10/04/2006

De l'origine de certaines pratiques de la Grande Complétude (dzogchen)

A en croire les lamas tibétains qui professent le Dzogchen, ses pratiques "visionnaires" (thögal) seraient propres au Dzogchen Nyingthig, partie la plus secrète du corpus dzogchen, lui-même étant l'enseignement le plus élevé du Bouddhisme. Mais l'originalité n'est t-elle jamais autre chose qu'un mythe, surtout lorsqu'on parle de pratiques tantriques ?

Or, à y regarder de plus prés, ces pratiques ont une origine repérable.

 

1/ Le Dzogchen Nyinthig est un corpus de textes qui prétend enseigner une pratique sans équivalent ailleurs : l'adepte s'installe, dans le noir principalement, et contemple les visions lumineuses qui apparaissent spontanément, aidé par des postures, des mantras et des visualisations. Les visions se développent parallèlement à un accroissement de la clarté intérieure. En quelques années ou quelques mois, l'adepte se dissoud en lumière et devient omniscient.

Notons que cette forme de Dzogchen est la plus tardive. Le Dzogchen "ancien" (plus tard relégué dans la catégorie "inférieure" de "la série de l'Esprit d'Eveil") est dépourvu de ces pratiques. Selon lui, il suffit de s'éveiller, à travers la poésie des textes Dzogchen, comme par exemple le "Roi créateur de toutes choses" (voir "The Supreme Source", ed. Snow Lion).

 

2/ Ce Dzogchen Nyinthig n'apparait qu'à partir du XII ème siècle. Or, qu'est-ce qui apparaît au Tibet en même temps ? Le Kâlachakra Tantra. Selon les termes mêmes du tantra, il serait apparu en Inde en 1027, puis il fut enseigné au Tibet par des Indiens jusqu'en 1447. Le Kâlachakra enseigne aussi un yoga se pratiquant dans l'obscurité (mais également de jour, avec le ciel comme support, comme dans le Nyingthig). Des visions apparaissent, puis des "formes vides" (shûnyabimba). Ces formes deviennent la divinité Kâlachakra, puis toutes les divinités de son entourage apparaissent, tout comme le Dzogchen Nyingthig affirme que les visions mûrissent en la totalité des divinités "paisibles et courroucées" décrites dans le fameux "livre des morts tibétains" (qui dérive en fait du corpus du Nyingthig).

La principale différence tient au fait que le Kâlachakra combinne cette pratique visionnaire dans l'obscurité avec l'autre grande pratique des tantras : le yoga sexuel. Aprés s'être uni avec une partenaire réelle ou imaginée, il peut s'unir à la partenaire qui apparaît spontanément dans l'obscurité, comme les visions du Nyingthig. Le corps de l'adepte se dématérialise alors, les atomes redeviennent lumière, et l'adepte devient un Bouddha immortel.

 

3/ Ce yoga du Kâlachakra lui-même ne surgit pas de nullepart. Il est, presqu'entièremment, une transposition délibérée de pratiques shivaïtes.

Les correspondances macro/microcosme sont identiques à celle compilées par le shivaïte Abhinavagupta (mort vers 1050) dans les chapitres 6 à 10 du Tantrâloka. En particulier, les mises en correspondance du souffle des cycles temporels sont identiques. Il s'agit de "dévorer le Temps" en arrêtant la respiration. Cette connaissance est utilisée pour "tricher avec la mort" (kâlavancana), thème classique des tantras. On y décrit les "signes présageants la mort", ainsi que les moyens d'y remédier. Ces passages de tantras shivaïtes se retrouvent jusque dans le corpus Nyingthig ainsi que ses équivalents Böns (la soi-disant "spiritualité d'origine tibétaine"). D'ailleurs, un tantra shivaïte, le Shivasvarodaya Tantra (traduit par Daniélou), consacré à ce thème, fut traduit en tibétain et intégré au Canon. La lignée donnée par le traducteur tibétain inclut Abhinavagupta ainsi que ses maîtres... On y retrouve le "yoga de l'homme-ombre", assez proche des pratiques visionnaires du Nyingthig.

