31/12/2005

L'atteinte du Soi, suite et fin

Toujours dans le chapitre 9 de la Doctrine secrète, la princesse achève d'instruire son époux par ces mots :
 
"Prince ! Discerne donc cette essence qui est la tienne ! Cette conscience universelle au sein de laquelle le monde se révèle, si tu réussis à y pénétrer, tu deviendras le créateur de toutes choses.
 
Je vais te dire comment on y parvient, comment on accède à ce domaine. Pour cela, tu dois viser avec acuité [litt. "à l'aide de l'intellect subtil"] l'instant intermédiaire entre le sommeil et l'état de veille, ou bien le passage d'une idée à une autre [la conscience assume la forme des objets qu'elle connaît, comme un miroir; entre deux actes de connaissance - perception ou pensée -, elle n'a aucune forme, et cette absence de forme est sa forme propre]. 
 
Ce plan est celui de ta propre essence. Une fois que tu l'auras atteint, tu ne connaîtras plus l'égarement. L'univers, tel que nous le voyons, ne procède que de l'ignorance de cette réalité.
 
Là, il n'y a ni couleur, ni saveur ni odeur, ni forme tangible, ni son; il n'y a ni douleur, ni plaisir, ni objet connu ni sujet connaissant. Support de toutes choses, essence de toutes choses, cela est en même temps exempte de toute (détermination). Cela est le suprême Seigneur (Shiva), cela est Brahmâ, Vishnu, Rudra et Sadâshiva [autres formes de Shiva].
 
Sois sincère dans ton effort pour bloquer l'activité mentale, délaisse l'extraversion au profit de l'introversion et bientôt tu te verras toi-même par toi-même. Renonce, comme si tu étais aveugle, à l'idée même du "je vois". L'esprit immobile, abandonne le dilemme du "voir ou ne pas voir", et la forme que prendra ton expérience ne sera autre que toi-même. Hâte-toi d'y accéder !"
 
Est-ce là l'atteinte du Soi ? C'est ce que nous verrons l'année prochaine. En attendant, nous pourrons ce soir méditer sur l'intervalle entre le jour et la nuit, et sur l'intervalle entre 2005 et 2006. Bon réveillon à tous !

13:16 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

30/12/2005

L'atteinte du Soi, épisode II

Suite du chapitre 9 de la Doctrine secrète :
 
Le prince conclut de ses réflexions que ce qui l'empêche d'avoir l'expérience "directe" du Soi, de la Déesse Tripurâ, ce sont les objets, les choses, les sensations et l'activité des 5 sens nourrie par le mental. Il bloque donc le mental "par le mental". En résulte plusieurs expériences : ténèbres, puis océan de lumière infinie, sommeil, rêves étranges, volupté de l'esprit arrêté.
 
Le prince est perturbé par cette multiplicité d'expériences. A chaque fois qu'il arrête le mental, il fait une expérience différente. Comment le Soi peut-il être tout cela ? Ces expériences ne seraient-elles pas, elles aussi, des illusions ? Comment discerner le vrai du faux ?
Il interroge donc son gourou, qui est aussi son épouse (!). Il lui demande "Est-ce le Soi, ou autre chose ?" 
 
Cette sage-femme affirme alors:
"Tes efforts pour refouler le monde extérieur sont en eux-mêmes excellents. Tous ceux qui connaissent le Soi t'approuveront... Mais ces efforts ne sont pas la cause de l'atteinte du Soi car celui-ci est, par nature, déjà atteint". Toujours déjà. "S'il n'était pas quelque chose 'qu'il n'est pas besoin d'atteindre' comment serait-il 'soi-même'? Il est absolument 'hors d'atteinte'. Aussi bien, le contrôle de l'esprit n'est-il pas le 'moyen' de l'atteindre... Il ne convient pas d'aller au loin pour le trouver : c'est en demeurant sur place qu'on l'a contament à sa disposition. Il ne faut pas raisonner pour le connaître : c'est lorsqu'on ne raisonne pas qu'il se manifeste". On ne peut le connaître ni par les sens, ni par la pensée. Elle poursuit :
"Qui donc réussira à rejoindre l'ombre de sa propre tête en courant aprés elle ? De même qu'un petit enfant peut voir mille choses reflétées dans un miroir immaculé sans soupçonner la présence même du miroir, de même les gens perçoivent le reflet des mondes dans le grand miroir de leur propre Soi et ne discernent pas le Soi lui-même, faute d'être instruit à son sujet. Ainsi l'homme qui n'est pas informé de l'existence de l'espace perçoit bien le monde visible mais non l'espace, son substratum." Aprés ces métaphores, elle introduit le Soi à partir la question de savoir s'il est possible de "démontrer" l'existence du Soi:
" Prend bien soin de noter, cher époux, que l'univers est fait de la connaissance [Shakti] et du connaissable [Shiva]. Or, la connaissance [=la conscience] est démontrée par elle-même [=elle est évidente], puisque sans elle rien n'existerait." En effet, sans conscience, rien n'est possible. Sans Shakti, Shiva n'est qu'un cadavre (shava). Sans la conscience, l'univers pourrait bien exister, mais ce serait comme s'il n'existait pas. Tout dépend de la conscience, y compris les raisonnements (bouddhistes par exemple) qui viseraient à démonter qu'elle est irréelle ou inexistante. La conscience "s'impose d'elle-même, sans le secour d'aucun moyen de connaissance valide [=perception, inférence, témoignage autorisé], car ces derniers ne sont eux-mêmes connus qu'à travers elle. Originellement établie, son existence n'a pas à être démontrée : c'est elle, au contraire, qui est l'âme de toute démonstration. Ici, les questions du sceptique n'ont pas leur place et pas davantage une éventuelle réponse à ces questions. Il n'y a pas de sens à nier (la conscience), surface polie du grand miroir en qui toutes choses se réfléchissent. Ni le temps ni l'espace ne la délimitent car ils ne se manifestent eux-mêmes que dans le champ de cette conscience. Ils ne la délimitent qu'apparemment, comme les objets visibles [semblent délimiter] le vide cosmique."
 
Ahhh...

