29/01/2006

Observer les pensées ou observer celui qui observe ?

Deux possibilités s'offrent à celui qui souhaite se délivrer des pensées (et de tous les phénomènes en général) :

 

- soit il peut observer les pensées. C'est la voie du Mahâmudra de Gampopa. En observant les pensées sans les manipuler, par une attention sans intention, les pensées se calment peu à peu et la connaissance non-duelle se fait jour.

- soit observer d'emblée celui qui observe. C'est la voie du Dzogchen de Longchenpa. En se laissant aller dans cette vision de celui qui voit, on s'établit d'emblée dans la connaissance non duelle, sans jamais se préocupper des pensées.

Ce dernier le confirme dans ses oeuvres, comme le Trésor de l'Elément Réel (Chöying Dzöd). Dans sa biographie intérieure, il intérroge Vajra Yoginî, personnification de la connaissance non-duelle :

 

""Lorsque j'introduis mes disciples à leur vraie nature, dois-je leur precrire de demeurer dans la nature incrée de la pensée, ou bien de laisser l'esprit sans juger d'aucune manière ?" Elle répondit : "A quoi bon calmer les pensées ? Introduit-les à la vaste étendue de la connaissance non-duelle [yéshé]!"". (A Marvelous Garland of Rare Gems, p.111).

 

La première méthode ici mentionnée est l'accès direct à la connaissance non-duelle par le retournement de l'attention - sans intention - vers sa source.

La seconde méthode est celle de l'attention aux pensées : on observe l'esprit ordinaire ; alors que dans la première méthode, on se situe dans la connaissance non-duelle qui se connait elle-même. Cette simple reconnaissance suffit à "purifier" ce qui doit l'être.

 

On peut rapprocher cette opposition de celle que Douglas Harding établit entre Krishnamurti - partisan de l'observation neutre des processus mentaux - et Ramana Maharshi - partisan de l'obervation de l'Observateur. La première voie est psychologique; la seconde est... noétique (?). Mais les deux voies sont graduelles, en ce qu'elles requièrent toutes deux que l'on pratique encore et encore.

Simplement, dans la voie psychologique, on se situe par rapport au mental. Dans la voie noétique, on se situe dans l'étonnement, dans ce que certains mystiques néoplatonniciens ont appelé "la fine pointe de l'âme", dans "l'Un de l'âme", qui n'est pas l'âme. Ainsi, notre expérience de notre vraie nature, de l'essence de notre âme, ne progresse pas. Mais en demeurant en elle, notre mental - notre âme - progresse.

 

14:05 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ramana, longchenpa, douglas harding, dzogchen |  Facebook |

L'abbé rap-cool rimpochey

Interlude n°2 : Si vous vous demandez ce que devient le monastère nyingmapa de Kathok, au Tibet, eh bien il se porte bien, grâce notamment aux dons des disciples Chinois de Taiwan. Sur cette photo prise à Taiwan, on voit l'abbé du monastère se reposer sous un arbre entre deux de ses lamas dirigeants des centres locaux. Ce sont tous de grands pratiquants du dzogchen:

 

 

 

13:33 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, kathok |  Facebook |

My tulku is rich

Interlude du weekend : L'inénarable Steven Seagal a été reconnu officiellement par Pénor Rimpoché, chef de l'école Nyingma du Bouddhisme tibétain, comme étant la réincarnation délibérée (tulku) d'un maître tibétain. Comme il le dit lui-même : "... mais je le savais déjà !" Yee Ha !

 

13:25 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vajrayana, steven seagal, tulkou |  Facebook |

26/01/2006

Faut-il être crétin pour être pieux ?

Un lecteur affirme avoir fait l'expérience du désintérêt des pratiquants du Vajrayana pour les questions historiques.

 

Voici que qu'a dit Nyoshul Khenpo (1931-1999) - peut-être le plus grand maître dzogchen qui enseigna en Occident - sur l'importance de la connaissance historique :


"If we fail to understand this kind of historical background, then what we find these days is that there are many people who don't comprehend the roots of these teachings at all. They may, for example, have studied only one teaching, like the [dzogchen] instruction manual Yéshé Lama, and they conclude, "Well, Yéshé Lama is Dzogchen". Yes, Yéshé Lama certainly is Dzogchen, but it is only one of many. [...] What we need ask ourselves is, what has happened in the meantime [entre les débuts historiques du Dzogchen et le Yéshé Lama] ? Since the first appearance of these teachings, millenia ago, what kind of practice has been done, what kind of transmission has taken place - where has Dzogchen "been" in all that time between its beginning and the writing of Yéshé Lama ? But if you ask people nowadays, many of them will say, "Well I don't know. Other than Yéshé Lama, I don't konw anything. That's all I know. That's Dzogchen". Things have reached such a pass.

It is almost as if we were childern who had lost their mother. Or, to take another example, imagine we have an exquisite vase made of gold, encrusted with gems, and to the handle of this vase we attach a string that goes to another vase, made of clay. From that clay vase, another string is attached that goes to yet another vase, and so on, until we have five, six, seven, eight vases down the line. At a certain point, the person who holds the last one in the succession may have no idea where the original golden vase is. That person has forgotten it or doesn't know how to find it, simply thnking, "Well, I've got this vase that I'm holding in my hands; there's nothing other than this". In order to avoid such a predicament, we need to understand vererything that has gone before. But if you ask people today, "Tell me, is this a tantra ? Is it an explanatory commentary, an âgama ? Or is it a pith instruction, an upadesha ?" they simply do not know what to say. They just blurt on something vague like, "Well, I just take teachings on mind. I get mind teachings... mind teachings ..." They repeat this over and over again, but they do not have the faintes idea of what is constituted by the entirety of Dzogchen." 

(tiré de : Nyoshul Khenpo, A marvellous Garland Of Rare Gems, p. xxxi, Padma Publishing, 2005).


Bien peu d'adeptes du Dzogchen s'intéressent à son histoire, c'est-à-dire aux enseignements "transmis oralement" (kama). Tout le monde semble n'avoir d'oreilles que pour les enseignements "redécouverts" (terma), à l'exception de lamas comme Namkhai Norbu ou Alak Zenkar. Si  vous vous sentez concerné par le devenir du Dzogchen, vous pouvez certes demeurer dans la Nature de l'esprit, mais vous pourriez également lire le livre ci-dessus, sur l'histoire du Dzgochen justement, ou bien la thèse de son disciple Stéphane Arguillère, qui devrait paraître bientôt.

