01/02/2006

Une synthèse du Bouddhisme tantrique et du Shivaïsme du Cachemire est-elle possible ?

L'idéal, ce serait de garder le meilleur de tout.

Le meilleur du meilleur : le meilleur du Dzogchen, de Mahamudrâ, de Vipassana et de la Reconnaissance.

Du point de vue du Shivaïsme du Cachemire, cela ne pose a priori guère de problèmes. Il n'est que de lire le Vijnâna Bhairava Tantra pour s'apercevoir qu'il a existé, dans cette religion, des courants ecléctiques.

Vu du côté boudhiste, la chose paraitra peut-être moins facile, voir choquante. Les adeptes du Vajrayâna clament en effet que, contrairement aux apparences, le Bouddhisme tantrique n'a en réalité rien de commun avec le Tantrisme shivaïte. La raison principale invoquée est que le la Reconnaissance - le Shivaïsme du Cachemire - affirme que la conscience existe en elle-même, absolument et réellement, alors que le Bouddhisme soutient qu'aucun phénomène n'existe absolument, c'est-à-dire indépendament des causes et des conditions qui concourent à sa production. Tout est vide d'existence propre, même la conscience, même la connaissance propre à un Buddha (yéshé, rigpa).

Mais, à mon sens, cela n'est pas exacte.

En effet, plusieurs passages des tantras shivaïtes affirment que la conscience, personnifiée sous les traits de la Déesse, est "sans nature propre" (nihsvabhâva). Cela est vrai, en particulier dans les textes de la tradition Kâlîkrama, tradition trés influencée par l'idéalisme bouddhique. Outre cette idée que la conscience est vide de nature propre, on y retrouve des idées typiquement bouddhiques, de l'identité du Samsâra et du Nirvâna, de l'essence absolue et des phénomènes relatifs, du vide et des apparences, de la production des univers à la manière d'un rêve, etc.

De plus, lorsque le Shivaïsme du Cachemire dit que la conscience est "réelle", il veut dire qu'elle n'est pas une illusion, qu'elle n'est pas une connaissance erronée, tout comme la connaissance d'un Bouddha est dite sans erreur. Elle n'est pas existente, au sens où elle n'est pas saisissable sur le mode du "ceci". Elle n'est pas une chose. Elle n'est donc ni existente, ni inexistente, comme l'affirment de nombreux textes du Bouddhisme tantrique. De son côté, celui-ci affirme de fait que la connaissance vraie (yéshé), qui est aussi la vraie nature des choses, n'est pas produite en dépendance de causes et de conditions. Au contraire, elle existe spontanément (rangjung). Elle n'est donc pas inexistante. Quand, d'un autre côté, un texte Dzogchen affirme que cette connaissance n'est pas existente, il veut simplement dire qu'elle n'est pas une chose connaissable objectivement. Elle se connait elle-même par elle même, de manière "non-duelle", ou comme "de l'eau versé dans de l'eau". Le Shivaïsme du Cachemire ne dit pas autre chose de la conscience.

Je ne vois donc pas de différence essentielle ni d'incompatibilité entre les messages de ces traditions.

Par ailleurs, la Reconnaissance affirme que tout est engendré par la relation entre l'Apparence (Shiva) et la conscience (Shakti). Le Dzogchen (ou l'Anuyoga) professe, quant à lui, que tous les phénomènes naissent de l'union du Réel (dharmadhâtu - Samantabhadrî) avec la Connaissance (jnâna - Samantabhadra). Certes, ce qui est personnifié par le masculin dans le sytème shivaïte est symbolisé par une déesse (Samantabhadrî) dans le schéma bouddhiste. Mais l'essentiel est que, dans les deux cas, on explique que tout nait de l'union entre un objet passif (l'Apparence-Existence - Vacuité -Espace) et un sujet actif (la Conscience - Intelligence - Connaissance primordiale). Voilà tout ce qui compte.

 

Mais alors, demandera t-on, si les deux systèmes ont le même sens, pourquoi vouloir en faire la synthèse ? C'est que, même s'ils se rejoignent sur l'essentiel, ils se distinguent sur certains autres points. Par exemple, le Tantrisme shivaïte affirme que le "je" est une manifestation de l'Absolu susceptible, à ce titre, de nous ramener à lui, tandis que le Bouddhisme tantrique, conformément à ses origines, se méfie de toutes les habitudes et représentations "naturelles". De même, le Bouddhisme tantrique prescrit de retenir sa semence, alors que le Tantrisme shivaïte fait davantage confiance au cours naturel des choses. En inversement, le Bouddhisme apporte au Shivaïsme ses analyse détaillées des expériences de méditation et sa culture du doute. De sorte que les deux systèmes gagne plus à partager, qu'à s'ignorer.

 

De la même manière, il faudrait conserver le meilleur des traditions anciennes, avec le meilleurs de ce que la modernité nous a apporté : les Droits de l'Homme, l'égalité, l'idée de progrès, etc. Et si l'on nous reproche de vouloir fabriquer une spiritualité selon notre fantaisie, nous répondrons que toute tradition "ancienne" est, en réalité, le produits de maints croisements passés et de moultes réaménagements incessants. La seule chose qui n'est point composée ni fabriquée, c'est ce qui n'existe pas !

Commentaires

Amen De deux choses l'une, soit Anargala et Tenryu sont fous, mais de la même manière, débitant les mêmes débilités, soit ils sont dans un propos sain, parce qu'accessible à quiconque dispose des information et des facultés minimales.

A mon sens, nier l'aspect historique de la constitution des tantras bouddhistes au contact du shivaïsme, c'est nier l'intelligence même qui est à la source de ces tantras.

Se contenter de fables, et ignorer l'origine historique des pratiques, nous l'avons vu, conduit à les faire sans vraiment les comprendre.

On pourrait donc dire que l'attitude qu'Anargala expose est le comportement tantrique de base, qui est à mon avis celui des bouddhistes et des shavaïstes de l'époque où les murs ne retenaient pas la connaissance.

