ce dont parlent les textes religieux. La conscience et ses propriétés, ce sont les vertues des Bouddhas, les Puissances de Shiva, les attributs de Dieux, les Noms d'Allah, les Trucs-Qu'on-Veut du Divin Marché Mondial, etc.
 
Tout ce que nous promettent la religion, l'économie, la politique, l'art, les ETs, les Anges, les gens qu'on rencontre, les pigeons, les paysages, les rêves, les rêveries, etc., tout cela est donné, d'une manière incompréhensible, Ici. A zéro centimètre. Puis, de là, partout.
Trouver cet Ici ne prend qu'un instant. En mesurer la richesse prend toute une vie.

18:15 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dzogchen, tulkou |  Facebook |

03/11/2005

Abd el Kader contre al Kaida ?

"Mon coeur est devenu capable de revêtir toutes les formes
Il est pâturage pour les gazelles et couvent pour le moine
Temple pour les idoles et Ka'aba pour le pélerin
Il est les tables de la Thora et le livre du Coran
Je professe la religion de l'Amour, quelque soit le lieu
vers lequel se dirige ses caravanes
Et l'Amour est ma loi et ma foi."
 
L'interprête des désirs (Tarjumân al-ashwâq), Ibn 'Arabî,
cité dans Abd el Kader, Ecrits spirituels, p. 34.

 

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 La tolérance, au sens moderne, est pour ainsi dire absente des textes pré-modernes (en gros, avant Descartes).
 
Mais, selon leur conception de la vérité, les auteurs pré-modernes préparent ou non le terrain à une certaine tolérance.
 
Pour l'hindouisme, Abhinavagupta est sans doute le plus brillant exemple.
Comme tous les indiens, il intègre toujours les anciens systèmes, ou bien ceux qu'il estime être inférieurs, sans les supprimer. Il hiérarchise les points de vue, sans en exclure aucun. Chaque pensée est un point de vue plus ou moin riche sur l'Etre. 
Les exemples sont ici innombrables, mais je souhaitais en rappeller l'existence, pour corriger l'impression qui ressort  de mes billets précédents, et qui serait que les hindous sont des fanatiques.
Il n'en est rien. La civilisation indienne est profondément tolérante, intégratrice, réconciliatrice, toujours prête à envisager la nouveauté, à faire des compromis. Et les religions tantriques Shivaïtes et Bouddhistes (mais aussi Vishnouïtes et Jains) sont des mouvements religieux d'une richesse sans équivalents ailleurs.
Même dans la pratique, les indiens font preuve d'une incroyable ouverture d'esprit face à l'Islam ou au Christiannisme, alors que ces religions font bien peu d'effort pour s'adapter.
 
Par exemple, saviez-vous que le maître de Lilian Silburn était un hindou, maître d'une lignée soufie réputée, la Naqshbandiyya ? C'est une des plus orthodoxe en manière de loi islamique. Et pourtant, au début du siècle, un maître musulman de cette lignée transmit son enseignement à un hindou ! Au XXème siècle ! Et cette lignée s'est propagée. Des disciples de Lilian Silburn la perpétue, et il y a toujours des satsangs à Kanpur. Par ailleurs, même les hindoux anti-musulmans au plan politique ont souvent une étonnante culture islamique. Ils connaissent le plus souvent des poèmes  arabes et persans. Parfois même, ils en composent, comme l'ex premier ministre de l'Inde, qui était pourtant du parti hindou fondamentaliste BJP !
 
De même, j'ai décris le Shaiva-siddhânta comme une religion sectaire. Ce qui est vrai. Mais certains textes shivaïtes, par exemple, décrivent comment toutes les sectes shivaïstes avaient le droit de chanter leur propres hymnes à Shiva lors des grandes fêtes publiques. Et ce n'est pas qu'un idéal : on a la preuve que cela s'est parfois déroulé ainsi. Evidemment, les shivaïtes ont aussi leur "service d'ordre", hier comme aujourd'hui. Mais bon, il y a aussi une étonnante plasticité.
 
