26/04/2006

Une fois pour toutes

Au chapitre XX de la Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, c'est la Déesse en personne qui répond aux questions. En fait, les personnages précédents étaient déjà la Déesse. La conscience qui lit ces lignes est déjà la Déesse. Mais cette Déesse est la souveraine liberté du Soi, capable d'accomplir l'impossible : se croire absente là où précisémment elle est pésente.

 

"Ma majesté - Ô sages - est sans limites. Sans dépendre de quoi que ce soit, Moi la pure conscience indivise, Je fulgure sous la forme des mondes infinis. Et, tout en me manifestant sous cette forme, Je ne transgresse pas Ma nature de conscience étrangère à toute dualité. Ma majesté réside avant tout dans l'accomplissement de ce prodige."

 

"La connaissance non-duelle n'est autre n'est autre que la conscience absolue (...) Elle se dessine là où le psychisme (citta, sem) ne cherche plus qu'à coïncider avec ce qui constitue son essence. Que son origine immédiate soit une entrée en contact avec la Révélation (=les upanishads ou les tantras) ou l'exercice du simple raisonnement, elle se définit toujours par la manifestation du Soi, destructrice de toute espèce d'identification avec le corps, etc."

 

Il ne s'agit pas de supprimer quoi que ce soit :

"La distinction entre ces termes (la conscience et les phénomènes tels que les pensées ou les sensations) n'a été forgé que pour les besoins de la pratique? Elle ne possède aucun fondement véritable. Il n'y a pas un état de privation du fruit que précéderait son acquisition. C'est seulement dans la mesure où le Soi, à cause de la mâyâ, se manifeste sous forme de la triade connaissant-connaissance-objet connu que le cours du monde paraît aussi réel et indestructible qu'une montagne. Mais que l'on renonce à de telles distinctions inspirées par la peur, et le cours du monde aussitôt se désagrège, comme des labeaux de nuages qui s'effilochent dans la tempête."

 

Ensuite, dit la Déesse, c'est une question de passion.

 

"La réalisation parfaite consiste à comprendre une fois pour toutes qu'on est le Soi et non le corps, etc. L'identification au corps propre est un phénomène universel. Le simple fait d'y renoncer en toute lucidité est déjà la réalisation parfaite. Tous les êtres possèdent une certaine conscience d'eux-même (=ils "connaissent" le Soi) mais ils ne distinguent pas clairement le Soi de ce qui n'est pas lui.(...) Le pouvoirs (siddhi) se rencontrent sur le chemin qui mène à l'intuition du Soi mais constituent, aussi bien, autant d'obstacles à l'obtention de cette connaissance. A quoi bon rechercher ces vains prestiges magiques !"

 

Mais cette réalisation peut être plus ou moins avancées, selon trois degrés : Celui qui "conserve" l'intuition du Soi en vaquant à ses occupations est du type supérieur. Celui qui fait de même, mais au prix d'un effort, est du type moyen. Enfin, celui qui ne peut conserver son intuition qu'en renonçant à toute autre activité, est du type inférieur.

 

"Dans la forme supérieure on se maintient constamment à cette pointe extrême (d'intuition), aussi bien au cours des rêves, etc. que dans les moments où l'on est occupé à réfléchir ".

 

Et cela ne dépend pas d'une activité ou d'une pratique quelconque, comme le précise à la fois le commentaire et la fin de l'enseignement de la Déesse :  "celui qui sait"  "se perçoit comme totalement liéré et totalement asservit à la fois. Voyant clairement que les liens de l'universelle seritude ne sont tissés qu'à l'intérieur de lui-même, il va jusqu'à dédaigner la délivrance elle-même."

 

"A ceux qui, naufragés sur l'océan ténébreux de la transmigration, entonnent jour aprés jour ce Chant de la Sagesse, la Déesse apporte elle-même la barque de la connaissance."

 

Nullepart il n'est question de "pratique", de "signes de réalisation", "d'Eveil" qui confère une autorité sur autrui, de "techniques", de "nombre de mantras à réciter", de "sauver tous les êtres". Juste le soleil brille, on fait la vaisselle et on s'engueule un peu.

 

P.S. : On traduit souvent vikalpa par "pensée discursive" ou "concept". Ce qui permet ensuite d'opposer concept et percept. Comme si la non-dualité était une sagesse anti-intellectuelle, prônant un retour exclusif au "ressenti".