La culture bouddhiste est celle de la culture de l'esprit, de la manière de méditer qu'a impulsée le bouddha, encadrée par son dharma. Cette culture, de par mon expérience personnelle, nous impregne jusqu'à la moëlle, et si on est un tant soit peu confiant, on peut apprendre de n'importe qui des moyens qu'on intégrera dans sa pratique personnelle. Ce faisant, tout moyen servira la méditation et la voie bouddhiste, encore faut-il porter à la bouche, mastiquer, avaler et digérer convenablement.

C'est donc mon choix, parce que la méthode de base du Bouddha est celle que je reconnais comme étant la meilleure, libre d'erreurs et de complications. A partir de là, toute expérience, tout échange, connaissance ou pratique peut servir, et être intégré.

Que le Bouddha historique ait vraiment enseigné les tantras est une fable à laquelle peu de bouddhistes sérieux croient. Bokar Rimpoche dit qu'il y a divers types d'enseignements, dont les fables, comme pour expliquer quelque chose à des enfants.

Écrit par : Tenryu | 01/02/2006

Et la simplicité? Bien , alors pourquoi ne pas se concentrer sur les techniques éprouvées et abandonner le charabia dogmatico-philosophique en se concentrant sur l'expérience? Avec une copie du Vijnana sous le bras et son coussin de méditation y a de quoi bien remplir son temps.
Les sectes existent parce que ça arrange les sectaristes, ils ont ça dans la peau. Il faut toujours quelqu'un dont le Vide est plus petit que le nôtre et puis ça fait vivre les Gurus. Faut pas s'en faire pour le train des vie des lamas, il restera toujours Richard Gere pour s'occuper d'eux.

Écrit par : François | 01/02/2006

Compatibilité Merci Anargala pour cette présentation limpide de la compabilité foncière entre les deux voies. Cela fait du bien à la tête de voir cette perspective soulignée ici, et de faire sauter quelques concepts tenaces.

Par contre la chute est moins heureuse à mon goût : pourquoi vouloir une synthèse et ne pas profiter simplement des perspectives, de la "vue" de l'une et de l'autre - voire de certaines pratiques, mais c'est plus problématique. On risque sinon de faire des choix pas forcément éclairés et dictés par certains a priori liés à notre ego et/ou à notre culture.
Par exemple, vous avez bien peu en estime la technique de "rétention du semen". D'abord est-elle spécifique au bouddhisme tantrique ? J'en doute, car on trouve bien sûr pareil dans les tantra hindous ; et inversement dans le dzogchen, cela n'est pas prôné (en général), ce qui souligne d'ailleurs le rapprochement entre dzogchen et reconnaissance. C'est une pratique qui a un sens et une raison d'être dans un cadre bien précis. Ce serait comme dire, au fond, mieux vaut pratiquer l'atiyoga et dénigrer l'anuyoga. Les plus grands pratiquants ont aussi pratiqué sur les tsa, lung, thiglé, et bien d'autre choses bien plus "dualistes" encore (cf. Milarepa qui n'a pas "saisi" l'enseignement dzogchen chez son premier maître dzogchen qui l'a envoyé chez Marpa)

Enfin, n'y a-t-il pas beaucoup de naïveté dans votre appréciation des bienfaits de la modernité ? Pour ne citer que cela, le paradigme évolutionniste (de là vient votre idée de progrès semble-t-il) est taillé en brêche depuis bien longtemps par les chercheurs et universitaires "occidentaux" eux-mêmes.
Mais, ceci dit, merci encore pour cette première partie de votre post si convainquante.

Écrit par : Umar | 01/02/2006

un petit détail Vous dîtes ceci :

"Par ailleurs, la Reconnaissance affirme que tout est engendré par la relation entre l'Apparence (Shiva) et la conscience (Shakti). Le Dzogchen (ou l'Anuyoga) professe, quant à lui, que tous les phénomènes naissent de l'union du Réel (dharmadhâtu - Samantabhadrî) avec la Connaissance (jnâna - Samantabhadra). Certes, ce qui est personnifié par le masculin dans le sytème shivaïte est symbolisé par une déesse (Samantabhadrî) dans le schéma bouddhiste. Mais l'essentiel est que, dans les deux cas, on explique que tout nait de l'union entre un objet passif (l'Apparence-Existence - Vacuité -Espace) et un sujet actif (la Conscience - Intelligence - Connaissance primordiale). Voilà tout ce qui compte."

Shiva n'est pas l'Apparence. Le Dzogchen n'enseigne pas que les phénomènes naissent (ils sont non-nés), ni qui'ils sont l'union du Réel avec une connaissance. Le Shivaïsme mystique n'enseigne certainement pas que tout naît d'une union, ni que tout naît d'une rencontre entre un objet passif et un sujet actif. Vous introduisez le dualisme dans des mystiques non duels!

Seul paramashiva est dans le shivaïsme :
"D'abord simple frémissement imperceptible au sein de la suprême Conscience, la vibration s'étend à partir du Centre - le Cœur universel - en ondes de plus en plus étendues à travers des domaines de plus en plus déterminés jusqu'à celui de l'objet connaissable. Se ralentissant dans le temps et dans l'espace, le spanda aboutit à la matière inconsciente."

"Celui qui perçoit l'univers comme un amas d'écume en plein océan ambrosiaque de la Conscience, c'est lui, en vérité, l'unique Siva.
Ksemaraja"

Abhinavagupta : stance d'introduction à sa Pratyabhijnavimarsini
"Je m'incline devant la non-dualité absolue, totale identité de Paramasiva et de l'énergie qui d'abord révèle, hors de la plénitude sans désir, le Je qui s'exprime à soi-même, puis a le désir de scinder son propre pouvoir en deux branches : Je et cela. Alors à partir de l'Essence ultime, il s'adonne au jeu de unmesa-nimesa : s'il déploie l'univers, il cache son essence et s'il révèle son essence, l'univers disparaît."

le bouddhisme tantrique ancien (tibétain) est aussi non duel :
"Même si le monde matériel apparaît,
Si les êtres vivants semblent le peupler,
Installe-toi en leur absence de vérité :
Ils sont la divinité claire et vide."
Gourou Rinpoché

le dzogchen bouddhiste aussi : tout est le rayonnement de la base (Shi) :
"...Ainsi, tous les phénomènes de l'existence apparente, du samsâra comme du nirvâna,
Sont originellement non nés et primordialement égaux.
Sans véritable existence ni cessation, ni éternels ni néants, sans allées ni venues ;
Bien qu'en l'espace de la réalité absolue sans limites ni dualité
Ils apparaissent distinctement dans leurs compositions variées,
A l'instant même de leur apparition, leur nature est sans complications.

