15/03/2006

En quel sens la conscience est-elle "inconnaissable" ?

La conscience n'est pas connaissable sous la forme d'un objet. L'on ne peut appréhender la conscience de la même façon que l'on perçoit une table. Tel est, du moins, l'enseignement de la Doctrine secrète jusqu'à présent.

Mais alors, se demande le disciple, comment peut-on connaître la conscience ? Auparavant, le maître a évoqué la nécessité d'écarter tous les phénomènes pour la saisir en sa pureté, puis il a démontré que tous les phénomènes n'étaient que des illusions projetés sur elle comme des reflets sur un miroir. Mais alors, la connaissance de la conscience ultime, pareille à un ciel vide, est-elle compatible avec la vie quotidienne ? S'il faut que tout disparaisse pour la connaître et se délivrer de la souffrance, le sage cessera de vivre ! Et puis, sans phénomènes, sans objets, à quoi peut bien "servir" cette conscience pure ? N'est-ce pas encore ce "culte du néant" dénoncé par certains ?

Le chapitre 15 de la Doctrine secrète, intitulé La femme-ascète, élucide ces difficultés.

Comme à son habitude, le maître répond par une histoire. Le fils du dieu de la mer, déguisé en brahmane, débat contre une assemblée de brahmanes. Ils perdent chacun leur tour, et le faux brahmane envoie alors ces infortunés rejoindre son père au fond des océans. Ce faux barhmane, c'est Ashtavakra, le "Huit-fois difforme" selon la traduction d'Alain Porte (voir sa traduction de l'Ashtavakra Gîtâ).

Débarque alors une mystérieuses femme-ascète. Elle interroge Ashtavakra sur l'Inconnaissable : "Le connais-tu ?" Il répond que oui, et répète l'essentiel de l'enseignement donné jusqu'ici dans la Doctrine secrète : la conscience est la Déesse qui crée et contient tous les univers comme une cité reflétée dans un miroir.

Mais la vieille femme le questionne sur les difficultés que l'on vient d'évoquer, justement : "Tu affirme d'une part que la conscience est inconnaissable, et d'autre part que c'est en la connaissant que l'on parvient à l'immortalité". Tu te contredis ! En fait, "tu perçois directement la totalité des reflets, mais tu ne perçois pas directement le miroir." Autrement dit, tu te paie de mots.

Ashtavakra, plein de honte, s'en remet à la sagesse de cette femme: "Tant que cette connaissance n'aura pas été intériorisée  dans les profondeurs du Soi elle pourra être proclamée et entendue des milliers de fois, ce sera toujours en vain."

La conscience est inconnaissable au sens où elle n'est pas connaissable par un autre moyen qu'elle-même. Elle se connait elle-même, par elle-même. Pour la connaître, il suffit donc de retourner son attention vers "ce qui regarde". Cette conversion est la connaissance directe du Soi. Cette conscience de soi est le sens véritable du mot "je". C'est une Parole qui s'énonce spontanément à l'arrière-plan de toutes nos paroles.  Personne ne peut l'énoncer délibérement, mais personne ne peut non plus l'empècher de "parler". Elle est à la fois silence et récapitulation de tous les discours possibles.

"La suprême Puissance qu'est la conscience est la Déesse et le fondement de l'univers. Elle qui manifeste toutes choses, en quel temps et en quel lieu n'est-elle pas manifestée ? Là où elle ne se manifeste pas, rien ne serait manifesté. La Puissance qu'est la conscience se manifeste à travers la non-manifestation elle-même !" Comme dit Abhinavagupta dans la Lumière des tantras (I, 53) : "Même la non-existence des choses a (elle aussi) nécessairement pour fondement l'expérience du '(Tiens, la table n'est pas ici!'). La notion 'ceci n'existe pas' diffère, en effet, de (l'état d'inconscience propre à) un objet inanimé, tel un mur." L'inexistence n'existe qu'à l'intérieur de l'existence.

