22/03/2006

Que signifie l'expérience du sommeil profond ?

Le Soi, notre vraie nature, n'est pas un objet connaissable comme cette table, et pourtant il n'est pas inconnaissable. Les choses que l'on peut connaître ne constituent pas la vraie connaissance. La vraie connaissance, c'est connaître ce par quoi tout est connu, et que l'on peut appeler "conscience" (cit) ou "connaissance" (jnâna). Elle est Manifestation, Existence et Lumière, car tout brille dans sa Lumière, tout apparaît et disparaît dans son Apparence. Elle est l'être de ce qui est, et aussi l'être de ce qui n'est pas. Alors que la table n'existe que dans et par l'acte de conscience qui l'illumine, la conscience est connue elle-même par elle-même, comme une lampe. Ce qui nous empêche de la reconnaître dans sa pureté, c'est notre tendance à objectiver, à réifier : nous sommes habitués depuis si longtemps à ne voir que les reflets ! La conscience est le miroir, ce vaste espace sans limite dans lequel nous voyons, espérons et craignons. Elle voit les choses et les pensées, elle est le Témoin. Tout ce qui peut être connu sur le mode du "cela" - tout ce qui peut-être objectivé - n'est pas la conscience. Pour l'appréhender, il suffit donc d'écarter les choses, les objets.

Mais alors, objecte (!) le jeune Ashtavakra au sage roi Janaka, dans le chapitre XVI de la Doctrine secrète de la déesse Tripurâ : "S'il suffit, Ô roi, de ce retrait de l'esprit dont tu as parlé pour que se manifeste la suprême conscience, celle-ci doit aussi bien être révélée dans le sommeil profond [et l'évanouissement et tous les "blancs mentaux"] car l'esprit s'est alors détourné des objets. Dès lors, à quoi bon utiliser d'autres moyens ? Le sommeil, à lui tout seul, permettra d'atteindre le but !"

Le roi répond, en substance, que dans le sommeil profond, sans rêve, le Soi reste obnubilé par l'inconscience, qui est comme l'objet le plus subtil.Cette hébétude est, en effet, encore une forme d'objet, c'est le "rien" qui forme la toile de fond de toutes les autres expériences. C'est une épure de l'objectivité. La pure Manifestation indivise qu'est la conscience commence par se nier elle-même avant de se prendre pour "ce corps face à cette table". L'insconcience, ce voile de torpeur, est le résultat de cet oubli de la plénitude. Cette absence est le prélude nécessaire à la Manifestation divisée et fragmenté. Cet état de vide est un état et un objet connu. On s'en souvient en disant "j'étais inconscient". C'est un objet, une chose, une construction, alors que la conscience ne peut jamais être appréhendée ainsi. Elle est "ce qui connait" cette absence, cette insconscience. Croire que la conscience disparaît réellement lors du sommeil profond est une illusion. Habitués que nous sommes à nous identifier aux sensations, aux pensées et aux objets limités, nous coryons que nous disparaissons lorsqu'ils disparaissent ! En réalité, ils se fondent dans la conscience, en nous, dans l'être pur, qui est l'acte de percevoir. Les objets perçus apparaissent et disparaissent, mais la perception elle-même ne disparait jamais, tout comme l'océan ne disparait pas lorsqu'une vague se résorbe en lui !

La conscience, notre vraie nature, n'est donc ni le sommeil profond ni aucun autre état, mais "ce qui perçoit" ces état changeants. Voilà pourquoi elle est immortelle. Elle est le Souverain Bien : tout ce qu'on peut désirer n'est en effet qu'un fragment de sa Manifestation. Elle est absence de peur, car tout ce que je perçois, c'est moi, pure Manifestation. La mort, la souffrance, gains et pertes n'existent qu'en moi. Voir cela, voir ce qui voit, c'est voir tout ce qu'il y a à voir, et la souffrance s'en trouve transfigurée. Comme un drame. La souffrance est toujours là mais, éclairée à la lumière de l'Eternelle, elle change de visage.

