16/02/2006

Toute conscience est-elle conscience de quelque chose ?

Le chapitre XI de la Doctrine secrète, intitulé Le miroir spirituel, précise en quoi l'univers n'est qu'une illusion dans la conscience. Tout ce que nous expérimentons, c'est nous-mêmes, mais d'une façon erronnée comme une illusion. Toutes les consciences individuelles sont des fragments de la conscience indivise, la Déesse. Une conscience de hibou est une manière pour le Soi de se méprendre. De même pour toutes les autres sortes de consciences. Mais cette fragmentation de la conscience - et donc du Soi - est librement assumée par elle. Tout est illusion inconsistante, mais c'est un jeu, un divertissement tout à la gloire de la conscience.

De plus, même si c'est une illusion, il reste que cette fantasmagorie est perçue dans la conscience et n'existe pas sans elle. La conscience est ainsi l'inimaginable Auteur des milliards d'univers - subjectifs et objectifs, privés et communs - qui apparaîssent et disparaissent en elle comme autant de songes. La cause de tous ces miracle n'est autre que la liberté de la conscience, c'est-à-dire le pouvoir de réaliser l'impossible. En la conscience, émergent spontanément une infinité de formes et de noms, sans pour autant que la conscience/Soi s'en trouve réellement fragmentée. Ni une - car elle apparait sans cesse -, ni multiple, elle est un Etonnement abyssal (gambhîracamatkâra).

"Tu est une pure conscience distincte du corps et, pareillement, le Seigneur est la pure essence consciente, impérissable et dégagée du monde".

"En l'absence de la conscience pure, rien ne peut jamais exister nulle part. L'idée même d'un "lieu" d'où la conscience serait absente est contradictoire." En effet, si ce lieu n'est pas appréhendé par un acte de conscience, même en imagination, alors il est absolument rien. Et encore, même ce "rien" n'existe que dans, pour et par la conscience.

Petit rappel terminologique :

"Apparence" ou "Être" ou "Existence" ou "Lumière" désignent Shiva, c'est-à-dire le versant "objet" du réel, de toute expérience.

"conscience" ou "représentation" désignent la Déesse, le versant "sujet" de toute expérience.

Ces deux versants ou aspects sont inséparables en réalité, comme les deux faces d'une même pièce, ou comme le soleil et sa lumière. Shiva est ce qui est; Shakti, la Déesse, est la connaissance de ce qui est.

Plus Shiva se fragmente, plus la conscience qui l'appréhende se fragmente également. Et inversement, plus la conscience se fragmente, plus la réalité qu'elle appréhende lui apparaît fragmentée. Au début, la Déesse connaît Dieu en sa totalité, de manière indivise. Puis, tout cela se différencie peut à peut en noms (du côté conscience) et en formes (du côté Apparence). Mais toute cette multiplicité n'est qu'un spectacle suscité librement. Le couple divin conscience-Apparence demeure un, tout comme le miroir qui acceuille d'innombrables reflets.

"Tu estimes peut-être que les choses réelles [la table, etc.] existent sans avoir besoin pour cela d'être perçues. Mais réfléchis à ceci : s'il en allait ainsi, il serait impossible, même au niveau de l'expérience quotidienne, de déterminer ce qui "est" est ce qui "n'est pas". L'existence empirique des choses se confond donc avec leur illumination par la conscience. De même que l'existence du miroir conditionne celle des reflets, de même l'existence de la conscience conditionne celle des choses. Et si l'univers est manifesté avec une évidence suprême cela tient à la pureté infinie de la conscience. Ce sont en effet la densité et la pureté de la surface réfléchissante qui déterminent l'aspect flou ou net des reflets, comme chacun peut le constater dans le cas des eaux ou des différents types de miroirs. Cependant les miroirs, choses matérielles et dépourvues de liberté, ont besoin que des objets viennent de l'extérieur se refléter en eux, tandis que la conscience, dans sa liberté infinie, suscite directement en elle-même ses propre reflets. (...) Celle-ci, semblable à un miroir, peut refléter une multitude de formes et de teintes sans que son essence propre subisse la moindre altération. Mais alors que le reflet dans le miroir a pour origine une chose extérieure, l'univers-reflet a pour origine la seule liberté intrinsèque de la conscience.