Or, tout cela part d'une erreure de traduction, puisque selon Abhinavagupta et compagnie TOUT est vikalpa : la connaissance intellectuelle par concepts, mais aussi les expériences et les percepts. Tout est construit, tout est illusion qui va et vient dans l'Apparence infinie toujours apparente. Vikalpa signifie "construction imaginaire", ou "dilemme", "hésitation", voire "scrupule". Ainsi, quand Abhinavagupta affirme (au début du chap. 29 du Tantrâloka) que le rituel d'union est réservé aux adeptes qui sont "sans vikalpas", il ne veut pas dire qu'ils sont "sans pensées", mais qu'ils sont "sans hésitation", au sens où il ne sont plus la proie des doutes liés au pur et à l'impur. Nullepart il n'est question de "stopper" le mental à la manière du yoga de Patanjali. Au contraire, Abhinavagupta se moque régulièrement des yogis qui veulent se déssecher l'esprit à force de concentration.

 

 

15:42 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : pratyabhijna, tantra |  Facebook |

Commentaires

je me suis fait avoir

Au final, en te lisant, j'ai l'impression que tu nous dis allez y.... buvez comme des trous, baiser toutes les gonzesses que vous voulez, foutez le feu aux maisons c'est pas grave, Faites ce que vous voulez puisque tout est conscience.

Un peu a la manière de Tenryu, j'ai reparcouru le blog et je me demandais mais qu'est ce qui a pu m'attirer dans ce merdier et là j'ai retrouvé le post de lama kiki et j'ai tout compris:
c'est ça en réalité que j'avais vu et qui me plaisait, pour ceux qui n'ont pas vu ce post je me permets de le remettre car il est fabuleux, c'est tout le contraire de ce que tu avances :

Le 02-02-2006, 16:30:18
Méditer au lieu de bavarder (une vache blanche, les pattes en bretzel, 1 heure par jour)


Dans la douleur de la posture, le méditant se confronte à tous les types de sensations qui parcourent le corps; conscient de la triple caractéristique de celles-ci, impermanence, souffrance, impersonnalité, il observe ces phénomènes sans réagir. Son esprit demeure égal; il voit les joies, les peines apparaître et disparaître, il les ressent sans attachement ni rejet.

C'est l’identification aux pensées et à la mémoire qui donne l'impression d'individualité. La conscience qui apparaît en premier semble limitée au corps et crée la sensation de dualité.
Méditation après méditation, pour celui qui « voit », il n'y a plus de place pour l'ego, car sans bouger, l’ego fait mal.

En réalité, la conscience est le seul produit, il n'y a pas d'individus. L'attention s'investit automatiquement dans les pensées et s'enchaînent à celle-ci, créant une personnalité fictive.
À partir du moment où l'attention prend ses distances avec les sensations produites par les pensées, celles-ci diminuent et l'attention devient la réelle identité.

En déplaçant l'attention dans tout le corps, le méditant observe les sensations. Il n'y a pas d'imagination, de visualisation ou de création artificielle de sensation particulière. Seul est pris en compte ce qui est; fourmillement, picotement, chaleur, froid, transpiration, contraction, relâchement, tremblement, pulsation, douleur etc. Il n'est pas nécessaire de nommer la sensation.

Qu'elles soient perçues de manière consciente ou non, les sensations sont toujours présentes.

En développant l'observation neutre, il est facile de constater que la réaction est la tendance fondamentale de l'esprit. Toute rencontre entre un objet extérieur et l'organe qui lui correspond - couleur/vue, odeur/odorat, saveur/goût etc. - culmine en une sensation. De même, toute pensée, toute émotion, tout état d'esprit s'exprimeront par le biais de la sensation. Corps et esprit se révèlent ainsi dans leur interdépendance.
Qu'une sensation désagréable, douloureuse se manifeste à tel endroit du corps, l'esprit réagira par rejet ou aversion; qu'elle soit agréable, ce sera du désir, de l'attachement ou de l'avidité.
La vision globale que nous avons du monde pourrait donc bien se résumer en terme de sensation. Mais le caractère subjectif de cette vision provient de la coloration personnelle qui est donnée à la sensation.

