11/03/2006

Qu'est-ce que la rudra-vînâ ?

Le Tantrisme, c'est aussi la musique. En dehors des oeuvres new age plus ou moins inspirées, il reste que la religion shivaïte prescrit "le chant et la danse" (gîtanritya) dans tous ses textes (les tantras, justement) comme moyen de célébrer le divin.

J'ai entendu la rudra-vînâ  pour la première fois en 1996. Des sons venus de nulle part, des sonorités nuancées, graves, pour une musique à la fois sobre et sensuelle. Instrument à cordes et ancêtre du sitar, la "vînâ de Shiva" existe sous sa forme actuelle depuis le XIVème siècle environ. Cependant, il existait depuis longtemps déjà des formes de vînâ sans frettes. Plusieurs tantras sont consacrés exclusivement au culte de "Shiva-joueur-de-vînâ" (Tumburubhairava). En voici une magnifique représentation du sud de l'Inde, c. XIème siècle. La vînâ a disparu, mais on peut facilement l'imaginer:

 
La Déesse joue, elle aussi, de la vînâ, sur cette sculpture du Xème siècle, où l'on peut voir une forme de vînâ plus ancienne, sans frettes :
Cette musique extrêmement prestigieuse a connue ses heures de gloire dans les cours des Moghols. Sur cette peinture du grand peintre Govardhana, influencée manifestement par le style flamand, on peut admirer un joueur de rudra-vînâ ou bîn. Ses boucles d'oreilles montre qu'il est un yogi adepte du hatha-yoga répandu de nos jours dans le monde entier :

Presque disparu au XXème siècle, cet instrument a été sauvé par l'immense musicien Zia Mohiuddin Dagar :

 
Aujourd'hui, son fils perpétue cette musique, ainsi que Philippe Bruguière, par ailleurs conservateur à la Cité de la Musique à Paris :

Pour écouter quelques extraits de cet instrument, cliquez sur les liens en haut à droite.

15:57 Écrit par David Dubois dans Musique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : dhrupad, tantra, tantrisme, dagar, rudra vina |  Facebook |

Commentaires

Magnifique, et tant de choses intéressantes à lire, je reviendrai lire l'entièreté, c'est la première fois que je vois un blog pareil sur le Shivaisme.
Merci, Malika :-)

Écrit par : Malika | 11/03/2006

La Rudra Vina Depuis longtemps je suis amoureux du Sitar de Ustad Vilayat Khan, mais depuis que j'ai entendu ces extraits, la Rudra-Vina me prend aux tripes.

Ma prof de chant iranien adorait les chanteurs et chanteuses d'Inde qui faisaient vibrer le bas, elle s'entrainait à chanter "comme une vache" disait-elle ...

Oui, en effet, comme une vache, n'est-ce pas ?

Pas étonnant que ce soit ton instrument préféré, la brouteuse ....

;-))

Écrit par : Tenryu | 13/03/2006

Vînâ ki vânî Eh oui. Mais bon, en ce moment je n'en broute pas larg, vu que je n'ai plus la vînâ que j'avais ces derneières années. Il va donc falloir que je bosse dure (ave la bénédiction de Sarasvatî) pour retaper mon autre vînâ. J'en ai une troisième, que je vais convertir en vicitra vînâ (vînâ sans frettes). Ca fait pas trop vache, plutôt chat (à base de miaoux).

A propos de sitar, un ami organise à partir de mars des concert consacré aux musiciens occidentaux pratiquants la musique hindustanî, chez lui, du côté d'Ivry. Premier concert de sitâr par Michel Guay, excellent chanteur aussi, le samedi 25 mars:

Musique classique de l'Inde du nord
Cycle "Musique indienne en France"

La Minoterie
16 rue du 10 juillet 1940 94400 Vitry/Seine

samedi 25 mars 2006
19h30

Michel GUAY [sitar]
Nabankur BHATTACHARYA [tabla]



Ce concert inaugure un nouveau cycle, qui se propose de faire connaître aussi bien des musiciens français jouant la musique de l'Inde que des musiciens indiens résidant en France ou en Europe, et qui, par la qualité de leur formation, la rigueur et l'inventivité de leur jeu n'ont rien à envier à leurs confrères indigènes.
MIchel Guay est de ceux-là. Après une formation musicale de plus de dix ans à l'Université Hindoue de Vanarasi et auprès de son maître Ramdas Chakravarty, il retrouve la France, où sa carrière se partage désormais entre tradition et innovation. Il poursuit une carrière de sitariste solo tout en participant, avec le fameux jazz-band Mukta, à une expérience de fusion originale, qui ne réduit jamais la musique indienne au rang d'ingrédient folklorique ou pittoresque. Ce concert est l'occasion priviligiée d'entendre la voix singulière du sitar de Michel Guay, qui sera accompagné au tabla par Nabankur Bhattacharya, élève talentueux d'Anindo Chaterjee, et que Michel affectionne tout particulièrement.