Vous direz peut-être que retourner son attention vers soi, vers le Soi, demande des efforts énormes incompatibles avec une vie ordinaire. Mais "le regard intérieur est dépourvu de toute tension : comment pourrait-il appartenir à un intellect tendu dans l'effort ? C'est pourquoi tu dois approcher ta propre essence en abandonnant toute espèce de tension. Alors, pendant un instant, tu rejoindras ta propre essence et tu t'y maintiendras sans pensée. Puis tu te souviendras (de la question précédente) et tu comprendras en quel sens la conscience est à la fois inconnaissable et parfaitement connue." 

Se laisser aller dans le "je", comme on se laisse bercer par une musique, est possible.

10:13 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : pratyabhijna, abhinavagupta, tantraloka |  Facebook |

Commentaires

Langage et réalité Cher Anargala,
J’aimerais revenir sur une question que vous aviez mentionnée dans un précédent post. J’ai entrepris l’étude attentive de ‘Langage et Réalité’ de J. Bronkhorst. J’aimerais revenir sur certaines de ses conclusions (peut-être aborderai-je d’autre points une autre fois). Il note vers la fin de son livre qu’Utpaladeva a été influencé par les bouddhistes, notamment avec la notion de vikalpa, ‘conceptualisation analytique’ très proche de celle d’apoha (la cruche est ce qui reste lorsqu’on a exclu tout ce qui n’est pas cruche). Que pensez-vous de cette affirmation ?
D’autre part, l’auteur signale que cette théorie de l’apoha s’oppose clairement au principe de correspondance (qui lie mots et choses) – et c’est pourquoi elle est révolutionnaire – car « la réalité à laquelle réfèrent les mots n’est pas la réalité absolue » (p. 104) : pour Dignâga la réalité est en-dehors du monde du discours. Et pour Utpaladeva, la réalité absolue est le sujet conscient, qui est Dieu (Isvara ?) Ai-je bien compris ?
Il poursuit en disant que c’est justement avec cette notion de sujet conscient, Dieu qu’Utpaladeva diffère des bouddhistes. Mais ne peut-on pas assez simplement réconcilier ces deux points de vue ? Avec Dignâga, je ne sais pas, mais en tout cas avec le Dzogchen et la nature de l’esprit, ou le tathâgatagarbha (la nature de bouddha) ?
Merci de m’éclairer.

Écrit par : Umar | 15/03/2006

"Mémoire, perception et négation (apoha) viennent de Moi" Gîtâ 15, 15 Cher Umar:
Sur l'"exclusion sémantique" (apoha), je suis d'accord : Utpaladeva reprend la thèse bouddhiste. Mais en même temps, il la détourne radicalement ! Au-lieu de montrer que les mots ne renvoient qu'à d'autres mots, cette notion lui sert à établir que les conventions verbales pointent vers la Parole, vers une intelligence linguistique innée et universelle.
Oui, vous avez bien compris. Le sens de tous les mots (vâcya) est l'Apparaître pur (prakâsha), qui est le Seigneur. Les mots eux-mêmes, le langage (vâcaka) sont la Déesse, la liberté souveraine qui fait de Dieu un Seigneur, justement. Ces deux aspects sont inséparables : les mots et leur sens sont comme le soleil et sa lumière. On peut les distinguer, mais pas les séparer. Mais cela ne veut pas dire qu'il y a une correspondance naturelle entre les mots (=le sanskrit) et les choses. Ils sont originellement inséparables, au niveau de l'intelligence intuitive (pratibhâ). Mais ensuite, cette intelligence s'artucule en mots en en phrases qui eux, sont conventionnels et ne correpondent pas nécessairement à la réalité !
Pour les Bouddhistes, une proposition est vraie si elle correspond à la réalité. Donc aucune proposition n'est vraie...
Pour Utpaladeva, une proposition est vraie pour autant qu'elle est cohérente avec les autres propositions. Toutes les propositions sont donc plus ou moins vraies...ou plus ou moins fausses ! Cette position se rapproche plutôt de celle d'Ibn Arabî, par exemple.
Quant à réconcilier Dzogchen et Reconnaissance, cela me parait effectivement aisé. Par exemple, le IIIème Dodruchen Rimpoché affirme que tous les enseignements termas ("trésors cachés") viennent de rigpa, la nature de l'esprit, qu'il définit comme une sorte de révervoir de sagesse, presqu'un Verbe divin éternel, auquel nous nous abreuvons sans le savoir. Nous sommes tous des tertöns (des "découvreurs d'enseignements cachés")! Ceci dit, cette théorie sonne trés bizarrement dans un contexte bouddhique ! En revanche, elle est évidente dans un contexte tantrique, tout entier fondé sur l'idée d'une Parole au-delà des mots et source de tous les mots.