15:13 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

26/12/2005

Le Danseur

Juste pour attirer l'attention sur la chanson n° 10 du dernier album d'Arthur H Adieu tristesse intitulée "Le danseur".
Je ne suis sûr de rien, mais ses paroles m'évoquent furieusement la figure de Shiva "roi de la danse" (natarâja), "qui va si vite qu'il paraît immobile". Un peu comme une toupie. Dans la Reconnaissance, ce "mouvement immobile" est une image de la conscience, car celle-ci possède ce merveilleux pouvoir d'être à la fois elle-même et autre, d'être identique et changeante, d'être soi et d'être tout ce que l'on voit, comme un miroir.

10:36 Écrit par David Dubois dans Musique | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : arthur h, spanda |  Facebook |

24/12/2005

L'atteinte du Soi

La doctrine secrète de la déesse Tripurâ, chapître 9 :
 
"...écoute moi avec la plus grande attention car le sujet est ardu. C'est avec un esprit entièrement purifié qu'il convient de réfléchir sur la nature du Soi. Il n'est rien de visible, rien d'exprimable. Comment pourrais-je te le décrire ? Cependant, une fois que tu auras connu ta propre nature, tu connaîtras aussi celle qui est ta mère. Cette essence qui est la tienne, personne ne peut te la désigner de l'extérieur. C'est à toi de la voir par toi-même, à l'aide de ton esprit (buddhi, l'intellect) purifié (...) Partout et toujours manifeste pour chacun, il échappe à la pensée. Qui donc, en quel lieu, à quel moment serait capable de le décrire, même partiellement ? C'est comme si l'on demandait à quelqu'un de vous montrer vos propres yeux. On n'a pas besoin d'un instructeur pour cela. Aussi habile soit-il, comment le maître pourrait-il y parvenir ?"
 
La princesse va ici à l'encontre de deux préjugés : 1/ Que le Soi - ou la nature de Bouddha, etc. - est un état nouveau que l'on doit atteindre par la méditation. Elle affirme plutôt que le Soi est connu par le Soi, c'est-à-dire par un intellect "purifié". Qu'est-ce à dire ? Selon qu'on est agité ou serein, notre pensée a plus ou moins d'impact. Lorsque nous sommes fatigués, stressés, ce que nous pensons est confus et, même clair, cela est vite oublié, "comme des flocons de neige sur une pierre chaude". Alors qu'un esprit limpide pense activement, avec précision, d'une manière qui engage tout l'être. Ce que nous pensons alors, même si nous ne l'articulons pas clairement, même si cela reste une pensée intuitive, nous touche profondément. L'entrainnement à la concentration, par l'observation des pensées, de la respiration ou tout autre moyen, n'est qu'un préalable à la réflexion sur la question "Qui suis-je ?" 2/ Que le Soi ne peut être vraiment connu ("réalisé") que par l'aide d'un maître. Or, le "maître" ne peut que nous renvoyer à nous-même, en nous proposant des indications. Il offre alors ces conseils :
 
"Considère ce qui, en toi-même, se laisse désigner comme "mien". Ta propre nature intime est précisément ce qui ne se laisse pas désigner ainsi. Retiré dans un lieu tranquille, efforce-toi d'éliminer systématiquement tout ce qui en toi peut-être appelé. Reconnais ensuite (ce qui reste) comme le Soi suprême."
 
Le prince applique ce conseil. Il s'installe comfortablement, et se dit "En vérité, le monde entier est fou. Aucun homme n'a la moindre connaissance de lui-même et cependant chacun agit "pour soi".(...) Chacun agit dans son propre intérêt, mais tous ignorent ce qu'ils sont au fond d'eux-mêmes."
 
Les titres, les possessions, les qualités, les richesses, les amis, la famille, les époux et les épouses, les enfants... le corps, les sensations, les impressions, les sentiments, les souvenirs, les pensées, les expériences, les opinions... Tout cela est de l'ordre du "mien". Tout cela relève de la catégorie "objet connu". Ce que je suis vraiment, le Soi, est le sujet qui connait tous ces objets, mais qui lui-même jamais ne devient un objet, susceptible d'être "à moi", puis séparé de moi. Non, le Soi est ce qui est "moi" et qui ne peut jamais être "à moi".
 
Mais peut-être qu'au terme de cette énumération, il ne restera rien, absolument rien ? "Aprés tout, peut-être que je n'existe pas" se dit le Prince. Ou bien, peut-être ne suis-je que cet assemblage sans cesse changeant de sensations, d'idées, d'états... Car c'est bien cela que nous voyons en nous lorsque nous y regardons de près, n'est-ce pas ?  Nous ne voyons que des objets, des choses, multiples et changeantes, plus éphémères et insubstancielles encore que des nuages.
"Mais non !" reprend le prince, "Je suis toujours manifesté, sans aucun doute ! Pourquoi donc, alors, ne perçois-je pas clairement ma manifestation ?" Cet homme sagace en arrive à la conclusion que ce sont les choses qui l'empêchent de voir le Soi, cette manifestation ininterrompue.
 
Ce qui lui arriva, nous le verrons aprés le passage du Père-Noël.

15:43 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

18/12/2005

Moi je dis que Maître Yoda n'était pas illettré, na !

Nisargadatta Maharaj est un bel exemple de la manière dont les "chercheurs de vérité" se bâtissent des mythes à leur convenance.
 
On dit que Nisargadatta était un homme humble, limite pauvre, vendant des cigarettes indiennes (bidis) dans un bidonville de Bombay. C'est inexact : Il était fabriquant de bidis, c'est-à-dire patron, et propriétaire de plusieurs points de vente. Il était également propriétaire de son logement ce qui, à Bombay, est un véritable privilège.
 
On dit qu'il appartenait à la lignée des Navnâth. C'est inexact. Il n'existe aucune "lignée" Navnâth, seulement un recueil, en langue mârathe, de leur exploits occultes. Ensuite, libre à chacun de se revendiquer d'eux. Le gourou du gourou de Nisargadatta (Bhâva Sâhab Maharâj) appartenait, en revanche, à la lignée de Nîmbârka, célèbre saint dévot de Vishnou.
 