On retrouve cette ouverture d'esprit en Islam, chez Ibn Arabi en particulier. Il n'a pas eu de successeur. Il est en fait devenu immortel, sous la forme de ses oeuvres. Certains ont perpétué son esprit. Le meilleur exemple en est sans doute l'émir Abd el Kader. Authentique mystique non-dualiste, nationaliste arabe, homme d'action, et homme de dialogue impressionnant. Je vous conseil vivement de vous procurer ses Ecrits spirituels, parus dans la collection Points Sagesse.
 
Quand on le lit, on se dit que tout est encore possible.

 

18:05 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02/11/2005

Tout rituel n'est-il pas un TOC déguisé ?

En repensant à toutes ces règles qui font la vie des brahmanes, je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec les Troubles Obsessionnels Compulsifs, ou TOC. Par exemple, telle femme ne peut s'empêcher de verifier 100 fois que sa porte est bien fermée. Telle autre doit laver tout ce qu'elle voit, le ranger et le re-ranger à longueur de journée. Faute de quoi,  leur angoisse devient insupportable.
Les rituels ont la même fonction. Ils appaisent une angoisse par la répétion quasi-obsessionnelle d'actes assez absurdes en eux-mêmes. Tout comme on donne un hochet à bébé pour le calmer, on donne un vajra à l'adepte du bouddhisme tibétain. Sans parler du rosaire (mâlâ). Que personne ne doit toucher ni voir, bien sûr...
Au fond, il n'est pas étonnant que l'atmosphère dans les centres bouddhistes tibétains paraisse parfois si bizarre. Le Vajrayana a conservé la plupart des règles inventées par les brahmanes. Règles de castes, de pureté, de secret, de hiérarchie. Qui se retrouvent dans le tantrisme.
On retouve la même obsession de purification, les mêmes répétitions, les mêmes rituels pour se protéger, la même redondances de rituels de confession, etc. On en rajoute, on le fait en double, en triple, juste au cas où, juste pour être sur (100 000 proternations, + 10%, "pour être sûr"). Mais les saints, les vrais pratiquants, eux ne s'arrêtent jamais, nous disent les lamas. Rosaire, mantras, prières, proternations, moulins à prière. On tripote, on bidouille, on se balance à longueur de journées pour éloigner l'angoisse. "Tout le malheur de l'homme vient de ce qu'il ne sait pas rester en repos dans une chambre" disait Pascal, cet odieux personnage.
Bien sûr aussi, le principe du tantrisme, c'est d'utiliser le mal pour soigner le mal. L'exemple classique, c'est manger des flageolets pour calmer les flatulences... Mais les applications ne sont pas entièremment convaincantes.
Dans toutes les formes de tantrisme, il y a certes une forme de réconciliation de l'esprit et des sens. Mais il y a aussi des aménagements de névroses, des psychoses, de la paranoïa en veut-tu en voilà, des délires de toute-puissance, un fantasme de tout maîtriser avec des techniques, l'idée que la femme est une sorcière, mais qu'on peut s'en servir, l'idée que la fin justifie les moyens, l'idée que l'esprit critique est un démon, l'idée que l'argent et le pouvoir sont des signes de réussite spirituelle, etc.
Bref; restons éveillés. Moi, par exemple, je mange des carottes, et je vais nager trois fois par semaines.