Cette pure conscience est accessible entre deux pensées, entre veille et sommeil, au moment où l'on éternue, où l'on est surpris, perdu, endormis, réveillé, choqué, contrarié, paralysé, stupéfait, etc. On peut cultiver ces "samâdhi furtifs", ces moments atemporels pour nourrir les autres moments. Peu à peu, cet émerveillement imprègne tout, le plaisir comme la souffrance, la légèreté comme la lourdeur.

Ou bien, on peut simplement "retourner" l'attention vers soi, dans un acte de pure conscience de soi. Dire "je". "Je", et non pas "je suis la conscience, je ne suis pas le corps". "Je" est le mantra ultime. Un "je" sans contraires, sans ennemis, un "je" qui n'est ni ceci ni cela, mais qui embrasse tout en lui, sans divisions, mais sans exclure non plus les formes infiniement variées. L'énoncer doucement, de manière vivante, c'est se reconnaître comme Seigneur, dit la Reconnaissance. Enoncez-le et il s'enoncera tout seul, comme une sorte d'extase permanente à l'arrière-plan de toutes les autres pensées et paroles.

 

 

11:28 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : pratyabhijna, soi, atma |  Facebook |

Commentaires

L'incommensurabilité du possible
La fonction du rêve est de se servir d'éléments triviaux, empruntés à la vie ordinaire, mais articulés de façon paradoxale et, souvent, contradictoire.

Ces éléments semblent figurer ce qu'ils évoquent mais il s'agit, en fait, d'autre chose : souvent, et même la plupart du temps, le rêve est une mise en scène de l'échec de la trivialité, c.-à-d. de la correspondance terme à terme représentation/représenté.

L'échec de la trivialité est également mis en scène par l'abolition des principes logiques qui fondent notre expérience consciente, notamment le principe de non-contradiction.

Dans cette expérience onirique il y a "surabondance des possibles"' parce que le sens d'un symbole signifiant peut déborder le signifié - ou même une pluralité de signifiés - pour, éventuellement, révéler un sens nouveau, et imprévu, créé dans la situation même.

"Subject and object are only one. The barrier between them cannot be said to have broken down as a result of recent experience in the physical sciences, for this barrier does not exist. " E. Schrödinger

(Trouver une solution optimale dans un ensemble des solutions réalisables est une trivialité d'un point de vue mathématique.).

Écrit par : PR | 23/03/2006

dangereux "elle est absence de peur, car tout ce que je perçois, c'est moi, pure Manifestation. La mort, la souffrance, gains et pertes n'existent qu'en moi. Voir cela, voir ce qui voit, c'est voir tout ce qu'il y a à voir, et la souffrance s'en trouve transfigurée. Comme un drame. La souffrance est toujours là mais, éclairée à la lumière de l'Eternelle, elle change de visage."

Ce gars là, dans notre société je lui donne pas une chance, il va se faire bouffer, c’est un légume.
Si je lui tapes dessus, je lui dit laisse toi faire et reste dans l’absence de peur. Ne protége pas ton corps, ce n’est pas ton vrai toi.

Écrit par : Jesus | 24/03/2006

dangereux
"elle est absence de peur, car tout ce que je perçois, c'est moi, pure Manifestation. La mort, la souffrance, gains et pertes n'existent qu'en moi. Voir cela, voir ce qui voit, c'est voir tout ce qu'il y a à voir, et la souffrance s'en trouve transfigurée. Comme un drame. La souffrance est toujours là mais, éclairée à la lumière de l'Eternelle, elle change de visage."

Ce gars là, dans notre société je lui donne pas une chance, il va se faire bouffer, c'est un légume.
Si je lui tapes dessus, je lui dit laisse toi faire et reste dans l'absence de peur. Ne protége pas ton corps, ce n'est pas ton vrai toi.