Quand cette identité d'observateur est maintenue, la réalisation de la nature véritable survient. C'est ce qu'on appelle la réalisation, l’Eveil étant la condition d'observateur. Ce qui veut dire aussi que tout le monde est éveillé régulièrement dans la journée.

Il est donc important de comprendre que nous sommes déjà éveillés, et que c'est en investissant l'attention dans les pensées que nous perdons cet éveil. L’Eveil n'est donc plus un but aléatoire, mais consiste à pratiquer l’attention en posture assise (1 heure par jour) , sans bouger et s’entraîner à ne pas réagir, puisque l’ego est nourri, amplifié par la réaction, donc à revenir à cet état naturel, --c’est une rééducation.

Mais ce retour à notre réelle identité peut nécessiter un certain temps, de par l'habitude que nous avons à croire dans le principe d'avoir un ego. Il faut dire que tout porte à croire en cette personnalité ; que ce soit les habitudes, les goûts, les répulsions, les peurs et surtout les sensations qui partent du corps.

Ne pas avoir de pensées, ou ne rien faire, et souvent enseigné comme un échec chez le méditant. On entend souvent dire que "méditer", ce n'est surtout pas faire le vide en soi, comme si ce vide était dangereux. C'est pourtant ce vide qui sera la clé du changement de perception que représente l’Eveil. L’Eveil n'est pas simplement une absence de pensées, mais un changement radical dans la perception, Mais ce changement ne peut survenir que dans l'absence de pensées, ou plus précisément dans l'espace entre deux pensées. C'est pour cela aussi, qu'il est totalement impossible d'imaginer cet état, ou de le forcer à travers la réflexion.


lama kiki


ça fait son pesant de duplot ce texte ( au fait les duplos tu les a inventés pour te donner un genre ? j'ai rien pas trouvé sur internet))

Écrit par : jesus | 26/04/2006

Vikalpa = doute Il y a peut-être des problèmes de traduction chez les Kagyü aussi, parce que j'ai le net souvenir de l'enseignement d'un yogi tibétain, traduit en simulitané, où il faisait référence aux pensées comme un obstacle, en disant que pensée était synonyme de doute.

Donc à mon sens, il parlait d'un genre de bavardage intérieur qui cesse quand l'esprit coïncide avec sa propre nature, ou absorbé en elle. Et si ce bavardage reprend, c'est que l'esprit doute de sa propre nature à nouveau.

Eh sinon, Jesus, ma foi il n'y a pas mieux que le flair pour renifler par où on a envie d'aller. Bonne route à toi, quelque soit le chemin !!
Toutes ces palabres, ça a quand même le mérite de nous aiguiser l'esprit !

Écrit par : Tenryu | 27/04/2006

vikalpa ? j'ai un doute :-) Tout d'abord, félicitations pour votre blog, riche d'informations et d'humour. J'ai pris beaucoup de plaisir à le parcourir.

Concernant le sens de vikalpa, ce n'est peut-être pas tant une opposition concept/percept qui est en jeu mais plutôt l'autre paire différenciation/indifférenciation. L'idée de phase, d'alternance contenue dans le préfixe vi- amène à distinguer deux états de saisie de la conscience. Le vikalpa ou apparaît l'image de celui qui perçoit ou conçoit en face de la chose perçue ou conçue, et son contraire où pramatr, pramana et prameya sont intimement fondus. La valorisation du percept chez certains provient peut-être du fait qu'il est plus facile de demeurer dans cette attitude d'indifférenciation en tant que répecteur qu'en tant qu'acteur ou la vikalpanisation (pourquoi pas ?) reprend rapidement le dessus. Un truc pédagogique, quoi.

Sinon, à propos du domaine de l'illusoire et du réel, comment traduiriez-vous cette stance extraite du paramârthadvâdashikâ d'Abhinava.

"Yadyatattvaparihârapûrvakam tattvam eshi tadatattvam eva hi |
yadyatattvamatha tattvameva vâ tattvameva nanu tattvamidrsham ||"

Ce n'est pas pour vous "embêter" que je vous propose cette stance, mais vu que vous avez l'air de vous y connaître...
Il me semblait que par-delà les jeux de sonorités proches du calembour se trouvait peut-être quelque chose d'intéressant à lire sur le couple réel/irréel. Je ne connais pour ma part que la traduction de Silburn, et cela m'aurait intéressé d'avoir votre vision (j'ai veillé d'ailleurs à ne pas couper "artificiellement" les composés ou les sandhi, puisque l'ambiguïté principale part de là.)

P.S. superbe la statue de Devî !

Écrit par : ekapâdavatsa | 27/04/2006

Devi C'est vrai qu'elle est superbe cette statue de Devi, et sa poitrine est totalement exquise. De quoi donner de l'ardeur à nos dévotions !!!

Écrit par : Tenryu | 27/04/2006

??? "La réalisation parfaite consiste à comprendre une fois pour toutes qu'on est le Soi et non le corps, etc. L'identification au corps propre est un phénomène universel. Le simple fait d'y renoncer en toute lucidité est déjà la réalisation parfaite."

Donc si on abime mon corps exemple: je reçois une balle dans la tête, et si je suis parfaitement réalisé, je conserve la parfaite conscience ?

Écrit par : Bastien | 28/04/2006

Vikalpa ou pas ? Ekapâdavatsa :
Merci.
Pour l'interprétation de vikalpa=doute, je m'appuie sur le commentaire de Jayaratha ad loc, et sur la littérature de l'époque, genre Kathâsaritsâgara. Voir aussi dans le viveka la liste des shankâ ou "peurs" qui empêche l'adepte dacceder à la gnose. Et puis, toujours dans le chap. 29 (voir la trad. de Dupuche), on voit bien que l'hésitation est le symptôme par excellence qui montre que l'impétrant est inapte. S'il ne tremble pas (=s'il est sans vikalpa), il est initié "selon la méthode kaula" (kaulaprakriyayâ).

"La valorisation du percept chez certains provient peut-être du fait qu'il est plus facile de demeurer dans cette attitude d'indifférenciation en tant que répecteur qu'en tant qu'acteur ou la vikalpanisation (pourquoi pas ?) reprend rapidement le dessus." C'est effectivemment ce qu'affirme Utpaladeva (voir Stances IV, 11). Selon Abhinava, cette attitude est justement "l'attitude de Shiva" (shâmbhumudrâ). Toutefois, il ne faut pas oublier que, selon Abhinava, il n'y a pas de percept sans concepts, sans vikalpa. Simplement, ces vikalpa sont si rapides qu'ils passent inaperçus.

Sur la stance que vous citez :
1/ Ce n'est pas une stance d'Abhinavagupta, mais de Ramyadeva, comme l'indique le colophon. Dans son vivarana au Bhâvopahâra de Cakrapâni, 45, il se cite lui même : "tad uktam mayâ kritântatântishântistave (...) advayadvâdashikâyâm api : yady atattvaparihâra" etc.
2/Essai de traduction littérale:
"Si tu cherches le Principe en évitant ce qui n'est pas le Principe, alors ce n'est pas, en effet, le Principe. Si (tu cherches) ce qui n'est pas le Principe ou bien le Principe lui-même, n'es-tu pas identique (îdrisham=de cette sorte) au Principe ?"
Je crois qu'à la fin il faut séparer tat et tvam, comme dans le commentaire au bhâvopahâra. D'aprés le contexte dans lequel cette stance est citée, il me semble qu'il vise tous ceux qui veulent atteindre le Principe en délaissance ce qui n'est pas lui, ce qui est justement le propre du vikalpa. Pour Ramyadeva comme pour Abhinavagupta, le Principe est l'Apparence (prakâsha). Comme tout apparaît - même ce qui est faux, illsuoire, impermanent, etc. - il n'y a rien à abandonner.

Écrit par : anargala | 28/04/2006

La conscience n'est pas un objet Bastien :
Vous arrivez à "conserver votre conscience" vous ? Moi pas. Il n'y a pas de conscience "à moi". Je suis conscience. Sans elle, la question de "ce qui arrive au corps" ne se pose même pas ! Que le corps apparaisse ou disparaisse, c'est en Elle, par Elle et pour Elle que tout cela apparaît et disparait. Autrement dit, tout peut apparaître ou disparaître, sauf Elle. Chacun peut le vérifier par lui-même.