Les tantras shivaïtes les plus anciens décrivent les pratiques visionnaires du Nyingthig. En dehors du Vijnâna Bhairava qui mentionne les pratiques visionnaires dans l'obscurité, avec pression des yeux, en regardant le ciel, le soleil, la lune ou une lampe, il y a le Mâlinî Vijaya Uttara Tantra. Selon Abhinavagupta, il s'agit là de la quintessence des tantras shivaïtes, un peu comme le Kâlachakra est la quintessence des tantras bouddhistes. Dans ce texte, Shiva-Bhairava enseigne 50 pratiques fondées sur les Cinq Eléments, les facultés sensorielles, le toucher, l'espace ou la lumière. La pratique prenant appui sur "les formes-couleurs" (rûpatanmâtra) est décrite ainsi :

 "Afin d'acquérir tous les accomplissements (siddhi), je vais enseigner la contemplation des formes, faste, fondée sur les visions, qui confère la vision divine (ou :"qui fait voir les dieux"). (1) Quand le yogi ferme les yeux à la vision externe, seul, il voit quelque chose d'indistinct possédant l'éclat des nuages d'automne. Fixant son esprit sur cela, aprés dix jours, il y voit d'abord des sphères (bindu), bien que trés subtiles. Certaines sont blanches, d'autres rouges, jaunes ou bleues. Sans se décourager, il doit établir son esprit sur elles sans autre préoccupation. (2-3) Aprés six mois, il voit des formes apparaître en elles. (4-5) Aprés trois ans, elles brillent d'un éclat pareil au feu et se stabilisent. (6-7) Aprés deux ans, s'il se familiarise avec elles, il perçoit des silhouettes dans les orbes (lumineuses). (8-9) Aprés un an, il voit l'Eclat lumineux (tejas ?). (10-11) Six mois plus tard, il voit des silhouettes humaines (purushâkriti). (12-13). Trois mois plus tard, l'Eclat devient omniprésent. (14-15) Aprés un mois, cela se répand. Selon les durées mentionnées, il atteint les fruits de la "catégorie de la forme-couleur" (rûpatanmâtratattva) ainsi que la vision divine. Telle est la vision qui surgit spontanément, dépourvue de constructions imaginaires (ou : "dépourvue de visualisations"). Dans cette (méthode), les 15 étapes (de la Voie générale décrite par ce tantra) sont parcourues spontanément (svayam eva). Par conséquent, l'on devrait la pratiquer en toute certitude ! A quoi bon le tintammare des autres enseignements ?"

Autre pratique, celle de la catégorie de "l'Eternel Shiva" :

"Se concentrant sur le point entre les sourcils (comme dans le Nyingthig et Kâlachakra), l'on voit rapidemment un grand éclat fait de ces huits couleurs : le saphir, le lustre d'une queue de paon, une couleur pareille au lapis-lazuli, puis une autre pareille à l'oeil-de-chat, au topaz, au corail, au rubis et à la lune. Aprés avoir vu cette suprême lumière lunaire, la vision divine s'élève. De là surgit la connaissance de tout ce qui est mobile et immobile."

Ces descriptions, plus ou moins détaillées, se retrouvent dans tous les tantras. Certains extraits des tantras de Kubjikâ se retrouvent dans l'Advayakâraka Upanishad ou la Mandalabrahmana, qui décrivent en détail les étapes du développement visionnaire. Que ces pratiques étaient extrêmement répandues au Cachemire se voit au fait qu'elles sont mentionnées également dans le Yogavâsishtha, composé au Cachemire vers 950.

Cependant, ce ne sont pas là de pures innovations des tantras. Ainsi, la Brihad Âranyaka, qui est sans doute la plus ancienne Upanishad (c. 800 av.-J.C.), décrit déjà l'anatomie subtile décrite dans le Nyingthig, avec un "coeur", source de tous les canaux subtils, et contenant l'essence subtile des cinq Eléments sous une forme lumineuse.

 

Bref, ce n'est pas le lieu ici de rentrer dans trop de détails. Mais je voulais seulement donner un petit aperçu des ancêtres d'une pratique soi-disant "unique" et "sans équivalent ailleurs". Aucun chercheur, à ma connaissance, ne s'est sérieusement donné la peine de chercher du côté des tantras shivaïtes via le Kâlachakra Tantra, et la plupart préfèrent spéculer sur ses origines "zoroastriennes" ou tibétaines. Or, au regard des éléments présents en abondance dans la littérature tantrique, il est inutile d'aller chercher si loin.

 

La généalogie de ces idées obéit aux mêmes lois d'évolution que celle des êtres vivants. Il n'y a pas de génération spontanée.