Écrit par : jesus | 24/03/2006

Pour parler d'abolition du principe de contradiction, il faut l'admettre ! PR:
Si je vous ai bien compris, vous affirmez que, dans l'état de rêve, le principe de contradiction est aboli. Je ne vois pas du tout comment il pourrait l'être, en rêve ou autrement.
En effet, le principe de contradiction stipule, selon la formulation d'Aristote, qu'une chose ou une proposition ne peut être à la fois vraie et fausse au même moment et sous le même rapport. Ce principe est nécessaire à tout discours, y compris au discours qui prétendrait surprendre son abolition. Un peu comme la conscience : qui constate sa disparition ou son absence ?
Par conséquent, le rêve est une suite de représentation seulement moins cohérentes que celles de "l'état de veille". Il n'y a entre les deux qu'une différence de degré, et non de nature. Et en aucun cas le principe de contradiction ne peut être aboli. Car, affirmer qu'il est aboli, c'est dire cela et non pas le contraire. Autrement dit, pour que la phrase "le principe de contradiction est alors abolit" ait un sens, il faut admettre le principe de contradiction. Cette phrase n'est vraire qu'à la condition d'être fausse ! Elle est donc fausse.

Écrit par : anargala | 24/03/2006

Je suis l'univers, sans préférences Jesus :
Vous avez tout à fait raison : si l'on pousse cette réalisation jusqu'au bout, alors on meurt, ou bien on met en danger son existence individuelle. Autrement dit, aucune existence individuelle n'est possible sans un minimum d'identification au corps-esprit.
Mais une certaine distanciation vis-à-vis du corps etc. est une immense libération ! C'est un élargissement de la conscience, un soulagement sans commune mesure avec ce que peut nous apporter l'aqcuisition d'un objet ou d'une situation. Nous sommes le Tout. Et si cela doit entraîner la mort de ce corps, où est le problème ? De toute façon, le corps est déjà en train de mourrir, n'est-ce pas ?
La mort du corps est comme la mort d'un cadavre.
La mort de la personne est comme la mort d'un rêve.
Quant à la conscience, elle n'est jamais née !

Écrit par : anargala | 24/03/2006

pourquoi y a t'il naissance? Merci pour votre réponse qui me plaît énormement,
Mais si la conscience est si formidable, pouquoi réagissons nous malgré tout? Pourquoi protégeons nous ce corps?

Écrit par : jesus | 24/03/2006

Le savais-tu ? Dans la physique quantique, le principe dont tu parles ne fonctionne plus. Une particule peut être là et pas là en même temps, elle peut aussi se trouver à deux endroits à la fois.

Il y a un projet d'utiliser les particules quantiques pour servir de base à une nouvelle informatique, les possibilités en sont renversantes, et c'est loin d'être de la science fiction.

PR en a-t-il connaissance ?

Il me semble que ces principes, dont le principe de contradiction, font partie de notre monde, bien limité par rapport à l'univers. Il me semble aussi que les principe que tu présentes sont propres à notre conscience, et pas à notre univers, bien que pour nous, il n'y ait pas d'univers sans conscience.

Écrit par : Tenryu | 24/03/2006

Pour aller dans le sens de Jésus J'ai toujours trouvé amusant de voir les limites de cette réalisation chez ceux, maîtres, enseignants et instructeurs, qui la professe. Guetter le moement où ils se recroquevilleront sur les propres intérêts.

Le voir m'a bien détendu par rapport à laurs injonction, qu'ils assènent les sourcils froncés.

Un être réalisé va servir ses propres intérêts, mais pas à n'importe quel prix, et en tout cas ne va pas se recroqueviller dessus. C'est comme quand il y a une plante qui a soif, ben on l'arrose, sans en faire un plat.