Écrit par : anargala | 28/04/2006

op Vous dites :
"Or, tout cela part d'une erreur de traduction, puisque selon Abhinavagupta et compagnie TOUT est vikalpa : la connaissance intellectuelle par concepts, mais aussi les expériences et les percepts. Tout est construit, tout est illusion qui va et vient dans l'Apparence infinie toujours apparente. Vikalpa signifie "construction imaginaire", ou "dilemme", "hésitation", voire "scrupule". Ainsi, quand Abhinavagupta affirme (au début du chap. 29 du Tantrâloka) que le rituel d'union est réservé aux adeptes qui sont "sans vikalpas", il ne veut pas dire qu'ils sont "sans pensées", mais qu'ils sont "sans hésitation", au sens où ils ne sont plus la proie des doutes liés au pur et à l'impur."

Je ne suis pas d'accord du tout avec cette affirmation contraire à la position d'Abhinavagupta : "tout est illusion" , en fait il dit L'INVERSE à savoir que tout est REEL car ce n'est que paramashiva et il s'insurge dans maintes de ses oeuvres contre cette métaphysique védantine où tout n'est qu'illusion, seul le Brahman (absolu) étant vrai. D'autre part cette phrase n'est non plus conforme à la tradition :" TOUT est vikalpa"
D'autre part vous simplifiez et omettez tellement de chose ici :" il ne veut pas dire qu'ils sont "sans pensées", mais qu'ils sont "sans hésitation", au sens où ils ne sont plus la proie des doutes liés au pur et à l'impur" que cela en devient faux !
Le vikalpa est beaucoup plus large, universel et il se retrouve dans les "lois naturelles" qui ne sont que la cristallisation de la Conscience.
Vous trahissez la véritable doctrine mystique sivaïte
Les textes OK
votre interprétation NON

Écrit par : lol | 29/04/2006

A quoi cela sert alors? "Que le corps apparaisse ou disparaisse, c'est en Elle, par Elle et pour Elle que tout cela apparaît et disparait. Autrement dit, tout peut apparaître ou disparaître, sauf Elle."

Et alors ? cela me fait fait une belle jambe ! qu'est ce que cela va changer dans ma vie de tout les jours ??? En quoi le fais de savoir cela va faire que je vais me sentir mieux ??

Et vu le nombre de commentateurs qui n'ont pas l'air du tout d'accord avec vous, je me demande si vous ne délirez pas un petit peu .... ou alors comme le dit PR c'est un piège à con.

Ce post peut paraître agressif, mais il n'en est rien, j'apprécie votre travail, ce serait vraiment bien si pour les gens comme moi, vous nous disiez très exactemnt ce qu'il faut faire (ètape 1: le coup des 180 ° par ex ) étape par étape et les résultats attendus à chaque étape.
Car la phrase "il n'y a rien à faire sauf un petit peu ", c'est comme tout le reste: pas clair du tout ! Mais ça PR en a déjà parlé !

Écrit par : Bastien | 29/04/2006

Tout est Apparence Lol :
Quand je dis "TOUT est vikalpa", ce "tout" n'inclut pas le "je" parfait (pûrnâhantâ). En revanche, ce "je" (qui est un acte, pas une chose), enveloppe tous les vikalpas possibles. Sur le fait que le nirvikalpa est toujours du vikalpa implicite, voir Stances sur la reconnaissance, I, 5, 13 et 19. Sur le fait que tous les connaissables sont des vikalpas I, 6, 3-6. En fait, vous semblez entretenir le préjugé selon lequel le vikalpa est "inférieur" au nirvikalpa, thèse qu'Abhinavagupta réfute dans toutes es oeuvres.