On raconte aussi que Nisargadatta était analphabète et sans aucune culture livresque, une sorte de Yoda des slums. Cela est également inexact. Son discours regorge de concepts datés et localisés précisément. Je ne vais pas rentrer dans les détails ici, mais sa source principale, et celle de son gourou, est un commentaire de la Bhagavad Gîtâ écrit par Jnânadeva, un trés célèbre yogi du Maharâshtra appartenant à la mouvance des Nâth (les vulgarisateurs médiévaux du hâthayoga et de l'alchimie tantrique). On y retrouve la théorie des 4 (ou 5) états de la conscience, les 4 plans de la Parole (voir The Experience of Nothingness), les 4 corps (dans ses poèmes), le Grand Vide (mahâshûnya) au delà du "Je suis" (ahambhâva), la récitation mentale du "je-je". On y trouve aussi les 4 lumières, dont la fameuse lumière bleue de Muktânanda. Ce qui s'est sans doute passé, c'est donc que le gourou de Nisargadatta à lu cette littérature, et en a tiré sa propre pensée. L'idée principale de sa "réforme" de cet enseignement est une critique des éléments yogiques (la "voie de la fourmi") présents chez Jnânadeva, pour n'en conserver que les éléments védântiques (la "voie de l'oiseau", c'est-à-dire de la pensée).
 
Mais, si cet homme était cultivé, pourquoi ses disciples ont-il propagé cette image de sage inculte ? Le principe en est simple : On cherche - et on veut trouver - ce qu'on croit ne pas avoir, ou ne pas être. Or, depuis que les classes moyennes accèdent à l'éducation gratuite, les gens ont souvent tendance à haïr les livres et tout ce qui est "intellectuel". Si on va en Inde, c'est donc parce que "ça parle au coeur", c'est parce qu'on y cultive de l'authentique (comme dit Hugolin), on y vit "hors du temps", etc. Les sages indiens devant être à l'image du pays, les mots doivent leur venir "du Coeur" et non "de la tête". S'il savent, c'est d'un savoir au-delà des mots, intemporel. 
Que tout cela soit sans fondement n'a aucune importance : en effet, rien n'est vrai, science et mythe se valent, et pis laissez-moi méditer tranquille !
 
C'est ainsi que l'Inde, pays de l'abstraction par excellence, est devenu le pays des pétards sur la plage avec les sâdhus, des raves sous cocotiers et des longues siestes à l'ashram. Et c'est ainsi que Gangaji, réincarnation non-duelle de Candy, vient donner satsang ("bonne compagnie", "while the company is true", comme dit Galadriel) dans un 5 étoiles de Bénares entre deux séquences "shopping" en Floride et en Californie. Comme disait Einstein, "je connais deux choses infinies : l'univers et la bêtise humaine, mais je n'ai pas de certitude absolue au sujet de l'univers"... 

16:54 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inde, nisargadatta, eveil, ashram, meditation |  Facebook |

Les mythes sur le Mythe de l'Eveil

Dans le chapitre 8 de la Doctrine secrète, la princesse livre à son époux la clef de l'allégorie du chapitre 5. Le sens de cette fable est assez clair, me semble t-il, aussi n'y reviendrais-je pas trés longuement. Toujours est-il qu'à la suite de ces dialogues, le prince se livre à un culte ardent de la Déesse. Il se met alors à réfléchir de manière intense. Le texte souligne, une fois de plus, l'importance de la réflexion:
 
"Cette propension de l'esprit à la réflexion est le signe principal de la (proximité de la) délivrance. Aussi longtemps, ô Râma, que l'esprit ne s'est pas entièrement consacré à la réflexion il ne peut, en aucun cas, accéder au salut, même en usant de centaines de moyens divers."
 
Sur ce, il va questionner son épouse, qui lui répond en lui livrant le sens de l'allégorie et en lui conseillant de s'en servir pour atteindre le "Bien suprême". Cette fable (voir le billet intitulé "Encore un problème de famille !") a un sens limpide : la mère de la princesse, c'est-à-dire aussi bien notre mère à tous, est la "conscience suprême", tombée apparement sous le pouvoir de l'Inconnaissance. De là s'ensuivent tous nos déboires. Mais, à vrai dire, cette allégorie est assez succinte. Elle n'explique pas le pourquoi des choses, et encore moin le "comment" de la délivrance.
Mais il y a peut-être une raison à cela : par son côté simple et simpliste, cette fable symbolise l'idée que se font la plupart des gens au sujet de la sagesse non-dualiste. Nous avons tous plus ou moin une représentation de seconde main de ce qu'est cette sagesse selon laquelle, en dépit des apparences, tout est bien. A travers les médias, les films, les BDs, nous nous sommes forgés une image, assez nette pour nous faire prendre conscience qu'il y a peut-être un vrai trésor là-dedans, mais pas assez claire pour nous y faire accéder en personne. Nous demeurons dépendants de clichés, d'opinions toutes faites, selon lesquelles, il y a des "sages" illuminés, éveillés, sans lesquels jamais nous ne pourrons arriver à une transformation de soi. Il faudrait devenir Chevalier Jedi mais, comme chacun sait, ces choses-là n'existent pas. Voilà à peu prés où en est le prince, à l'instar de notre propre situation. La sagesse, la connaissance de soi, l'Eveil, paraissent toujours inaccessibles, voire exotiques.
 
L'atteinte de l'Eveil en sa plénitude aura lieu dans les deux prochains chapitres. En attendant, qui lit ces lignes ?
 

16:21 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : eveil, pratyabhijna |  Facebook |

16/12/2005

Du pur bouillon

Un réservoire d'eau, toujours dans le temple, pour se purifier. Comme dit un Indien : "Ce n'est pas l'eau qui est sale, c'est la saleté !" Certes certes...

16:25 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arunachala |  Facebook |

Petits jeux éducatifs dans le temple

Vue depuis la grande cour du temple. Le truc, c'est que les chaussures sont interdites. Et vu qu'il fait 50° au soleil, le jeu consiste à courrir d'une zone d'ombre jusqu'à une autre sans trop se cramer les pieds. Ca s'appelle "la marche sur le Feu"... 

