30/12/2005

L'atteinte du Soi, épisode II

Suite du chapitre 9 de la Doctrine secrète :
 
Le prince conclut de ses réflexions que ce qui l'empêche d'avoir l'expérience "directe" du Soi, de la Déesse Tripurâ, ce sont les objets, les choses, les sensations et l'activité des 5 sens nourrie par le mental. Il bloque donc le mental "par le mental". En résulte plusieurs expériences : ténèbres, puis océan de lumière infinie, sommeil, rêves étranges, volupté de l'esprit arrêté.
 
Le prince est perturbé par cette multiplicité d'expériences. A chaque fois qu'il arrête le mental, il fait une expérience différente. Comment le Soi peut-il être tout cela ? Ces expériences ne seraient-elles pas, elles aussi, des illusions ? Comment discerner le vrai du faux ?
Il interroge donc son gourou, qui est aussi son épouse (!). Il lui demande "Est-ce le Soi, ou autre chose ?" 
 
Cette sage-femme affirme alors:
"Tes efforts pour refouler le monde extérieur sont en eux-mêmes excellents. Tous ceux qui connaissent le Soi t'approuveront... Mais ces efforts ne sont pas la cause de l'atteinte du Soi car celui-ci est, par nature, déjà atteint". Toujours déjà. "S'il n'était pas quelque chose 'qu'il n'est pas besoin d'atteindre' comment serait-il 'soi-même'? Il est absolument 'hors d'atteinte'. Aussi bien, le contrôle de l'esprit n'est-il pas le 'moyen' de l'atteindre... Il ne convient pas d'aller au loin pour le trouver : c'est en demeurant sur place qu'on l'a contament à sa disposition. Il ne faut pas raisonner pour le connaître : c'est lorsqu'on ne raisonne pas qu'il se manifeste". On ne peut le connaître ni par les sens, ni par la pensée. Elle poursuit :
"Qui donc réussira à rejoindre l'ombre de sa propre tête en courant aprés elle ? De même qu'un petit enfant peut voir mille choses reflétées dans un miroir immaculé sans soupçonner la présence même du miroir, de même les gens perçoivent le reflet des mondes dans le grand miroir de leur propre Soi et ne discernent pas le Soi lui-même, faute d'être instruit à son sujet. Ainsi l'homme qui n'est pas informé de l'existence de l'espace perçoit bien le monde visible mais non l'espace, son substratum." Aprés ces métaphores, elle introduit le Soi à partir la question de savoir s'il est possible de "démontrer" l'existence du Soi:
" Prend bien soin de noter, cher époux, que l'univers est fait de la connaissance [Shakti] et du connaissable [Shiva]. Or, la connaissance [=la conscience] est démontrée par elle-même [=elle est évidente], puisque sans elle rien n'existerait." En effet, sans conscience, rien n'est possible. Sans Shakti, Shiva n'est qu'un cadavre (shava). Sans la conscience, l'univers pourrait bien exister, mais ce serait comme s'il n'existait pas. Tout dépend de la conscience, y compris les raisonnements (bouddhistes par exemple) qui viseraient à démonter qu'elle est irréelle ou inexistante. La conscience "s'impose d'elle-même, sans le secour d'aucun moyen de connaissance valide [=perception, inférence, témoignage autorisé], car ces derniers ne sont eux-mêmes connus qu'à travers elle. Originellement établie, son existence n'a pas à être démontrée : c'est elle, au contraire, qui est l'âme de toute démonstration. Ici, les questions du sceptique n'ont pas leur place et pas davantage une éventuelle réponse à ces questions. Il n'y a pas de sens à nier (la conscience), surface polie du grand miroir en qui toutes choses se réfléchissent. Ni le temps ni l'espace ne la délimitent car ils ne se manifestent eux-mêmes que dans le champ de cette conscience. Ils ne la délimitent qu'apparemment, comme les objets visibles [semblent délimiter] le vide cosmique."
 
Ahhh...