 

10:09 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : nyingthig, tantrisme, dzogchen, upanishad, kalachakra |  Facebook |

Commentaires

Enfin Anargala, belle mise en évidence d'une réalité qui semble crever les yeux. Le système tibétain s'est toujours donné beaucoup de peine pour amoindrir et minimiser la portée du tantrisme Hindou. Mais cet effort démesuré perd sa pertinence dès que l'on cherche autrement que comme on nous insite à le faire. Les textes chinois ont aussi révélé beaucoup de nouveautés sur tous les aspects de la culture et de l'hisoire tibétaine. Ces aspects divergent parfois fortement d'avec ce qu'affirment les textes tibétains eux-mêmes.
Remodeler, gommer des pans de l'histoire ou des doctrines a toujours été l'apanage des puissants de ce monde.
Ce travail de recherche est trés précieux, puisse-t-il être entrepris.

Écrit par : mind | 10/04/2006

démocratie D'accord pour le fait que la démocratie soit un bon système mais, la question est le problème de la violence que génère les structures sociales, la féodalité a tendance à maintenir la violence à l'intérieur cntrolée par sa structure pyramidale et la purge quelque fois par une guerre d'agression expentioniste. Mais la démocratie ne fait pas disparaître la violence, elle l'exporte hors de ses frontière par des mécanismes tel que la colonialisme d'occupation ou économique le maintient de régime dictatoriaux pour son approvitionnement en matière prmière à bas pris, l'exploitation et l'imperialisme capitaliste. D'ailleurs en tout cas jusqu'a ce jour aucune démocratie n'a pu se développer hors d'un environnement économique capitaliste. Alors la démocratie à énormément de qualité mais la aussi l'angélisme n'est pas de mise.
Oui mais rassure toi je comprend bien ton respect pour le vajrayana et toute les traditions authentique en général.
Mais tiens à propos des Trimondis j'ai entendu parlé d'eux et certain de leur props dont certain me semble juste d'autres me semble en effet relevé d'une incompréhension de certain principe de base du vajrayana et du bouddhisme tout court.Mais prétendent être resté plusieurs années auprès du DalaÏ ¨Lama et avoir été chargé de la traduction du Kalachakra et avoir une excellente connaissance des textes, du tibétain et du sankcrit et que devant les horreurs mais j'avoue que jusqu'a présent dans les manuscrits publiés ( le traité du Mandala et de Livre du corps subtile) je n'ai rien trouvé de ce qu'ils dénoncent. Alors soit, ils ne comprennent pas les principes du bouddhisme tantrique qui demande une compréhension parfaite du principe de vacuité lié à un effort et une attention constante à la bodhicitta ou bien, ils n'ont pas peur des simplifications ou bien c'est moi qui suis naif ou qui ne sait pas lire bien que je n'ai pas encore tout lu et mon étude commence seulement je dirait peut-être pas la même chose dans quelques années.
Du point de vue de la compréhension du fonctionnement du corps subtile, ce livre est un traité d'une précision et d'une systématisation quasi scientifique.
Bien qu'il est vrai que pour ce qui est du tantra externe, je me méfie en génral de tout système escatologique qui pourrait servir de justication à peu près n'importe quoi? On sait le nombre de crime qu'a justifié l'apocalypse selon St Jean. (et encore maintenu beaucoup membre de la droite américaine se base sur ce texte pour leur délire imperialiste) On sait comment ce genre de texte peut être interpeté si il est lu sur un mode exclusivement externe et dualiste. D'ailleurs il n'est pas impossible que le mythe de Shambala ait servit de support à l'idéologie pan-mongole.
Mais pour ma part si je trouve important de resté critique par rapport à tout texte quel qu'il soit je pense qu'une lecture décontextualisée du kalachakra comme tout grand texte ésotérique n'a pas de sens parce que c'est justement dans la contextualisation que se révèle l'esprit.

Écrit par : djilo | 10/04/2006

d'accord aussi Tout à fait d'accord avec la filliation indoue de certaine pratique et texte. Dire le contraire serai comme dire que le christianisme n'a rien avoir avec le judaïsme. Pour ce qui est de kalachakra c'est évident Sofia Stril-river le montre bien l'influence Shivaite est clair "le tantra de kalachakra est un texte essentiellement syncrétique" mais comme elle le montre aussi lorsqu'on entre dans une perspective non-duelle, le temps mondain et supramondain ne sont plus séparés et entrent dans dans leur nature essentielle et indifférencié c'est à dire interdépendant. Malgrés sont caractère historique sur le seul plan mondain celui-ci n'en est pas moins du point de vue de la vacuité une émanation du triple corps du Bouddha. en ce sens il reste conventionel (c'est-à-dire il aurait pu être autre, sinon on est dans la révélation au sens biblique) mais son origine ultime est celle du Dharma-en-soi.
Pour le dzogchen je connais pas assez mais il y a pas de raison puisque le but de tous Dharmas authentiques est la simplicité il n'y a pas de raison pour qu'il y ait 2000 manière de la dire.