L'extérieur n'a pas de réalité, n'étant qu'un mode de perception de l'esprit,
L'esprit n'étant point, les phénomènes qui en surgissent n'existent pas davantage."
Longchenpa


Mais pour moi la doctrine shivaïte non dualiste telle qu'exposée par L Silburn dans ses traductions françaises est bien plus pure, éveillée que celle entendue, lue dans le bouddhisme tibétain qu'il soit tantrique ou dzogchen.
Et des malentendus peuvent s'élever pour ceux qui écoutent les tibétains ...... , comme les bouddhistes d'ailleurs .........
Ils en oublient l'essentiel ..........
Cette .......... merveille ......

citons L Silburn, grande mystique :
...Si l'universelle Conscience est omnisciente et toute-puissante, c'est qu'elle a le libre pouvoir de manifester le monde qu'elle renferme en son sein ; elle le présente à son gré comme identique à elle-même ou comme séparé d'elle, mais ce monde et ses phénomènes (abhasa) ne sont jamais extérieurs à elle, qui est le Tout. Ainsi est-elle pur Sujet et tous les sujets individuels - comme elle conscients de soi - n'en diffèrent nullement : il n'existe donc pas d'autre sujet indépendant pour lequel elle deviendrait objet ; contenant les notions et les activités de tous les individus, ses manifestations limités, elle échappe aux critères de la connaissance, car elle est la source lumineuse qui les éclaire ; elle se dérobe ainsi à toute preuve.



Écrit par : cousin | 02/02/2006

Vive la dualité ! M. Pascal Cousin :
Ce n'est pas parce qu'on parle de dualité que l'on est dualiste ! La non-dualité de la Reconnaissance est une non dualité "suprême" (paramâdvaita), et non une non-dualité simple (kevaladvaita), comme celle professée par Shankara. Alors que ce dernier établit la non-dualité par exclusion de la dualité, la Reconnaissance établit la non dualité par intégration de la dualité. Ainsi, comme l'affirme Abhinavagupta, "cette suprême non-dualité réconcilie les ennemis que sont le dualisme et le non-dualisme". Il n'y a pas que Shiva, mais aussi Shakti. Il n'y a pas qu'Être pur, mais aussi conscience, désir, activité, etc. Mais dire cela n'est pas dualiste, car Shakti n'est que la connaissance que l'unique Shiva a de lui-même. De plus, Shiva= prakâsha, qui désigne le fait d'être apparent, manifeste.
Du côté tibétain, vous avez raison. A strictement parler, le Dzogchen est moniste ("la goutte unique"). Mais je me situas ici plutôt dans la perspective de l'Anuyoga, selon lequel tous les phénomènes du samsâra et du nirvâna sont engendrés par l'union de l'Intelligence (rigpa) et de l'Espace (ying). Cependant, cette idée tantrique est évoquées dans de nombreux tantras dzogchen. Voir, par exemple le "Miroir du Coeur de Vajrasattva".

Écrit par : anargala | 02/02/2006

Vivre, c'est choisir Umar:
Aucune expérience, même "sans pensée", n'est totalement dépourvue d'a priori. De même pour l'ego. Nous sommes pétris de préjugés, d'a priori, de vanité, d'amour-propre, etc., tout comme les auteurs des enseignements shivaïtes et bouddhiques. Je ne connais pas un seul exemple de parole indubitablement désintéressée ou inconditionnée. Nous ne pouvons jamais être certains des mobiles d'autrui, ni même des notres.
Parmis les idées modernes, je ne retiens pas "le paradigme évolutionniste" - qui est une idée scientifique -, mais l'idée de progrès - qui est un idéal moral. Soit dit en passant, le paradigme évolutionniste est confirmé chaque jour, et je n'en connait nulle remise en cause crédible (en revanche, il est vrai que le Darwinisme est depuis longtemps dépassé).

Écrit par : anargala | 02/02/2006

Méditer au lieu de bavarder (une vache blanche, les pattes en bretzel, 1 heure par jour)

Dans la douleur de la posture, le méditant se confronte à tous les types de sensations qui parcourent le corps; conscient de la triple caractéristique de celles-ci, impermanence, souffrance, impersonnalité, il observe ces phénomènes sans réagir. Son esprit demeure égal; il voit les joies, les peines apparaître et disparaître, il les ressent sans attachement ni rejet.

C'est l’identification aux pensées et à la mémoire qui donne l'impression d'individualité. La conscience qui apparaît en premier semble limitée au corps et crée la sensation de dualité.
Méditation après méditation, pour celui qui « voit », il n'y a plus de place pour l'ego, car sans bouger, l’ego fait mal

En réalité, la conscience est le seul produit, il n'y a pas d'individus. L'attention s'investit automatiquement dans les pensées et s'enchaînent à celle-ci, créant une personnalité fictive.
À partir du moment où l'attention prend ses distances avec les sensations produites par les pensées, celles-ci diminuent et l'attention devient la réelle identité.

En déplaçant l'attention dans tout le corps, le méditant observe les sensations. Il n'y a pas d'imagination, de visualisation ou de création artificielle de sensation particulière. Seul est pris en compte ce qui est; fourmillement, picotement, chaleur, froid, transpiration, contraction, relâchement, tremblement, pulsation, douleur etc. Il n'est pas nécessaire de nommer la sensation.

Qu'elles soient perçues de manière consciente ou non, les sensations sont toujours présentes.

En développant l'observation neutre, il est facile de constater que la réaction est la tendance fondamentale de l'esprit. Toute rencontre entre un objet extérieur et l'organe qui lui correspond - couleur/vue, odeur/odorat, saveur/goût etc. - culmine en une sensation. De même, toute pensée, toute émotion, tout état d'esprit s'exprimeront par le biais de la sensation. Corps et esprit se révèlent ainsi dans leur interdépendance.
Qu'une sensation désagréable, douloureuse se manifeste à tel endroit du corps, l'esprit réagira par rejet ou aversion; qu'elle soit agréable, ce sera du désir, de l'attachement ou de l'avidité.
La vision globale que nous avons du monde pourrait donc bien se résumer en terme de sensation. Mais le caractère subjectif de cette vision provient de la coloration personnelle qui est donnée à la sensation.

Quand cette identité d'observateur est maintenue, la réalisation de la nature véritable survient. C'est ce qu'on appelle la réalisation, l’Eveil étant la condition d'observateur. Ce qui veut dire aussi que tout le monde est éveillé régulièrement dans la journée.

Il est donc important de comprendre que nous sommes déjà éveillés, et que c'est en investissant l'attention dans les pensées que nous perdons cet éveil. L’Eveil n'est donc plus un but aléatoire, mais consiste à pratiquer l’attention en posture assise (1 heure par jour) , sans bouger et s’entraîner à ne pas réagir, puisque l’ego est nourri, amplifié par la réaction, donc à revenir à cet état naturel, --c’est une rééducation.

Mais ce retour à notre réelle identité peut nécessiter un certain temps, de par l'habitude que nous avons à croire dans le principe d'avoir un ego. Il faut dire que tout porte à croire en cette personnalité ; que ce soit les habitudes, les goûts, les répulsions, les peurs et surtout les sensations qui partent du corps.

Ne pas avoir de pensées, ou ne rien faire, et souvent enseigné comme un échec chez le méditant. On entend souvent dire que "méditer", ce n'est surtout pas faire le vide en soi, comme si ce vide était dangereux. C'est pourtant ce vide qui sera la clé du changement de perception que représente l’Eveil. L’Eveil n'est pas simplement une absence de pensées, mais un changement radical dans la perception, Mais ce changement ne peut survenir que dans l'absence de pensées, ou plus précisément dans l'espace entre deux pensées. C'est pour cela aussi, qu'il est totalement impossible d'imaginer cet état, ou de le forcer à travers la réflexion.

Écrit par : lama kiki | 02/02/2006

chapeau Cher Lama Kiki, vous avez merveilleusement bien énonçé le "contenu" de l'expérience de méditation. Merci, au plaisir de vous relire.

Écrit par : François | 02/02/2006

Bavarder au lieu de méditer Si bavarder n'est pas méditer, alors la méditation n'est que bavardage.

Écrit par : anargala | 03/02/2006

?? Quelques fois la vache cosmique broûte de trop, elle fermente alors, s'ennivre et divague. C'est alors fort heureusement que Tenryu rapplique.

Si le bavardage, pour les philosophes fièvreux, est un préalable indispensable, il doit néanmaoins conduire à son propre épuisement, CAR,
si bavarder n'est point méditer, la méditation ne se fera pas si de bavarder nous avons encore besoin. DONC pour bien méditer, il faut bien bavarder, jusqu'au bout.

Mais quel est alors ce besoin de bavarder ?
Est-ce le besoin d'opérer de savantes et ingénieuses synthèses ? NON POINT.

Les systèmes philosophiques accompagnant Dzogchen, Mahamudra, Shivaïsme, etc... ont pour unique but de transmettre une inspiration accompagnée de techniques éprouvées. En dehors de ce but, ils n'ont absolument aucune utilité, pas même celle d'un torche-fesses, et encore moins celle de nous fournir une représentation valide ou vraie du monde.

Notre bavardage de ruminants vise à mon sens à libérer les inspirations que l'erreur humaine a figées, justement en gobant la philosophie comme vision du monde, avec tous ses corollaires sectaires, esclavagistes et obscurantistes.

Bavardons donc, battons l'or de nos esprits, et lorsque sa splendide couleur apparaitra, taisons-nous, et faisons place au Bretzel.

D'ailleurs, Lama Kiki, à part votre description du Bretzel, ce qui est magnifique aussi, c'est votre pseudo :))

Écrit par : Tenryu | 03/02/2006

izno est de retour "Si bavarder n'est pas méditer, alors la méditation n'est que bavardage." (anargala)
C’est ce genre de réplique à la con sur des textes intéressants qui fait penser que c’est iznogoud. Cela attire les chenilles très très rapidement.

Écrit par : Chenille | 04/02/2006

Sécurité Mon cher Anargala,

Je te conseille vivement de rendre la mention de l'email valide obligatoire pour qui veut poster des commentaires sur ton blog.

Ca t'évitera que des drôles viennent pourrir ton Blog en prenant ton pseudo ou celui d'autres, semant ainsi le trouble.

L'intervention du 03-02-2006, 17:59:45, est-elle de toi ?

Écrit par : Tenryu | 04/02/2006

Bavardons un peu Chers amis, bonjour et bon weekend.
Oui, c'est bien anargala (et non une vache folle ou un bretzel égaré) qui est l'auteur de ladite "réplique à la con".

Je ne suis pas un partisan de la spéculation pour la spéculation, bien sûr. Mais je ne suis pas non plus un adepte de la méditation-sans-ego-qui-règle-tous-les-problèmes.