16:24 Écrit par David Dubois | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arunachala |  Facebook |

Du côté d'Arunâchala

Toujours en 97. Le temple d'Arunâtchala vu du haut de la colline sacrée. C'est là que vécut Ramana Maharshi. J'étais monté à 5h du matin, histoire d'échapper à la fournaise tropicale. Arrivé au sommet, j'eu d'abord une mauvaise surprise. Deux sâdhus (ascètes) : l'un, visiblement fêlé, vivant dans une hutte faite de sacs plastiques (je vous dit pas la poésie du dispositif !); l'autre, occidental, chantant "ommmm" dans une cavité voisine, avant de retourner dans sa Hollande natale avec sont gros chignon. Puis, une bonne surprise : au sommet, d'environ 20  mètres de large et couvert de suie noire, je me suis retrouvé entouré d'un océan de nuages blancs sous un ciel immaculé. Ahhhhh... Sauf qu'au niveau sonore, c'était pas à la hauteur : la route qui ceinture la sainte colline/montagne est une voie de circulation principale pour les gros camions. Même au sommet, on se serait cru en plein embouteillage. Bizarre contraste entre la vision et l'ouïe. En plus, ces camions tuent de pauvres pélerins circombulants (ça se dit ?) ce linga naturel qu'est la montagne. Les routiers sont sympas...

16:21 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arunachala, ramana |  Facebook |

A Noble Instrument !

Mon professeur de vina a appris avec le grand musicien Zia Mohiuddin Dagar (je vous recommande d'écouter le râg Pancham Kosh, paru chez Auvidis et peut-être disponible à la FNAC). Il est malheuseusement décédé il y a prés de 20 ans, mais son fils perpétue la tradition vivante de cette musique entièremment tournée vers l'Ecoute. Il était à Paris récemment.

16:08 Écrit par David Dubois dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dagar, dhrupad, rudra vina |  Facebook |

Un peu de musique

Mon gourou de rudra vina en action. Si vous n'avez pas encore visité son site  (voir le lien à droite) pour tout savoir sur la vina, je vous conseil vivement de le faire !

16:02 Écrit par David Dubois dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rudravina, rudra vina, dhrupad |  Facebook |

Meuh ?

Il y a une des 4 pattes (de la Vache) dont je n'ai par encore parlé. Il s'agit de la Philosophie Intégrale de Ken Wilber.
 
Or, il y a une raison à cela : plus le temps passe, moins cette patte me semble viable telle quelle. Comme je l'indique trop brièvement dans la colonne de gauche, chaque patte a ses points faibles. Certes. Mais la papatte wilberienne paraît s'affaiblir au point de mettre en danger la survie de l'organisme tout entier.
 
En effet, sa philosophie m'a d'abord enthousiasmé: Enfin un philosophe (: quelqu'un qui aime réfléchir) qui médite et lit les textes des pensées orientales non-dualistes. De plus, il cherche à réconcilier le plus de point de vue possible. Plus exactement, il recherche le point de vue qui enveloppe le plus de perspectives différentes. Il pense ainsi qu'il existe un "point de vue" à partir duquel toutes les philosophies, les religions, les sciences, sont vraies, chacune à sa façon. C'est pourquoi il affirme que son système est "intégral". Il souhaite de cette façon réconcilier la science et la religion, l'Orient et l'Occident, les sagesses antiques et la pensée moderne, le matérialisme et le spiritualisme. Selon lui, ces points de vue contraires ne sont que différents regard posés sur une seule et même réalité. Il propose alors une grille de lecture "intégrale", qui prend en compte les attitudes objectives et subjectives, ainsi que les différents stades de développement présent selon chacun de ces points de vue. Ainsi, selon lui, la matière n'est pas inférieure à l'esprit, ni l'inverse : la matière et l'esprit sont simplement deux regards (objectif et subjectif, respectivement) portés sur la réalité. A chaque état subjectif correspond un état de la matière, et inversement. De sorte que science et religion sont réconciliées.
Je trouve cette idée de réconciliation, d'unification, trés intéressante et fort utile. Car aujourd'hui, un des problèmes qui se pose à nous est justement celui de la fragmentation des savoirs. Chacun se spécialise, et du coup "on sait presque tout sur presque rien, et presque rien sur presque tout". Dans une démocratie, c'est un grave problème, car cela veut dire que l'on ne peut pas se prononcer sur une question (le nucléaire, par exemple) sans s'appuyer sur l'opinion d'un expert-spécialiste... Par ailleurs, comme je vis depuis longtemps dans un univers de pensée "oriental", cette pensée-là, qui voulait jeter des ponts entre des savoirs qui, au mieux, s'ignorent, était bienvenue. En lisant son best-seller Une brève histoire de tout, j'avais le sentiment de retrouver une certaine harmonie, d'avoir remis un peu d'ordre entre mes différents domaines de savoir. Bref, j'y avais gagné en unité. Quant à l'allure du personnage - 45 ans, super musclé, "méditant 4 h par jours", "le génie américain", crâne rasé, ermitte avec toujours de belles femmes au bras, etc. - , je l'acceptais de bon gré, me disant que c'était simplement la culture américaine, et qu'on ne doit pas juger un philosophe sur sa garde-robe ou l'expression de son visage. 
 
Mais ensuite, j'ai pris de plus en plus pris conscience de certains défauts du personnage qui se retrouvent dans ses écrits. Le principal est sa tendance à se lancer dans de grandes affirmations, en prétendant qu'il y a "des centaines d'études qui ont prouvé cela", alors qu'il n'y a rien. Par exemple, dans la dernière version de sa philosophie ("post post-moderne"), il s'appuit sur ce qu'il nomme le "karma cosmique". Cela signifie entre autres choses que, plus un évènement se produit, plus il aura tendance à se produire aisément, et cela indépendament des distances. Or, il s'agit en fait d'une reformulation de la thèse de la "résonnance morphogénétique" du pseudo-biologiste new-age Rupert Sheldrake. Le hic, c'est qu'aucune étude, aucun protocole expérimental n'a jamais confirmé cette thèse selon les critère de la "bonne science" (tels que définits par Wilber lui-même). La théorie de Wilber n'est donc pas corroborée "scientifiquement", contrairement à ce qu'il prétend. Et il nous fait le même coup à propos des effets "merveilleux" et "indubitables" de la méditation transcenddentale, etc. Par ailleurs, il a apporté son soutient à des gourous comme Adi Da, un psychopathe de premier ordre inspiré (encore un !) par le Shivaïsme du Cachemire. Il croit à la folle sagesse, aux êtres "parfaits" (siddha). Bon, il est vrai qu'il revient parfois sur ses avis, mais il finit toujours par retomber dans les mêmes travers. Evidemment, il a tendance à lui-même devenir l'un de ses gourous...
Je vous conseille de lire cet article instructif, et ceux à propos d'autres gourous que l'on trouve sur le même site :
 