13:17 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Abus et généralisations, suite

(Suite de quelques unes de mes avantures avec les lettrés de l'Inde)

 

Donc, j'ai appris que je devais chercher un nouvel appart. J'ai trouvé un splendide 1er étage, chez une riche veuve joaillère vivant seule avec sa fille, conservatrice au musée des tissus de la BHU. J'ai mal à la gorge. Elles m'offrent un remède à base de Tulsi (basilic). Je m'attendris. Je paie d'avance le loyer. Quelques jours plus tard, je finis de trimballer, en sac-à-dos-cyclette, mes précieux bouquins. A peine assis sur le canapé de leur salon, m'efforçant de redresse mon cou torticolisé, elles m'apprennent que "No", finalement, elles ont changé d'avis. J'ai 15 mn pour évacuer. Encore un revirement inexplicable. Avec les brahmanes, c'est la coutume, je commence à m'y faire, c'est normaaaaaaal. J'ai de la fièvre. Y fait chaud. Rien à boire, jour férié. Je re-débarque, avec mon caravan-sérail (deux cycle-rickshaws spécials trimballage), chez mon gourou. Comme il déménageait récemment encore, mon bordel plus son bordel, ça passait bien. Il a sourit, a dit qu'il était content que Shiva joue ainsi. Youpi. J'étais au bord de l'évanouissement, mais heureux d'avoir un sol sur lequel m'effondrer. Là, je découvre que "l'ami" qui a pris mon appart est en fait un jeune indien, originaire du Gujarat. Je l'avais déjà recontré aux "cours". Il s'occupe du tel portable du gourou. Il a fait un MBA, puis a découvert "qu'il n'y a pas que l'argent dans la vie", et veut maintenant devenir gourou. Il n'y connait rien en sanskrit ni en Shivaisme du Cachemire. Mais il est diplômé en biz, et surtout, il vient de l'ashram de Ganeshpuri... Muktânanda, le Siddha Yoga, ça vous dit quelque chose ? Faites une recherche sur le net. Je préfère ne pas en parler, vu qu'ils ont pleins d'avocats. En gros, le Siddha Yoga, c'est la scientologie, version hindoue. Bref, je commence à comprendre pourquoi le gourou lui a refilé l'appart. Le Siddha Yoga, c'est une multi-nationnale américaine. Pleins aux as. Le gourou, ça lui a fait perdre les pédales. Maintenant, dans son cours, il passe des heures au tel avec "les américains". Du coup, un autrichien qui s'est inscrit à un cursus de deux ans sur "Tantrisme et yoga", se barre. Les autrichiens aiment l'ordre. Le "cursus de deux ans" aura donc duré 3 semaines. Aprés, on a bu du thé pendant encore un moi environ. Et puis, je crois qu'on a fini par laisser la place aux corbeaux et aux écureuils. Le would-be gourou donc, me fait visiter son "appart du 1er étage". Je le met au courant. Le gourou m'avait dit "Tu comprends, mon amis, il est trés pauvre, tu comprends... et il vit avec une femme. Il ne peut pas rester au rez-de-chaussez ave nous. Tu comprends, un homme, une femme, moi, ma femme, ensemble, ce serait mal vu dans le quartier..." J'apprend qu'en fait il est riche. Mais son caprice, c'est d'être là (avec sa soeur, qui n'est pas sa femme, comme aide ménagère). Il me dit, d'un aire mielleux "J'ai besoin de silence pour ma pratique, tu comprend. J'ai une mission, je dois devenir gourou. Ayant éveillé ma kundalinî, je comprend les textes sans efforts". Oui oui. J'ai une forte fièvre. Je ne comprend plus rien. Juste que je me suis bien fait pigeonner comme d'habitude avec les brahmanes. Trés généreux, le disciple humble me propose de dormir par terre, dans sa [ma !!!] chambre, "Il y a un ventilateur, c'est bien contre les moustiques". Ah bon ? Je ne savais pas ! En plus, sitôt arrivé, il met des photos des gourous du Siddha Yoga partout. Il vire mes belles images de Kâlî, Shîtalâ Devî (ma préferré, avec son petit âne)... Le lendemain, je vais voir le seul médecin à 20km à la ronde. Un brahmane, disciple d'Anandamayî. Au bout de 4 heures, quand j'en ai marre de laisser les gens passer devant, je fonce, j'ouvre la porte du cabinet. Il me diagnostique une jaunisse. Deux mois et pleins d'analyses et de médicaments plus tard, j'apprendrais par un autre médecin que je n'ai jamais eu de jaunisse...
Quoiqu'il en soit, je me retrouve au rez-de-chaussez, avec mon gourou et sa famille. J'ai une pièce. La cuisine est dehors, 100 vers la droite. La salle d'eau (1m30 de plafond) est à 100 sur la gauche. Vu que le nuit tombe vers 17h, c'est un vrai plaisir. La pompe à eau est dans ma "chambre". On l'allume tous les matins vers 4h. Ca se marrie bien avec les bhajans techno-shivaïste de notre voisin brahmane. En plus, comme ça, les chiens s'y mettent (vous ais-je parlé de la joie inoubliable de croiser chaque jour, dans les ruelles incourtournables, les mêmes chiens crevés ?). C'est une ascèce multi-dimensionnelle et poli-culturelle. Un peu comme à Sarcelles, mais avec l'humidité en plus, et l'électricité en moins. Je me fais livrer un "lit" (=une plache moisie). Le gourou a alors la bonne idée d'organiser une grande Puja. Une cérémonie pour Shiva. Le jeu consiste à confectionner 150 000 petits Shiva-linga en 24h. On commence à minuit. On roule ces boudins en boue du Gange le plus vite qu'on peut. On les aligne, on en fait les pyramides, on les compte. Puis on s'apperçoit qu'on est pas assez. Le gourou appelle alors ses copains gourous pour qu'ils envoient leurs disciples à la rescousse. Puis tout foire. C'est la coutume. On a fait 50 000 boudins. C'est bien. On les regarde, puis on les jette discrètement dans le terrain vague d'à côté. Avec les mantras (formules rituelles) adéquates, bien sûr.
Je suis parti, définitivement, le lendemain matin, en laissant le lit (1800 roupies, tout de même). Je crois que ce fut la dernière fois que je me suis fait "viré" par un brahmane. 