Écrit par : Tenryu | 24/03/2006

Certainement pas! « Pour parler d'abolition du principe de contradiction, il faut l'admettre !
PR:
Si je vous ai bien compris, vous affirmez que, dans l'état de rêve, le principe de contradiction est aboli. Je ne vois pas du tout comment il pourrait l'être, en rêve ou autrement.
En effet, le principe de contradiction stipule, selon la formulation d'Aristote, qu'une chose ou une proposition ne peut être à la fois vraie et fausse au même moment et sous le même rapport. Ce principe est nécessaire à tout discours, y compris au discours qui prétendrait surprendre son abolition. Un peu comme la conscience : qui constate sa disparition ou son absence ?
Par conséquent, le rêve est une suite de représentation seulement moins cohérentes que celles de "l'état de veille". Il n'y a entre les deux qu'une différence de degré, et non de nature. Et en aucun cas le principe de contradiction ne peut être aboli. Car, affirmer qu'il est aboli, c'est dire cela et non pas le contraire. Autrement dit, pour que la phrase "le principe de contradiction est alors abolit" ait un sens, il faut admettre le principe de contradiction. Cette phrase n'est vraire qu'à la condition d'être fausse ! Elle est donc fausse.
Du point de vue de classique la négation d'une proposition signifie l'affirmation de la proposition contraire, la négation d'un prédicat signifie l'affirmation de son contraire.

Si Humain est considéré comme un prédicat, la négation logique non-Humain signifie «tout individu qui n'est pas de l'espèce humaine », le prédicat Animal par exemple, entrant dans la classe des non Hommes. »

À partir de là s'établit le principe de non-contradiction selon lequel on ne peut pas avoir un objet x qui soit à la fois un élément d'un prédicat A et aussi un élément du prédicat contraire non A.

Cependant il existe un type de négation qui est largement utilisée dans le discours philosophique, à titre d'exemple, je citerai ce bref passage du dialogue de Platon Le Parménide concernant l'Un : «Il n'est donc ni nommé, ni exprimé, ni jugé, ni connu, et aucun être n'en a la sensation. »

Dans cette démarche logique, philosophiquement appelée apophatique, il ne s'agit pas de nier une propriété pour affirmer que l'objet du discours est qualifiable de la propriété contraire.

Ce type de démarche se retrouve aussi dans la méthodologie critique de l'école indienne du Madhyamika qui fait de cette forme de négation son instrument dialectique par excellence.
De quoi s'agit-il, en fait ? Il ne s'agit pas de nier les évidences intuitives mais de les ramener, ainsi que toute propriété existante ou tout objet de l'expérience empirique, à ce que j’appelle le déterminé, à son origine vide, autrement dit le Réel dans sa non-différenciation.

Dans cette perspective la négation de A ne signifie pas l'affirmation de non A mais la relativisation simultanée de A et de non A comme des points de vue contradictoires mais dépendants l'un de l'autre du point de vue épistémologique.

Donc pour le philosophe indien Nagarjuna, à l'instar de Parménide dans le dialogue de Platon, dire qu'un certain x, y, un être ou un objet existant, n'est ni A ni non A cela veut se comprendre comme « la réalité de x ne peut pas être exhaustivement décrite par la propriété A ni par la propriété non A ».

Et dans la perspective de Nagarjuna on ajoute même qu'il n'est «ni A et non A », ni même «ni -A et ni –non A », en entendant le « et » non pas dans le sens de la conjonction booléenne mais dans celui d'une synthèse dialectique

Ces quatre phases sur lesquelles opèrent la négation sont connues comme le tétralemme qui se substitue au dilemme aristotélicien : «le principe de contradiction s'étend à l'univers des rapports humains, et spécialement du discours, ce qui est déjà beaucoup, mais non à la nature des choses.

On peut noter que ce mode de rejet d'alternatives, sans aller jusqu'à décrire toutes les phases de négation tétralemme, n'est pas réservé à la spéculation philosophique puisque dans la conversation courante il arrive souvent que l'on ne puisse définir - ou que l'on refuse de le faire - une personne ou une chose par des caractéristiques spécifiques : «ni identique ni différent », « elle n'est ni belle ni laide ».


Votre avis :
« pourquoi y a t'il naissance?
Merci pour votre réponse qui me plaît énormement,
Mais si la conscience est si formidable, pouquoi réagissons nous malgré tout? Pourquoi protégeons nous ce corps?