Écrit par : Djilo | 10/04/2006

ça m'étonne pas du tout ! En gros ces Tibétains nous prennent vraiment pour des cons.
Au pasage l'histoire des tiglés qui prennent 5 ou 10 ans, c'est vraiment faire patienter le gogo jusqu'à ce qu'il n'ait plus de fric...

Écrit par : visiteur | 10/04/2006

Dis-moi, Anargala, Tu pourrais peut-être m'epliquer un truc :

Dans mes lectures dispersées sur le Dzogchen et ses lignées (c'est pas trop ma prédilection) je suis tombé plusieurs fois sur une incohérence de dates, à propos des premiers maîtres de la lignée qui a abouti à Padmasambhava. Du coup un jour j'ai cherché à vérifier, et j'ai trouvé que ce n'était pas une incohérence, mais que le deuxième (ou le troisième ??) détenteur avait vécu quelque chose comme 600 ans dans un cimetière. Suite à la lecture de cette information, j'étais dans un état bizarre, inspiré et impresionné, et à la fois incrédule donc j'ai eu successivement plusieurs pensées-hypothèses :

- C'est bel et bien vrai, donc le Dzogchen c'est effectivement autre chose que le reste (il lave vraiment plus blanc que blanc!)
- Ce n'est pas vrai, mais c'est fait exprès pour ravir de l'esprit du disciple le besoin de tout confirmer solidement avec sa raison, et l'ouvrir aux merveilles de l'esprit (et aux arnaques les plus osées).
- Ce n'est pas vrai, mais ça a l'avantage de faire remonter le premier détenteur à l'époque du Bouddha, établissant ainsi un drôle de parallèle, comme un drôle de hasard, qui renvoie en l'expliquant à la promiscuïté du Dzogchen d'avec le bouddhisme.

T'en penses quoi ?

Par ailleurs, il faut me corriger parce que je parle de mémoire, je ne sais plus très bien de quel détenteur il s'agit, ni si c'est 500 ans ou 600 qui manquent (ou sont en trop).

++

Écrit par : Tenryu | 10/04/2006

non ils ne nous prennent pas pour des cons ils sont réellement dépositaires d'une tradition authentique qui vient (entre autres) d'Inde évidement et qui n'est pas étrangère à son fond spirituel mais qui s'est encore complexifié avec des débats autour de question originale dans le contexte tibétain.
D'ailleurs l'influence ne va pas que dans le sens hindouisme/bouddhisme, le bouddhisme au cour des siècles à fortement influencé la métaphysique hindoue qui à été contrainte de rafiné ses position notament à l'atman devant les attaques des érudit bouddhistes et à parfois adopté certain pont de la dialectique bouddhiste par exemplepar rapport au statut des phénomènes.

Écrit par : Djilo | 10/04/2006

Origines Tenryu, les origines du dzogchen sont relatées de trois manières qui ont l'air d'avoir voulu satisfaire tout le monde.
La plus classique est celle qui met Guru Padmasambhava en figure de proue et l'inscrit donc bien dans la ligne bouddhiste nyingma (et qui fait donc grincer les sarma).
Ensuite Prahevajra alias Garab Dordjé qui semble à la fois être dans le droit fil avec une origine en Oddiyana mais en même temps va percuter le "bon sens" bouddhiste en défaisant un érudit de l'époque, Manjushrimitra, qui était venu contrer officiellement l'enseignement de cet enfant qui enseignait "au-delà de la cause et de l'effet".
Il y a encore la tradition qui décrit l'origine du dzogchen comme étant extra-terrestre et transmis par des maîtres, douze, ayant vécu ou vivant encore dans d'autres univers (décrits très précisément). Cette origine de plus est incalculable dans notre conception du temps.

Écrit par : mind | 11/04/2006

grenouilles beni oui oui Et c'est comme çela que le dzogchen a perdu tous sens au profit d'un jeu de dialectique.............
Et plein de gogo comme vous pour y croire encore........................