Sur la question de la "réalité" des Apparences.
Tous les phénomènes sont des apparences qui ont pour seule réalité le fait d'apparaître (prakâshamânatva). Voir Stances I, 5, 1-9. Dès lors, tout est "réel" . En fait, Utpaladeva joue sur l'ambiguïté du mot "apparence" (âbhâsa, etc.). Quant aux vikalpas, ils sont dit "réels" seulement dans la mesure où ils ont une certaine cohérence entre eux et par rapport aux fins visées par les sujet qui les emploient (voir Stances II, 2, 1 sur satyarûpa). Or, les Advaitavédântins admettent cette thèse sans réserve (puisqu'on par ici seulement de vyavahâra). Selon Abhinava, la Reconnaissance admet que les vikalpas sont réel au plan de Mâyâ (=vyavahâra, bhedâbheda, etc.), mais pas ultimement (pramârthatah).
De plus, il ne faut pas non plus carricaturer l'Advaita de Shankara. Lui aussi admet, en un sens, que tout est réel, puisque la Shruti affirme "sarvam khalvidam brahmâ".
En revanche, les védântistes et la Reconnaissance diffèrent profondément sur la nature de l'Illusion (mâyâ) ou ignorance (avidyâ). A ce sujet, voir Abhinava ad Stances I, 5, 10. Pour la Reconnaissance, tout est Illusion (mâyâ, moha), mais cette Illusion est liberté (svâtantrya) et libre désir (icchâ). Autrement dit, cette Illusion exprime la majesté du Grand Magicien. La Reconnaissance s'émerveille de l'Illusion comme d'un spectacle incomparable, alors que Shankara la congédie. Autre différence capitale, indiquée par Abhinava (ibid.) : pour le Védânta, seule la connaissance est réelle, l'action-désir étant irréelle. Autrement dit, seul le vikalpa est réel, alors que le nirvikalpa est irréel. Là encore, Abhinava admet que la multiplicité des phénomènes est "impossible" (atidurghata), mais justement, il voit dans ces apparences impossibles la liberté absolue du Seigneur, définie précisément comme pouvoir de réaliser l'impossible (atidurghatakâritva). Il ne s'agit pas de dissiper l'Illusion, mais de s'en délecter à l'image de Shiva.

Si vous n'êtes pas d'accord avec cette interprétation, je vous prie de bien vouloir préciser les passages qui la contredisent.

Bastien :
Visiblement, vous n'avez manqué les épisodes précédents. Mon but n'est pas de "mener les gens à l'Eveil". Je le répète, je ne suis pas un maître du Shivaisme du Cachemire, juste un passionné qui souhaite partager. Si mes billets vous donnent envie de lire les textes par vous-mêmes, ce blog aura remplit sa fonction.

Écrit par : anargala | 29/04/2006

Ramyadeva ? ben zut alors !
Merci de votre réponse attentive.
Cela me fait un peu travailler, ce n'est pas si mal :-)
Je ne savais pas que cette stance était attribuée à Ramyadeva.
J'ai été voir ce vivarana que vous mentionnez, mais évidemment, comme je ne suis qu'un très médiocre amateur de sanskrit, il me faudrait bien du temps pour l'explorer (et encore, en y laissant des plumes :-)) mais je me permets de faire une suggestion : n'est-il pas possible de comprendre en effet la stance qui commence par "mâyayam bahurûpatâm upagata..." comme une auto-citation ("taduktam mayâ") et ensuite le voir se référer à l'advadvâdshikâyâm qui ne serait pas forcément de lui (il ne prend pas la peine de nommer l'auteur, celui-ci étant connu de tous à cet époque). Non, pas possible ? vraiment ? :-)
Cela voudrait dire donc que cet advaya ou paramârthadvâdashikâ ne serait qu'une reconstruction postérieure faite d'ouvrages différents et attribuée ensuite à Abhinavagupta.
Autre chose : cet advayâdi ne figure pas dans la liste des oeuvres de Ramyadeva établie par Rastogi (mais cela se justifie peut-être parce qu'il ne subsisterait que cette stance citée dans ce vivarana)

Bon, ce n'est pas que cela soit si tant tellement important, mais comme je vous l'ai dit, cela m'oblige à secouer la poussière qui recouvre livres et neurones...
Quant à la traduction que vous proposez, et bien, en fait, je ne la comprends guère plus que celle que propose Silburn. Ou plutôt, je la saisis moins bien même, car je ne trouve pas l'articulation logique de la dernière proposition. Je vais tâcher d'y retourner plus tard (ce n'est plus l'heure) mais juste une question encore. Est-ce que "principe" est le bon mot dans ce contexte. Cela fait très "samkhyâ" et est-ce bien de cette dimension-là de tattva qu'il s'agit. Je veux dire située plus dans l'agir que dans l'être.
J'arrête avant de devenir trop confus (on devrait s'interdire d'écrire après une certaine heure)

Shubha râtrî

Écrit par : ekapâdavatsa | 30/04/2006

L'oeuvre de Ramyadeva Ekapâdavatsa :
Je ne pensais pas que vous verriez cela ! Bravo, donc. Oui, vous avez raison, il n'y a pas de preuve définitive que la Pâramârthadvâdashikâ soit de Ramyadeva. Cependant, c'est la thèse la plus probable. Car :
a/ Cet hymne n'est cité nullepart par Abhinavagupta ni par ses commentateurs.
b/ Le colophon de l'hymne ne mentionne que Ramyadeva, et non Abhinava.
c/ Dans son Vivarana, Ramyadeva cite surtout ses propre oeuvres (les auteurs du Shivaisme du Cachemire adorent se citer eux-mêmes).
d/ La manière dont il cite cet hymne n'exclut pas qu'il en soit l'auteur.
e/ Enfin, le contenu de l'hymne ne correspond pas exactement à la doctrine d'Abhinava, ni à son vocabulaire.