Vous pouvez écouter un extrait de "Bhairavi" joué par Michel Guay en double-cliquant sur le fichier joint à ce message (Bhairavi extrait.rm).
Si vous n'arrivez pas à l'écouter, téléchargez le logiciel RealPlayer : http://www.download.com/RealPlayer/3000-2139_4-10255189.html

Participation (intégralement reversée aux musiciens) : 12 euros - tarif réduit (étudiants, chômeurs, intermittents du spectacle) : 10 euros.
Renseignements/réservations : 01 56 29 24 91 - 06 62 75 51 73 - christian.michel94@wanadoo.fr


Comment venir ?

En voiture (temps de trajet : 15 minutes environ depuis la Porte de Choisy) : Sortez du périphérique à la Porte d'Italie, puis allez jusqu'à la porte suivante par les boulevards des Maréchaux. A la porte de Choisy, prenez la direction Ivry/Seine -Vitry/Seine (avenue de Choisy). Traversez tout Ivry-sur-Seine. Continuez toujours tout droit jusqu’à ce que vous arriviez, à Vitry/Seine, à un rond-point orné d’une immense sculpture verticale de Jean Dubuffet (« Cheminée d’usine »). Continuez tout droit. Au deuxième feu après le rond-point, tournez à gauche, dans la rue Camille Groult, que vous poursuivez jusqu’au double feu rouge. Tournez à droite, dans la rue de Choisy. Puis immédiatement à droite, dans la rue des Granges et une dernière fois à droite, dans la rue du 10 juillet 1940. Engagez-vous dans la rue, vous apercevez, sur votre droite, une immense structure métallique en forme d’échafaudage, qui vous permet d’accéder aux étages par un ascenseur et des escaliers. Code : 16 94. C’est au troisième étage, à droite.

En bus (15 minutes de bus et 5 minutes de marche à pied) : Au sortir du M° Porte de Choisy, prenez le bus 183 (boulevard Masséna), destination « Aéroport d’Orly-Terminal Sud » et descendez 11 stations plus loin, à l’arrêt « Camille Groult ». Revenez de quelques pas en arrière, dans la direction inverse du bus, et descendez, sur votre droite, la rue Camille Groult. Prenez la deuxième rue à droite (rue du 10 juillet 1940). Vous apercevez, sur votre gauche, une immense structure métallique en forme d’échafaudage, qui vous permet d’accéder aux étages par un ascenseur ou des escaliers. Code : 16 94. C’est au troisième étage, à droite.

En RER (12 minutes de RER C depuis la station Saint-Michel, puis 10 minutes environ de marche à pied) : Prenez le RER C, empruntez une rame au nom de code MONA ou ROMI dans la direction de Saint-Martin d'Etampes/Dourdan. Descendre à la station "Les Ardoines". En sortant de la gare de RER, traversez le parking en vous dirigeant en oblique vers la droite, dans la direction d’une grande cheminée, de l’autre côté du rond-point. Traversez le rond-point, jusqu’au panneau indiquant la direction « La Ferme ». Prenez alors, sur votre gauche, la rue Victor Ruiz, que vous remontez jusqu’à un petit rond-point, en passant devant l’école Blaise Pascal. Prenez sur votre droite, la rue de Choisy (branche de gauche de la fourche formée par les deux rues qui partent sur votre droite). Vous la remontez assez longtemps jusqu’à ce vous arriviez à un petit square. Juste avant le square, sur votre gauche, la rue des Granges. Vous la prenez et tournez dans la première rue à droite, la rue du 10 juillet 1940. Engagez-vous dans la rue, vous apercevez, sur votre droite, une immense structure métallique en forme d’échafaudage, qui vous permet d’accéder aux étages par un ascenseur et des escaliers. Code : 16 94. C’est au troisième étage, à droite.

Si vous hésitez entre le RER et le Bus, privilégiez la seconde solution, plus simple et plus rapide.

Au retour ? Co-voiturage assuré. Comme après chaque concert, ceux qui sont venus en voiture raccompagneront ceux qui sont venus en transports en commun.

Écrit par : anargala | 13/03/2006

Miaou aussi Ecoute, à l'époque où j'ai découvers les résonnances naturelles, non-tempérées, j'ai brusquement saisi une pince, et ai promptement arraché les frets de ma Guitare douze cordes, pour en faire un instrument capable de rendre les tonalités subtiles, sur un manche plat comme un Violon, ou, plus proche, le Sarode.

Eh bien l'opération fût sauvage, mais l'instrument a tenu le coup. Il y avait assez de cordes et de place pour que je sépare un jeu de quatre cordes pour la mélodie, et un jeu de six à huit cordes pour le bourdon, faisant office de Tempura.

