25/02/2006

La mémétique ou "comment les idées acquièrent des hommes"

L'autre jour, en me balladant à la FNAC, je prend un livre et lis une page, au hasard : "Pourquoi lisez-vous ce livre ? Vous avez étudié la philosophie [... s'ensuit une liste des philosophes que j'ai effectivement étudiés...] Avec George Berkeley, vous vous êtes finalement demandé si le monde était réel. Vous êtes allé jusqu'en Orient, vous avez grimpé l'Himalaya et vous vous êtes baigné dans le Gange. Vous avez rencontré des hommes sages, des jnani, et tranquillement, tout seul, sans que personne vous voie, tôt le matin, vous vous êtes assis en tailleur et vous avez essayé de méditer sur cette idée simple : "Je suis".

Et puis vous êtes revenu vers les contrées de la rationalité et de l'investigation. Probablement par nécessité de discuter, ou par nostalgie de l'enfance. Car vous aimiez les sciences. On y jouait bien. Vous avez gardé ce goût pour la modélisation, pour la dualité, pour la coexistence des mondes, et particulièrement pour le vertige de l'auto-référence qui vous saisit par exemple lorsque vous lisez avec amusement : "Cette phrase a vingt-huit lettres" ou, mieux encore : "Ceci n'est pas une phrase." [...] Faisons un pari : je dis que si vous n'avez pas lu vous-même l'incroyable Gödel, Escher, Bach : les brins d'une guirlande éternelle, de Douglas R. Hofstadter, quelqu'un dans votre entourage connaît sans doute quelqu'un qui l'a lu, sinon c'est vous qui ne liriez pas ceci. Ai-je raison ?"

"- Argh !" me dis-je aprés avoir lu ces lignes. "Qu'est-ce ? Comment est-ce possible ? Serait-ce un livre commis par une Madame Soleil, omnisciente qui plus est ?"

Eh bien pas du tout. Ce livre, je l'ai trouvé dans le rayon "science". Il s'intitule Comment les systèmes pondent : Une introduction à la mémétique. La mémétique est l'étude de la manière dont les idées se propagent et évoluent. Cette quasi-discipline scientifique part d'une analogie simple : les idées se reproduisent et évoluent comme les gènes (d'où le terme de "même"), comme si elles avaient leur vie propre. Un même est une représentation ou un ensemble d'idées qui détermine notre comportement, comme le fait un gène. Certains biologistes du comportement pensent que les individus ne sont que des véhicules au service de leurs gènes. N'en va t-il pas de même pour les idées ? Est-ce qu'on "a" des idées, ou bien ne faut-il pas plutôt admettre que ce sont nos dées qui nous "possèdent" ? Comme le dit un méméticien (cité ib. p. 41):

"L'important n'est pas de savoir comment un homme acquiert des idées, mais de savoir comment une idée acquiert des hommes."

Ce livre est lui même un "même", mais un même anti-mêmes, car l'une des ambitions de la mémétique est de nous faire prendre conscience de l'emprise de certaines idées ou représentations, de manière à commencer à nous désintoxiquer. La mémétique, même si elle n'est sans doute pas une science "dure", est du moins un outil pour se déconditionner et penser par soi-même. A ce titre, elle rejoint le Bouddhisme et le Shivaïsme du Cachemire dans l'effort de l'homme pour défendre son autonomie.

13:42 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : memetique |  Facebook |

Commentaires

Sur l'orthographe de "même"/"mème" PS : "Même" s'orthographie usuellement "mème". Mais l'inventeur de ce terme, Anthony Dawkins, affirme que l'on peut également rattacher ce mot au français "même", car les mèmes se répliquent par imitation. De toute façon, il ne figure dans aucun dictionnaire de langue française.

Écrit par : anargala | 26/02/2006

Ressemblance Chouettes ressemblances avec le systeme cognitif de C. Castaneda/don Juan, cette description organique, originellement indépendante, de ce qui serait une implantation extérieure, a l instar d un alien dans notre esprit.
Dans " voyage définitif", il développe le thème de ces sombres créatures qui investissent l'esprit de l homme pour l'asservir, le réduire a l'état de bétail. Ces ombres douées de conscience, venues d on ne sait ou, remplacent l'esprit de l homme par le leur, apportant idées, concepts, donnant aussi un esprit qui a des difficultés a se concentrer etc... Une forme de troc en notre défaveur en fait, un troc qui apporte des idées et nous prélève de notre conscience. Et bien sur le sorcier doit se délivrer de l emprise de ces systèmes organiques.

Écrit par : Amadeus | 27/02/2006

Susan Blackmore Oui. Il y a des parasitages plus ou moin équitables. Pour ce qui est de la désintoxication, l'on appréciera de savoir que Susan Blackmore, l'une des pionnières de la mémétique, pratique la méditation zen depuis 30 ans. Selon elle, zazen ou vipassana sont des méthodes efficaces de déconditionnement.
PS : Blackmoe a été parapsychologue pendant longtemps. Mais, n'ayant jamais eu de preuves de l'existence d'aucun phénomène paranormal, elle a démissionné de son poste à Cambridge. Selon elle, les "phénomènes parapsychiques" sont des phénomènes psychologiques.

Écrit par : anargala | 27/02/2006

Pratiques physiques Zazen et vipassana pour le déconditionnement. A l'avis de la vache avertie, quel est le but visé des pratiques physiques tels les Asanas(en autre)?

Écrit par : Amadeus | 28/02/2006

Travaux des champs Bon, en tant que vache, j'ai du mal à ressentir les posture "de l'intérieur". Mais il me semble que le but visé est de faciliter la vigilance (smriti) chère au Bouddhisme.
Mais la posture "du lotus" est également influencée par la culture. Il n'y a qu'à observer les différences entre un Bouddha indien et un Bouddha chinois. L'Inde valorise la symétrie, la rectitude. La Chine valorise le tordu, le courbé. Car, dans tous les cas, le corps est un univers ou un paysage en miniature.
Le Hatha Yoga, en particulier, voit le corps comme un petit univers. Le but visé par la posture est alors d'éviter le désèchement : le climat de l'Inde est, en effet, perçu comme une lutte entre le Feu et l'Eau. De même, dans le corps humain, il y a un conflit entre la Lune (le cerveau) et le soleil (l'estomac et les parties génitales). Il s'agit donc de canaliser le prâna (le souffle) pour protéger le bindu (la substance dont est faite le cerveau, et qui nourrit le corps) du "Feu du temps" et du "Feu du Désir". En fait, les postures fonctionnent comme des traveaux d'irrigation pour éviter l'évaporation. Le but visé est donc l'immortalité.

Écrit par : anargala | 01/03/2006

deconditionnement Les asanas( mais surtout pranayama) on pour finalité un déconditionnement du ressenti tactile. tout comme Thoghal provoque un déconditionnement visuel et les mantra un auditif. L'approche de départ varie donc mais tout déconditionnement a des répercutions sur tout les autres aspects de la conscience.

Écrit par : seb | 11/03/2006

Regard Méméticien Hum...
Je dirais plutôt "Richard" Dawkins ;-) (pour l'inventeur du terme "mème" bien sûr)

Concernant "voyage définitif" -> intéressant, mais ici il faut bien comprendre qu'il s'agit non pas de remplacer la conscience (plus précisement la culture), mais de l'expliquer. Dans la vision méméticienne, le culturel n'est pas remplacé par du mémétique, le culturel est mémétique depuis le début! Par de grands méchants monstres venus sucer du temps de cerveau disponible, simplement des "organismes" qui se sont co-développés avec nous et en nous (comme l'ont fait dans une certaine mesures, les bactéries). On pourra noter que cette vision un peu forte de café, peut être facilement minimisée, pour ne devenir qu'une direction où regarder.

Écrit par : Charles Mougel | 12/12/2007

Le mème associatif des prénoms On a pu découvrir Anthony PERKINS dès 1957, juste avant "psychose" ou "Le procès".
Il y a eu Richard ANTHONY en 1958.
En 1976 on a vu et lu Richard DAWKINS.
En 2006, de même qu'on a vu fleurir "mème"on a pu voir apparaître Anthony DAWKINS. Comme quoi même en dehors de la SNCF, un mème peut en gâcher un autre !
Euh ! Ou plutôt meuh, heureusement que la vache d'Arnagala ne détaille pas l'anatomie de son estomac pour expliquer les conflits entre ses vieilles lunes cérébrales et son utérus inondé d'oestrogènes. Parce que avec le bonnet, le feuillet et la caillette comme satellites on risque vite de se retrouver à une formule pascalienne : je panse donc j'essuie.
Il faut voir comme les idées s'installent dans des cerveaux fragiles. Tiens par exemple cette idée que le NASDAQ ou le CAC40 sont les éléments-clefs de toutes les politiques à mener... Un mème productif ! Je gagne donc je suis (au sens du verbe suivre bien entendu !)
Anthony HAWKINGS

Écrit par : Anthony Shell-Drake | 13/12/2007

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