Sur tattva : votre remarque est juste. J'avoue que je ne vois pas trés bien à qui l'auteur s'adresse. Tattva est aussi un terme du vocabulaire bouddhiste de l'époque (cf. le Tattvasamgraha de Kamalashîla). En revanche, l'idée est claire : la réalité "réelle" embrasse en les réconciliant tous les couples d'opposés (cf. la dernière stance "...les ennemis irréconciliables que sont dualisme et non-dualisme..."). C'est un thème classique de la tradition Kâlîkrama (cf. Vâtûlanâthasûtra, par exemple). Or cet hymne, comme tous les écrits de Ramyadeva, expose de même la doctrine Krama. Tout cela me semble former un faisceau d'indices cohérent.
Quant à l'attribution de cet hymne à Abhinavagupta, cela est de peu de poids. En effet, les manuscrits sont souvent formés de liasses compactes. Dès lors, les confusions entre auteurs sont légions. Par exemple, le prof. Sanderson a montré que la Prâtrîshikâlaghuvritti n'était pas d'Abhinavagupta.

Quoi qu'il en soit, l'idée de lire le Bhâvopahâra est une trés bonne idée. Je sais qu'il existe une traduction anglaise par Enrica Garzilli, mais je n'ai jamais réussi à mettre la main dessus.

Écrit par : anargala | 30/04/2006

l'identification au corps Il suffit en effet de ne pas être identifié au corps.
Il y a d'ailleurs une façon très simple de savoir si on l'est on non. Si quelqu'un te plonge la tête dans une cuvette et que tu restes calme jusqu'à ce que tu sois mort, c'est en effet que tu n'es pas identifié au corps. Si à un moment tu commences à te débattre, c'est qu'en fait tu es identifié.
Le test prend quelques minutes tout au plus et il est parfaitement représentatif de ce qui se passera au moment de la mort.

Écrit par : olfie | 01/05/2006

bhâvopahâra, encore et toujours... Et bien merci pour cet argumentaire précis et convainquant. Du reste, cela éclaire l'aspect un peu anarchique de cet hymne dont l'authenticité de la dernière stance était déjà mise en doute par Silburn.
Quant à lire le Bhâvopahâra, je me le suis mis de coté mais j'ai d'autres textes sur lesquels je dois me faire les dents avant (et ces dernières risquent de s'user bien avant l'issue souhaitée) un peu plus tard, peut-être. J'ai en effet vu cette traduction sur le site suivant qui se propose de le procurer http://www.unilibro.it/find_buy/product.asp?sku=168121, et ce pour la modique somme de 12,91€ plus un supplément de 5 € justifié par la recherche dudit ouvrage hors-commerce. Je suis dibitatif. Avez-vous tenté cette voie-ci ?
Autre question : connaissez-vous cette e-library, http://www.muktabodha.org/ ?
L'annonce à l'air alléchante (encore que de toute manière, j'ai déjà bien assez à faire avec ce qu'il y a à la maison, c'est purement compulsif :-)) mais le fait que ceci soit en connexion avec la Syda foundation et Gurumayi me rend méfiant (et puis j'avais la flemme de télécharger encore des logiciels pour avoir accès au fond).

Fini pour les questions ce soir, mais je reviendrai lire avec plaisir régulièrement.

Mangalam !

Ekapâdavatsa

Écrit par : ekapâdavatsa | 02/05/2006

Lire les textes Non, je n'ai pas essayé ce site italien. Les textes mis a disposition sur le site Muktabodha sont trés intéressants, notamment ceux fournis par Mark. Vous avez tout intérêt à vous y inscrire. Bonne route !

Écrit par : anargala | 04/05/2006

Les commentaires sont fermés.