La théorie selon laquelle la théorie doit être oubliée finalement lorsqu'on passe à la pratique est, selon moi, une théorie ruineuse et ne correspondant pas aux faits.
Ruineuse, parce qu'ainsi, on s'interdit de réfléchir et que l'on se soumet à une théorie sans réfléchir.
Et ne correspondant pas aux faits, car je ne vois pas de fossé entre théorie et pratique, pas plus qu'entre la pensée et ses "intervalles". Il n'y a qu'une différence de degrés:
La pratique enveloppe toujours une théorie (même si elle se présente comme "non-théorie"), la théorie elle-même est une forme de pratique; de même, toute pensée est ancrée dans une connaissance directe, et toute connaissance "sans pensées", est pleine de pensées confuses.

De plus il me semble que, même du point de vue bouddhiste, le calme mental n'est pas un but en soi : il n'est qu'une condition nécessaire pour donner plus de force à l'analyse du "soi". De même, l'on ne peut atteindre l'Eveil sans cultiver les trois "sagesses discriminantes" (prajnâ) de l'écoute, de la réflexion et de la méditation. Il y a continuité.
Pour ma part, je ne suis pas bouddhiste, mais je pense qu'expérience et réflexion fonctionnent de concert, "comme les deux ailes d'un oiseau".

Plus profondément, si bavarder, c'est-à-dire réflechir, n'est pas AUSSI une forme de méditation, alors la méditation "sans pensées" n'est qu'une construction mentale de plus, un prolongement du "bavardage" qu'est le samsâra.
Le but est la réalisation de l'identité du samsâra et du nirvâna, de la pensée et de la non-pensée, de la théorie et de la pratique, etc.

Écrit par : anargala | 04/02/2006

Sapere aude ! Tenryu a dit : "Notre bavardage de ruminants vise à mon sens à libérer les inspirations que l'erreur humaine a figées, justement en gobant la philosophie comme vision du monde, avec tous ses corollaires sectaires, esclavagistes et obscurantistes."

Là, il me semble que la relation de cause à effet que vous établissez entre "philosophie" et ses "corollaires sectaires, esclavagistes et obscurantistes" est, pour le moins, contestable ! La philosophie, n'est-ce pas au contraire l'attitude qui consiste à douter ? Dès lors, n'est-ce pas là l'essence même de la résistance contre toutes les servitudes ? Mais peut-être ais-je mal compris ?

Par ailleurs quand, dans les textes dzogchen ou des mahâsiddha, on lit des critiques de la "philosophie", il ne s'agit pas de philosophie, mais de scholastique. Or, à mon sens, il ne faut pas confondre les deux ! La philosophie est une recherche de la vérité et un exercice pour s'affranchir des préjugés, alors que la scholastique des monastères bouddhistes n'est qu'un jeu ou un rituel, avec ses règles pré-établies, ses questions et ses réponses toutes faites. C'est peut être une pensée, mais une pensée mécanique.

Écrit par : anargala | 04/02/2006

Grave ! Pourquoi pas anargala,
MAIS perso j’ai déjà gravement perdu mon temps avec des gens malsains comme iznogoud, (je crains qu’avec toi c’est reparti pour un tour), elle avait vraiment l’air de connaître son domaine, comme toi d’ailleurs.
Je pense de toute façons que ce genre de méthodes (un exemple parmi tant d’autres : ridiculiser les bretzels égarés sur ton site que tu lis même pas semble t’il) que tu emploie comme iznogoud, est plus de la propagande ou de la satisfaction orgasmique malsaine d’un amour propre qu’autre chose et que cela ne fait finalement qu’égarer certaines âmes à la recherche du but.
Pour ceux qui croient au karma, je pense que faire perdre du temps au retour dans le Soi des âmes, doit se payer par le pire des karma .

Écrit par : isa | 04/02/2006

Philosophie Anargala (le vrai) a écrit : "La philosophie, n'est-ce pas au contraire l'attitude qui consiste à douter ?"

Si, si, c'est bien ça !!!

L'attitude qui consiste à douter, ou à s'interroger, ou encore l'attitude d'amour et de passion envers le réel, c'est bien celà la philosophie véritable, celle qui libère, parce que connaissance du réel est sagesse.

Mais ce qu'on essaye de nous vendre, et contre lequel nous résistons, cher Anargala, et qu'on peut aussi nommer philosophie, ou scolastique si vous préférez, ça n'est plus une attitude, mais plutôt un dogme prêt-à-penser.

Lire les philosophies précédentes fixées sur le papier n'a l'intérêt, dans notre optique, que de nous servir d'exercice. Tout doit être redigéré, puis assimilé ou déféqué. Ainsi Platon a fait de Socrate, ainsi Aristote a fait de Platon, ainsi Averroès a fait d'Aristote, et ainsi de suite....

Il me semble, au contraire, Isa, que vous adorez perdre votre temps, puisque vous trainez assidûment en ces lieux infâmes où rôdent, selon vous, les ombres d'un certain Iznogoud. Plutôt que de statuer sur le karma d'Anargala, voyons plutôt les boyaux du vôtre, ce qui s'y digère, ce qui y fermente....
Et sinon, Isa, qu'avalez-vous, vous-même ??

Écrit par : Tenryu | 04/02/2006

Discours sur la servitude volontaire Cher Dragon Céleste (Tenryu ?), je suis tout à fait d'accord. Mieux vaut lire l'Evangile avec un esprit critique, que lire le Discours de la méthode comme si on recevait l'Evangile.