http://www.strippingthegurus.com/stgsamplechapters/wilber.asp
 
Alors, que faire de cette patte ? Et bien j'en conserve la superstructure, c'est-à-dire la grille de lecture "intégrale", mais dans un esprit sceptique. Faisons comme le cygne (hamsa) indien : buvons le lait sans boire l'eau, laissons les gourous dans leurs délires monomaniaques et goûtons seuls, comme des adultes, aux joies de la méditation, de l'observation et de la réflexion. Youpi !

15:55 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : guru, ken wilber, integral, gourou |  Facebook |

13/12/2005

Yatra, spectacle de danse indienne

Ce vendredi, il y a, à la fac de Censier Paris-III, un divertissement de danse indienne variée, plein d'humour et de joie de vivre. N'hésitez pas à y aller si vous voulez passer un bon moment !

16:40 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Toutes les doctrines sont égales, mais certaines le sont plus que d'autres

Dans le chapitre 7 de la Doctrine secrète, la princesse récapitule les préceptes des chapitres précédents : Pour atteindre le Souverain Bien, il faut réfléchir, mais sur la base des textes révélés. Lesquels ?
 
1/ Les textes théistes sont supérieurs aux autres
 
Eh bien les textes qui admettent l'existence d'un Dieu tout-puissant. SS'ensuit une brève démonstration de son existence. Les textes selon lesquels le monde n'a pas de créateur conscient sont à rejeter.
Là-dessus, je ne suis guère d'accord.
-D'abord, parce que l'existence d'un Dieu personnel n'est pas le vrai message du texte. Pourquoi alors poser cette idée de Dieu comme condition préalable ? Les arguments théistes, en général, ne me convainquent pas. L'objection principale me semble être l'existence du Mal, non seulement chez l'Homme, mais aussi dans la nature : pas de vie sans destruction d'autres vies.
-En plus, on peut se passer de cette hypothèse. Si l'on veut du merveilleux, la conscience suffit, l'observation des petites choses de tout les jours suffit. C'est d'ailleurs le vrai message du texte.
 
Mais l'auteur ne peut s'empêcher de l'enrober dans un discours théiste. En cela, il suit fidèlement Utpaladeva, le fondateur de la philosophie de la Reconnaissance. Pour lui, il y a deux plans et deux discours correpondants : a/ Au plan ultime, Dieu n'est qu'un symbole, une construction mentale personnifiant la conscience ordinaire. b/ Mais au plan relatif, Utpaladeva accepte les catégories dualistes du Créateur, des créatures et de la création.
Je suis d'accord avec Utpaladeva au plan ultime, mais je ne suis pas théiste : je n'admet donc pas son explication du fonctionnement des choses au plan relatif (ou "conventionnel"). Soit-dit en passant, c'est pareil pour le Bouddhisme et l'Advaita Védânta. J'admet que tout est vide d'existence propre, que tout est Conscience. Mais je n'admet pas les explications du monde que donnent ces philosophies : je ne crois pas trop aux vies antérieures, au karman, encore moins au système des castes, etc.
Autrement dit, j'admet leur Vérité Ultime, mais pas leur explications sur le plan relatif ou conventionnel. Je penche plutôt pour des explications scientifiques, dans un esprit agnostique qui laisse la plus grande place à l'émerveillement devant les choses humbles.
 
Mais bon, laissons la princesse continuer "toute femme qu'elle soit" (dixit le prince...). A ce propos :
Selon le Tantrisme, la femme est la connaissance que l'homme a de lui-même
 
La princesse continue en relativisant la hiérarchie des doctrines:
 
2/ Toutes les doctrines sont également des points de vue sur Dieu : égalité des doctrines
 
Les Dieux imaginés avec leurs attributs ne sont pas le vrai Dieu:
 
"Mais Lui - véritable pierre philosophale pour ses adorateurs - se manifeste dans les lieux et sous les aspects particuliers qu'imaginent leur piété".
 
Voilà une belle idée, enseignée par Krishna dans la Gîtâ et dans le Mahâyâna bouddhiste. Ce que nous sommes vraiment apparait selon nos capacités pour nous éveiller à nous-mêmes. De sorte que le maître - le fameux gourou - n'est peut-être rien d'autre que notre Eveil éternel venu du futur pour nous sauver de nos fausses identifications ! En tous les cas, j'aime cette idées que Dieu ou les Bouddhas nous apparaissent d'innombrables manières, selon nos illusions propres. Comme dit le Dzogchen, "tout ce que l'on voit ou entend est la Compassion de notre Essence primordialement pure". Cela va également dans le sens de la parabole Jaïna de l'éléphant dans le noir : les philosophies, les doctrines ne sont que différents ponts de vue sur le Réel. Ce sont les Shaktis de Shiva, les manières dont le Réel ou Dieu, comme vous voudrez, prend conscience de lui-même. Du coup, on peut devenir plus tolérant :
 
"Et puisque la conscience absolue constitue le noyau de vérité commun aux diverses conceptions du Seigneur, il n'y a pas lieu de se représenter les unes commes xupérieures, les autres comme inférieures."
 
L'Inde a une vraie culture de la tolérance dont nous ferions bien de nous inspirer.
 
Ce sont là des illusions, des mots, des constructions, mais c'est tout de même trés émouvant, non ?

11/12/2005

Qu'elles sont jolies, ces dâkinîs !!!

Durant toute une nuit, des moines déguisés en dâkinîs (sortes de fées) dansèrent autour d'une tente où reposaient les pillules de longue vie que le Lopon allait distribuer à la communauté Bön à la fin des cérémonie.
 