Jesus »

Écrit par : PR | 25/03/2006

La conscience s'identifie librement au corps Jesus:
La plupart des gens pensent que la conscience est une sorte de Témoin indifférent, immuable. En un sens, c'est vrai. La conscience n'est pas plus alétérée par ce que nous percevons qu'un miroir par les reflets qu'il acceuil.
Mais la conscience est aussi méprise et ignorance. Elle peut connaître la réalité, comme elle peut la méconnaitre ou la connaitre en partie seulement. Et telle est sa liberté.
Ceci dit, la conscience n'est pas Dieu. Elle n'a pas de plan !

Écrit par : anargala | 25/03/2006

Comment peut-on réfuter le principe de contradiction sans se contredire ? Tenryu:
Pour ce qui est du principe de contradiction, on ne peut le contredire sans se contredire ! Quant à la "relation s'incertitude de Heisenberg", elle consatat simplement qu'on ne peut connaître avec une égale précision, au même moment, la position et la vitesse d'une particule. Mais le principe de contradiction n'est nullement violé ! De même pour la lumière qui est onde ou corpuscule (quanta) selon le point de vue.
Pour ce qui est de constater que les soi-disant "éveillés-réalisés" sont pleins de travers humains, je suis tout à fait d'accord. Quand je retourne l'attention vers Ce Qui Voit, c'est vide, conscient, parfait. Mais il serait illusoire et dangereux de croire que le bonhomme que j'aperçois dans le miroir est parfait ! Il ne le sera jamais. Tant qu'il y a un corps, il y a un ego et egoïsme.
1- La conscience est toujours déjà parfaite (à vérifier par soi-même!)
2 - La personne peut toujours se perfectionner.
Le 1 nous est offert par certaines sagesses orientales. Par contre, le point 2 est une découverte moderne (Rousseau). L'homme est infiniement perfectible. D'où mon insistance sur la valeur des libertés démocratiques, la dignité de l'homme, etc.
Je suis parfait intemporellement, mais cette perfection ne peut se déployer dans le temps que graduellement, et personne ne peut prétendre l'avoir atteint.

Écrit par : anargala | 25/03/2006

PS Tenryu:
Tu fais allusion aux expériences d'Alain Aspect, je crois. Mais il s'agit de DEUX particules dans deux endroits différents. Simplement, on constate que leur spin (leur sens de rotation, en gros) est identique. C'est troublant. Mais, encore une fois, cela ne remet nullmeent en cause le principe de contradiction : il est en effet évident qu'une chose peut être grande et petite au même moment MAIS de deux points de vue différents, ou grande et petite du même point de vue, MAIS à des moments différents. Faut choisir.

Écrit par : anargala | 25/03/2006

Le Parménide, ou le jeu du Schmillblick inventé par Platon PR:
Je vois mieux ce que vous voulez dire. Mais Nâgârjuna ne viole pas le principe de contradiction au sens où l'entend Aristote.
Nâgârjuna montre l'absurdité de toutes les propositions, sans rien affirmer en contrepartie. C'est, du moins, ce qu'il prétend. Sa façon de penser me paraît excessivement rigide, tout comme Zénon ou le Parménide de Platon. On croirait entendre un ordinateur qui essaye de comprendre la vie ! Si Nâgârjuna et autres logiciens prouvent quelque chose, c'est bien que la pensée logique binaire est incapable d'appréhender le réel. Pour cela, il faut une pensée fluide, le nous (intelligence qui réconcilie) que Platon distingue de la dianoia (entendement qui oppose les contraires).

Écrit par : anargala | 25/03/2006

Vous ne m'avez pas du tout répondu Ma question était:
pourquoi y a t'il naissance?
Mais si la conscience est si formidable, pouquoi réagissons nous malgré tout ?
Pourquoi protégeons nous ce corps?

Écrit par : jesus | 25/03/2006

bis Jesus :
Il y a naissance du corps quand que les causes adéquates sont réunies. Plus profondément, conscience et Apparence suscitent le corps et le monde par leur étreinte.
La conscience est sensibilité, donc réaction. Si nous reconnaissons que nous sommes pure Apparence infinie inéparable de la conscience, ça va mieux. Sinon, c'est que cette reconnaissance fait défaut.
Nous protégeons le corps pour qu'il vive. C'est un instinct.

