13/12/2005

Toutes les doctrines sont égales, mais certaines le sont plus que d'autres

Dans le chapitre 7 de la Doctrine secrète, la princesse récapitule les préceptes des chapitres précédents : Pour atteindre le Souverain Bien, il faut réfléchir, mais sur la base des textes révélés. Lesquels ?
 
1/ Les textes théistes sont supérieurs aux autres
 
Eh bien les textes qui admettent l'existence d'un Dieu tout-puissant. SS'ensuit une brève démonstration de son existence. Les textes selon lesquels le monde n'a pas de créateur conscient sont à rejeter.
Là-dessus, je ne suis guère d'accord.
-D'abord, parce que l'existence d'un Dieu personnel n'est pas le vrai message du texte. Pourquoi alors poser cette idée de Dieu comme condition préalable ? Les arguments théistes, en général, ne me convainquent pas. L'objection principale me semble être l'existence du Mal, non seulement chez l'Homme, mais aussi dans la nature : pas de vie sans destruction d'autres vies.
-En plus, on peut se passer de cette hypothèse. Si l'on veut du merveilleux, la conscience suffit, l'observation des petites choses de tout les jours suffit. C'est d'ailleurs le vrai message du texte.
 
Mais l'auteur ne peut s'empêcher de l'enrober dans un discours théiste. En cela, il suit fidèlement Utpaladeva, le fondateur de la philosophie de la Reconnaissance. Pour lui, il y a deux plans et deux discours correpondants : a/ Au plan ultime, Dieu n'est qu'un symbole, une construction mentale personnifiant la conscience ordinaire. b/ Mais au plan relatif, Utpaladeva accepte les catégories dualistes du Créateur, des créatures et de la création.
Je suis d'accord avec Utpaladeva au plan ultime, mais je ne suis pas théiste : je n'admet donc pas son explication du fonctionnement des choses au plan relatif (ou "conventionnel"). Soit-dit en passant, c'est pareil pour le Bouddhisme et l'Advaita Védânta. J'admet que tout est vide d'existence propre, que tout est Conscience. Mais je n'admet pas les explications du monde que donnent ces philosophies : je ne crois pas trop aux vies antérieures, au karman, encore moins au système des castes, etc.
Autrement dit, j'admet leur Vérité Ultime, mais pas leur explications sur le plan relatif ou conventionnel. Je penche plutôt pour des explications scientifiques, dans un esprit agnostique qui laisse la plus grande place à l'émerveillement devant les choses humbles.
 
Mais bon, laissons la princesse continuer "toute femme qu'elle soit" (dixit le prince...). A ce propos :
Selon le Tantrisme, la femme est la connaissance que l'homme a de lui-même
 
La princesse continue en relativisant la hiérarchie des doctrines:
 
2/ Toutes les doctrines sont également des points de vue sur Dieu : égalité des doctrines
 
Les Dieux imaginés avec leurs attributs ne sont pas le vrai Dieu:
 
"Mais Lui - véritable pierre philosophale pour ses adorateurs - se manifeste dans les lieux et sous les aspects particuliers qu'imaginent leur piété".
 
Voilà une belle idée, enseignée par Krishna dans la Gîtâ et dans le Mahâyâna bouddhiste. Ce que nous sommes vraiment apparait selon nos capacités pour nous éveiller à nous-mêmes. De sorte que le maître - le fameux gourou - n'est peut-être rien d'autre que notre Eveil éternel venu du futur pour nous sauver de nos fausses identifications ! En tous les cas, j'aime cette idées que Dieu ou les Bouddhas nous apparaissent d'innombrables manières, selon nos illusions propres. Comme dit le Dzogchen, "tout ce que l'on voit ou entend est la Compassion de notre Essence primordialement pure". Cela va également dans le sens de la parabole Jaïna de l'éléphant dans le noir : les philosophies, les doctrines ne sont que différents ponts de vue sur le Réel. Ce sont les Shaktis de Shiva, les manières dont le Réel ou Dieu, comme vous voudrez, prend conscience de lui-même. Du coup, on peut devenir plus tolérant :
 
"Et puisque la conscience absolue constitue le noyau de vérité commun aux diverses conceptions du Seigneur, il n'y a pas lieu de se représenter les unes commes xupérieures, les autres comme inférieures."
 
L'Inde a une vraie culture de la tolérance dont nous ferions bien de nous inspirer.
 
Ce sont là des illusions, des mots, des constructions, mais c'est tout de même trés émouvant, non ?

Commentaires

Le premier attribut de Dieu est l'existence Si tu admets l'ultime, tu admets Dieu parce que Dieu est la réalité ultime.
Le "mal" ne remets pas en cause son existence car le "mal" fait partie du domaine de l'illusion, du relatif.
Et la conscience est la porte d'accès du relatif à l'absolu.

Il ne faut pas confondre Dieu qui est l'existence même avec les Dieux fictifs fait à l'image de l'homme, ceux-ci ne sont que des projections mentales.

Écrit par : Iboga | 13/12/2005

Mon Dieu qui êtes au Ciel, restez-y ! "Le 'mal' fait partie du domaine de l'illusion". Mouais. C'est là que je ne suis pas trop d'accord avec l'Advaita Védânta, le néo-Védânta et la culture "satsang". Même dans la Reconnaissance, ce genre de déni me pose un léger problème. Les histoires de Providence, de Plan Divin d'Ordre transcendant, de karma cosmique, de Jugement Dernier, etc. : bref toutes les tentatives pour justifier les injustices et les souffrances des êtres me semblent pour le moins douteuses.
En revanche, si l'on me dit que Dieu n'est qu'un nom pour le Réel, l'Etre ou l'existence, alors ça me va.

Écrit par : anargala | 14/12/2005

Si Dieu existe, tout est permis ! On pourrait aussi dire : la preuve que Dieu existe, c'est que tu es.

Quant au fait que le mal n'existe pas en tant que tel, ce n'est pas pour justifier quoi que ce soit. C'est justement croire à son existence qui permet de justifier des tas de comportements "mauvais". Car au nom du mal, on a fait beaucoup de mal. Et ensuite, on réplique au mal par le mal.

Si un comportement est jugé "mauvais", tu auras beaucoup de mal à ne pas réagir par la peur ou par la colère.

La compréhension de "Pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font" permet d'accepter la situation, de la comprendre à un niveau plus profond et finalement de la changer en agissant par amour au lieu de réagir par la peur.

Cette acceptation n'est en aucun cas une justification oo une résignation à ce que les choses se pousuivent ainsi. Pour changer une chose, il faut déjà accepter qu'elle soit là.

Écrit par : Iboga | 14/12/2005

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