 

12:32 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : bonpo, tenzin namdak |  Facebook |

Mines spirituelles

Même cérémonie : sous le regard amusé de khenpo Tenpa, des moines enterrent une amulette de protection, disposée selon les règles, pendant que le Lopon récite les textes appropriés.
 
 

12:30 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonpo, tenzin namdak |  Facebook |

Une bien jolie hutte !

Le même toit, du point de vue du Lopon. A l'arrière-plan, on aperçoit la "cellule pour les retraites dans l'obscurité". Comme vous le voyez, ce n'est pas Versailles...
 
 

12:28 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

En plein air

Aprés les prières préliminaires, tout le monde fu convié sur le toit du dortoir des moines pour une cérémonie complexe visant à protéger le monastère des esprits vilains. Au bout de l'allée des moines, on devine le Lopon assis sur le trône.
 

12:25 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Grand Festival Bön

En 1997, Lopon Tenzin Namdak célébra une fête que chaque abbé de monastère ne peut accomplir qu'une seule fois durant toute sa carrière. Tous les Bönpos d'Inde et du Népal avaient accourus. Durant une semaine, le Lopon transmis l'intégralité des initiations Bön. Les moines avaient passé des semaines à préparer leur coiffe spéciale.
Ici, on voit le Lopon sortir du temple pricipal le premier jour. A gauche du Lopon, tenant le grand tambour, on apperçoit Khenpo Tenpa, qui reçut la charge d'abbé aprés ces cérémonies.
 
 

12:23 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

10/12/2005

Patits problèmes entre pratiquants

Dans les centres spirituels, il y a parfois des conflits, même en Orient, comme en témoigne ce cliché d'adeptes ayant subit une malencontreuse réincarnation...

20:22 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Initiation au vajra-bizz

Deux petits moines en plein travaux pratiques !

20:19 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Des animaux et des hommes

Sur les sites bouddhistes, il y a des singes experts en picage de pièces. On vous aura prévenus...
 

20:05 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Un petit tour à Kathmandou

Quelque images d'un séjour à Kathmandou en 1997. D'abord, le stoupa de Svayambhu, situé sur une colline en face du monastère du Lopon T. Namdak. Vous remarquerez les pigeons, comme autant de pratiquants appliqués dans leur quête vers l'Eveil...

20:02 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/12/2005

Croire en quoi ? en qui ?

Dans le chapitre 6 de la Doctrine secrète, le prince commence par dire qu'il ne comprend rien à l'allégorie racontée par sa princesse. En fait, il ne comprend même pas que c'est une allégorie.
Son épouse lui répond, en substance, qu'il doit lui faire confiance. En effet, sans confiance ni foi, aucune action, ordinaire ou spirituelle, n'est possible.
" Concluons donc que tout comportement humain se fonde sur une certaine confiance originelle".
Le doute à tout va paralyse le sceptique. Le jeu du "prouve ta preuve" mène à un nihilisme stérile. Il faut réfléchir, mais en s'appuyant sur des enseignements révélés dans des textes ou par un maître: "Lorsque tu ne raisonneras plus que sur la base des textes révélés tu seras prés d'atteindre le salut."
Mais le mari, pas si bête que cela, aprés avoir loué l'intelligence de sa femme, lui pose quelques questions pertinentes :
"A quoi doit-on croire ? Et à quoi ne doit-on pas croire ? Les textes révélés sont si nombreux, contradictoires, les opinions des maîtres si variées... Chacun est enclin à proclamer l'excellence des idées qui ont sa préférence et à rejeter les autres comme inutiles et même comme nuisibles au salut... Même celui qui considère le vide comme étant la vérité est en mesure de réfuter les autres. Pourquoi ne pas ajouter foi à ses paroles ? Son opinion aussi est en accord avec les textes révélés !" Les textes bouddhistes "révélés" (sûtra et tantra), mais aussi certains passages des Upanishads védiques.
 
Bref, chacun choisit la philosophie qui convient à son tempérament. "Dis-moi ce que tu crois, je te dirais qui tu es". Aujourd'hui en Occident, comme hier en Inde, il y a pléthore de systèmes - y compris des "systèmes anti-systèmes" - qui se proposent à notre adhésion. On y adhère en effet, puis on passe à autre chose... Cette attitude semble devoir mener au nihilisme, au scepticisme ou à un prudent agnosticisme. En tous les cas, pas à la foi. Le prince a donc raison de demander à cette princesse comment l'on peut avoir foi en la foi ? Ne faut-il pas se contenter de l'expérience et du raisonnement ? Mais on a démontré avant que les expériences sont subjectives et relatives, que les raisonnement peuvent prouver tout et n'importe quoi : Que faire alors ?

11:07 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

07/12/2005

Encore un problème de famille !

Dans le chapitre 5 de la Doctrine secrète, la princesse instruit son imbécile de mari par une allégorie.
Elle raconte que sa mère est sainte, mais qu'elle-même est tombée accidentellement dans une famille pourrie. Cette famille, ce sont l'intellect (pur mais naïf), le mental (imagination etc.) les sens et le corps. Ces facultés sont, en effet, notre première et notre dernière famille Or, dans le tantrisme non dualiste, ces facultés sont personnifiées par des yoginîs et autres démones lubriques assoiffées de sang frais. Comme dit Bhartrihari : "Nous n'avons consommé aucune chose : ce sont les choses qui nous ont consummé !" 
Mais, une fois reconnues comme étant des manifestations de la conscience, elles procurent tout ce que l'on désire. Cette femme mal mariée souffre donc de pitoyables tourments dans sa belle-famille.
Heureusement,
 
"Ma mère était une femme sainte, pure, immaculée.
Elle était omniprésente comme l'espace et d'essence subtile comme les atomes
Omnisciente sans rien savoir,
Universellement active sans s'activer en rien,
Répandue partout sans avoir de réceptacle,
Support de toutes choses sans avoir de support,
Omniforme et dépourvue de forme,
En relation avec toutes choses et isolée,
Pleine de joie sans se réjouir de rien,
Partout apparente et cependant impossible à connaître par qui que ce soit.
Elle qui n'a eu ni père ni mère a mis au monde des filles semblables à moi, innombrables comme les vagues de la mer...
De mon côté, j'étais en possession d'un grand mantra, ce qui me permettait de demeurer essentiellement identique à ma mère, tout en vivant au milieu de cette famille et en me dévouant à son profit."
 