12:49 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, nyoshul khenpo, nyingthig |  Facebook |

25/01/2006

Peut-on vivre sans fables ?

Un ouvrage d'Eric Baret vient de paraître, aux éditions "Almora". Il se propose d'y présenter "le yoga du Shivaïsme cachemirien", tel qu'il fut transmi par feu Jean Klein.

 

C'est un beau livre, illustré de photos parfois magnifiques. L'approche corporelle y est suggérée en grands détails, à travers diverses rubriques, sur l'alimentation, la sexualité, l'assise ou la respiration. Cette écoute du corps tactile sans référence est une belle invitation à l'exploration - poétique - de l'inépuisable richesse du ressenti. Cette approche est indiquée par plusieurs stances du Vijnâna Bhairava Tantra, et c'est le génie de Jean Klein d'avoir su nous en montrer l'étendue, bien que la filiation cachemirienne qu'il revendique me semble peu crédible.

 

En revanche, je suis surpris de lire des propos sans nuances, tel que : "Le raisonnement, la pensée, l'intention ne procurent que des certitudes illusoires..." (p. 54).

 

De part en part de leur enseignement, Jean Klein et Eric Baret semblent, en effet, valoriser uniquement la perception, le "ressenti", en excluant le concept, le "pensé".

Pourtant, il est clair qu'une telle dévalorisation de la raison est absente de la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ) formulée par Utpaladeva et Abhinavagupta. Non seulement cette dévalorisation en est absente, mais encore le raisonnement (tarka) est la partie suprême du yoga à six membres (et non huit) des tantras shivaïtes. Selon Abhinavagupta, le raisonnement, bien exercé, procure une certitude inébranlable (dridhanishcaya). Cette certitude est une pensée (vikalpa) en harmonie avec la conscience au-delà de toute pensée articulée, qui est Parole (vâk) et source de toutes les pensées. La pensée procure ainsi un véritable accomplissement, en forme de pensée (vikalpâtmikasiddhi). Celui qui a acquit cette certitude, peut à son tour la communiquer à autrui à l'aide de raisonnements. Cette voie est celle du "raffinement des représentations" (vikalpasamskâra) présentée dans le chapitre IV du Tantrâloka, que chacun peut lire en français.

 

Mais s'il en est ainsi, d'où vient ce dualisme entre pensée et perception professé par Eric Baret ? Sa source principale, dans l'histoire de la pensée en Inde, ce sont les philosophes bouddhistes Dingnâga et Dharmakîrti. En effet, ils défendent la thèse selon laquelle la connaissance a deux sources : la perception et le raisonnement. Seule la perception donne accès au Réel ; le raisonnement, quand à lui, construit des concepts sans aucun rapport avec le Réel. C'est la thèse de la "distinction radicale des [deux] moyens de connaissance" (pramâna-vyavasthâ-vâda). Elle s'oppose à la thèse brâhmanique de "la coalescence des deux moyens de connaissance" (pramâna-samplava-vâda). Selon cette philosophie, dite du Nyâya, le premier instant de la perception d'une table n'est qu'une connaissance encore confuse de la table. De même, selon une autre philosophie brahmanique - la Mîmâmsâ - le premier instant de la perception de la table contient confusément le jugement verbal "C'est une table". En d'autres termes, il n'y a pas de rupture entre les deux sortes de connaissance, mais plutôt un seul et même mouvement de clarification. Or, c'est de cette dernière thèse dont s'inspire le shivaïsme du Cachemire, et non de celle des Bouddhistes ! Pour Utpaladeva et Abhinavagupta, en effet, la pensée n'est que l'explicitation de la perception du premier instant. Et toute perception est en réalité un raisonnement, même si celui-ci est trop rapide pour qu'on puisse en avoir conscience, "comme lorsqu'une aiguille transperce cent feuilles collées ensemble". Il n'y a entre ces deux formes de connaissance qu'une différence de degré, et non pas de nature. De même, l'action n'est que le prolongement de la connaissance.

 

Autrement dit, non seulement M. Baret fait dire à Abhinavagupta quelque chose qu'il ne dit pas, mais en plus il lui fait professer la thèse qu'Abhinavagupta réfute !

 

Pourquoi opposer ainsi pensée et perception, dans un enseignement qui se veut pourtant "libre" de tout dualisme du type corps-esprit ? Si le tantrisme intègre les émotions et les sensations dans sa démarche spirituelle, pourquoi donc n'intégrerait-il pas également la pensée ? Abhinavagupta me semble plus tolérant et ouvert à toutes les approches possibles, à l'image du Vijnâna Bhairava Tantra.

 

En outre, il est regrettable que l'auteur ne cite jamais les sources ni les traducteurs des extraits des textes sanskrits ou arabes invoqués pourtant à chaque instant, ainsi que d'autres inexactitudes sur les doctrines du shivaïsme du Cachemire. D'ailleurs, Eric Baret semble en avoir eu conscience, lorsqu'il se démarque, avec un certain mépris, des savants, des traducteurs et autres "universitaires". Il laisse à d'autres ce genre de travail "anecdotique", pour ne se consacrer qu'à "l'essentiel".

 

Enfin, on peut se demander de quels textes du corpus cachemirien M. Baret tire les idées selon lequelles il ne faut pas manger avant midi, manger des céréales crues trempées dans l'eau, etc. Bien sûr, chacun à le droit d'interpréter ces textes à sa guise. Mais alors, ayons l'honnêteté de le reconnaître. Être un adepte enseignant le shivaïsme du Cachemire, ou bien s'inspirer de ses textes (quand ils sont traduits): il faut choisir. Ces deux attitudes ne sont peut-être pas également gratifiantes en apparence, mais pourquoi s'embarrasser de ce genre de détail "anecdotique", au lieu de se consacrer enfin à "l'essentiel", c'est-à-dire au dialogue avec les autres, fut-ce à travers leurs oeuvres ?