Écrit par : anargala | 15/03/2006

Lien naturel, lien conventionnel Merci pour vos précisions. Et rapide de surcroît !

Vous dites : "[mots et choses] sont originellement inséparables, au niveau de l'intelligence intuitive (pratibhâ). Mais ensuite, cette intelligence s'articule en mots en en phrases qui eux, sont conventionnels et ne correpondent pas nécessairement à la réalité !"

Les mots et les choses étaient inséparables. Puis le monde a été séparé par noms et forme, par les mots et les choses (ou en noms et forme ?). Cela se réfère à prakasa et vimarsa je pense. Mais alors les noms désignaient encore la réalité, n'est-ce pas ?

Pourriez-vous développer cette notion d' 'articulation', ce passage entre le moment où le lien était naturel entre mots et choses pour se rompre et ne devenir que conventionnel ?

Écrit par : Umar | 15/03/2006

Plaisant, mais ça colle pas avec le bouddhisme L'idée d'un continuum de conscience ou d'une conscience primordiale a été rejetée à l'origine par le moine Gotama, par l'éveillé, que nous appelons aujourd'hui Bouddha. Nous lui prêtons beaucoup d'enseignements dont il semble que certains n'aient jamais été donnés.

À l'origine, dans son exposé d'origine, tel qu'il est aujourd'hui rapporté dans la tradition du theraváda, la "tradition des anciens", Bouddha nie la présence d'un continuum de conscience, d'une continuité, d'une identité ou d'une nature. Il nie l'existence d'une substance continue, immuable, éternelle, qui serait vierge, immaculée. Même si, après, certaines écoles bouddhiques modernes, hautement spéculatives, ont postulé le contraire. Ces dernières ont établi toute leur philosophie, toute leur doctrine, sur l'idée que précisément, il y a dans ce que nous appelons les cinq agrégats, un continuum de conscience, immuable, imperturbable et inconditionné, qui serait l'état naturel de l'esprit qui repose en lui-même.

Tout l'objet de notre démarche est de voir clairement et expérimentalement que ceci est tout simplement FAUX. C'est précisément ça que le moine Gotama a découvert. On parle souvent de la philosophie nietzschéenne comme d'une philosophie révolutionnaire, à contre-courant. Alors que faut-il dire de l'enseignement du moine Gotama qui bouscule et renverse TOUS les enseignements qui aient été donnés dans l'histoire de l'humanité ? Y compris ceux qui ont été donnés en son nom !

De son temps, il y avait des moines, faisant partie de sa communauté, admis dans sa communauté, qui enseignaient des choses qu'il n'avait pas enseignées. Cela existait déjà de son vivant. Imaginez 2500 ans plus tard...

Ce que le moine Gotama a découvert, ce qui est révolutionnaire, ce qui est littéralement à contre-courant de ce que nous entendons quotidiennement dans les systèmes religieux, philosophiques ou mystiques d'orient et d'occident, c'est que justement, il n'y a absolument pas de substance. Il n'y a rien qui soit continu, il n'y a pas UNE conscience.

suite:
http://www.dhammadana.org/vipassana/qu_est_ce.htm#hrpied

Écrit par : Le Visiteur | 16/03/2006

rien en réponse à Visiteur qui en bon bouddhiste nihiliste nous martèle :
RIEN, RIEN, mais que Rien

Mais au fait puisqu'il n'y a rien, que tu es rien, et bien ce que tu dis est rien. N'en tenons pas compte.