Écrit par : anargala | 25/03/2006

BIS AUSSI Étant donné une situation, c.-à-d. l'organisation d'un ensemble, qui peut être énorme, d'éléments que ce soient des objets inanimés, des êtres vivants, des sujets humains, le potentiel de possibilités actualisables à partir de cette situation n'est pas exhaustivement mesurable ou prédictif.

Ce qui veut dire que l'on peut, bien entendu, prévoir et prédire certains résultats sans que tout le potentiel impliqué par cette situation soit prédictible et comptabilisable comme une liste exhaustive de tout ce qui serait susceptible de découler de cette situation.

Il ne faut pas non plus entendre cette incommensurabilité comme si toute situation présente recelait une liste de possibilités de cardinalité infinie, mais dont l'actualisation obéirait à des règles parfaitement prédictibles.
L'idée qui est ainsi décrite est que toute situation constitue un potentiel pour des possibilités prédictibles mais que celles-ci ne constituent pas toute la potentialité de la situation en question.

Ce qui veut dire qu'il existe toujours la possibilité d'émergence de propriétés ou d'événements échappant à toute règle prédictive.

De plus, étant donné l'émergence de cet élément exceptionnel relativement à un corpus de règles, on peut toujours formuler après coup une règle supplémentaire régissant la possibilité de production de ce type d'événements sans pour autant que cette nouvelle règle clôture définitivement le champ des possibles à venir.

Cette incommensurabilité du possible apparaît dans l'usage du langage quotidien sous forme de métonymie, d'homophonie, dans l'allusion, dans le jeu de mots notamment.

Mais aussi dans la possibilité d'évolution d'une langue où de nouveaux mots sont créés, où des mots connus prennent à certain moment d'autre signification et induisent d'autres sans pour autant qu'une règle ait déterminé à l'avance ces nouveaux usages.

L'incommensurabilité du possible, c'est une manière d'exprimer l'impossibilité d'établir une liste de règles décrivant exhaustivement tout ce qui peut arriver dans une situation de la vie courante.

Cette incommensurabilité est révélée par l'usage symbolique des représentations, en ce sens que l'esprit humain ne se sert pas uniquement de ses représentations comme des codages - même s'il le fait dans un grand nombre d'usages de la vie courante ou de l'utilisation technologique - mais plutôt pour indiquer quelque chose d'autre que ce que la représentation signifie en première instance.


Je me référerai au terme de "surabondance des possibles'' emprunté au travail de G.Verne sur la théorie du langage et plus particulièrement sur les processus de la création langagière.

Cette idée d'incommensurabilité, ou de surabondance, est particulièrement vérifié dans le cas de l'expression artistique.

C'est ainsi qu'il n'est pas possible de tenir la représentation sonore - avec une ligne mélodique ou en son absence, dans le cas de certaines formes de musiques contemporaines - comme une adéquation, terme à terme, à un objet du monde ou à une situation ou même à un sentiment personnel.
On pourrait aussi bien dire la même chose à propos d'autres formes d'expressions artistiques y compris celles qui paraissent les plus figuratives.
Une peinture, par exemple, n'est pas simplement la représentation picturale d'un paysage, d'une personne ou d'un objet, elle exprime à travers une telle représentation tout un complexe de sentiments, d'émotions, d'impressions personnelles ou culturelles, de sorte qu'une peinture n'est pas seulement la représentation de quelque chose mais "représente pour'' ce qui n'a pas vocation à être représenté dans l'oeuvre même.

Écrit par : PR | 25/03/2006

Anargal philosophe ou extrèmiste? Comment peut-on réfuter le principe de contradiction sans se contredire ?
Tenryu:
Pour ce qui est du principe de contradiction, on ne peut le contredire sans se contredire !
Si la théorie de la conscience me plaît bien, je trouve souvent votre attitude un peu .......??????......
Ce qui est amusant chez vous Anargala, c'est votre obstination, alors que PR dans son post "certainement pas" que visiblement vous n'avez pas lu, ou lu en diagonale vous demontre que le dilemme doit faire place au trétralemme, vous réaffirmer le contraire à tenryu, c'est un comportement bizarre. Ce n'est pas la première fois que vous envoyez dans le vide ( où vous faites de l'humour de gamin ) tout ce qui ne va pas dans votre sens.
Il parait que vous êtes prof de Philo???? hum..............