PS du 1 er décembre 2008 : suite à plusieurs réactions de lecteurs, je tiens à préciser que malgré ces critiques assez franches, le "yoga du Cachemire" est incontestablement d'une immense richesse. Il n'est donc pas concerné par ces remarques. Je trouve seulement qu'il est dommage qu'Eric Baret n'exprime pas à l'égard de la philosophie - dont celle d'Abhinavagupta - une opinion légèrement plus nuancée. Le yoga du Cachemire me paraît profondément fidèle à Abhinavagupta. Par contre, je ne comprend pas pourquoi il faudrait exclure la philosophie - et donc la philosophie de la Reconnaissance. L'écho des paroles insondables d'Eric baret n'y perdrait aucune profondeur. La perception est un discours. La pensée est un ressenti.

17:45 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : yoga, cachemire, almora, eric baret, jean klein |  Facebook |

23/01/2006

On n'a pas toujours les Eveils auxquels on s'attendait...

Par la suite donc, j'ai visité de nombreux centres. J'ai découvert également le yoga (sur un vieux paquebot russe), la magie à l'occidentale (la Wicca, Crowley and C°), le monastère-zen-d'à-côté-de-chez-moi, les méthodes de castagne indiennes (Varma Kalai, Kalaripayat), les arts internes chinois (sur les toits de Paris, avec l'excellent Wong Tun Ken), etc, mais je revenais toujours au Shivaïsme du Cachemire et au Dzogchen.

 

Je fis une première retraite auprés de Namkhai Norbu à Mérigar en 1992. Aprés avoir installé ma tente en la camouflant soigneusement, j'écoutais les premiers enseignements sur "la Base de Santi Maha Sangha", première étape du cursus mis au point par ce maître. J'étais trés heureux, porté par la vision de cet homme charismatique. Bon, c'est vrai, la nuit je me les gelais grave : j'avais sorti tout le contenu de mon sac - même les slips - pour me réchauffer. J'avais beau essayer de mettre en pratique les instructions sur la Chaleur Intérieure (une version simplifiée, certes), rien n'y faisais. De plus, il n'y avait pas moyen de prendre une douche, et un seul repas par jour : une semaine à la tibétaine ! Mais l'ambiance était sympathique et solidaire. Seulement, tout cela me semblait un brin trop formel.

A la retraite d'Orléan, en 1994, Namkhai Norbu nous parla longuement des "Gardiens". Ce sont des Bouddhas censés protéger les pratiquants. Mais s'adresser à eux est, pour diverses raisons, réputé être une tache dangereuse. Les pratiques qui leur sont consacrées sont donc longues et complexes. Aprés plusieurs années de réflexion sur la question, j'en vins à la conclusion que ces choses-là n'étaient pas pour moi. Certes, je sens la force des rituels, et j'apprécie de m'y plonger, mais cela reste une mise en scène symbolique, plus encore en ce qui concerne les Gardiens, les esprits et les rituels "violents" ou magiques en général. Surtout, cela me touche infiniement moins que les textes Dzogchen. Je décidais donc de ne garder qu'eux et, par respect pour Namkhai Norbu, qui nous demandais de croire que ces gardiens n'étaient pas QUE des personnifications mais aussi des personnes bien réelles, je cessais d'aller à ses retraites.

 

En 1995, je participais à ma dernière retraite bouddhiste : la transmission du Nyingthig Yabshi par Pénor Rimpoché à Lérab Ling.

Lérab Ling, c'est un peu comme le Titanic : tout en haut, il y a les cabines individuelles pour les riches, et tout en bas, il y a des tranchées dégagées au bulldozer. Une vraie mise en espace du samsâra français. Moi, évidement, j'avais la dernière place, tout au bout de la dernière rangée. N'empêche, j'ai bien rigolé. Le chemin de terre avait tendance, malgré la présence des arbres qui nous entouraient, à glisser lentement mais surement vers la rivière en contrebas. Chaque soir, je racommodais donc discretement mon lopin de terre avec les pieds, en plantant ici et là des bouts de bois. En fait, ces opérations paysagères m'intéressaient plus que les enseignements : la plupart du temps, Sogyal Rimpoché nous faisais son show, ou bien il fallait réciter des prières en tibétain translitéré des heures durant. Sogyal Rimpoché, c'est le Garcimore du Vajrayâna. Symphatique et jovial : "Hey men, yes, we have coooosmmic eeeeeegooo.... yes ! hi hi hi ! Look, you don't feel something ? Like something has changed with me, yeah ? Don't you feel this difference now ? Hi hi hi !": en fait, il venait de finir une retraire "solitaire" et faisait allusion aux Accomplissements Spirituels qu'il avait atteint depuis. Pour être clair, il ajoutait : "You know, I prefer to teach you every day, rather than Khenpo [Namdrol, disciple érudit du "vrai" Sogyal], because, you know, for you I'm the Door to the Teachings, yeah... No ? Hi hi hi !". Et effectivement, seule une fraction des enseignements de Pénor Rimpoché fut traduite par Sogyal . Pénor nous montra les postures pour Thögal (dont celle de l'éléphant : je vous laisse imaginer !), mais personne n'expliqua aux gens présents de quoi il s'agissait. On nous réparti en petits groupes, avec des "anciens", pour nous expliquer les choses "plus en détail". Le type de mon groupe n'y connaissait pas grand'chose, où bien il ne voulait pas. Je proposais qu'on lise, au moins, la traduction du chapitre V du Miroir du Coeur de Vajrasattva, par P. Cornu et publiée au Seuil. Ce chapitre décrit précisément les rituels d'initiation auquels nous étions censé participer, mais non, rien n'y fît. Une dame posa alors une question du genre "Mais alors, on est bien dans un centre bouddhiste, ici?", et le type fûr ravi de l'informer.

Ce qui m'a un peu chagriné, c'est l'ambiance radine : il fallait attendre une heure pour avoir une assiette de nouille, et on avait presque pas d'eau, alors que le tarif était celui d'un club touristique !

En revanche, voici ce qui m'a durablement interpelé : un matin, je surpris une conversation dans le secrétariat. Une jeune femme était là, face à un membre du staff. Elle n'avait pas de quoi régler la totalité de la somme pour la "retraite". Elle expliqua qu'elle était seule, avec sa petite fille. Le type ne voulut rien entendre. Il dit, textuellement : "Soit vous payez tout, soit vous partez". Du coup je fus, moi aussi, trés heureux de quitter ce lieu.