Écrit par : cousin | 16/03/2006

Les Quatre niveaux de la Parole Umar:
La Reconnaissance ne parle pas de correpondance entre les mots et les choses (=les noms et les formes=prakâsha et vimarsha). Le Nyâya et la Mîmâmsâ posteulent une correspondance entre les mots et les choses : ces sont des philosophies réalistes.
L'articulation entre la Parole innée, non-conventionnelle et les langues conventionelles est décrite à l'aide du schéma des "Quatre plans de la Parole" empruntés à Bhartrihari. Ce sont : la Suprême, la Voyante, la Médiane et l'Articulée. Dans l'ordre : 1/ La pure conscience qui constitue les trois autres niveaux 2/ L'intuition pré-discursive 3/ La pensée 4/ La parole articulée. A chacun de ces modes linguistiques correspond une "chose" de plus en plus fragmentée et conventionnelle. Au début, Apparence-Lumière indivise, puis esquisse d'une multiplicité, etc.
Plus précisément, les conventions apparaîssent au 3ème plan, celui de la Médiane. Avant, il n'existe que des sortes de "puissances sémantiques élémentaires" (kalâ) symbolisées par les phonèmes de l'alphabet sanskrit. Ce sont les fondements non-conventionnels des conventions dont sont faites les langues. Abhinavagupta donne des exemples dans le Parâtrîshikavivarana : les sons de la nature, les pépiements des oiseaux, les sons qui sortent de la bouche de la bien-aimée au moment de l'orgasme, etc. Il y a aussi les mantra "germes", comme celui de la Déesse "Suprême" : sauhou, etc.
Il offre également une analogie avec la musique. La tampurâ correspond à la Voyante, le chant à la Médiane, et la percussion à l'Articulée. La tampurâ est comme l'intuition qui nous inspire : elle est l'océan indifférencié de toutes les mélodies possibles, avec ses râgas, ses compositions, etc.

Maintenant, la RAISON de cette évolution vers le multiple, c'est la liberté souveraine (svâtantryâ) du Seigneur. La conscience est liberté absolue. C'est cette liberté qui se traduit par les négations (apoha) qui forment les langues. Car le Seigneur ne peut créer qu'en se niant, puisqu'il n'existe que Lui. Mais il demeure présent jusque dans son absence : telle est sa liberté, la Déesse-conscience !

Écrit par : anargala | 16/03/2006

Correction Umar:
Le mantra de la Suprême, dit "Coeur-Emanation" se prononce "ssâouhou". Enfin, quelque chose comme ça !

Écrit par : anargala | 16/03/2006

Oui...mais non Visiteur:
Bien sûre. Je ne peux qu'être d'accord avec vous : le bouddha "historique" n'a pas enseigné le Dzogchen, auquel vous faites allusion.
En revanche, l'on peut s'interroger sur l'intention véritable (tâtpârya, tib. gongpa) de son enseignement, comme l'on fait les bouddhistes depuis 2500 ans. Le Théravâda n'a fait que conserver la lettre. Mais qu'en est-il de l'esprit ? Vous invoquez aussi Nietzsche. Mais il s'est justement moqué de la quête de "l'enseignement originel". Mieux vaut une vérité qui date d'hier qu'une demi-vérité anté-diluvienne, non ? Quant à dire que le Dzogchen trahit l'enseignement "originel", quels sont vos arguments ? Oui, le Dzogchen dépasse cet enseignement, comme tous les enseignements bouddhistes, mais en l'incluant et en révélant son intention ultime.
Ni le Dzogchen, ni la Reconnaissance n'affirment que la conscience est une substance (vastu, dravya). Si elle était une substance, elle serait absolument immuable et donc incapable de connaître et d'agir !
En fait, la Reconnaissance est d'accord pour dire que les cognitions sont discontinues. Mais qui affirmer cela, c'est du même coup poser implicitement une continuité, non ?