12:56 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Toute généralisation est-elle abusive ?

J'ai passé l'aprés-midi d'hier à faire la visite du quartier latin avec un brahmane shivaïte (shaiva-siddhânta : voir le billet sur les mélanges à base de pipi de vache et autres purifications).
 
Y a pas de doute : J'ai du mal avec les brahmanes. Et eux encore plus avec moi. J'ai l'invincible impression d'avoir affaire avec des autistes. Il faut dire que mes relations avec eux ont toujouts été assez tendues.
 
En 95, j'essayais de m'inscrire en doctorat dans une grande université du nord de l'Inde. Deux mois durant, je crapahutais dans les bureaux, les embouteillages et les ruines du campus. Le Président devant donner son accord, j'assiégeais son bunker, situé hors du campus. Entouré d'une muraille de sacs de sables, protégé par plusieurs centaines de militaires, le bougre refusa. Puis on me fis comprendre que, pour 5000 $ de plus, j'aurais la joie de pouvoir me faire raquetter par les caids de ce campus mafioso-guérillaïste. Puis tout a foiré, l'ambassade (de France) m'ayant vivement conseillé de laisser tomber, et mon instinct de survie a fini par reprendre le dessus. J'étais assisté par un grand érudit du Shivaisme du Cachemire, membre du Rotary Club en plus et multi-millionaire. Rien n'y fit (pour mon plus grand bien, certes, mais bon, sur le coup ça énerve).
Ce n'est que deux ans plus tard que j'ai eu le fin mot de l'affaire. Il se trouvait qu'un grand prof d'étude védiques de cette université vint à Paris pour enseigner le sanskrit. Au  cours d'un sympathique snack dans son appart de diplomate indien dans le 15ème, il m'a dit, avec un grand sourire et le plus naturellement du monde "Yes ! C'étais moi qui m'occupais de l'acceuil des étrangers à l'époque. : ) . [Ah ? me dis-je] . Et comme tu étais étranger, j'ai refusé ton inscription. C'est normal, tu comprends, tu est un étranger". Ben voyons. Plus tard, j'ai malencontreusement laissé son épouse (une authentique patate réincarnée en brahmane) voir une photo de mon père. Commentaire : "C'est qui ce nègre, là ?"
Eh oui, les brahmanes et les indiens des classes moyennes sont xénophobes. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais, en gros, on doit savoir (pour son propre bien et celui de tous les êtres) qu'ils sont les gens les plus insupportables qui soient.
Par ailleurs, je me suis fait viré de chez un brahmane maharâja astrologue grand amateur de bierre et de bas-reliefs-pornos-pour-touristes. Malheureusement, j'avais besoin de ses services. Je me suis gélé deux mois dans sa ruine, à être espionné par ses serviteurs à l'oeil torve. Et ce qui devait arriver arriva. Un beau matin, il me présenta à sa fille (la cocaïnomane qu'il avait dû faire rapatrier de Hong-Kong). Salle tronche. Pas aimable du tout. Pas un mot. Juste du père : "Hum... yes, we would like you now go". Traduction : dégage. En fait, la fille (que je n'avais jamais vu, et qui laisse plus ou moins ses parents se débrouiller avec trois sous) avait cru m'aperçevoir avec une jeune indienne dans ma chambre (via les sevriteurs, j'imagine). En brave fille bien éduquée qu'elle était, elle craignait pour la réputation de ses parents. Ceci dit j'avais bien aprécier les virées nocturnes avec le brahmanarâja. Notamment dans les millieux politiques ayant organisé la destruction de la mosquée d'Ayodhya. Je ne vous dis pas les ambiances glauques, genre complots fascistes.
