09/12/2005

Croire en quoi ? en qui ?

Dans le chapitre 6 de la Doctrine secrète, le prince commence par dire qu'il ne comprend rien à l'allégorie racontée par sa princesse. En fait, il ne comprend même pas que c'est une allégorie.
Son épouse lui répond, en substance, qu'il doit lui faire confiance. En effet, sans confiance ni foi, aucune action, ordinaire ou spirituelle, n'est possible.
" Concluons donc que tout comportement humain se fonde sur une certaine confiance originelle".
Le doute à tout va paralyse le sceptique. Le jeu du "prouve ta preuve" mène à un nihilisme stérile. Il faut réfléchir, mais en s'appuyant sur des enseignements révélés dans des textes ou par un maître: "Lorsque tu ne raisonneras plus que sur la base des textes révélés tu seras prés d'atteindre le salut."
Mais le mari, pas si bête que cela, aprés avoir loué l'intelligence de sa femme, lui pose quelques questions pertinentes :
"A quoi doit-on croire ? Et à quoi ne doit-on pas croire ? Les textes révélés sont si nombreux, contradictoires, les opinions des maîtres si variées... Chacun est enclin à proclamer l'excellence des idées qui ont sa préférence et à rejeter les autres comme inutiles et même comme nuisibles au salut... Même celui qui considère le vide comme étant la vérité est en mesure de réfuter les autres. Pourquoi ne pas ajouter foi à ses paroles ? Son opinion aussi est en accord avec les textes révélés !" Les textes bouddhistes "révélés" (sûtra et tantra), mais aussi certains passages des Upanishads védiques.
 
Bref, chacun choisit la philosophie qui convient à son tempérament. "Dis-moi ce que tu crois, je te dirais qui tu es". Aujourd'hui en Occident, comme hier en Inde, il y a pléthore de systèmes - y compris des "systèmes anti-systèmes" - qui se proposent à notre adhésion. On y adhère en effet, puis on passe à autre chose... Cette attitude semble devoir mener au nihilisme, au scepticisme ou à un prudent agnosticisme. En tous les cas, pas à la foi. Le prince a donc raison de demander à cette princesse comment l'on peut avoir foi en la foi ? Ne faut-il pas se contenter de l'expérience et du raisonnement ? Mais on a démontré avant que les expériences sont subjectives et relatives, que les raisonnement peuvent prouver tout et n'importe quoi : Que faire alors ?

11:07 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

Commentaires

Une vache dans la Fnac. "aucun est enclin à proclamer l'excellence des idées qui ont sa préférence et à rejeter les autres comme inutiles et même comme nuisibles au salut..."

ET si il n’y avait pas de salut ?????

Moi je trouve dommage que vibrant ne s’exprime pas plus car voir la vacuité, étudier des textes c’est bien, voir que les pensées sont vacuité, c’est bien.
Mais cela n’a jamais arrêté définitivement l’esprit, je vois par ci, par la que l’arrêt total du mouvement discursif de l’esprit est une chimère, cela n’est pas vrai.
En fait l’esprit se meut par la sensation, l’avidité, l’aversion.
L’esprit est un agitateur, un producteur de sensations, l’esprit se meut lorsque il a personnification, recherche de sensations agréables, l’esprit occupe. ET cela n’est lié à aucune religion.
Par la culture de l’attention, de l’équanimité, on développe un état, ou les sensations agréable ou désagréable sont ignorées.
L’esprit étant un agitateur des sensations, ce dernier devient alors lui-même une gêne et il est alors absolument évident qu’il doit s’arrêter.
La libération est bien un état où l’esprit est un outil parfaitement maîtrisé.
Tout ce que l’on peut te promettre, tout l’aspect mythologique, le corps arc-en-ciel, les anciennes vie etc.… tout cela te semble alors d’une niaiserie totale, mais tu dispose du bonheur d’un esprit totalement maîtrisé (ex : pas de mouvement discursif de l’esprit " à volonté"), tu est un humain, un vrai.


Écrit par : Nagado | 10/12/2005

Suppression ou transmutation ? Je suis d'accord. Sauf que, dans mon expérience, l'esprit est comme "enveloppé" dans la lumière de la simple conscience. Et il s'en trouve transfiguré.

Écrit par : anargala | 10/12/2005

+++ Je ne vois pas pourquoi l'esprit devrait s'arrêter. Ce qui est gênant, c'est la saisie, pas les phénomènes. Personne n'a jamais dit que les phénomènes devaient cesser, la vacuité n'a rien à voir avec le vide, qui est encore un état passager. Alors que la vacuité n'est absolument pas passagère. Et puis d'ailleurs qui maîtriserait l'esprit ? C'est un pur non sens.

Écrit par : flo | 11/12/2005

Ca fait quand même du bien ! D'accord aussi avec Flo. Tout dépend de ce que l'on entend par "arrêter l'esprit". Candrakîrti dit "Quant l'esprit (sem) s'arrête, les Trois Corps apparaissent". Pour Gampopa, l'esprit cesse vraiment: un Bouddha n'a plus de traces, et il fait le bien des êtres comme une machine. A l'opposé, pour Tzongkhapa, les Bouddha ont un esprit, qui fonctionne sans l'erreur de la saisie d'un soi. Pour le Dzogchen en revanche, quand l'esprit ordinaire cesse, rigpa prend la relève et (dans le contexte de thogal), "les Trois Corps" apparaissent. Autrement dit, du point de vue Dzogchen, il est certes absurde de vouloir arrêter ou purifier l'esprit. Mais, quand l'esprit s'abolit, dans l'EN, les phénomènes s'en trouvent transfiguré.
[NB: je tiens ces infos du séminaire de S. Arguillère, qui se tient les jeudis de 15 à 17h à l'EPHE, Sorbonne, Esc. E, 1er étage]

Quoi qu'il en soit, il me semble que Nagado décrit plutôt un arrêt provisoire de la pensée, du bavardage intérieur. Mais les traces inconscientes demeurent. Ce n'est pas l'arrêt de l'esprit qui débouche sur le parfait Eveil d'un Bouddha.

Comme Nagado, je trouve que cet arrêt est une expérience merveilleuse. Quant à dire s'il est délinéré ou non, c'est une chose bien délicate. Tout dépend d'où l'on part. Comme disait Ramana, "Il est impossible de ne pas faire d'effort jusqu'à un certain point; au-delà, tout effort devient impossible. De toute façon, cet "effort" négatif ne peut être qu'un paradoxe.

Écrit par : anargala | 11/12/2005

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