Écrit par : anargala | 16/03/2006

"conscience" ou vraie vacuité?? "Ni le Dzogchen, ni la Reconnaissance n'affirment que la conscience est une substance (vastu, dravya). Si elle était une substance, elle serait absolument immuable et donc incapable de connaître et d'agir !"
Ce concept est aussi lié aux précédents. Le concept de vacuité montre l'absence d'existence permanente et autonome de toute chose (ou phénomène) de ce monde. Il n'existe pas de "réalité" intrinsèque des phénomènes. Cependant cela ne signifie pas qu'ils sont vides de toute chose, simplement que les phénomènes sont tous interdépendants et impermanents et que par conséquence ils n'ont pas d'existence propre, ils sont dénués d'existence intrinsèque. Ce concept est assez difficile à comprendre et parfois mal interprété. Il correspond à la "vérité absolue", qui permet de déterminer la véritable nature des choses, en opposition à la "vérité relative", notre perception du monde des phénomènes, qui est illusoire et qui nous fait penser que les choses ont une existence propre, un "soi". Comme l'affirme un verset tibétain : "La vacuité n'est pas une absence de fonctionnalité, mais l'absence de réalité, d'existence absolue." La vacuité n'est en aucun cas le néant.

Écrit par : Le Visiteur | 18/03/2006

La conscience n'est ni être ni non être, mais elle n'est pas produite par des causes et des conditions ! Seb:
Vous dites "Ce concept [la vacuité d'existence propre de tous les phénomènes] est assez difficile à comprendre et parfois mal interpréter".
Certes ! Même les Bouddhistes ne sont pas d'accord là-dessus !
Certains soûtras affirment qu'il existe une Nature de Bouddha présente en tous les êtres, nature qui est le "soi" (âtmâ), "éternelle" (nitya), "pure" (shuddha), "bienheureuse" (sukha). De plus, les interprètes tibétains sont unanimes pour dire que la "vacuité d'existence propre" (svabhâvashûnyatâ) n'est pas la vraie vacuité. Celle-ci est plutôt "la vacuité parée de toutes les qualités" (sarvâkârayuktashûnyatâ), synonyme de "connaissance née d'elle-même" (svayambhûjnâna) et de réalité absolue (pâramârthikadharmadhâtu).
Même dans les soutras "anciens", on lit "Il existe un non-né".
Quant à la conscience (cit), elle n'est pas le produit de causes et de conditions, pour les raisons énumérées dans les nombreux billets précédents. J'ai lu Nagârjuna, Aryadeva, Candrakîrti, Bhâvaviveka, Shântideva, Shântarakshita, Kamalashîla, Tzongkhapa, Gorampa et Mipham : je n'y ai trouvé aucun argument réfutant cette thèse. Mais si vous avez de nouveaux arguments, je serais ravis de les entendre !

Écrit par : anargala | 18/03/2006

Oui...mais non "La conscience n'est ni être ni non être, mais elle n'est pas produite par des causes et des conditions !"

La conscience visuelle se produit en vertu des cinq causes.
Voici lesquelles:
En raison de l'organe visuel, du visible, de la lumière, de l'espace et de l'acte d'attention qui naît de ces quatre premières causes, se produit la conscience visuelle.
L'organe visuel accomplit la fonction de substrat de la conscience visuelle.
La lumière assure la visibilité, l'espace l'absence d'obstacle.
L'acte d'attention né des quatre autres causes accomplit la fonction de récollection de la conscience visuelle.
Ces conditions n'existant pas, la conscience visuelle ne se produit pas.
Mais lorsque l'organe visuel, domaine interne de la connaissance, est sans défaut, et que le visible, la lumière, l'espace et l'acte d'attention le sont également, la conscience visuelle se produit grâce à cette réunion de toutes les conditions.
Or
L'organe visuel ne pense pas: "j'accomplis la fonction de substrat à la conscience visuelle".
Le visible ne pense pas: "j'accomplis la fonction d'objet de la conscience visuelle".
La lumière ne pense pas: "j'assure à la conscience visuelle la visibilité".
L'espace ne pense pas: "j'assure à la conscience visuelle l'absence d'obstacles"
L'acte d'attention né des quatre autres conditions ne pense pas: j'accomplis la fonction de récollection de la conscience visuelle"
La conscience visuelle ne pense pas"je suis engendrée par ces conditions"
Néanmoins, ces conditions existant, la conscience visuelle se produit grâce à leur réunion.