Écrit par : jesus | 25/03/2006

anargala le passionné Bonjour,

Je pense aussi que vous n'avez pas lu le (les) posts de PR.
Je ne suis pas d'accord avec Jésus quant au terme d'extrémiste, mais je vous trouves souvent un peut trop passionné pour être objectif. Vous semblez avoir une culture "orienté", comme les autodidactes.
J'apprécie beaucoup ce site d'autant qu'il attire des gens passionnant à lire dans la rigueur de leur démarche et leur vocabulaire souvent très riche.
Ce site est formidable et me confirme que le bouddhisme s'occupe du chemin vers la conscience, alors que le shivaisme part de la finalité et en tire ses propres conclusions ( l'Eternel).

Écrit par : Bastien | 25/03/2006

Précision Bastien, Jésus :
Je ne répond pas aux arguments ad personnam...

Écrit par : anargala | 25/03/2006

oupssss! Désolé! cela se voulait gentil, vous pouvez bien entendu effacer mes posts.Bravo pour votre site....

Écrit par : Bastien | 25/03/2006

Merci Il n'y a pas de mal !

Écrit par : anargala | 26/03/2006

Intéressant C'est quand même pas mal, ce que dit Bastien, et ça m'intéresse, vu que je me considère moi-même autodidacte et passionné.

Sans doute comme pour Anargala, la philosophie est pour moi un jeu, et de plus un jeu pas sérieux, d'où l'humour gamin.

Quant à ma passion, je dois avouer que je sais pas très bien de quoi je suis passionné. Dès que j'essaie de définir, la passion s'efface pour laisser place à l'ennui.

Donc je navigue au gré de ce qui m'amuse, et loin de moi l'idée ou l'envie de faire valoir telle ou telle conclusion à l'aide de l'argumentation, cette dernière étant à la philosophie ce que la mastication est à l'appréciation d'un bon fromage accompagné du vin qu'il faut.

Donc certes, Anargala balaye un peu vite les arguments, mais n'est ce pas le propre des philosophies shivaïtes et bouddhistes ?

Mais encore, je pense que ces philosophies, si on les prend pour ce qu'elles sont, c'est à dire une présentation destinée à insuffler force et inspiration dans sa pratique, eh bien ces philosophies n'ont pas besoin d'être irréfutables.

Cependant, pour les intégrer et les vivre, il est essentiel de n'admettre, pour soi, que ce qui n'est entaché d'aucun doute, d'où la nécessité de les battre sur l'enclume de la raison.

Et enfin, peut importe qu'Anargala balaye mes arguments, je sais bien que j'ai raison (meuuuuuh nooon, je rigooooole).

Bonne lecture à tous.

Écrit par : Tenryu | 26/03/2006

Youpi "l'argumentation (...) étant à la philosophie ce que la mastication est à l'appréciation d'un bon fromage accompagné du vin qu'il faut."

Ahhh ! En voilà une parole profonde ! En effet, à quoi bon argumenter, si cela ne procure pas un certain plaisir, voire un plaisir certain ? A quoi bon raisonner seulement POUR démontrer ? C'est comme les malheureux qui marchent POUR arriver au sommet de l'Everest, comme ces infortunés qui méditent POUR arriver au Nirvâna, comme ces misérables riches qui travaillent POUR se payer un weekend aux Maldives, etc. Le but, c'est le chemin lui-même! Le fruit, c'est la pratique ! On voyage parce qu'on est arrivé depuis toujours ! Si j'épluche un kiwi POUR le manger, je souffre. Si je l'éppluche pour l'éplucher, je suis complet, unifié (ce qui ne gâche rien au plaisir de la dégustation). Donc, argumentons en gourmets, et non comme des gloutons (remarquez bien que je m'inclue dans le lot).

Écrit par : anargala | 26/03/2006

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