 

Depuis, j'ai assité à quelques enseignements de Tenzin Namdak, quelques bricoles à droite à gauche. Mais chacune de ces visites me confirme dans ma réaction initiale : hiérarchies, institutions, pouvoirs, superstitions, violences : injustice. Franchement, cette colère terrible qui m'a envahi face à la violence brute qui se voit dans les centres tibétains en Inde, je ne l'ai ressentie ailleurs que face au système des castes. Entre les textes poétiques des mahâsiddha, de Longchenpa ou de Shabkar, et ces réalités révoltantes, j'ai choisi. Mais j'y reviendrais.

 

Plus tard, en Inde, je retrouverais encore et encore cette reconnaissance insolente de la richesse et de la hiérarchie sociale dans les centres tibétains. Par exemple, à Dharamsala. Opulence et, parfois, arrogance des Tibétains; et pauvreté des Indiens, qui ont pourtant eu la gentillesse d'accueillir les Tibétains dans leur pays pauvre et surpeuplé. J'ai entendu des Tibétains parler des Indiens : ils n'ont que mépris pour eux. A Dharamsala, les seuls Indiens présents lors des enseignements du Dalai Lama sont les mendiants et les ouvriers (presques esclaves), en dehors des sempiternels Cachemiris dans leur boutiques de tapis. Comment ne pas être frappé par cela ?

 

Voilà. En résumé donc, je suis bouleversé par les textes de Longchenpa. Mais je suis aussi bouleversé par l'obscurantisme, le sectarisme et une certaine méchanceté qui ne se cachent même pas. Même chose du côté du shivaïsme du Cachemire (avec en particulier le Siddha Yoga). A mon sens, il faut garder le meilleur de ces traditions, avec le meilleur de la modernité.

17:35 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : tantra, vajrayana, sogyal, tenzin namdak |  Facebook |

Le Palais de la Découverte : une Terre Cachée de Padmasambhava ?

Un aprés-midi au Palais de la Découverte : Ahhh... "Une Guirlande d'Introductions Directes à Notre Vrai Visage : Un Voyage d'Alice Dans le Merveilleux Palais des Vidyâdharas du Sens Définitif et Pas Commun" : on dit que le titre contient tout le contenu de l'oeuvre, n'est-ce pas ? En particulier, je recommande l'expérience "changer de visage", située au premier étage, comme la plupart des expérience intéressantes. Après cela, on peut sérieusement se demander si Newton n'était pas un tulkou ! Pour quelques euros seulement...

16:34 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

20/01/2006

Qu'est-ce qu'un "moyen habile" ?

Aprés cette première expérience, j'étais à la fois déçu et excité. Les gens m'avaient fait bon accueil, s'émerveillant de mon jeune âge (c'était en 1990) et l'atmosphère était à l'enthousiasme général. Je sentait bien que quelques personnes avaient certains défauts de caractère, cependant cela ne me génait aucunement. Par la suite, j'ai donc assisté à de nombreux enseignements dans des centres bouddhistes tibétains.

Parallèlement, je découvrais le Shivaïsme du Cachemire. Un livre de Lakshman Joo venait de sortir, j'eu la chance de rencontrer le grand érudit Alexis Sanderson, et surtout, je découvrais les traductions de feu Lilian Silburn, dont le Vijnâna Bhairava Tantra. Je faisais du tamoul du hindi et du sanskrit, en lisant tout ce qui me tombais sous la main.

Du coup, un regard critique se fit jour en moi. Je voyais bien que le Shivaïtes et les Bouddhistes tantriques étaient proches, qu'ils s'étaient grandement isnpirés mutuellement, et pourtant je ne voyais que haine ou ignorance mutuelle de part et d'autre. Il suffit de lire les hagiographies des 84 mahasiddhas bouddhistes : dès qu'un Bouddhiste rencontre un Shivaïte, ça finit en pugilat. Idem dans les tantras : ils sont souvent trés semblables sur des points essentiels. Alors, ils essaient de montrer leur supériorité en proposant des états "plus profonds", des états non-états, des au-delà de par-delà le mental, des super-mantras qui lavent plus blanc que blanc, etc. Du marketing indien datant du Xème siècle, en somme. Quant aux tibétains, ils ont fidèlement repris la tradition : on dit que lorsque Mipham, le grand maître dzogchen du début du siècle, lu quelques pages de la Bhagavad Gîtâ, il fut si horrifié qu'il jeta le livre dans une rivière. Même aujourd'hui, cela n'a guère changé. Donc, je posais parfois des questions à ce sujet aux lamas, qui me récitaient leur leçon. Par exemple, j'avais demandé à Phendé Rimpoché la raison pour laquelle on disait que Mînapa avait entendu les enseignement tantriques de Shiva et Parvatî. Il me répondit que les enseignements entendu de Shiva ne lui avaient pas permi d'atteindre la libération, mais seulement des pouvoirs magiques "ordinaires". Mais alors, pourquoi relater cette histoire ? Et pourquoi Mînapa est-il qualifié de "grand accomplit" (mahâsiddha) ? La vérité de l'histoire, c'est que ce Mînapa n'est autre que le légendaire Matsyendra Nâth, fondateur supposé des lignées Kaula, formant la quintessence des tantras shivaïtes. Les Bouddhistes ont essayer de l'intégrer, sans y réussir complètement. Parfois, l'instrumentalisation du Shivaïsme tantrique a fonctionné, parfois non. Un exemple de transformation assez réussi est le Kâlachakra Tantra. C'est une imitation délibérée, consciente et critique du Shivaïsme. Un exemple moins convainquant, ce sont certains chapitres des tantras de Samvara qui, sortis de leur contexte shivaïte, deviennent innintelligibles.

Le Bouddhisme tantrique est légitimé, du point de vue bouddhiste, par la doctrine des "moyens habiles" : tous les moyens sont bons pour faire le bien des êtres. On a le droit de pomper les religions à succès et tout ce qui marche, pour "dompter les êtres". Soit.