Écrit par : anargala | 04/02/2006

Une collection de timbrés Théorie et pratique s'enrichissent l'un l'autre. La tentation du mental à se distraire en collectionnant les théories et les points de vues, transforme le chercheur en "philatéliste" de la spiritualité. Une excellente façon de contrer cette tentation est justement la pratique de la méditation. Une petite heure chaque jour, sans tambours, trompettes, gongs ou clochettes. Une petite heure de silence intérieure, d'implacable observation, laissera encore beaucoup de temps pour se distraire et bavarder.
Le désir de fusionner les écoles de pensées (sujet de votre post), d'y intégrer le meilleur de l'humanisme contemporain est certes louable, mais un peu naif. C'est négliger les raisons mêmes de cette confusion, de cette multiplicité de point de vues, c'est croire que l'on serait plus heureux, plus proche de l'éveil collectif si l'on s'entendait sur un discours unique. Paix, sérénité et accomplissement ne s'obtienne que par le travail sur soi. Il n'y a pas d"éveil collectif.
Votre site relate bien le ridicule de ces sectes et écoles de pensées dont le commerce est par la confusion et la manipulation de nos égos. Combien de fois doit-on se faire répéter que l'expérience suprème est au delà les mots, ou que nous sommes des merdes, ou encore que nous ne sommes PAS ou encore que nous sommes TOUT. Combien de nouveaux monastères doit-on construire, de coûteux séminaires, de nouveau maïtre arrivant tout droit de Shambala et dont la méthode secrète jusqu'à ce jour sera enfin révélé; car le temps est enfin venu pour ce produit qui lave plus blanc que blanc.
Collectionner les théories, les gurus, les techniques, les comparer à n'en plus finir n'ont qu'un seul résultat , nous détourner de la pratique constante et régulière de notre sadhana. Cette pratique au contraire, donne ses fruits rapidement et le fait dans la simplicité de l'expérience. Et cet égo, ce mental que l'on dénonce si facilement se révèle compagnon indispensable, à la condition d'être dresser, de notre pélérinage.
(tout cela dit dans le respect des pratiques des uns et des autres et surtout avec gratitude pour votre site si riche et sympathique).

Écrit par : François | 04/02/2006

Ca se clarifie Je suis d'accord avec toi, François, sauf que cette synthèse est quand même nécessaire à mon avis, au moins au niveau personnel. Por ma part, ma vache n'a que trois jambes : Mahamoudra, Islam et les Lumières.
Une absence de synthèse m'aurait conduit à un drôle d'enfer, dont heureusement je me suis préservé, en raisonnant et pensant contre l'avis général.
Et il se pourrait qu'une synthèse soit utile pour toute une tradition : regardez comme le bouddhisme est morcelé en lignées et écoles. Que la chose soit ensuite récupérée, c'est regrettable et inévitable.

Maintenant Anargala, je pense que la connaissance directe qui découle de l'expérience n'est pas toujours formulée en mots, et que les mots ne sont que l'aspect le plus grossier de la parole, fourrée d'intentions et de motivations, et surtout, même pour les "grands traités", du besoin de se faire entendre.

Mon idée n'était pas de couper net au bavardage, forcément, mais de passer à un niveau plus subtil de la compréhension, bien réel lui aussi, mais plus salutaire.

Même si, comme tu le dis, nos conceptions accompagnent toute expérience, et même si elles sont indispensables à la libération parce qu'instrument de la compréhension, ce ne sont pas elles qui nous libèrent. Donc à un moment ou à un autre, elles doivent cesser, ou du moins, ne plus tenir le devant de la scène.

La résorption des souffles soutenant la parole, puis de ceux soutenant les conceptions en rend impossible l'usage, alors que la sagesse, elle, rayonne de tous ces feux. C'est ce que l'on constate par l'expérience en cette vie, et c'est ce qu'on suppose devoir vivre au moment de la mort.


Cette page d'échanges philosophiques est un régal, merci donc mes ami(e)s de bavardage.

Écrit par : Tenryu | 04/02/2006

On se comprends Cher Tenryu nous parlons bien de la même chose, chacun procède à sa synthèse personnelle en fonction de ses origines, de ses propres conditionnements et de ses inclinations (karmiques?). Le foisonnmenmt d'écoles en témoignent, c'est l'adaptation au contexte culturel et au talent de certains pseudo gurus qui transforme et complexifie un message qui à l'origine était assez simple. Je connaît peu le bouddhisme mais il me semble que le Bouddha évitait justemement l'intellectualisation à outrance, le culte de la personnalité et la complaisance dans les pratiques superstitieuse, leur préférant la pratique méditative. Mais prenons l'exemple de cette source magnifique et encore d'actualité qu'est le Vijnana Bhairava, là encore on retrouve des suggestions simples et accessibles pour progresser dans sa pratique. Ce dont je doute c'est de la possibilité de rassembler les écoles autour d'une synthèse commune, d'une pensée unique. Non pas que ce ne soit pas intellectuellement possible, mais en raison même des causes de cette diversité qui est de permettre à différents groupes d'individus d'exercer le pouvoir et d'abuser de la crédulité des gens. Je trouve que notre époque facilite la recherche individuelle, la création de communauté virtuelle d'échanges entre chercheurs et l'accès à une richesse de textes , de traditions et de méthodes pour ceux qui sont en quête de Réalisation. Tirons en parti et laissons les philatélistes et autres partisans sectaires à leur activités et amusons nous à bavarder sans prétention.

Écrit par : François | 04/02/2006

Synthèses utiles Dans les causes du foisonnement actuel, il y a non seulement la diversité de la demande, mais aussi l'histoire particulière de chaque école, et de son importation, surtout.

Je pense que le temps va beaucoup transformer les sanghas du vajrayana, en tout cas j'en sens la nécessité. Les gens ont vraiment besoin de communiquer entre écoles, surtout lorsque les voies individuelles sont dans des impasses résultant des erreurs de ce bouddhisme si nouveau (ça ne fait que trente ans).

Écrit par : Tenryu | 04/02/2006

aaaahhhh !!! encore !!! Si je viens ici, c’est pour m’amuser à bavarder avec vous.
Les textes d’anargala sont intéressants et comme il le dit lui-même il est déjà éveillé.
J’aime lire sa façons de s’auto persuader, de refuser les texte des « bretzels dont la musique lui rappelle celle des réveils matin. Mais ce que je préfère c’est la dénonciation systématique des pratiques du shivaïsme et du tantrisme et la je pense qu’il va pouvoir écrire pendant longtemps.
En résumé, la masturbation est elle une pratique tantrique ?

Écrit par : Pierre | 05/02/2006

Pierre de Oniris Pierre, serais-tu le Pierre du groupe Oniris ??