On pourrait un jour s'amuser à travailler sur nos instruments, frère Anargala, tu es donc bienvenu pour me rendre visite à mon atelier pour en discuter. Je pourrai faire des frets en laiton, et nous pourrions réfléchir à un système de fixation réglable, à de nouveau résonnateurs, etc ....

J'ai même intégré sur mon instrument des cordes en métaux divers pour faire des essais, j'ai retenu le bronze, l'or, et le titane (très étrange, le titane).

A bientôt, fils de Sarasvati.

Écrit par : Tenryu | 13/03/2006

La rudra vînâ : une espèce menacée d'extinction Tenryu :
Merci. Je serais ravi de discuter de tout ça avec toi. Et puis, tant qu'on y est, tu pourrais peut-être essayer de faire une rudra vînâ ? Parce que le gros problème, c'est que plus personne n'en fait. Le dernier survivant de la famille qui a fait les vînâ que l'on voit sur les deux dernières photos est agé et malade. Par contre, j'ai entendu parler d'un anglais qui faisait de belles vînâ (mais je n'ai pas entendu leur son). Il y a donc là un (tout petit) marché à prendre !

Écrit par : anargala | 14/03/2006

Instruments Tenryu, décris nous le bruit du noyau d'olive sucé pour faire des objets sacrés !

Écrit par : mind | 14/03/2006

Instrument Pour parler franchement, en voyant la photo du monsieur chauve tenant une Rudra-Vina, il m'est venu l'image d'un instrument énorme, suspendu à deux pieds, de part et d'autre. Le joueur n'a qu'à s'asseoir humblement au bon endroit, l'instrument tient en l'air tout seul.

La suspension offre au moins deux avantages : d'une l'instrument vibrera plus, de l'autre il pourra atteindre un poids considérable, et être agrémenté de résonnateurs au formes exagérées, ainsi que de cordes résonnantes des plus longues.

Un tel ouvrage, je m'y mettrai quand j'aurai acheté une maison à la campagne, et que le besoin d'argent m'aura laissé tranquille (là, il me harcèle).

Sinon, fabriquer des instruments, oui, j'aurai aimé en faire mon métier, poil au nez, on verra bien ce que l'avenir nous offrira ...

Si t'es partant pour qu'on essaie d'en faire une déjà, de Rudra, on peut y réfléchir ...

Écrit par : Tenryu | 14/03/2006

Son du noyau Quant au son du noyau sucé, mon ami Mind, c'est le son du dur labeur, un son que je saurai te faire entendre si facilement par le net. Pour faire des belles choses, il faut souffrir, j'espère qu'un jour ça sera payant....

Purée, je me suis réellement mis dans une situation où je dois développer la patience...

Écrit par : Tenryu | 14/03/2006

La vînâ : un instrument pour accumuler des mérites et exercer la patience ! Tenryu :
La résonnance ne souffre pas beaucoup d'être en contact avec le sol. J'ai même noté que ça faisait ressortir les graves.
Faire un instrument plus gros ? Pourquoi pas... Sur le site "du monsieur chauve" (Philippe Bruguière, qui est mon vénérable professeur depuis plus de septs ans) www.rudravina.com, il y a un enregistrement d'Anant Bedekar, avec une photo de sa super-grosse vînâ.
Faire une rudra vînâ ce serait hypra-formidable. Il existe une vidéo complète des étapes de sa construction (mais je ne l'ai pas) par Murari Babou (le vieux monsieur de Calcutta) et à la Cité de la Musique, ils ont une machine qui fait des plans 1/1 de n'importe quel instrument... Mais bon, il faut aussi les outils (notamment un truc pour creuser le tube en bois dans le sens de la longueur) et beaucoup de patience...

Écrit par : anargala | 14/03/2006

Rudra-Vina Ce qui est certain, c'est que je ne reprendrai pas leurs techniques, vaut mieux faire avec celles que je peux maitriser. Non, ce que je reprendrai, ce sont les principes de base de l'instrument. Le résultat serait une Rudra-Vina bien de chez nous.
Pour les résonnateurs, faudrait réfléchir, mais on peut en faire dans des matériaux divers, je pense, à moins qu'on importe des callebasses...

La vidéo, ça peut aider, si on peut mettre la main dessus. Ce qui me manquerait, ce sont toutes les mesures et proportions concernant les distances entre les chevalets, les intervalles des fret (quoiqu'on peut tout faire à l'oreille).

Oui, j'ai regardé le site dont tu parles, on y voit très bien les détails importants, il y a vraiment des instruments de valeur, en photo.

Ca, c'est un projet à très long terme, mais je suis mordu, je le ferai un jour ou l'autre, inch'allah.

Écrit par : Tenryu | 14/03/2006

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