Mais alors, cela signifie que toute l'iconographie bouddhiste tantrique (et, plus généralement, mahâyaniste), n'a de valeur que dans la mesure où elle est pertinente dans une culrure donnée. Par exemple, l'apparence de Chakra Samvara est efficace seulement parce qu'elle ressemble à Shiva-Bhairava qui, à l'époque où le tantra de Chakra Samvara est apparu, était trés ancré dans les mentalités. Etc, etc. Mais alors, pourquoi faire visualiser à des Occidentaux d'aujourd'hui des divinités dont les symboles ne leur évoquent rien, mais alors rien du tout ? A quoi bon visualiser un Samvara piétinant un pauvre petit Ganesh ? En quoi cela nous touche t-il ? Et le croissant de lune ? Vous avez lu le Mahâ Bhârata et les 18 purânas, vous ? Même les tibétains n'y comprennent rien depuis longtemps. C'est pourquoi, je crois, une partie d'entre eux a voulu créer son propre tantrisme, à l'aide d'un symbolisme davantage propre à toucher les tibétains. Cela a donné le Bön. Même chose pour les mantras : on nous dit qu'il faut les prononcer correctement. Mais les tibétains ne savent pas les prononcer correctement. Personnellement, je m'en fiche car je ne crois pas au pouvoir des mantras. Mais à quoi bon perpétuer ce feuilleté de couches mythologiques si nombreuses et anciennes qu'elles ne veulent plus rien dire ? Franchement, à qui les divinités "courroucées" ou les gardiens, font-ils encore peur ? Ces images sont pittoresques et intéressantes, en tant que témoignages de l'humanité à laquelle nous appartenons, sans plus. Bref, il faudrait des icônes et des mantras capables de nous toucher. Une "Sâdhanâ d'Elvis à Quatre Bras", une "Pratique de Pére Noël dans les Cimetierres de Paris", une "Liturgie Archisecrète de Marilyn Manson dans les Catacombes"... Bref, un truc "qui nous parle". Franchement, vous vous sentez de transformer votre magasin Carrefour en une pagode tibéto-chinoise kitschissime ? Kitsch karmique ou kitsch pur, ça reste kitsch, non ?

De même, les lamas nous répètent que les "esprits" invisible et autres vilains démons sont des constructions mentales, tout en affirmant également qu'on doit réciter des heures de prières, en essayant d'invoquer des gardiens-éveillés-mais-super-dangereux-quand-même, si l'on est un bon disciple, pour essayer de les trucider, c'est-à-dire, ultiment, pour réaliser qu'ils ne sont que des constructions mentales. Comme le Père-Noël. Mais qui croit aux classes d'êtres invisibles ? Pourquoi devrais-je passer des heures (sous peine d'aller en enfer) à réciter des textes en tibétain et en sanskrit pour réaliser l'inexistence d'êtres à l'existence desquels je n'ai jamais cru ? Bien sûr que de nombreux fantômes me hantent. Comme tout le monde, je suppose. Il y a l'Etat, par exemple; les bureaucrates, les technocrates, etc : tous ces êtres que l'on ne voit jamais mais qui nous glacent le sang. Mais les tsen, les gyalpo (dont M. Shougden-le-tueur-de-dzogchenpas) etc., cela me parle autant que les schtroumphs ou les ragondins. Quand Namkhai Norbu, le "roi du dharma", me dit que les "Gardiens" sont des personnes réelles (et pas seulement des symboles) parce qu'il a vu des chauve-souris se transformer en souris quand il était petit, je respecte sa personne, mais pas ces idées-là. Comme disait Aristote : "Je respecte Platon; mais je respecte encore plus la vérité". Et la vérité, c'est que les chauves-souris ne se transforment pas en souris, sauf dans les poèmes et dans nos petits délires entre amis.

J'ai donc fréquenté moultes lamas, et eu moultes déceptions. Même déçu, j'y retournais, enthousiasmé et transporté que j'étais par la lecture des oeuvres de Longchenpa, qui suscitait en moi des expérience profondes d'espaces infinis, de transparence sans limite, d'absence de référence, de têtes-dans-le-poteau,  d'oublis-de-clefs et autres crâmages-de-patates. Je vivais ces déceptions commes des leçons de vérités que m'adressait le Réel, ce maître sans égal.

20:13 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : tantrsime, tantra, vajrayana, samaya, namkhai norbu |  Facebook |

19/01/2006

Tsok et boum

Mon premier contact avec le Boudhisme tibétain, ce fut un tsok (un banquet sacré) dans un centre parisien. J'avais choisi l'école Nyingma, à cause de sa réputation libertaire et son enseignement merveilleux : le dzogchen, la Grande Complétude.

Je débarque donc dans un appartement. La cérémonie commence. On m'explique qu'il faut réciter le mantra du Bouddha Shâkyamuni, car aujourd'hui est un "jour-compte-triple" : nos actes voient leur conséquences, bonnes ou maivaises, démultipliées. Bien plus tard, j'apprendrais que ces histoires de jours "bonus" sont liées à la conception indienne et tantrique du temps : le devenir est toujours cyclique. Et les intervalles entre les cycles (jours-nuit, nouvelle lune, nouvel an, changement de maison astro, éclipse...) sont "méritoires" (punya), car ils sont les moments où il devient possible de se libérer de ces cycles, justement. Ce sont les "points faibles" du samsâra. Ils fonctionnent un peu comme les téléphones dans Matrix. Ces interstices-portes-de-sorties se retrouvent à toutes les échelles : au moment où l'on se réveille, où l'on s'endort, entre deux respirations, entre deux pensées... De même, les cycles comprennent toujours deux temps : un inspir, phase de remplissage, favorable à toutes les activités positives ou paisibles (rituels pour gagner à la loterie, par exemple); et un expir, phase de vidage, favorable à toutes les activités "violentes". Eros et Thanatos, en somme : pulsions de vie, pulsion de mort alternent sans cesse.

Tels sont, en gros, les principes des calendriers hindous et bouddhistes, tantriques en particulier.

Les Bouddhistes que je rencontrais alors n'avair nullement l'air au fait de ces histoires-là, mais nombre d'entres eux spéculaient sur les histoires colportées par les lamas et les Occidentaux en mal d'exotisme (Shambala est un classique). En fait, le Bouddhisme n'a pas tord : personne ne parle; personne n'a d'idées. Ce sont plutôt les idées qui parlent à travers nous, un peu comme nos gènes cherchent à se propager. Telle est, du moins, l'idée de base de la mémétique, expliquée dans un livre récemment paru : Comment les systèmes pondent.

 

Je ne sais pourquoi, mais j'ai toujours été réticent à participer aux rituels. Ce tsok (ganacakra en sanskrit) est, à l'origine, un rituel dans lequel les adeptes, hommes et femmes, boivent du vin, dégustent des viandes et s'accoupplent, avant de consommer leurs sécrétions sexuelles. Ca peut être beau, en tout les cas, c'est assez éloigné du tsok tel qu'il se pratique de nos jours, celui-ci étant plus proche de la "soirée" ou du thé entre amis. Mais ce qui m'a déçu, ce jour là, c'est surtout l'absence de recueillement des participants. Moi, j'étais alors plein de mes lectures de traites de yoga, de zen, et obsédé par les différentes sortes de concentrations. En plus, j'avais cru comprendre que ce genre de rituel tantrique était révervé aux adeptes "avancés". Pour me rendre digne de la chose, j'avais donc médité toute la journée, avec postures, prânâyama et tout le toutim. Vous comprendrez donc quelle a été ma perplexité en voyant le lama regarder sans cesse sa montre, se grattant, exactement comme s'il était "speedé", et pas du tout en train de visualiser ou se receuillir (ce lama, je l'ai recroisé récement dans un resto indien; il avait une jolie jeune fille à son bras, mais il avait toujours l'air aussi "speedé"). Idem pour les autres. Cette atmosphère de fébrilité, de distraction, je l'ai ressentie dans tous les centres que j'ai visité par la suite. Et pas seulement bouddhistes tibétains. Par exemple à Lucknow, chez Papaji (advaita néo-hindou), on faisait la fête tous les soirs. On parlait de toutes nos histoires de relations. En revanche, la non-dualité - coeur de l'enseignement du maître et raison officielle de notre présence à cet endroit - était tout bonnement un sujet tabou. Un truc "intellectuel". "Stay in the Heart, men !" Le seul rituel de tsok à peu prés digne, à ma connaissance, est celui mené par Namkhai Norbu.

Pour une description d'un tsok shivaïte par Abhinavagupta, voir The Kula Ritual, par un prêtre catholique australien.

11:26 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : tantra, dzogchen |  Facebook |

16/01/2006

Le tantrisme est-il moral ?

On entend régulièrement parler des comportements immoraux des maîtres spirituels (gourous) et de leur éventuelle corruption. Certains prennent parti pour la morale, d'autres font remarquer que l'Eveil  des maîtres (c'est-à-dire quelque chose comme leur sainteté) les place a priori au-delà de toute morale ; ou bien, que le tantrisme (bouddhique ou shivaïte) est au-delà de la morale - forcément "dualiste" - de nous autres pauvres Occidentaux.

 

Il est vrai que la morale n'existe pas : il n'y a que DES morales, des points de vue relatifs sur le bon et le mauvais. Ainsi, il n'y a que des coutumes, des habitudes propres à tel lieu à tel endroit, et aucun critère universel du juste et de l'injuste. De plus, on peut ajouter, avec les partisans du néo-Bouddhisme et du néo-Advaita, que toute morale est pétrie de jugement : or, tout jugement est erroné, au motif qu'il divise l'Être, qu'il fait voir des dualités là où il n'y a qu'unité ou réalité ineffable. Par conséquent, quant on juge un éveillé, un bouddha, un gourou, un siddha, bref un Être Réalisé, on ne fait que se juger soi-même : on parle de nos conditionnements, de nos constructions mentales mesquines. Une autre attitude consiste à prendre note des scandales, en se lamentant sur cette décadence, relativement à un Âge d'Or vénéré. Mais, à chaque fois, l'idée est au fond la même : la morale, la vraie - universelle et absolue - n'existe pas.

 

Or, il n'est pas dit qu'il n'existe pas de critères universaux de morale, d'éthique et de justice. L'excision par exemple (l'acte de couper le clitoris d'une jeune femme), n'est-elle pas un acte criminel quelque soit l'époque et le lieu, et cela même si ce n'est pas universellement reconnu ? N'y a t-il pas des actes mauvais en eux-mêmes, mauvais en droit, quand bien même leur caractère mauvais ne serait pas reconnu dans les faits ? Autrement dit, ne doit-on pas admettre qu'il existe des droits universels de l'être humain ? Et ce n'est pas parce que ces droits sont instrumentalisés ou bafoués que l'on doit cracher dessus : ce serait précisément faire ce que les manipulateurs de tous bords veulent ! Le cynisme ne sert que les tyrans.

 

De plus, admettre que toute motale n'est que relative, c'est s'interdire de juger. Or, s'il est vrai que juger, c'est souvent stigmatiser l'autre, il y a également des situations où ne pas juger reient à faire preuve de lâcheté : Peut-on affirmer, dès lors que l'on est informé d'un génocide, que "Moi, je ne juge pas, je ne suis pas dans le mental"? Cela ne revient-il pas à faire sienne la maxime "Chacun pour soi, Dieu (ou le Coeur, le Tout, le Réel, etc.) pour tous" ?

 

Ne faut-il pas, au contraire, admettre qu'à côté des lois et des coutumes, des habitudes et conditionnements sociaux, il doit aussi exister des critères universaux de justice et de morale ? Même en admettant que le monde n'est qu'une illusion sans fondement, "pareille à l'espace", a t-on pour autant le droit de traiter les personnes comme de simples choses ?

 

D'un autre côté, il est clair que la plupart des morales sont conditionnées par les lieux et les époques. Prenons la morale bouddhiste, par exemple : elle est fondée sur la croyance en la réincarnation. De même, la morale chrétienne est fondée sur la croyance en l'existence de Dieu. N'est-ce pas là faire dépendre la morale de croyances bien fragiles ? Que faire si nos connaissances ne nous rendent plus crédibles ces croyances-là ? Et puis, a t-on besoin de la "loi du karma" ou d'un Dieu pour avoir une conscience morale ?

 

Je pense qu'il n'en est rien. Dieu et le karma, ce sont des constructions historiques, utiles en leur temps certes, mais dépassées, et à présent inutiles, voire nuisibles. Ce travail de discrimination entre le bon et le mauvais n'est jamais terminé : c'est un horizon jamais atteint, mais vers lequel on finit toujours par se retourner.

 

Bref, un examen critique, sans restriction aucune, des spiritualités tantriques, me semble aujourd'hui incontournable. Donc, et avant de revenir à la Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, je me propose de réfléchir, d'un point de vue moral, sur le tantrisme et la notion de gourou.

18:29 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tantra, kshemendra, tantrisme |  Facebook |

14/01/2006

Un nouveau site sur la philosophie de la Reconnaissance!

Un nouveau site sur le Shivaïsme du Cachemire, et plus particulièrement sur la philosophie de la Reconnaissance :

www.pratyabhijna.com

 

12:24 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pratyabhijna, philosophie indienne |  Facebook |

Retour parmi les hommes...

Pour finir ce petit safari (du persan safar "voyage") photo, voici une vue d'une rue que je connais bien : Pahar Ganj, la rue de Delhi dans laquelle résident tous les jeunes Occidentaux de passage. Il y avait eu plusieurs attentats déjà dans cette rue trés fréquentées par le jeunes Israéliens, mais début Octobre, lors de la fête indienne de Dîvalî (fête des lumières), nos sympathiques amis islamistes ont remis ça : trois explosions, des dizaines de morts...

12:22 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pahar ganj |  Facebook |

Call off the Search !

Sur ce cliché, qui date également de mars 2004, on peut voir un groupe d'anciens disciples de Papaji (alias Poonja ji) en train de se recueillir. Vous noterez les ventilateurs, indispensables pour éloigner les moustiques !

Papaji, disciple du sage indien Ramana, basait son enseignement sur une oeuvre extraordinaire et insolite de la littérature de l'Inde : le Yoga Vâsishtha. En 32 000 (!) vers, l'auteur, anonyme, y enseigne l'irréalité de toutes choses, et ce à travers des histoires toutes plus incroyables les unes que les autres. Trés influencé par le Bouddhisme (notament le Vimalakîrti ou l'Avatamsaka), il met en abîme des histoires à l'intérieur des histoires (un peu comme dans Matrix), afin de faire littéralement exploser l'esprit du lecteur.

J'ai passé plusieurs mois à Lucknow, dans la vallée du Gange, où vivait Papaji. Cet homme était passionné par sa mission d'enseignant et trés doué pour cela. Mais il était également mégalomane, xénophobe et misogyne. Comme quoi, on peu être merveilleux dans un domaine et assez peu développé dans les autres, comme dit Ken Wilber.

12:17 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : papaji, poonja, lucknow, satsang |  Facebook |

11/01/2006

Bénédictions et gateaux

A la fin de la cérémonie a eu lieu l'initiation proprement dite : le grand chef a touché la tête de tous ceux présents, avec un genre de spatule affublée d'un bout de soie blanche. Sur ce cliché, il porte la tiarre typique des Bönpos. Aprés cela, chacun a reçu des bonbons des fruits et autres friandises, puis nous avons fait le tour du temple. 

 

17:57 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonpo menri |  Facebook |

Initiation pour devenir intelligent

Un jour, le chef suprême a conféré l'initiation à la divinité Mawai Sengué, équivalent bönpo de Manjushri, bodhisattva de l'intelligence. Indispensable pour les moines et ceux qui souhaitent devenir savants. Mais toute la communauté Bön de la vallée était présente en beaux atours. Les jeunes filles lorgnaient les garcons, etc. Il y avait aussi un sympathique moine français. La cérémonie a eu lieu dans le temple principal, que l'on voit ici flanqué de ses rangées de moines.

17:52 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonpo, menri |  Facebook |

Retour chez les Bönpos

Aprés Tso Péma, je me suis rendu au monastère bönpo de Dolanji. Dans cette vallée assez isolée vit une bonne partie de la communauté Bönpo en exile. Y réside le chef suprême de l'école, Lungtok Tenpai Nyima, avec une bonne centaine de moines. Les bâtiments sont neufs, avec des troquets, une petite boutique et même un café intenet, trés apprécié des jeunes moines. Il y a aussi un terrain de basquet, une boutique religieuse et une vaste "guest house". La nourriture est gratuite, mais chaque repas est identique : soupe aux nouilles (sans oeufs). Quand j'y étais, il y avait des Russes, des Polonais, des Américains et une Sud-africaines. Ce cliché est pris depuis la terrasse où je logais.

17:47 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bonpo, menri |  Facebook |

The Lineage of Dalton Brothers

Interlude distrayant :

"L'Arbre qui Exauce les Souhaits : la Lignée du Glorieu Datta". Lignée tantrique spécialisée, comme on peut le constater, dans les cas difficiles...

17:37 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : dattatreya |  Facebook |

Un lama aux cheveux longs

Toujours à Tso Péma, un ngagpa. Ces partiquants du Bouddhisme tantrique se spécialisent dans les rituels "violents", c'est-à-dire destinés à "libérer" (comprenez "anéantir") les esprits qui s'en prennent aux adeptes du Bouddhisme et aux gens en général. Celui-ci est né au Tibet. Il avait un jeune apprenti, à qui il transmettait son savoir. Les ngagpas ne sont pas des moines, mais il s'engagent à suivrent certaines règles (liées notament à  leur habillement, hautement symbolique).

17:31 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ngakpa, tso pema |  Facebook |

Baba-au-lit

Interlude :

Un pratiquant de thögal (ou longde, vu son âge) version sikh. N'empêche, au penjâb, des dizaines de milleir de personnes pratiquent thögal. Si, si.

17:24 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : thogal |  Facebook |

08/01/2006

Nature et culture

Vue des abords immédiats des grottes. Les mantras gravés sur les rochers et imprimés sur les drapeaux sément une graine d'Eveil en tous ceux qui voient ces formes ou sont effleurés par le vent qui a passé à travers les drapeaux.

20:18 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tso pema |  Facebook |

Le tsok

Vue de l'intérieur de la grotte qui sert de temple aux yogis des grottes de Padmasambhava. En l'occurence, on voit les nonnes en train de pratiquer une sâdhanâ (une liturgie tantrique pour obtenir l'état de Bouddha). Ces nonnes étaient trés courtoises. Elles nous on offert le thé au beurre et du riz à la viande de mouton délicieux.

20:15 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tso pema |  Facebook |

L'Empreinte des pieds du maître

A côté des grottes, dans une petite cavité surchauffée par les dizaines de lampes à beurre qu'y s'y consument en permanence, on peut voir au plafond une empreinte de pied de Padmasambhava. Les empreintes de pieds sont trés importantes dans la civilisation indienne. Les Bouddhistes anciens vénéraient les empreintes des pieds du Bouddha, et le culte des sandales du maître (gurupâdukâ) est le culte central du tantrisme non-dualiste.

20:11 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tso pema, padmasambhava |  Facebook |

Une grande âme

Interlude :
Voici une photo du maître de feu Lilian Silburn, pionnière de la redécouverte du Shivaïsme du Cachemire. Son maître, Râdhâmohan Adhauliyâ, que l'on voit ici, n'avait aucun rapport avec le Shivaïsme. Mais il appartenait à une branche exceptionnelle de la confrérie soufie musulmane Naqshbandiyyâ. Cette lignée, remontant directement au Prophète Mahomet, est réputée dans tous le monde musulman pour son orthodoxie : application de la chariâ, pratiques de jeûnes, prière silencieuse, etc. Pourtant, au début du XXème siècle, un maître indien de cette prestigieuse lignée décida de transmettre toute son autorité à un Hindou. Celui-ci transmit la Grâce dans sa communauté, hindoue, trés puritaine, mais proche de la culture musulmane. Le maître Râdhâmohan vivait avec sa famille à Kânpur, dans la vallée du Gange. Il travaillait dans l'administration. C'est lui que décrivent les témoignages rassemblés à la fin du volume de la collection "Hermès", consacrée au "maître spirituel", paru aux Deux Océans. Il était également imprégné de la traditions des Sants, au premier rang desquels figure Kabîr. Mais il transmettait la Grâce d'abord par sa Présence. Il eut une autre disciple, anglaise, Irina Tweedie, laquelle a eu à son tour des disciples qui on fondé le Golden Soufi Center présent sur le net. Le fameux Sahaj Marg (différent du Sahaj Yoga de Nirmâlâ Devî) en est également dérivé.
Lilian Silburn a transmis à son tour cette spiritualité extrêmement dépouillée à un cercle de disciples dans la banlieue de Paris, jusqu'à sa mort en 1993.

20:08 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : lilian silburn |  Facebook |

07/01/2006

La seconde grotte de Mândâravâ

Adjacente à la grotte principale, il y a la grotte de Mândâravâ. Au fond, à droite, on peut voir une petite statue de cette dâkinî, particulièrement importante pour les pratiques de longue vie indispensables pour atteindre le Corps de Lumière (appelé aussi Corps d'Arc-en-Ciel). Au fond à gauche, au-dessus de la décoration typique des salles de bains indiennes (et des temples), on peut apercevoir un petit "A" blanc, dans sa sphère quinticolore.

19:42 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mandarava, tso pema |  Facebook |

Le Précieux Maître

Dans la grotte principale, en forme de pyramide, il y a une statue de Padmasambhava. Au-dessus, il y a une petite ouverture vers le sommet des rochers, ouverture qui laisse passer quelques rais de lumière.

19:37 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tso pema, padmasambhava |  Facebook |

Le royaume de Mandî

Vue du lac de Padmasambhava depuis les grottes. A l'arrière-plan, on devine la ville de Mandî, dont était originaire la princesse Mândâravâ. Cette cité était le centre d'un important royaume à l'époque où Padmasambhava le visita. Aprés les persécutions, le roi finît par avoir foi en le Maître et sa compagne. Le roi remit alors à Padmasambhava la fameuse "coiffe de Zahor". Zahor est un autre nom de Mandî.

19:35 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tso pema, padmasambhava |  Facebook |

Les Trois Corps

Vue de la chaine himâlayenne depuis les grottes au-dessus de Tso Péma. Selon les enseignements du Nyingthig - l'Essence Secrète de la Grande Complétude de Claire Lumière -, le ciel correspond au Nirvâna. Les montagnes et les arbres correspondent au Samsâra. Il y a aussi des correspondances avec les Trois Corps, etc.
Ahhh...

19:30 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tso pema |  Facebook |

06/01/2006

La grotte des yogis

Au-dessus du lac, il y a un mandala de grottes et de rocher symbolisant l'assemblée des Paisibles et des Courroucés (voir le Livre des Morts Tibétains), ou bien les 735 divinités des "mandalas des Huit Mandats" (voir l'encyclopédie de P. Cornu).
Le lieu est aujourd'hui habité par des yogins et des yoginîs pratiquant le Dzogchen, la Grande Complétude, sous la direction de Wangdor Rimpoché, disciple de Khunu Lama Tenzin Gyaltsen, un des plus remarquables adeptes du Dzogchen du XXème siècle (voir A Garland of Rare Gems de Nyoshul Khenpo), et l'un des précepteurs du Dalaï Lama. Lama Wangdor a passé une trentaine d'années à méditer en ce lieu. Ses disciples pratiquent dans les grottes ou dans les cabanons construits entre les rochers.

17:41 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tso pema, padmasambhava |  Facebook |

Grasses grâces

Deux singes se repaissent des restes des rituels d'offrandes effectués par les moines du monastère nyingmapa dans lequel je logeais. Ces offrandes sont des petites sculptures façonnées dans des mélanges de farine et de beurre, souvent à l'image de démons personnifiants les habitudes profondes qui empêchent l'adpete de vivre les choses telles qu'elles sont.

17:35 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tso pema |  Facebook |

Mândaravâ

Continuons ce début d'année avec quelques autres clichés, datants toujours du printemps 2004. Dans une ruelle adjacente au lac de Padmasambhava,  encastrée entre des canivaux puants et des constructions bidonvillesques, gardé par une vieille nonne à moitié târée, il y a une petite grotte de Mândaravâ.
Elle était princesse de Mandî, la ville d'en-dessous. Un jour, Padmasambhava arriva, et l'enmena avec lui pour des pratiques de yoga sexuel bouddhistes, essentielles pour atteindre l'Eveil d'un Bouddha dès cette vie. Mais le père de Mâdaravâ les rattrapa. Furieux de voir ainsi son honneur royal bafoué, il les fît ligoter sur un bûcher. Celui-ci brûla durant sept jours. Mais lorsque la fumée disparût, il y avait un lac à la place du bûcher. Au centre trônaient, dans leur corps de lumière immortelle, Padma et Mândaravâ.
On peut y voir une allégorie de la manière dont l'adepte du tantrisme bouddhique transmute les persécutions dont il peut être la victime en un accomplissement spirituel. Le poison devient remède : c'est le principe même du tantrisme.

17:32 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : padmasambhava, tso pema |  Facebook |