(...) Le miroir est immobile est le reflets mobiles. (...)

Ce qu'un miroir reflète comme perdu dans les lointains réside, en tant que reflet, dans le miroir même."

 

Ainsi, l'univers n'est que conscience de part en part.

17:43 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : pratyabhijna, shiva, shakti |  Facebook |

Commentaires

j'ai omis de vous remercier pour la nouvelle lisibilité du blog La conscience est-elle conscience de quelque chose ? Belle et grande question... Je n'ose y répondre, même si je me pose aussi la question parfois, car c'est bien la question de la pérénnité ou non de la conscience après la mort aussi qui se pose en des termes presque semblables.
Mais trève de ma part de ces pensées brouillonnes, je souhaitais mettre à profit ce commentaire pour vous remercier, Arnagala, de votre nouvelle mise en page lisible du blog à laquelle vous avez porté une grande attention. Mes petits yeux vous remercient, ainsi que ceux des internautes qui s'usaient auparavant sur les petits caractères blancs Verdana d'Arnagala, et qui peuvent maintenant se concentrer sur la signification, voire sur le sens... Et votre blog ne manque ni de l'une, ni de l'autre.

Écrit par : Im | 16/02/2006

Superbe lecture Merci !

Écrit par : Tenryu | 17/02/2006

Ca coïnce Bien que la grande partie du texte et des citations passent aisément, là où ça bloque toujours, c'est là :

"Tu estimes peut-être que les choses réelles [la table, etc.] existent sans avoir besoin pour cela d'être perçues."

Oui, certainement, j'estime qu'un noumène est la source de la sensation qui me conduit à percevoir. Certes, l'objet perçu est bien une partie de ma conscience fragmentée, et est une création, alors que le noumène n'est pas représentable.
Mais affirmer que ce noumène est également une partie de notre, c'est aller trop loin.


"Mais réfléchis à ceci : s'il en allait ainsi, il serait impossible, même au niveau de l'expérience quotidienne, de déterminer ce qui "est" est ce qui "n'est pas". "

Ah, c'est marrant, cette affirmation que le noumène lui-même est une production de la conscience est toujours suivi d'un argument obscur ou mal développé.


"L'existence empirique des choses se confond donc avec leur illumination par la conscience."

Oui, d'accord, mais uniquement pour ce qui nous concerne, c'est à dire les phénomènes et notre propre existence. Ca concerne notre monde, celui que notre perception assemble, mais ça ne concerne pas la source de nos sensations.

Corrige-moi ou éclaire-moi Ananda.

Écrit par : Tenryu | 17/02/2006

Euuuuuuh Errata Anargala et non Ananda. Sorry ;-)

Écrit par : Tenryu | 17/02/2006

bon et après? http://www.theosophie.asso.fr/Web03/trois_fondamentalesextensionDIEU.htm

Écrit par : Lama Kiki | 17/02/2006

Tout est dans la conscience, même "l'extérieur" Cher Tenryu,
L'argument "idéaliste" de la Reconnaissance est aussi enfantin qu'il est imparable. Et il est identique à l'argument formulé par l'idéalisme bouddhique (yogâcâra). Impossible, en effet, d'établir l'existence - ou la non-existence - de quoi que ce soit en dehors de la conscience qu'on en a. Même si tu tense qu'il y a une réalité indépendamment de la conscience que tu en as, c'est encore une représentation et donc un acte de conscience. Les distinctions entre "l'apparence de la chose" et "la chose en soi" n'existent que dans et par la conscience. Comment prouver l'existence d'un "en-dehors" de la conscience. Il faudrait pour cela percevoir cet en-dehors en le percevant en dehors de toute perception, ce qui est impossible !