Écrit par : le moustique | 11/04/2006

meuhh non ! Je viens de lire le post de mind, je pense qu'il essaye d'expliquer les "croyances" liés au dzogchen, mais bien sur, il ne croit pas en ces bêtise.
Sinon c'est ce que dénonce anargala: à cause des croyances on fait faire, on fait dire, n'importe quoi aux gens.

Écrit par : jesus | 11/04/2006

Flunch VS mc DO je viens comprendre quelque chose ( et oui ! Ca m'arrive ) grâce a la phrase de mind sur les ET, "il existe une autre tradition..." ---> il existe dans le dzogchen des dizaines de maîtres qui sur une base commune disent chacun tout et n'importe quoi, après chez les disciples, c'est comme chez Flunch, chacun prend ce qu'il lui plaît... à condition de respecter les Maîtres,qui je le pari doivent se choisir entre eux ( mais là, je m'avance )...

Écrit par : jesus | 11/04/2006

De l'importance de lire les textes Djilo :
Si les états démocratiques ont souvent été colonialistes, je ne crois pas que ce soit une fatalité. C'est pourquoi je suis en désaccord total avec la gauche anti-colonialiste (voir le billet "Est-il inévitable que les extrêmes se rejoignent ?").
Les Trimondis ne citent jamais ou trés peu les sources premières du débat. J'en déduit qu'ils n'y ont pas accès, parce qu'ils ne connaissent ni le sanskrit ni le tibétain. Or, l'accès aux textes mêmes est essentiel pour se faire une opinion. Eux ne s'appuient que sur la littérature secondaire, et c'est sans doute pourquoi ils défendent parfois des thèses si extravaguantes. De plus, ils affirment que les pratiques du Kâlachakra sont "tenues secrètes". C'est inexact. Sur le net, on peut consulter les textes traduits par A. Berzin. Puis, il y a les traduction du tantra avec son commentaire par Vesna Wallace et le commentaire "Ornament of Stainless Light". De plus, l'édition du texte sanskrit est parue depuis longtemps en Inde.
Ceci dit, il est vrai qu'en lisant le tantra et son commentaire, l'on s'interroge sur l'idée du "don de plaisir" (kâmadâna - le disciple doit offrir sa femme, ses filles ou ses soeurs au maître) ou bien sur l'universalité d'une religion inventée dans un contexte bien particulier.

Écrit par : anargala | 11/04/2006

Les textes, les idées autres virus A première vue, on pourrait croire qu'on lit et qu'on transmet des textes, tout comme on transmet ses gènes. En fait, c'est le contraire : maîtres et disciples ne sont que les moyens de transmission des textes. Ceux ci évoluent et mutent contamment. D'où la difficulté d'établir leur généalogie. Chaque texte ou groupe de texte est comme une espèce et s'efforce par tous les moyens d'augmenter ses chances d'être reproduit et transmit, comme les gènes. D'où l'omniprésence des menaces et des promesses à leurs lecteurs, un peu comme les "lettres-chaînes" sur le net ou les virus informatiques, les rumeurs, les légendes, les slogans, etc. Nous ne sommes que les victimes de la lutte permanente que les idées se livrent entre elles afin de défendre et d'étendre leur "niche" écologique.
Le Dzogchen ? LES Dzogchens ! Y a plein de sous-espèces. Idem pour Mahâmudrâ, Kâlachakra et les autres espèces. Par quel virus préferrez-vous vous laisser envahir ? Quand à établir une chronologie...

Écrit par : anargala | 11/04/2006

merci Bravo pour ce site, si loin de la langue de bois, ou des précheurs fanatique....