Juste un fait : dans toutes les (rares) librairies de l'Inde, vous trouverrez des édition anglaises ou hindies de Mein Kampf. D'ailleurs, le parti fasciste élu par les classes moyennes, le BJP, est une émanation du RSS, créé par un admirateur indien du Duce. Même structure, mêmes uniformes... une authentique reconstitution. C'est un de leur sympathique militant qui assassinat Gandhi. Il était inspiré par la Bhagavad Gîtâ ("Tue les méchants, de toute façon ils sont déjà morts!"), tout comme un certain Himmler quelques années auparavant (il a tellement aimé, qu'il l'a fait traduire en Allemand, et en a offert un exemplaire à chacunde ses SS). L'ironie de l'histoire, c'est que la candidate du parti ennemi (le Congrès) aux dernières élection, Sonia Gandhi, était née italienne, fille d'un militant fasciste ! Ce qui n'empêcha nullement les politiciens du BJP de l'insulter comme étant une ignoble étrangère. A ce propos, je souviens que, comme par hasard, un blockbuster de l'époque Hum Dilde Chuke Sanam, se passait en partie en Italie, décrit comme un pays de sauvages gangters s'exprimants comme des singes... Bref.
Plus récemment, je me suis fais vider de chez un brahmane Shivaïste cachemirien. Mais il n'est pas cachemirien. Juste bihari, vivant à Bénares. Le Bihar fut le pays du Bouddha. Je ne sais pas ce qui s'est passé depuis, mais on compare volontier le Bihar à la Sicile. En tous les cas, quand je suis arrivé, il vivait avec sa femme, ses trois filles (malédiction !) et son fils dans un temple qui passait des bhajans à fond 24h/24. Il déménageait, et m'a gentillement offert d'habiter avec lui. Dans la nouvelle maison, calme, on m'octroya un appart sur le toit. Je prenais là mes leçons tous les matins. Je tenais ce personnage en haute estime, vu qu'il était disciple de Rameshvar Jha, sans doute le plus grand maître du XXème siècle en Shivaïsme du Cachemire.  Il ne parlais pas un mot d'anglais. Mais ça donnait un côté magique à l'enseignement : Sur les toits de Bénares, en sanskrit et en hindi, avec des ciel intemporels. Les filles nous apportaient des thés et des biscuits, la mère me découpait des morceaux de mangue... En plus, côté magie, le gourou, que j'appellerais K, m'avais annoncé d'emblée qu'il avait vu en rêve que j'arrivais, que je devienddrais moi-même un grand gourou (comme disait Rameshvar : Ici [dans notre tradition] on ne prend pas de disciples : on fabrique des gourous"), il m'a révélé que j'avais un lien avec le Shivaïsme remontant à un lointain passé, il m'a expliqué que les corbeaux se posants sur le toit dans différentes postures était de bons augures (cette science s'appelle le Kawa Tantra; si, si), que tout cela était exceptionnel, merveilleux, etc.
Peu de jours aprés, K, dans sa salle de classe, m'informa que je ne pouvais plus habiter chez lui. Il était, comme toujours, allongé sur l'immense matelas-canapé qui occupait la plus grande partie de la classe, avec ses étudiants lui servant des thés, et faisant des courses importantes. Il n'y avait rien que je puisse identifier comme étant un "cour", mais de nombreux aller-retour, palabres, touchages de pieds (je suis un expert), prosternations, éloges, délires, sirotages de thés, gratouillements de bistouquettes, rots et pets, baîllements et rires juvéniles, tout cela dans ce décors de palais des mille-et-une nuits du collège de sanskrit de la BHU ("la plus grande université de l'Inde"). Pour trouver la classe, c'est pas compliqué : c'est la seule où y a encore quelqu'un. Il suffit de se guider aux voix.
Il m'annonce donc qu'il a un ami qu'il doit aider...

