24/12/2005

L'atteinte du Soi

La doctrine secrète de la déesse Tripurâ, chapître 9 :
 
"...écoute moi avec la plus grande attention car le sujet est ardu. C'est avec un esprit entièrement purifié qu'il convient de réfléchir sur la nature du Soi. Il n'est rien de visible, rien d'exprimable. Comment pourrais-je te le décrire ? Cependant, une fois que tu auras connu ta propre nature, tu connaîtras aussi celle qui est ta mère. Cette essence qui est la tienne, personne ne peut te la désigner de l'extérieur. C'est à toi de la voir par toi-même, à l'aide de ton esprit (buddhi, l'intellect) purifié (...) Partout et toujours manifeste pour chacun, il échappe à la pensée. Qui donc, en quel lieu, à quel moment serait capable de le décrire, même partiellement ? C'est comme si l'on demandait à quelqu'un de vous montrer vos propres yeux. On n'a pas besoin d'un instructeur pour cela. Aussi habile soit-il, comment le maître pourrait-il y parvenir ?"
 
La princesse va ici à l'encontre de deux préjugés : 1/ Que le Soi - ou la nature de Bouddha, etc. - est un état nouveau que l'on doit atteindre par la méditation. Elle affirme plutôt que le Soi est connu par le Soi, c'est-à-dire par un intellect "purifié". Qu'est-ce à dire ? Selon qu'on est agité ou serein, notre pensée a plus ou moins d'impact. Lorsque nous sommes fatigués, stressés, ce que nous pensons est confus et, même clair, cela est vite oublié, "comme des flocons de neige sur une pierre chaude". Alors qu'un esprit limpide pense activement, avec précision, d'une manière qui engage tout l'être. Ce que nous pensons alors, même si nous ne l'articulons pas clairement, même si cela reste une pensée intuitive, nous touche profondément. L'entrainnement à la concentration, par l'observation des pensées, de la respiration ou tout autre moyen, n'est qu'un préalable à la réflexion sur la question "Qui suis-je ?" 2/ Que le Soi ne peut être vraiment connu ("réalisé") que par l'aide d'un maître. Or, le "maître" ne peut que nous renvoyer à nous-même, en nous proposant des indications. Il offre alors ces conseils :
 
"Considère ce qui, en toi-même, se laisse désigner comme "mien". Ta propre nature intime est précisément ce qui ne se laisse pas désigner ainsi. Retiré dans un lieu tranquille, efforce-toi d'éliminer systématiquement tout ce qui en toi peut-être appelé. Reconnais ensuite (ce qui reste) comme le Soi suprême."
 
Le prince applique ce conseil. Il s'installe comfortablement, et se dit "En vérité, le monde entier est fou. Aucun homme n'a la moindre connaissance de lui-même et cependant chacun agit "pour soi".(...) Chacun agit dans son propre intérêt, mais tous ignorent ce qu'ils sont au fond d'eux-mêmes."
 
Les titres, les possessions, les qualités, les richesses, les amis, la famille, les époux et les épouses, les enfants... le corps, les sensations, les impressions, les sentiments, les souvenirs, les pensées, les expériences, les opinions... Tout cela est de l'ordre du "mien". Tout cela relève de la catégorie "objet connu". Ce que je suis vraiment, le Soi, est le sujet qui connait tous ces objets, mais qui lui-même jamais ne devient un objet, susceptible d'être "à moi", puis séparé de moi. Non, le Soi est ce qui est "moi" et qui ne peut jamais être "à moi".
 
Mais peut-être qu'au terme de cette énumération, il ne restera rien, absolument rien ? "Aprés tout, peut-être que je n'existe pas" se dit le Prince. Ou bien, peut-être ne suis-je que cet assemblage sans cesse changeant de sensations, d'idées, d'états... Car c'est bien cela que nous voyons en nous lorsque nous y regardons de près, n'est-ce pas ?  Nous ne voyons que des objets, des choses, multiples et changeantes, plus éphémères et insubstancielles encore que des nuages.
"Mais non !" reprend le prince, "Je suis toujours manifesté, sans aucun doute ! Pourquoi donc, alors, ne perçois-je pas clairement ma manifestation ?" Cet homme sagace en arrive à la conclusion que ce sont les choses qui l'empêchent de voir le Soi, cette manifestation ininterrompue.
 
Ce qui lui arriva, nous le verrons aprés le passage du Père-Noël.

15:43 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

Commentaires

Manque toujours le plus important -> le chemin
Tu n'es ni eau, ni terre, ni air, ni éther. Tu es celui qui voit tous les éléments et dont la nature est Vigilance.
Si tu peux rester avec cette vigilance, ayant rompu tout attachement avec ton corps et ses sensations, tu deviendras immédiatement heureux, paisible et libre de tous liens.
Dans l’absolu, tu n'es issu ni de la classe des brahmanes, ni à une autre caste ou catégorie sociale, tu n'es pas un objet de perception par les sens, vertu, plaisir, souffrance sont de l'ordre des pensées et n'appartiennent pas à toi.
Tout ce qui est formé est transitoire, seul ce qui n'est pas formé demeure. Connaissant cela, il n'est plus possible de renaître.
Je suis sans tache, tranquille, vigilant au-delà des sensations. Jusqu'ici j'ai été déçu par l'apparence des phénomènes.
De même que le jus de canne à sucre à la saveur du sucre et que ce goût de la canne imprègne le sucre, de même ce monde est une illusion dont je suis l'objet et c'est moi qui imprègne le monde.
Le monde qui est induit de moi se résorbe en moi, comme le pot dans l'argile, comme la vague dans l'océan et le bijou dans l'or dont il est constitué.
Hommage à mon propre moi auquel rien n'appartient ou plutôt auquel tout appartient de ce qui relève de la parole et de la pensée.
Pourtant, à dire vrai, ni la connaissance, ni celui qui connaît, ni même l'objet de connaissance n'existent. C'est l'ignorance de la nature des sensations qui donne à ces trois là, un semblant d'existence pour moi.
Ayant compris que tu n'étais qu'un sujet en qui le monde semble exister, telles les vagues dans l'océan, pourquoi te précipites tu encore ça et là comme un homme cherchant encore à devenir.
Il y a aliénation quand la pensée désire quelque chose, qu'elle s'attriste, qu'elle abandonne ou s'empare, qu'elle éprouve du plaisir ou de l'animosité vis-à-vis de quoi que ce soit.
Il y a libération quand la pensée ne désire pas, ne s'attriste pas, n'abandonne pas, ne s'empare pas, quand elle ne ressent ni plaisir, ni déplaisir vis-à-vis de quoi que ce soit.
Il y a aliénation quand la pensée s'attache. Il y a libération quand la pensée ne ressent aucun attachement vis-à-vis de quoi que ce soit.
Quand il n'y a pas l'affirmation de "moi ", il y a liberté, quand il y a l'affirmation de "moi ", il y a asservissement. Considérant cela, ne t'approprie rien et n'évite rien dans la vie.
Tout baigne dans l'impermanence, ruiné par les trois maux, sans nature intrinsèque, perclus de défauts, propre à être jeté. Celui qui a compris cela, marche en paix.
Quand tu auras remarqué que les transformations des éléments ne sont que les éléments fondamentaux, alors tu seras libre d'attachements et tu résideras dans ta nature propre.
Le monde n'est rien d'autre que mémoires. Brise les toutes. Le renoncement au monde succède au renoncement aux mémoires. Celui qui a compris cela, a compris l'absence de réalité de toutes les conditions et ne se sent plus tenu par elles.
Ayant rompu avec le désir, l'envie des biens matériels, et ayant même rompu avec la recherche de la vertu, délaisse tout attachement et sois indifférent à tout.
Comprend que les relations, les propriétés, les biens, les soucis et le succès sont comme les rêves ou comme ces apparitions des manipulateurs de foire et ne durent que quelques instants.
Le monde est là où le désir se manifeste. Ai pleinement confiance dans un détachement absolu, sois libre de désir et serein.

L'aliénation réside seulement dans le désir, la rupture avec le désir est la libération.

Écrit par : oligoElem | 24/12/2005

help Anargala, je ne comprends pas :
"Partout et toujours manifeste pour chacun, il échappe à la pensée."
C’est donc grâce à notre corps d’homme qu’il se manifeste pour chacun ? Il est donc manifeste pour chacun, car nous avons la même constitution ?
Tu dis : Sans pensée il se manifeste ? C'est donc grâce au corps qu'il se manifeste ?

Écrit par : henri | 26/12/2005

La Forteresse du Soi Henry, le Soi est partout et toujours présent. Mais il ne devient évident qu'à travers la conscience de soi, le corps et la pensée, de même que la lumière ne nous devient évidente que lorsqu'elle est arrêtée par un corps solide. Notre corps, l'imagination, la mémoire et la pensée sont des inflexions de la conscience inséparable du Soi. Le Soi est à la fois au-delà de toute pensée, car il n'est pas une "chose" (même abstraite), mais il est également la source de toute pensée. En fait, c'est du point de vue de la pensée qu'on sépare le Soi et la pensée. Grâce cette distinction provisoire, on réalise le Soi en sa pureté. Mais ensuite, on comprend que le Soi est identique à tout, à l'image de l'océan et des vagues. C'est comme si l'on franchissait la porte d'un château impénétrable et que, une fois la porte franchie, elle disparaissait et que l'on se retrouve sans portes, sans murs ni château !
Qu'est-ce que le Soi ? Pourquoi est-il partout et toujours manifeste ? Tout simplement parce qu'il est Manifestation. Il est le fait d'apparaître, d'éclore, de briller. Il est la lumière des choses, leur Apparence; car tout est apparence. Je ne sais si je me fait bien comprendre : le Soi n'est pas un lumière mystique cachée "sous" les apparences. Non, le Soi est le fait même d'apparaître. Or, les choses sont certes différentes; nos corps sont certes différents. Mais leur Apparaître est identique. Et cette Apparence est l'être, l'existence des choses. En effet, exister c'est apparaître (que ce soit aux 5 sens ou à l'imagination). Tout ce qui pourrait venir délimiter le Soi - l'Apparence - de l'extérieur n'est qu'une chimère. Et même cette chimère n'existe que dans la mesure où elle est apparente, manifeste ! Même le fait de ne pas apparaître, d'être absent, inexistent, n'apparaît que dans l'Apparence. Rien n'apparaît en dehors du fait d'apparaître, de même que les reflets n'ont pas d'existence en dehors du miroir. Par conséquent, nous sommes tous le Soi, l'Apparence, l'Être sans lequel être et non-être sont inconcevables. Et nous sommes immortels, etc. En revanche, en tant que corps et mémoire, nous sommes voués à disparaître...

Écrit par : anargala | 26/12/2005

exister exister, du latin existare, signifie être à l'extérieur.

Écrit par : gmc | 28/12/2005

Merci bien Le mot latin signifie "exister à l'extérieur". Mais que signifie exister ? Logiquement, cela ne peut signifier aussi "exister à l'extérieur" !

Écrit par : anargala | 29/12/2005

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