Puis, sans entrer dans les détails, elle raconte qu'elle a tué tout le monde et retrouvé sa félicité native.
Encore une fois, tout est affaire de compagnie ! Par contre, je me demande ce qu'est ce "grand mantra". Le commentateur a l'air un peu perdu là dessus...

16:21 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

04/12/2005

"Nous sommes tous une seule et même Absence"

Deux heures passées cet aprés-midi avec Douglas E. Harding.
Trés en forme qu'il semblait, j'ai pu l'interroger sur le sujet qui lui tient à coeur : la Vision Sans Tête. Autour d'une tasse de thé et de quelque biscuits, il a sans cesse insisté sur le caractère absolument miraculeux de chaque moment vécu, de chaque personne rencontrée. Plein d'esprit, il a cité de nombreux auteurs anciens et modernes, tout en insistant sur la simplicité de la Vision. Voici ce que je me rappel de cet échange :
 
"Certains disent que le 'Je suis' est la réalité ultime, finale. D'autres disent que, même si c'est un moyen utile, il faut ensuite le délaisser ou le dépasser. Qu'est le 'Je suis' pour vous ?"
- Le 'Je suis' est ultime, car pour douter de mon existence, il faut encore que je doute. La certitude du 'Je suis' est le roc sur lequel je puis douter autant que bon me semble. Il est le roc immuable qui rend possible toutes les expériences changeantes. Le 'Je suis' est à la fois le moyen et le but.
 
"Ramana Maharshi recommandait, à la fin de sa vie, que l'on répète mentalement 'je-je' comme moyen pour s'établir dans l'Etat Naturel, le Soi. Penser-vous que ce soit un moyen valable ?"
- Je pense qu'il existe d'innombrables moyens qui sont autant d'accès vers Ici. En aucun cas je ne me laisserais aller à les limiter. Et surtout, voyez-vous, même si les gens ne voient pas, ils ont raison. Car leur aveuglement ne change rien à ce qu'ils sont vraiment. C'est même ce qu'ils sont vraiment qui rend possible cet aveuglement. C'est la liberté, c'est la beauté de l'Histoire. Quoi qu'il en soit, Ici, je suis immortel, non-né.
 
"Oui, mais cette immortalité est purement impersonnelle. Y-a t-il un avenir pour Douglas Harding aprés sa mort ? Y-a t-il une continuité de la personne à travers sa mémoire ?"
- Non, je ne crois pas. Et heureusement ! Ce serait épouvantable si Douglas ne cessait jamais. Une malédiction, une forme d'enfer ! D'un autre côté, chacun apporte une contribution unique, imprévisible, sans prix. En plus, ce que l'on fait demeure dans cet univers. Les conséquences de nos actes s'y perpétuent. C'est une sorte d'immortalité personnelle.
 
"Mais si le 'je suis' est si indubitable et évident, comment se fait-il que tous les gens qui sont réputés regarder Ici ne parlent pas de 'Je suis', comme les Bouddhistes  par exemple ?"
- Eh bien, je crois que c'est parce que cela est requis. S'il y a des gens qui ne voient pas, ou bien qui interprètent différement, c'est parce qu'ils sont libres. Dieu est libre. Cela veut dire que je ne sais pas ce qui va arriver. C'est comme le vol d'un papillon : [il mime avec sa main] hop, hop ! Je ne sais pas ce que je vais dire, ni comment je vais le dire. Cela est requis car, voyez-vous, nous avons besoin d'une Histoire. Or, qui dit Histoire dit aussi complications, embrouilles, essais et erreurs, pertes et retrouvailles... Tout ce qui est apparement mauvais concourt à un plus grand bien.
 
"Il y a des spiritualités où l'on dit que 'tout est parfait' (comme dans le Dzogchen), mais ensuite on vous dit qu'il faut respecter des règles, sans quoi on ira en enfer, etc. Qu'en pensez-vous ?"
- J'en pense que ces organisations vont se défaire d'elles-mêmes. Ces règles sont inutiles. Quand je vois Ici, je ne peux me tromper ! Par contre, je peux stabiliser cette vision. Mais cela se fait par la force des choses, plus ou moins rapidement, selon le tempérament de chacun... C'est un processus cyclique d'aller-retour constant entre la Vision et la distraction, entre la simplicité et la paix de ce que je suis Ici d'une part, et la complexité et la souffrance que je vois et que je dois acueillir encore et encore. C'est un va-et-vient incessant entre la vacuité et la compassion, comme disent les Bouddhistes.
 
"La méditation est-elle une aide pour stabiliser la Vision ?"
- Pas pour moi. En fait, je crois même que c'est plutôt un obstacle, dans la mesure ou cette activité de méditation est délibérée. Naturellement vient un moment ou cette Vision devient naturelle. Mais, aprés un demi-siècle de pratique, je crois pouvoir affirmer que cela implique maintes souffrances et épreuves.
 
"Mais n'avez-vous pas trouvé que, aprés la Vision, vous vous sentiez davantage incliné à 'méditer' ?"
- Non.
 
"A la lumière de votre expérience, croyez-vous que la Vision peut rendre un homme parfait  tant dans ses actes que dans ses paroles ?"
- Ha !!! [il s'esclaffe] Impossible. Quant à mon cas, je dirais même que Douglas est un démon, un diable. Et je puis vous affirmer que je possède des informations de première main à ce sujet ! Mais cette débilité, cette stupidité dont j'ai eu de si nombreuses preuves, je la laisse là-bas, à u mètre.
 
"Mais, même si je constate l'absence de formes Ici, que faire des innombrables pensées obsessionnelles qui y surgissent sans-cesse ?"
- Cela fait partie de l'Histoire. C'est là-bas. Il faut voir aussi que toute cette complexité, cette obscurité de l'âme humaine, est requise. On ne peut pas à la fois vivre et vivre sans ce sac de noeuds. Mais voir Qui voit est d'une grande aide. Partir du centre est la voie la plus directe. Ensuite, le reste change automatiquement autant qu'il est possible.
 