Cela mène t-il au solipsisme (thèse selon laquelle il n'y a que moi qui existe)? Non. Car la conscience - qui est un acte et non point une chose - n'est pas individuelle. En effet, elle est dépourvue de tout caractère individuel. Il n'y a pas plus de différence entre "deux consciences" qu'entre "deux espaces" contenus dans deux pièces. On parle de "notre" conscience, mais c'est une illusion. En réalité, la conscience n'est pas "à nous". Elle est "nous", purement et simplement, elle est le sujet connaissant. Comme ce sujet connaissant n'est rien de connu ou de connaissable (forme, durée, etc.), il ne peut être intrinsèquement individuel. C'est en effet ce que nous percevons qui nous individualise. Et parce que la conscience s'identifie aux choses (pensées, corps, objets), elle se prend pour un individu, pour un objet connu, alors qu'elle est à jamais le pur Sujet connaissant.

La conscience imagine qu'elle est plusieurs personnages, exactement comme nous le faisons tous au cours de la journée ou de nos rêves. Ce sont, autrement dit, des rêves à l'intérieur du Rêve de la conscience.

Quelle difficulté y a t-il a admettre cela ? Est-ce vraiment plus obscur que le sens commun, selon qui toutes les apparences sont basées sur la matière ? Mais qu'est-ce que la matière ? "Une chose qui est, mais qui n'est ni ceci ni cela, qui n'a aucun qualité particulière", etc. Quelle différence entre une chose qui n'est rien, et cette non-chose qui peut tout devenir ? Je trouve que l'idée que tout est conscience n'est pas impossible, et qu'elle est plus économe.

Écrit par : anargala | 17/02/2006

Ne confondez pas, s'il vous plait. Cher Kiki,
La "Doctrine secrète de la déesse Blavatsky" - théosophique - n'a rien à voir avec la "Doctrine secrète de la déesse Tripurâ". La théorie de Mme Blavatsky est un montage à partir d'éléments empruntés aux Purânas hindous et à la cosmologie bouddhique (abhidharma, kâlacakra, Lamdré).

Écrit par : anargala | 17/02/2006

RE BLA BLA Quelles sont les differences?

Écrit par : Lama Kiki | 17/02/2006

lama kiki, le plaisir est dans la" masturbation"avec les textes http://www.theosophie.asso.fr/Web03/trois_fondamentalesextensionDIEU.htm
le but entre les doctrines semble les mêmes:
a) ce que dénonce Regamey
Un PRINCIPE Omniprésent, Eternel, Illimité et Immuable sur lequel toute spéculation est impossible puisqu'il transcende la capacité de conception de l'homme et ne pourrait qu'être rapetissé par toute expression ou comparaison humaine. Il est au-delà de la portée de la pensée et, selon les termes de la Mandukya " inconcevable et inexprimable ".
b) pré requis
Pour rendre ces idées plus claires au public, il lui faut commencer par postuler une Réalité unique et absolue qui précède tout être manifesté, conditionné. Cette Cause Infinie et Éternelle — vaguement exprimée par l' " Inconscient " et l' " Inconnaissable " de la philosophie européenne courante — est la racine sans racine de " tout ce qui fut, est ou sera jamais ". Elle est, bien sûr, dénuée de tout attribut et essentiellement sans aucune relation avec l'Être manifesté, fini. C'est l' " Être-té " plutôt que l'Être (en sanskrit, Sat) et c'est au-delà de toute pensée ou spéculation.

A noter que dans toutes ces théories ont peu basculer d'un extrème à l'autre: Herbert Spencer a, depuis peu, modifié son Agnosticisme au point d'affirmer que la nature de la " Cause Première ", dont l'Occultiste place l'origine, plus logiquement, dans la " Cause sans Cause ", l' " Éternel " et l' " Inconnaissable ", pourrait être essentiellement la même que celle de la Conscience qui jaillit en nous : bref, que la réalité impersonnelle qui pénètre le Cosmos est le pur noumène de la pensée. Un tel pas en avant de sa part le conduit très près de la doctrine ésotérique et Védantine.
Perso je ne vois aucunes différences entres les 2 doctrines, la bascule est toujours possible, je commence me demander si ces spéculations peuvent avoir une fin .......

Écrit par : xxx | 17/02/2006

oui et alors ? Tout est dans la conscience, même "l'extérieur".L'’univers n'est que conscience de part en part
J’admets que tout est conscience, je le sais mais en quoi cela change t’il ma misère ?

Écrit par : Fabien | 17/02/2006

BLA BLA AREUU La différence est entre un texte traditionnel d'une réelle portée et un délire occulto-mystico-esotérique de Helena Petrovna justement BLABLAtsky.
Atchoum

Écrit par : mind | 17/02/2006

il reste des chenilles anti connard Comment la conscience peut engendrer un con comme ce mind?

Écrit par : chenille de sphynx royal | 17/02/2006

Rien n'est changé, tout est changé Fabien :
Trés bonne question. Selon la Reconnaissance, reconnaître que l'univers est conscience, c'est se reconnaître comme Seigneur omniscient et omnipotent. Mais, me direz-vous, que deviens "notre misère". Eh bien, elle reste ce qu'elle est, et en même temps, elle se trouve transfigurée. Un peu comme peut l'être un cauchemard dès lors que l'on rpend conscience qu'il n'est qu'un rêve. Ou alors, la situation est comparable à ce qui se passe lorsqu'on va voir un film tragique au cinéma. C'est triste, sombre. Mais, en même temps, c'est beau et lumineux.

Écrit par : anargala | 18/02/2006

Mirroir Tentative de réponse :
mind n'est que le reflet appauvri de celui qui se reflète dedans.

Écrit par : chepap | 18/02/2006

philosophie de branlos vs philosophie pratique Le point de vue masturbatoire du spéculatif est juste dans le contexte intellectuel européen où, généralement, une philosophie n'incluent pas de pratique, exercices spirituelles, diététiques et autres.

Ce n'est pas le cas du bouddhisme, de l'advaita vedanta et semblerait il des philosophies antiques ( même platoniciennes ). Ce n'est pas non plus le cas de pas mal d'ordre religieux qui s'en inspirent.

Du coup, les philosophies pratiques se combattent pas seulement sur l'aspect spéculatif mais aussi quand aux fruits (effets ?) des vues particulières qu'elles défendent.

De cela découle une hierarchisation des vues ( et au rejet de certaines )par rapport au but entrepris ( cessation de la souffrance par exemple ), comme cela s'observent nettement au sein des 9 véhicules nyingma par exemple.

On savait déjà que science sans conscience n'est que ruine de l'ame ( science sans pensée philosophique ), je pense fortement que l'inverse est tout aussi vrai.



Écrit par : Jeepy | 19/02/2006

Avoir raison et autres plaisirs A la lecture du propos de Jeepy, qui est plutôt bien vu, il faut être honnête, et dire que la pratique n'a besoin ni de spéculation, ni de hierarchisation, à proprement parler.

Avoir raison, par contre, et le prouver, semble être une sacrée motivation à la recherche d'arguments, de construction conceptuelles, et d'intelligence rhétorique.

Il y a un vif palaisir à débattre comme il faut, à échanger quelques passes d'armes bien rythmées, à lancer des formules qui claquent bien comme langue contre palais, et à estourdir l'adversaire devant l'assistance ébahie.

Ce faisant, on apprend beaucoup, mais au sortir d'un débat, même des plus intéressants, je ne saurai être convaincu de quoi que ce soit.

Cependant, dans la jouissance de ma vie privée, affûter ainsi l'intellect est d'un bénéfice certain. Ca aide à moins se faire avoir.

Écrit par : Tenryu | 20/02/2006

neosporin Thank you very much!

Écrit par : Jason | 31/10/2006

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