15:13 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

Commentaires

Illusion « La conscience "s'impose d'elle-même, sans le secours d'aucun moyen de connaissance valide [=perception, inférence, témoignage autorisé], car ces derniers ne sont eux-mêmes connus qu'à travers elle. Originellement établie, son existence n'a pas à être démontrée : c'est elle, au contraire, qui est l'âme de toute démonstration. »
Briser les limites spatio-temporelles étroites dans lesquelles nous vivons habituellement, de communier naturellement avec le monde et le cosmos, d'avoir une perception globale plus aiguë.
C'est en fait comme si nous étions dès cet instant uni à une source d'énergie supérieure qu'on pourrait appeler la conscience. Mais cette union ne reste consciemment habitée que de manière temporaire. Le mental séparateur isole la source de son organe d'expression
Le corps et les sensations
La personnalité s'approprie alors l'expérience, la fait sienne, et s'identifie à elle en disant
"Je suis cette force illimitée, je suis le tout, je suis le cosmos, je suis le monde, je suis Dieu",
Ou : je ne suis pas le tout, le tout est moi…je ne suis pas le cosmos, le cosmos est moi …
Ou encore : bla bla bla.
Il s'agit plutôt d'un avant-goût de la joie d'être libéré du carcan du corps et de ses sensations.
Mais En réalité les racines de la prison, la croyance en la réalité de la pensée moi-je, ne sont pas extirpées sinon par acquiescement, auto persuasion, idée de ….

La retombée dans les méandres des conflits intérieurs est donc inévitable.

Écrit par : oligoElem | 30/12/2005

BOF, Si c'était pour en arriver là ! Mais ces efforts ne sont pas la cause de l'atteinte du Soi car celui-ci est, par nature, déjà atteint". Toujours déjà. "S'il n'était pas quelque chose 'qu'il n'est pas besoin d'atteindre' comment serait-il 'soi-même'? Il est absolument 'hors d'atteinte' (Anargala)

Quelle est la différence ? Avec la notion de Dieu, d’infini, de tout est, l’éternel refuge final ?

Anargala vous aussi, vous tombez en plein dans le piège de l'incomplétude du symbolique en évitant que ses symboles désignent directement une chose à symboliser, votre texte refuse l'idée de représentation triviale.

Dans la perspective d'élaborer une théorie du sujet le problème vient de ce que l'on ne peut assigner au soi de place objective : elle est comme une activité opératoire permanente sans localisation possible.

Or une théorie dans laquelle tout est objectivé a par avance occupée toutes les places en occultant la fonction de l'absence.

Alors que l'atout essentiel du dernier texte de Vibrant , c'est sa possibilité de traiter le non déterminé en entendant par ce terme ce qui n'entre pas comme extension de quelque concept que ce soit ou ce qui ne peut occuper une place objective.

Écrit par : Patrick REGAMEY | 30/12/2005

Je viens de me relire Dans la perspective d'élaborer une théorie du sujet le problème vient de ce que l'on ne peut assigner au soi de place objective : IL (le soi) est comme une activité opératoire permanente sans localisation possible.
En fait du point de vue mathématique vous pouvez remplacer le soi par X, Y, Dieu, ...

Écrit par : REGAMEY | 31/12/2005

No comprenda Patrick Regamey:
Bonjour,
Je ne comprend pas tout. Pourriez-vous reformuler ?

Écrit par : anargala | 31/12/2005

Alea jacta est OligoElem:
Vous dites "La retombée dans les méandres des conflits intérieurs est donc inévitable." Certes. C'est pourquoi la pratique doit être répétée encore et encore, afin 1/ De préciser de quoi il retourne; 2/ De contrecarrer les tendances inconscientes conflictuelles, etc. De toute façon, le prince n'a pas encore atteint le Soi en sa plénitude ! Quant à moi, je pense qu'il est impossible d'éradiquer TOUS les "conflits intérieurs" tout en continuant à vivre dans un corps. Un minimum de dualité et les troubles qui vont avec font partie du prix à payer pour cette vie. Pouvez-vous donner un exemple de personne vivant ou ayant vécu sans aucun conflit intérieur ?

Écrit par : anargala | 31/12/2005

Les commentaires sont fermés.