"Pensez-vous qu'il y a un lien étroit entre la Vision et la croyance en Dieu ?"
- Absolument pas. Au contraire ! Les croyants ont souvent du mal a accepter ce qu'ils voient, cette Absence de tout, y compris de Dieu. Car Dieu n'est pas Dieu, comme dit Maître Eckhart.
 
"La vision est-elle compatible avec l'agnosticisme ?"
- Dieu lui-même est le Président du Club des agnostiques ! Dieu ne croit pas en Dieu.
Tout cela, voyez-vous, n'est finalement que paradoxes. Je ne fais rien et, pourtant, depuis un demi-siècle toutes sortes d'idées me sont venues pour partager la Vision avec mes amis.
Dans tous les cas, l'essentiel est de prendre note qu'il n'y a pas de visage Ici. Simplicité. Il y faut, si vous voulez, une attention légère, une attention sans intention. Cela suffit : inutile de se torturer.
 
 
 
 

20:25 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : douglas harding |  Facebook |

02/12/2005

Comment peut-on ne pas voir la Conscience ?

Le maître répond que la source ultime de la réalisation spirituelle est la "bonne compagnie" (satsang). En effet, "même en ce bas monde, il en va ainsi : de la valeur des gens avec qui on s'associe dépend celle des résultats que l'on obtient."
 
Le maître illustre cette loi par un récit, celui d'une princesse qui éveille à sa vraie nature son idiot d'époux.
 
Celle-ci commence par lui montrer combien nos goûts et nos opinions sont relatives. Ce qu'on désire est le bonheur. Mais que désire t-on vraiment ? Tout est relatif en ce domaine. On recherche "ce qui est agréable" dit-on. Mais ce qui est agréable pour l'un laisse l'autre indifférent, et fait souffrir un autre encore. De même "la beauté est seulement ce que l'esprit se figure". Comme dit Pascal "L'imagination dispose de tout".
 
En méditant ces propos, le prince parvient au "désenchantement", puis à la "connaissance". Autrement dit, la voie proposée est celle-ci : (1) On écoute ou on lit. (2) Puis on réfléchit. (3) Cette réflexion mène au détachement, (4) qui culmine dans la connaissance. Cette connaissance est la délivrance et l'expérience parfaite, ultime.
 
Mais en quoi consiste cette connaissance ? Elle consiste, paradoxalement, à être fermement convaincu que tout est Connaissance, justement. C'est-à-dire Apparence et Conscience.
De fil en aiguille, même les perroquets de la ville de ce couple princier bienheureux répètent la connaissance parfaite en ces termes :
"Ô gens, cessez de vous complaire dans les choses, et goûtez à vous-mêmes/ à votre Soi !" Car se complaire dans les choses est la cause principale de la souffrance, explique le commentateur.
Mais qu'est-ce que le Soi ? Il est la conscience, le fait d'être "conscient de", "présent à" soi ou aux choses.
"Il faut adorer le Soi". Adorer, c'est, normalement, célébrer un culte extérieur, visualiser, prier, etc. Mais l'adoration "du Soi, c'est demeurer en tant que 'je'". C'est se laisser aller dans le pur et simple acte de conscience "je-je", pareil au bourdonnement de la tampura. C'est évoquer délicatement et intensément "Je suis Lui", en accord avec le souffle et les mouvements des sens et du mental. C'est s'absorber dans cette certitude inébranlable et se laisser imprégner par elle. Cette conscience pure est "dépourvue de tout objet de conscience", en ce sens que ce dont on a conscience - le corps, les sensations, les gens et les choses... - sont aussi la Conscience, car ce sont de pures apparences. Les choses sont seulement Lumière, se confondant ainsi avec la transparence de la conscience qui les acueille.
 
Croire que le corps et le monde existent en eux-même, en dehors de la Conscience et de leur apparence, c'est comme de croire en l'existence des cornes du lièvre... Ce qui apparaît, c'est la Conscience elle-même, et rien d'autre !
 
Mais si seule la conscience se manifeste ("brille"), comment se fait-il qu'on s'identifie aussi au corps, etc ? Le texte répond : "à la manière d'un miroir". Le commentateur précise :
Tout se réduit à la Conscience. Car tout ce qu'on perçoit, tout ce qu'on pense ou imagine apparaît seulement "dans" et par la conscience. La conscience est donc notre Soi et le Soi de tous les objets. Parce qu'elle choisit librement d'ignorer cette vérité, elle s'identifie à des corps d'hommes, de dieux, etc. Mais toutes ces expériences ne sont possibles que dans la Lumière qu'est la Conscience ! Cette Apparence, cette Présence ininterrompue est le suprême Shiva dont parlent les Ecritures. Grâce à son absolue liberté, nommée Mâyâ ("Magie"), il apparait comme dualité, en faisant librement apparaître l'Ignorance qui consiste à cacher sa Présence alors qu'il est l'Apparence même ! Et il fait apparaître tout cela à partir de lui-même, en découpant sa propre Apparence. Il ne produit pas les choses comme la pousse surgit de la graine, ou comme un potier façonne des vases, ni même comme une corde apparaît illusoirement comme un serpent, car la dualité apparaît. Elle n'est donc pas une illusion. Ou plutôt, même l'Illusion est réelle, car elle est Apparence.
Cela est possible, "comme dans un miroir". Le miroir reste un seul miroir, une seule apparences, alors même qu'il accueil une infinité de reflets. Il est à la fois un et multiple, duel et non-duel. Cela est possible à cause de son extrême limpidité. N'ayant aucun forme propre, il peut acueillir toutes les formes. Le monde nous semble "extérieur" justement parce qu'il est "à l'intérieur" de la Conscience. Il semble séparé précisément parce qu'il n'est jamais séparé ! La Conscience est un pouvoir de manifestation absolument libre et indépendent, alors que tout le reste dépend d'elle.
 
 
"De cela surgit la Grande Délivrance."
 
Les chapitres suivants répondent aux questions que se pose le disciple, et qui sont souvent des questions que nous nous posons. 

11:53 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |