19/01/2006

Tsok et boum

Mon premier contact avec le Boudhisme tibétain, ce fut un tsok (un banquet sacré) dans un centre parisien. J'avais choisi l'école Nyingma, à cause de sa réputation libertaire et son enseignement merveilleux : le dzogchen, la Grande Complétude.

Je débarque donc dans un appartement. La cérémonie commence. On m'explique qu'il faut réciter le mantra du Bouddha Shâkyamuni, car aujourd'hui est un "jour-compte-triple" : nos actes voient leur conséquences, bonnes ou maivaises, démultipliées. Bien plus tard, j'apprendrais que ces histoires de jours "bonus" sont liées à la conception indienne et tantrique du temps : le devenir est toujours cyclique. Et les intervalles entre les cycles (jours-nuit, nouvelle lune, nouvel an, changement de maison astro, éclipse...) sont "méritoires" (punya), car ils sont les moments où il devient possible de se libérer de ces cycles, justement. Ce sont les "points faibles" du samsâra. Ils fonctionnent un peu comme les téléphones dans Matrix. Ces interstices-portes-de-sorties se retrouvent à toutes les échelles : au moment où l'on se réveille, où l'on s'endort, entre deux respirations, entre deux pensées... De même, les cycles comprennent toujours deux temps : un inspir, phase de remplissage, favorable à toutes les activités positives ou paisibles (rituels pour gagner à la loterie, par exemple); et un expir, phase de vidage, favorable à toutes les activités "violentes". Eros et Thanatos, en somme : pulsions de vie, pulsion de mort alternent sans cesse.

Tels sont, en gros, les principes des calendriers hindous et bouddhistes, tantriques en particulier.

Les Bouddhistes que je rencontrais alors n'avair nullement l'air au fait de ces histoires-là, mais nombre d'entres eux spéculaient sur les histoires colportées par les lamas et les Occidentaux en mal d'exotisme (Shambala est un classique). En fait, le Bouddhisme n'a pas tord : personne ne parle; personne n'a d'idées. Ce sont plutôt les idées qui parlent à travers nous, un peu comme nos gènes cherchent à se propager. Telle est, du moins, l'idée de base de la mémétique, expliquée dans un livre récemment paru : Comment les systèmes pondent.

 

Je ne sais pourquoi, mais j'ai toujours été réticent à participer aux rituels. Ce tsok (ganacakra en sanskrit) est, à l'origine, un rituel dans lequel les adeptes, hommes et femmes, boivent du vin, dégustent des viandes et s'accoupplent, avant de consommer leurs sécrétions sexuelles. Ca peut être beau, en tout les cas, c'est assez éloigné du tsok tel qu'il se pratique de nos jours, celui-ci étant plus proche de la "soirée" ou du thé entre amis. Mais ce qui m'a déçu, ce jour là, c'est surtout l'absence de recueillement des participants. Moi, j'étais alors plein de mes lectures de traites de yoga, de zen, et obsédé par les différentes sortes de concentrations. En plus, j'avais cru comprendre que ce genre de rituel tantrique était révervé aux adeptes "avancés". Pour me rendre digne de la chose, j'avais donc médité toute la journée, avec postures, prânâyama et tout le toutim. Vous comprendrez donc quelle a été ma perplexité en voyant le lama regarder sans cesse sa montre, se grattant, exactement comme s'il était "speedé", et pas du tout en train de visualiser ou se receuillir (ce lama, je l'ai recroisé récement dans un resto indien; il avait une jolie jeune fille à son bras, mais il avait toujours l'air aussi "speedé"). Idem pour les autres. Cette atmosphère de fébrilité, de distraction, je l'ai ressentie dans tous les centres que j'ai visité par la suite. Et pas seulement bouddhistes tibétains. Par exemple à Lucknow, chez Papaji (advaita néo-hindou), on faisait la fête tous les soirs. On parlait de toutes nos histoires de relations. En revanche, la non-dualité - coeur de l'enseignement du maître et raison officielle de notre présence à cet endroit - était tout bonnement un sujet tabou. Un truc "intellectuel". "Stay in the Heart, men !" Le seul rituel de tsok à peu prés digne, à ma connaissance, est celui mené par Namkhai Norbu.

Pour une description d'un tsok shivaïte par Abhinavagupta, voir The Kula Ritual, par un prêtre catholique australien.

11:26 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : tantra, dzogchen |  Facebook |

Commentaires

A y est !! Ben voilà, nous sommes liés.

C'est pas beau ça ? Ecoute, moi le texte que tu as mis pour nous est parfait, dis-moi si celui que j'ai mis pour toi te conviens.

http://www.meritepatience.com/invites/

Longue vie aux bovins cosmiques, et à bientôt !

:))

Écrit par : Tenryu | 19/01/2006

Flair Toi mon gars t'as un bon feeling, car sur americanbuddha.com on peut lire des allusions à ce lama dont tu parles, avec un de ses copains lamas du même acabi, qui aurait demandé à un disciple de leur procurer des pillules amaigrissantes, qui sont en fait des amphétamines, ou encore du speed. Il faut chercher pour retrouver l'histoire, mais elle est sur le site.
Speedé, donc, il aurait pu l'être vraiment .....
Mais tu comprends, pour ceux qui voient pas le speed dans les gestes, la gratouille, "ça jette quand même ce qu'il dégage le lama. Il a dû faire une pratique courroucée toute la nuit"....

Écrit par : Tenryu | 20/01/2006

mensonges doutes et mensonges
hypocrisie
bigots
cruauté, égoïsme

vive les communautés spirituelles (bouddhistes ou autres)
vive les imbéciles !

Écrit par : cousin | 20/01/2006

Merci Tenryu, merci pour le lien sur ton site. Le lama évoqué dans ce post est Tenzin Samphel, aujourd'hui prof. de tibétain à Langues'O. En parlant de "speed", je ne voulais pas suggérer qu'il se droguait (lama T. est une personne assez saine et sincère, pour autant que je sache). Simplement, je souhaitais souligner le décalage entre mon idéal et la réalité. Précision : ce tsok date de 1990, je crois. Lama T. venais de débarquer du Népal, et je sortais du lycée !

Écrit par : anargala | 20/01/2006

Oooops Ben non, je me suis planté, je pensai que tu faisais référence à un centre Rigpa.

Sinon, j'avais la même tendance que toi, préparation sérieuse, pranayama, etc, avant un évènement, une initiation, en arrivant dans les centres. C'est vrai que cette aspect y est absent, sauf que moi, j'ai éliminé le décalage en laissant tomber la tendance. Si je l'avais pas fait, on me l'aurait fait faire, ce qui s'est produit un peu.

Maintenant j'y reviens :

Vive les bovins cosmiques libres !!!

Écrit par : Tenryu | 20/01/2006

Du beau monde ici ! Bonjour à tous,

Anargala, il ne faut pas rêver si les ganapuja en présence de Namkhai Norbu se passent bien, en son absence le naturel reprend le dessus, la tchatche, le thé et les petits gâteaux (et non gateux...quoi que...)sont des composantes de la nature essentielle du pratiquant ;-)

Grand Tenryu ;-) te voila gardien de troupeau. Attention aux déductions hâtives, mais on te pardonne : le problème était juste tu as juste trouvé un autre exemple avéré pour trouver la solution. Bon pour le côté "navigation à vue" ou cabotage, on ne te donnera que 18 sur 20.

Je salue particulièrement Pascal Cousin car il me donne l'occasion de le féliciter pour son travail de "compile comparative" qui non seulement est utile, mais a ouvert aux francophones une fenêtre sur cet enseignement pas si connu.
Anargala, quant à lui, prend un relais dynamique et tout en richesse.

Écrit par : mind | 21/01/2006

Du beau monde ici ! Anargala, ton personnage est très ambigu (depuis le début du blog), tu sembles critiquer ces pratiques, mais dans le fond ?.
PS : Bien sur ce n’est pas le cas, mais tu me fais par moment incroyablement penser à Florence Ghibellini.
Mind, rassure-toi, c’est toi le plus beau, le plus grand, le plus …. Si, Si

Écrit par : coco | 22/01/2006

Qu'y a t-il dans une noix de coco ? Mon coco, écoute bien ceci : mes intentions sont limpides, et cela depuis des temps sans commencement. Puisse ce lieu n'être pas celui des procès d'intention à deux sous, mais plutôt celui d'une réflexion critique sur le tantrisme, bouddhiste ou autre. "Pour l'ignorant, la "réalité" n'est qu'une illusion; pour le sage, à même l'illusion se trouve la réalité".

Écrit par : anargala | 22/01/2006

SVO, ne soyez pas agressif anargala,
Vos explications sont aussi limpides que votre style de jeu est obscur.

Écrit par : coco | 23/01/2006

Ah la faune Encore un perroquet mutant (en chenille)qui s'est fait jeter par Izno, que de frustrations...mais pas ici, par Toutatis.
:-)

Écrit par : mind | 23/01/2006

Om gam ganapataye namah ! Coco : je vous invite, en septembre prochain, à aller fracasser la noix de coco de l'amour-propre avec nos amis tamouls, du côté de la rue Doudeauville ! Jaya Ganesh Ji ! Mâ vidvishâmahai ! Shantir eva astu !

Écrit par : anargala | 23/01/2006

Liberté Tenryu tire sa langue et vous la montre : elle n'est pas fourchue. De mes mains je pose les lauriers sur la tête d'Anargala, lui qui intègre dans son chemin ses rencontres quelles qu'elles soient, et honore le libre arbitre et la discrimination, qui de tout temps ont été la source de la libération.

Ce n'est en rien obscur, il avance, avec ses qualités, et c'est tout.

Que ce soit obscur pour certains, difficile à comprendre ou impossible à accepter, là c'est une autre affaire ......

Tenryu le berger a parlé (bien j'espère ???)

Écrit par : Tenryu | 23/01/2006

Secte Déjà un fanatique près à se jeter dans le feu pour son maître, ça commence ....

Écrit par : bellamy | 24/01/2006

Bien vu Montons un business, Bellamy !!!

Écrit par : Tenryu | 24/01/2006

essai s : «
e. : « j’a
e.
Ce
».
L

Écrit par : essai | 18/03/2006

a supprimer "j'a

Écrit par : a supprimer | 18/03/2006

libre depuis toujours salut, j'aime papaji, et je ne l'ai jamais considéré autrement que comme un grand-père spirituel.j'ai passé du temps dans le fond de la salle des satsang, mais pas avec ses disciples VIP. les premiers mots que j'ai entendu de sa bouche ont confirmés mon expérience : nous sommes Dieu, nous sommes libre de toute éternité

Écrit par : avatar10 | 26/02/2009

Les commentaires sont fermés.