De même faut-il procéder pour chacune des autres facultés respectivement.

Écrit par : Le Visiteur | 18/03/2006

Conscience n'est qu'un jolie mot Il ya ce qu'il ya, Peut importe le nom qu'on lui donne, et cela ne peut qu'être sa propre cause. Toute les autrea structure(espace,lumière etc.) en découle. Et même dire qu'il en découle c'est des bobards.

Écrit par : Seb | 18/03/2006

Il n'y a pas de conscience visuelle : la conscience est le sujet, jamais l'objet ! Visiteur:
Toutes les perceptions et les raisonnements que vous énoncez n'existent que dans et par un acte de conscience. Autrement, qui parle de disparition de la conscience ? Les formes vont et viennent mais la conscience est leur unique témoin, de même que les reflets supposent un miroir limpide pour apparaître.
Par conséquent, aucune preuve ne peut prouver ou réfuter la conscience, la Déesse toujours-déjà "prouvée". Toute preuve avancée pour établir son absence contribue à établir indirectement son indéfectible Présence.

Écrit par : anargala | 19/03/2006

Évidement !! vu comme cela vous ne pouvez jamais avoir tort ! "aucune preuve ne peut prouver ou réfuter la conscience "

On peut parfaitement décrire et expliquer un phénomène physique et même le modéliser. Il n'en reste pas mois vrai que la notion de phénomène physique est référée à une conscience qui l'observe. Décrire la conscience et les processus conscients à partir de modèles et de théories de même nature que ceux appliqués à la description de l'univers physique implique un acte d'observation consciente, par conséquent l'acte de description serait impliqué dans l'objet à décrire ou bien ce qui est modélisé serait l'acte même de modélisation. Décrire la conscience par une technique de modélisation utilisée pour les phénomènes physiques exigerait de se placer en observateur extérieur à cette même conscience.

Écrit par : PR | 19/03/2006

Mal dit PR :
Qu'est-ce que c'est que ce charabia ?

Écrit par : anargala | 20/03/2006

Qu'est-ce que c'est que ce charabia ? : La conscience est le sujet, jamais l'objet ! Si le caractère essentiel de toute théorie scientifique est l'objectivité il est alors nécessaire d'inventer une autre conception de l'objectivité scientifique pour aborder le problème de la nature de la conscience dans la mesure où l'objet même de la théorie c'est le sujet en train de la formuler.

Comment peut-on concevoir la nature de la conscience, de l'esprit, de la subjectivité, de la connaissance, ainsi que leur fonctionnement, selon une même perspective et avec les mêmes termes que ceux avec lesquels on traite de la partie objective du Réel, externe à la dite conscience ?

Comment concevoir l'activité de la conscience comme le produit d'algorithmes de même type que ceux produits par cette même conscience dans son activité cognitive conceptualisante et symbolisante ?
Si la nature de la conscience, ou de l'esprit, pouvait être expliquée en termes d'une théorie physique, l'esprit pourrait être ramené à un système de significations alors qu'il est, lui-même, créateur de significations sans pour autant s'identifier à ce rôle par surabondance des possibles.

Comment se crée une notion, notamment celle d'objet, d'où vient l'idée de monde extérieur, pourquoi cette unité et cette cohérence des représentations pour l'espèce humaine ou, sinon, pour une collectivité humaine donnée, comment se produit la séparation entre le sujet et l'objet, qu'est-ce que la conscience et qu'est-ce qu'une expérience consciente ?