12:17 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/11/2005

Faut-il diviniser l'émotion ?

Hier soir, je regardais sur Canal+  la promotion du documentaire sur Ammaji, célèbre femme gourou, à la tête de nombreux mouvements caritatifs, et originale en ceci qu'elle prend dans ses bras ses fidèles comme une mère. Considérée par eux comme une incarnation de la Déesse, elle sourie tout le temps.
 
Elle me rappelle la bonne que j'avais à Pondy. Deux mois aprés le Tsunami et quelques émeutes, elle était toujours souriante.
 
Bien sûr, je suis touché par cette femme. Mais, quand je vois une femme indienne standard s'occuper de ses enfants sur le trotoir, sur un quai de gare, ou bien dans une campagne ravagée, je suis infiniment plus touché. C'est, comme qui dirait, d'un autre ordre. On peut penser que je ne suis qu'un philosophe coincé, mais tant pis, j'assume. Aller au-delà de l'apparence, de l'impression, du moment présent.
 
Et là, je prend consciencede ce qui m'empêche de pleinement adhérer à Ammaji. Il n'y a que de l'émotion de groupe, centré sur une icône maternelle. Dans cette mise en branle d'instincts grégaires, il y a, me semble t-il, quelque chose de malsain. Une abdication de l'esprit critique, du sens de la mesure. Et cet abandon n'est pas un abandon au divin, mais bien plutôt à une émotion divinisée. Il y a quelque chose comme de l'idôlâtrie là-dedans, l'évocation d'une puissance qui nous dépasse, et qui est bonne, certes. Mais qui pourrait, aussi bien, être mauvaise.
 
Ceci dit, il se trouve que le charisme de cette femme aide certains des plus démunis en Inde. Comme quoi, la Mâyâ (l'illusion) n'est pas un mal en elle-même.

12:55 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

"Dans la Grande Complétude, rien ne manque !"

De nos jours, les enseignements dzogchen (la "Grande Complétude") donnés par les lamas ressemblent de plus en plus aux émissions du genre "Télé-Achat".
On vous montre un fabuleux aspirateur qui peut tout aspirer d'un seul coup et sans efforts. Intéressé, vous achetez le bidule. C'est alors que vous découvrez que, pour pouvoir faire fonctionner la machine-miracle, il faut tout un tas d'accéssoires et de préparatifs. De fil en aiguille, vous vous retrouvez à dépenser des sommes folles, et à nettoyer votre chez-soi à la petite cuillère.
 
Ici encore, le mieux est peut-être d'apprendre le tibétain.

12:42 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dzogchen |  Facebook |