Écrit par : jesus | 11/04/2006

Authenticité L'histoire des "lignées" est un mélange inextricable de légendes basées sur... des légendes, et ainsi de suite jusqu'aux débuts de l'humanité. J'ai lu des dizaines de tantras, de sâdhanâ et d'hagiographies en sanskrit (bouddhistes, shivaïtes, vishnouïtes, jaïns, plus plein d'autres mélanges improbables), et je n'ai que cette conclusion-là à offrir. Mais cela n'a en rien diminué ma passion pour ces textes et les humains qui les ont véhiculé. Comment dire ? Je suis contaminé à vie, probablement... Mais je ne pense pas que les "Tibétains" ou qui que ce soit d'autre contrôle réellement ces idées. Ce sont plutôt les idées qui contrôlent les gens.
MAIS certaines idées - certains parasites - sont plus utiles que d'autres, voire abréables. Il y a même des parasites anti-parasites : c'est le principe de toute "thérapie" tantrique.
Et puis, la fascination des origines historiques n'est-elle pas un leurre ? A quoi bon une lignée historiquement établie, mais dont l'enseignement est faux ? Et puis les fables ne disent-elles pas souvent plus de vérités que les récits réalistes ? N'est-il pas préférable d'avoir un enseignement baigné de miracles - mais vrais dans leur signification - qui ont été inventés de bric-et-de-broc avant-hier, plutôt que de vieux mensonges méchants ?

Djilo :
Sur la question de l'influence Bouddhisme/Hindouisme : oui, évidemment. Il y a eu influence réciproque constante. Tant et si bien que chacun a muté pour engendrer une nouvelle forme de spiritualité : le Tantrisme.
En tous cas, qu'il soit bien clair que je ne souhaite décourager personne de s'engager dans l'une de ces traditions. Par mes remarques, je souhaite simplement faire un peu réfléchir et en amener peut-être quelqu'uns à lire les textes eux-mêmes, voire à apprendre le sanskrit ou le tibétain.

Écrit par : anargala | 11/04/2006

tu veux nous dire quelque chose ! "N'est-il pas préférable d'avoir un enseignement baigné de miracles - mais vrais dans leur signification - qui ont été inventés de bric-et-de-broc avant-hier, plutôt que de vieux mensonges méchants ?"

Que veux-tu dire ? Qu'est-ce qui te fait aussi peur ?

Écrit par : toto | 11/04/2006

Confirmations Il se peut mon ami, que j'apprenne le sanskrit ou le tibétain, en tout cas tu n'en as donné envie.
Seulement comme dit précédemment, il faut que je devienne riche avant.

En attendant, tu confirmes mes doutes relativement à la transmission des tantras.

Je passe régulièrement d'une culture à une autre, et ce qui est frappant, c'est à quel point des groupes d'idées viennent et me semblent justes dans une culture, puis en repassant dans une autre culture, c'est un autre groupe d'idées qui vient et qui s'impose.
Si je n'étais que d'une culture, je pense que je serais convaincu jusqu'à l'os par les idées véhiculées. C'est pour cette raison que les maîtres déconseillent justement de s'intéresser à différentes traditions, parce qu'alors les idées perdent de leur pouvoir, en devenant (encore plus) relatives.

Les idées travaillent en nous, c'est certain, et c'est là le génie des tantras d'implanter des idées qui font leur chemin. Certaines n'ont d'ailleurs aucune logique, mais un fonctionnement indéniable, et même terriblement efficaces.

Pour reprendre cette idée qu'un maître a vécu 600 ans dans un cimetière, eh bien je suis sûr que cette idée est de celles-là, et si elle travaille en nous, elle ne manquera d'assouplir notre besoin de nous accrocher à une logique figée.

Ou comme l'idée que Tilopa n'ait eu aucun maître humain (il en a rencontré, certes), et que son dharma a été reçu directement de Vajradhara.

D'ailleurs Anaragala, tu nous parlait récemment d'un livre où un jeune homme avançait l'hypothèse que Marpa n'avait jamais rencontré Naropa. Pourrais-tu développer ?

Écrit par : Tenryu | 11/04/2006

Critique historique Tenryu :
A mon sens, il y a finalement plus à gagner qu'à perdre en s'intéressant au plus grand nombre de traditions possibles.
Aprendre le tibétain, même un peu, est fort utile pour suivre les débats un peu pointus, comme ce livre qui mentionne un témoignage selon lequel Marpa n'a jamais rencontré Naropa. C'est dans "Tibetan Tantric Buddhism in the Renaissance Rebirth of Tibetan Culture" par R M Davidson, Columbia Press. Il s'agit du témoignage d'un certain Nagtso Lotsawa, qui eut le privilège d'aperçevoir un Naropa vieux, obèse et les cheveux teints en roux à Phullahari. Voir p. 141 sqq. Assez pittoresque aussi, les propos du célèbre Ra Lotsawa, qui se targuait d'avoir tué, par des moyens occultes, 13 adeptes du Vajrayâna dont Darma Dodé le fils de Marpa.

Écrit par : anargala | 12/04/2006

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