Pour prendre en compte la nature de la subjectivité il est nécessaire de la considérer essentiellement comme non définissable, ce qui est définissable tombant du côté objectif. La subjectivité est cette part du réel présente en chaque vécu mais échappant à l'objectivation parce qu'elle constitue le fondement même de l'acte d'objectivation.

Quels sont vos titres universitaires Anargala ?

Écrit par : PR | 20/03/2006

Pas de science objective du sujet PR:
Merci beaucoup pour votre effort de formulation. Vous m'excuserez mont ton un peu abrupte...
Les questions que vous posez sont essentielles. Depuis des années, je lis les articles scientifiques prétendants "expliquer la conscience", de même que des ouvrages de philosophie analytique, en me retrouvant à chaque fois déçu par le thèses et les arguments avancés. En effet, la conscience se trouve toujours réduite à un phénomène dont j'ai conscience. Mais rares sont les pensées qui osent approcher le mystère de la conscience comme sujet non-objectivable.
Par contre, la conscience est, à mon avis, définissable et connaissable, comme "ce par quoi tout est connu et qui se connait par soi-même". Bref, une sorte de cogito tantrique, sauf que la philosophie de la Reconnaissance n'affirmera jamais que "je suis une CHOSE qui pense". C'est ce point qui est abordé dans le billet "En quel sens la conscience est-elle inconnaissable ?".

Écrit par : anargala | 20/03/2006

Sous-titres Euh... pour les "titres", on verra plus tard !

Écrit par : anargala | 20/03/2006

Certainement pas ! " Par contre, la conscience est, à mon avis, définissable et connaissable, comme "ce par quoi tout est connu et qui se connait par soi-même". "

Connaître, c'est établir un rapport à un objet, mais cet acte cognitif a-t-il lui-même un statut objectif ?

Écrit par : PR | 21/03/2006

Je suis d'accord PR :
Vous avez tout à fait raison de souligner que les cognitions elles-mêmes ne sont pas des objets. C'est justement le point débattu dans les "Stances sur la reconnaissance du Seigneur", IV, 4-5, p.123-125 de la traduction française parue chez l'Harmattan, dans la collection "Ouverture philosophique" (voir le billet "Y a t-il une philosophie des tantras ?" ou le lien en à droite). Cet ouvrage comporte aussi une assez longue introduction au Shivaïsme.
Les Bouddhistes soutiennent que les cognitions sont des objets qui s'enchaînnent dans les séries psychiques individuelles. Une cognition appréhende une autre cognition, et ainsi à l'infini.
La Reconnaissance soutient que la conscience est toujours l'acte qui appréhende, même dans le cas de la télépathie (!). Mais elle reste dédinissable. Dire "elle est indéfinissable et non-objectivable", c'est la définir !

Écrit par : anargala | 21/03/2006

l'acte qui appréhende sans corps physique. "La Reconnaissance soutient que la conscience est toujours l'acte qui appréhende, même dans le cas de la télépathie (!). Mais elle reste dédinissable. Dire "elle est indéfinissable et non-objectivable", c'est la définir !"

On pense couramment d'une expérience qu'elle est soit subjective soit objective : le monde existerait et nous le percevrions soit tel qu'il est, objectivement, ou bien selon une perspective subjective.

En fait, on ne peut jamais avoir une représentation exclusive de l'un ou de l'autre : il n'y a pas de représentation du monde sans participation du sujet (ex : retourner son attention vers "ce qui regarde") ni de représentation du sujet sans une conception du monde ; cela à la manière des gravures d'Escher, Print Gallery notamment.

Donc, la notion de réalité objective du monde est purement hypothétique puisque une telle conception relève d'une création langagière de ce même sujet qui, en l'occurrence, se fait juge et partie.

Écrit par : PR | 21/03/2006

L'oeil qui pense PR :
Encore une fois, vos remarques vont tout à fait dans le sens de la Reconnaissance et de la "Vision sans tête" de Dougla Harding. Voir, c'est juger. (cf. l'excellent "L'oeil qui pense" dans la coll. Point science, avec entre autres des illustrations de Escher).

Écrit par : anargala | 22/03/2006

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