10/02/2006

Est-ce la réalité qui détermine le langage, ou bien est-ce le langage qui modèle la réalité ?

Quel rapport y a t-il entre le langage et la réalité ? Tel est l'un des problèmes qui reviennent régulièrement, ici comme ailleurs. A l'instar de tous les problèmes philosophiques, l'on ne saurait sérieusement prétendre lui donner une solution définitive. Pourtant, y réfléchir et en prendre la mesure est un travail - une pratique - indispensable pour tous ceux qui se sentent concernés par la connaissance d'eux-mêmes et du monde.

Un ouvrage assez complet vient de paraître à ce sujet. Il s'intitule Catégories de langue et catégories de pensée en Inde et en Occident, textes réunis par François Chenet, Coll. "Ouverture philosophique", L'Harmattan.


http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2747596214/qid=1139589223/sr=1-1/ref=sr_1_8_1/402-6765198-3528902

 

Il regroupe plusieurs réflexions sur le langage en Inde, explorant la question de savoir en quel sens le langage permet-il une connaissance de la réalité - conventionnelle (vyavahâra) ou ultime (pâramârtha).

 

En ce qui concerne la Reconnaissance, une traduction des Stances sur la reconnaissance du Seigneur, oeuvre fondatrice de cette philosophie, sortira chez le même éditeur (L'Harmattan) vers la fin du mois.

Sur ce blog, je souhaite éviter de devenir trop technique. C'est pourquoi je propose une lecture d'extraits de la Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, qui constitue une excellente introduction à la philosophie de la Reconnaissance.

 

Toutes les questions sont bienvenues, dans le respect des personnes, mais pas nécessairement des opinions ! Le seul respect qui soit du est en effet le respect de la personne humaine. Quant aux opinions et croyances desdites personnes, elles n'ont droit, dans une société démocratique, à aucun respect a priori. Evidemment, chacun comprendra qu'il vaut mieux éviter les propos vulgaires ou confus, qui ne ridiculisent que leur auteur et démontrent seulement le peu de respect dans lequel il tient sa propre personne.

 

18:20 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

Commentaires

Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas respecter toute opinion ? Respecter une personne amène à mon sens automatiquement le respect de son opinion, si toutefois elle s'exprime correctement.
Par contre, respecter cette opinion, c'est à dire accepter qu'une personne puisse l'avoir, n'empêche pas d'avancer les arguments qui mettront cette opinion en pièces.

Écrit par : Tenryu | 10/02/2006

question Au final: est-ce que rigpa du dzogchen est le soi ?

Écrit par : mohamed | 10/02/2006

Langage et réalité Merci pour cette référence (que je ne connaissais pas ... j'ai commandé le livre).
Sur le même sujet, connaissez-vous le livre de Johannes Bronkhorst "Langage et Réalité, sur un épisode de la pensée indienne", volume 105 chez Brepols ?

Écrit par : Umar | 10/02/2006

shabda sur l'option la realité modèle le langage lire peut etre le site suivant*
http://www.hominides.com/html/dossiers/langage.html qui est peu ou prou la vision actuelle des antropologues

si l'on part des travaux de Korzybski, qui ont été repris pa la pnl, le langage modélise la realité, la limite, réduisant souvant la carte au territoire, mais c'est un autre sujet.

L'inde et le son tout un programme, d'ailleurs a partir de quand passe t on du son à la parole ?
Vak a parfois été identifié au logos, le discours de dieu.
Au japon sarasvati sous le nom de benten au serpent est resté une divinité bouddhiste importante, c'est une jolie femme avec une vina.

sarva mangalam
Thierry
Les cinq éléments fondamentaux de l’univers (terre, eau, feu, vent, éther) produisent des sons au moindre contact. Cela signifie qu’il existe des langages en tout. Dans ce cas-là, tout ce qu’on voit, entend, sent, goûte, et pense sont également des mots. On peut ainsi dire que tous les phénomène de l’univers sont tous des mots qui enseignent la vérité. Les chants des oiseaux, le courant de l’eau, les bruits du vent, tous disent constamment la vérité éternelle kukaî

Écrit par : thierry | 11/02/2006

Sarvam shabdena anuviddham ! Mohamed :
Je pense que Rigpa est la même "non-chose" que le Soi selon le Shivaïsme du Cachemire. En revanche, rigpa n'a rien de commun avec le Soi tel qu'il est définit par les philosophes brahmaniques "réalistes" (Nyâya-Vaisheshika), selon qui le Soi est une substance permanente douée de qualités (plaisir, douleur, etc.) accidentelles.

Umar:
Oui, le livre de Bronkhorst est interessant. D'ailleurs, il est l'auteur de l'un des articles du receuil de F. Chenet. Mais lui est Verpoorten sont surtout excellents à l'oral ! Ils parviennent bien à faire passer ces discussions sur le langage qui, à les lire, semblent plutôt obscures.

Thierry :
Aaah ! Abhinavagupta et Bhartrhari seraient tout à fait d'accord avec Kukai. Tout est parole. No pas toujours parole discursive, mais langage quand même et dialogue entre les choses, entres les êtres, et entre les êtres et les choses. Autrement, point de mantra ni de Tantrisme; et point non plus d'expérience tout court !

Écrit par : anargala | 11/02/2006

Satatodityai vâgrûpinîdevyai namostu te namo namah ! En Inde, tout son est parole dés lors qu'il ressemble au sanskrit, la langue parfaite. Sur ce point, les Indiens sont restés assez naïfs (y compris les Bouddhistes). Ils n'ont pas pris conscience de la diversité des langues.
Sauf, peut-être, Abhinavagupta. Selon lui, la conscience est source de la pensée, qui est source de la parole articulée. La conscience est une langues universelle, source de toutes les conventions linguistiques. La conscience est un langage inné qui permet aux hommes (et aux animaux !) d'apprendre et de construire leurs langues variées. La pensée est entre les deux, à la fois universelle et conditionnée par la langue que l'on parle (voir le billet suivant).

Écrit par : anargala | 11/02/2006

pour comprendre "Je pense que Rigpa est la même "non-chose" que le Soi selon le Shivaïsme du Cachemire."
Toutes les voies pointe vers le même but.
Anargala, pour être complet, vous avez oublié de préciser que dans rigpa, cette non chose, on devient capable de traverser les murs et quand on meurt, on part en Corps Arc-en-Ciel.
Il faut tout dire, sinon on ne peut pas comprendre, avec ce qui avait été dit auparavant …. (Exemple : la résurrection de jésus, qui était un bouddha est la preuve du CAC).

Écrit par : Evelyne | 11/02/2006

Le "corps d'arc en ciel" n'est-il pas une description symbolique ? Evelyne:
Je ne crois pas que toutes les voies pointent vers le même but. En tout cas, pas consciemment. Quand aux "pouvoirs surnaturels" (siddhi), la Reconnaissance y accorde peu d'importance.

Écrit par : anargala | 11/02/2006

Merci Donc dans la reconnaissance, tout comme le dzogchen on traverse les murs.
JESUS, une description symbolique ?

Écrit par : Evelyne | 11/02/2006

manipulateurs et compagnie Bien joué les chenilles ! C'est vous qui aviez raison, sur ce point Florence Guibellini n'aurai jamais laisser tomber.
Merci aux globules blancs.

Écrit par : pas important | 11/02/2006

son, bija etc En Inde, tout son est parole dés lors qu'il ressemble au sanskrit, la langue parfaite. Sur ce point, les Indiens sont restés assez naïfs (y compris les Bouddhistes). Ils n'ont pas pris conscience de la diversité des langues.


sur ce point, les memes sons se retrouvent dans toutes les langues. C
e qui est intéressant c'est le sens qui est donné a chaque phoneme. Ainsi au japon il y a ce qui s'appelle le kototama ou les mots ames, peut etre assez proche de la notion de bija.
Les mantras et les bijas peuvent s'expliquer par ce que vajrabodhi appellait la porte des lettres, ainsi hrih se décompose en 4 lettres dont la signification est (hetva, rajas, isvara, astangama)
Sons qui si l'on en croit les systeme indien ou bouddhistes du son agissent sur les corps subtils. Le systeme le plus proche serait a mon avis la kaballe.

sarva mangalam
Thierry

Écrit par : thierry | 12/02/2006

cac Maintenant on va me demander comment je sais que ma vue est meilleure, ben en fait ce n’est pas la mienne, c’est la vue de ceux qui partent en corps d’arc-en-ciel, au rang desquels on trouve le Christ, justement. Alors peut-être que cette vue n’est pas pertinente pour ceux qui ne croient pas au corps d’arc-en-ciel, mais justement, les chrétiens y croient,

Écrit par : Evelyne | 12/02/2006

Corps vécus et corps décrits Evelyne :
Le "corps d'arc en ciel" est une croyance trés répandue. Est-ce pour autant un phénomène objectif ? Pour l'heure, nous n'e avons pas la preuve. Quoi qu'il en soit, il me semble que le CAC, comme la plupart des phénomènes surnaturels décrits dans les littératures de l'Inde, sont des manières de décrire une expérience intérieure qui, autrement, reste difficilement communicable. Par exemple la lévitation : ce terme sert à décrire une expérience subjective, celle de l'allègement et de la disparition du corps durant la méditation, etc.

Thierry :
Tous les phonèmes ne se retrouvent pas dans toutes les langues. Mais les Indiens on toujours cru que tous les phonèmes possibles se réduisaient à ceux de l'alphabet sanskrit. De plus, ils ont tendance à confondre grammaire et physique. Cela me parait, pour le moins, naïf. Il ne suffit pas de connaître les règles de la syntaxe pour connaitre les lois de la nature !

Écrit par : anargala | 12/02/2006

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