Si tel est le cas, je trouve vraiment ça formidable, d'abord que tu viennes lire ce blog, mais plus formidable encore que tes pensées commencent à s'articuller (certes péniblement), et à balbutier quelques raisonnement et style d'expression.

Je ne saurai que te conseiller d'aller plus de l'avant, penser par soi-même est vraiment un exercice salutaire, et le salut (par opposition à l'enfermement dans la rigidité et le tout-contrôlé), je te le souhaite.

A bientôt donc de lire tes nouveaux progrès.

Écrit par : Tenryu | 05/02/2006

Pierre de Oniris Pour mieux situer à l'intention des lecteurs, Pierre, s'il est bien celui auquel je pense, a éjecté votre serviteur (Tenryu) d'un groupe de discussion, pour raison d'excès de liberté et de parole, liberté et parole mêmes dont il vient se délecter sur ce blog.

Écrit par : Tenryu | 05/02/2006

Vive l'unité-dans-la-diversité ! François et Tenryu :
Quand je parle de synthèse entre Bouddhisme tantrique et Shivaïsme tantrique, je veux simplement dire que ces deux courants ont DEJA de nombreuses et profondes affinités. Il n'est pas nécessaire des les fabriquer à coups de comparaisons sans fins. Par exemple hier soir, en dinant dans un resto éthiopien, cela m'a spontannément rappelé la cuisine indienne. Comme si les nourritures ELLE-MÊMES résonnaient à travers mon corps. Autrement dit, il suffit de constater cette parenté, par exemple par la lecture rêveuse et la dégustation du Vijnâna Bhairava, ce met délectable entre tous ! Car ce texte est déjà un recueil de méthodes de toutes les religions et traditions, non seulement shivaïtes mais aussi bouddhistes. C'est dans cet esprit que j'évoquais cette synthèse idéale, comme si tous les points de vue convergeaient, au-delà des mots, dans un étonnement commun. Il ne s'agit nullement d'imposer une pensée unique !

Tenryu :
Quelle est ton expérience de l'Islam ? Par ailleurs, as-tu reçu des enseignements Shangpa ? Qu'est-ce que cela t'a apporté de plus ? (bien sûr, tu n'es nullement obligé de répondre !).

Écrit par : anargala | 05/02/2006

Bouddhisme, Islam, Yoga et Liberté Votre serviteur et épistolaire Dragon-du-Ciel est né à Beyrouth (Liban) de parents Palestiniens, chrétien orthodoxe.
Mon premier rapport au christianisme fut mon baptème, par mon arrière grand-père archimandrite (prêtre marié). Mon premier rapport avec l'Islam est le minaret jouxtant l'immeuble où nous habitions. ô merveille !

Dès huit ans et demi, c'est le cheminement occidental de l'éducation et de la socialisation qui s'est ouvert à moi, à notre arrivée en France. Des études scientifiques puis littéraires m'ont mené à la fac de philo, et de là, un dégoût social et intellectuel m'a porté au bouddhisme.

La spiritualité était cruellement absente dans cette immersion dans la philosophie occidentale, notamment les aspects pratiques qui étaient choses courantes pour les anciens (Platon notamment) dont nous étudions pourtant assidûment les textes. Et malgré des convictions plutôt agnostiques, laïques voire cyniques, j'ai été fortement attiré par le bouddhisme tibétain, qui lui véhiculait encore de manière vivante ces pratiques (pas toutes, en fait), et croyais-je, ces philosophies.

Malgré mes déceptions, les diverses écoles m'ont quand même fournit les moyens de recontacter ma propre spiritualité, et ainsi, contrairement à ce que pense Pierre, je ne cherche pas à dénoncer ou démonter les pratiques mêmes.

Pour ce qui est de ma connection profonde à l'Islam, je l'ai recontactée à l'occasion d'une expérience dont le choc a mis longtemps à résonner de toute son ampleur, pour finir par me libérer.

Curieusement, et c'est là tout le choc, c'était pendant "l'assemblée des guerriers", un programme de d'enseignement et de pratique de l'école Shambhala de Trungpa. Ce programme termine deux cycles comprenant une douzaine d'étape, chacune consistant en un week-end d'enseignement et de pratique.
Nous étions en train de pratiquer Ashe, une sorte de tracé de calligraphie, pratique associée à un terma que Trungpa aurait reçu, terma associé à Shambhala et à son roi. Il me serait difficile de rendre par écrit l'expérience qui m'est tombée dessus comme une enclume, mais disons que c'est comme si je m'étais retrouvé dans l'espace d'une mosquée, avec la clarté, l'inspiration si typique du Prophète, qui a nourrit et nourrit encore les esprits. La noirceur de l'encre, la descente du ciel par la brosse, le Coran descendu par le canal du Prophète, on peut dire que ça ressemble à ton expérience dans le restaurant éthiopien.

Citer toutes les expériences de convergences similaires qui se sont offertes à moi serait bien long, le fait est tout à fait établi. Et ces convergences ont deux causes, à mon avis : des contacts et échanges culturels entre traditions distinctes beaucoup plus foisonnant qu'on ne le pense, et d'autre part une source commune de l'éclosion de toutes traditions : nous-mêmes, notre intériorité, source accessible à tous

Donc ça a germé, et huit ans après, je sais maintenant que toutes les histoires de lignée, de provenance magique et mystèrieuses, d'enseignements qui lavent plus blanc que blanc parce que c'est le moment, ben c'est des fables.

Rien de bien terrible, sinon que je ne suis plus un enfant, des fables je ne veux plus qu'on m'en raconte, ou du moins pas à n'en plus finir, et j'ai décidé de faire l'expérience de l'inspiration des prophètes, yogis, maîtres, etc .. librement, telles qu'elles se présentent à moi, par quelque canal que ce soit.

Quelques traductions personnelles du Coran :

http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/forum/viewtopic.php?t=218

J'ai beaucoup à traduire et à écrire sur les rapports entre bouddhisme, islam, et yoga. J'espère que le temps nous offrira les occasions de nous lire là-dessus.

Je profite de l'occasion de te dire à quel point l'histoire "une grande âme" me touche.

Écrit par : Tenryu | 05/02/2006

Bouddhisme tantrique, yogas et Shivaïsme. Je me permets d'introduire ici un lien vers une discussion que j'ai tenté d'amorcer, avec succès, avec des pratiquants du yoga. L'esprit d'échange sur les techniques devait être le même aux époques où les tantras bouddhistes sont nés. L'avantage que ces pratiquants ont sur les bouddhistes tantriques, c'est que leurs traditions sont intégrées dans la société moderne depuis un bon moment. Ils sont nettement plus libres et ouverts aussi, je trouve, et le sérieux ne manque pas, malgré le fait qu'on trouve vraiment de tout.

http://www.pratique-du-yoga.com/forum/viewtopic.php?t=197&sid=fd17e3910f32f39c247ed88620ea424f

La discussion se poursuit avec des échanges plus techniques :

http://www.pratique-du-yoga.com/forum/viewtopic.php?t=212


Pour ce qui est du Vijnana Bhairava Tantra, je dirai qu'il constitue une collection, dans le style littéraire le plus minimal, de "gestes spontanés de l'esprit". A mon avis ces gestes ont été recus spontanément, ou ont émergé spontanément dans l'être de certains ermites, sages isolés ou autres, bénis par la grâce naturelle.

Ce geste, une instructions profonde, une posture, un mantra, une circulation pranique, peut se stoquer dans la mémoire, se transmettre dans certains cas, et peut être évoqué comme un souvenir, qui redevient réalité.

Voilà ce que serait, une transmission spirituelle épurée, sans tapage, crécelles, gongs ni dzongs.

Écrit par : Tenryu | 05/02/2006

Kunzang yab-yum miam-miam Merci Tenryu pour m'avoir suggéré de redécouvrir ainsi les vertus de la douche écossaise ! (je rigole).

Petite correction sur ce billet:
Samantabhadrî est la connaissance absolue (jnâna, yéshé); samantabhadra est l'absolu, la vacuité, etc. (dharmadhâtu, ying).
Ainsi, toute est l'extase de ce couple divin. Voilà qui me remonte un peu le moral. Youpi. En effet, une petite gastro me visite. Ce qui me donne encore une fois l'occasion de vérifier que le "Je" est une Porte infaillible, délectable etc, etc. Comme l'affirme le Bouddha Primordial lui-même dans le Chant du Varja : "Raa, raa, raaah !"

Écrit par : anargala | 07/02/2006

Semdzin Au fait, je trouve ce Chant du Vajra qui est aussi un très grand semdzin, une façon de se replonger dans l'effluve subtile du rigpai tsel wang.

Écrit par : mind | 07/02/2006

yoga, yoga et yoga Tenryu :
Effectivement ce forum fleure bon l'hônnêteté. Différents niveaux, différentes approches, différentes compréhensions. Alors tu t'y remets, mais avec respect pour ce véhicule qui s'érode et s'affine en même temps, mais le pranayama peut lui rendre une toute autre jeûnesse. Pratique de jouvence, tout comme Mandarava rassemble l'essence des éléments à l'aide de son dadar magique.

Écrit par : mind | 07/02/2006

Le courant cittamatra idéaliste d'Asanga Je pense qu'il y a des traces évidentes du succès de cette synthèse dans l'histoire du bouddhisme.

Il y a toute une branche de la philosophie Mahayana bouddhiste qui est idéaliste, pour laquelle "seul existe l'esprit" : cittamatra ou école de l'esprit seul. Tout, absolument tout serait projection de l'esprit.
Cette école a en particulier beaucoup influencé le courant Kagyupa du bouddhisme tibétain dans lequel est enseigné Mahamoudra.
La doctrine d'Asanga n'est pas aussi puissante logiquement que celle sceptique et critique de Nagarjuna, le madhyamaka prasangika, mais par ce qu'elle a produit de très nombreux pratiquants réalisés, elle finit par devenir la source des kagyupa (littéralement : lignée de la pratique).
D'ailleurs, le courant idéaliste cittamatrin, avait un autre nom, le Yogacara : ou la voie des pratiquants, ou voie des yogi.

Aussi, il ne faut pas croire que le bouddhisme est fondamentalement contre la thèse shivaïte de l'indépendance et de l'existence absolue de la conscience.

Au Tibet en particulier, les philosophies ramènent conjointement le madhymaka de Nagarjuna et la doctrine cittamtrin en un syncrétisme : le madhyamaka cittamatra. Le monde y est décrit "absolument" comme composé de causes et effets, et "subjectivement" comme basé, produit par la conscience seule. ce système permet d'expliquer le mode d'émergence du Samsara par la conscience qui projèterait le monde, et l'inexistence, en fin de compte, d'un soi autonome. Pour cette branche très influente de la philosophie lamaïste, l'esprit (ou la conscience) est la base absolue de toute l'émergence et de toute la manifestation du Samasara (en tant que danses des apparences), mais si l'on observe "absolument", alors rien n'est base de rien : tout est apparent et impermanent, même la conscience.

En particulier, le dzogchen dont les origines sont plus ou moins mystérieuses ou n'existent que sous la forme de récits légendaires, ressemble à un "shivaïsme déguisé".

Écrit par : Evan Mirzayantz | 03/05/2007

2 sur 7 bonjour j ai l honneur de vous dire que dans l'univers l'impossible devient tout possible et ma curiosité scientifique j ai de la chance de découvrire une planéte comme la térre et elle a tout les possibilité de la vie et et je sais ou elle se trouve je suis tres serieux contacté moi a mon email pour la découvrire et travaillé enssemble c'est un grand pas pour l humaniter et pour la science j'ai d'autre projet d'une formule chimique d'un propulseur energetique ultra rapide infinie(energie noir), jattend votre reponse plus vite possible et ne sous éstimé pas fait moi confiance mon ami et merci .

Écrit par : réda | 27/08/2007

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