06/05/2006

La liberté de la conscience

Après la Doctrine secrète de la déesse Tripurā (Tripurārahasyam), traduite par Michel Hulin et publiée chez Fayard (collection « Documents spirituels »), j’aimerais lire à présent quelques stances composées par un maître contemporain du Śivaïsme cachemirien, Rameshvar Jha. Ces stances seront tirées d’un recueil intitulé La liberté de la conscience (Saṃvitsvātantryam), publié en 2003 à Varanasi (Bénares) par ses disciples. Voici d’abord quelques éléments de sa vie, tels que rapportés dans l’introduction de son œuvre majeure, la Reconnaissance de la plénitude.

Rameshvar Jha naquit en 1895 dans un village du Mithila, une région du Bihar située prés de la frontière népalaise. Ses parents étaient de pieux brahmanes śivaïtes. Il fut instruit dans les sciences traditionnelles (grammaire du sanscrit, logique) auprès de nombreux maîtres de sa communauté. Elève exceptionnellement brillant, il fut très tôt encouragé par ses professeurs a enseigner et a composer ses propres œuvres. En 1933, il obtint des postes dans plusieurs collèges de sanscrit. Sévère avec ses élèves, il était particulièrement indisposé par le mensonge. Il s’exerca au yoga et au chant durant 14 ans auprès de son père, puis d’Akṣaya Jha. Vers cette époque lui advint son premier disciple, Rameshvar Joshi, grâce à qui les œuvres du maître sont aujourd’hui publiées. Joshi invita son maître à venir s’installer chez lui à Varanasi.

C’est alors que Rameshvar Jha rencontra, au Cachemire, le swâmi Lakshman Joo. Par son seul regard, il reçut la Grâce et arriva à la parfaite reconnaissance de son identité au Seigneur (pūrṇatāpratyabhijñā, titre de l’une de ses oeuvres) à laquelle il aspirait depuis toujours. Dès lors, il se plonga dans l'étude des Ecritures śivaïtes. Après 35 années de pratique et d’étude, incité par le grand savant Gopinâth Kavirâj, il fonda en 1940 une maison d’édition qui publia son œuvre majeur La reconnaissance de la plénitude (Pūrṇatāpratyabhijñā).

 

Puis il se mit à voyager au Cachemire et au Bihar pour y enseigner la logique (nyāya), le Védânta, la grammaire et le Śivaïsme du Cachemire. Il permit ainsi à de nombreux élèves, savants ou débutants, de parvenir à la plénitude de la Reconnaissance. Par sa générosité sans bornes, son extraordinaire créativité et sa familiarité innée avec les arcanes des textes, il permit au plus grand nombre d’accéder aux points vitaux de la connaissance et à leur identité avec Śiva.

Un disciple l’incita à écrire un manuel des philosophies traditionnelles, ainsi qu’une élucidation (ṭīkā) du Vākyapadīya de Bhatṛhari, l’un des plus grands penseurs de l’Inde. Mais il avait surtout un talent inné pour composer chaque jour, sans le moindre effort, des vers capables de faire reconnaître le Soi plein de félicité. Nous possedons aujourd’hui environs 10 000 stances composées par lui, ainsi qu’un Hymne au maître (Gurustuti).

En 1980 et 81, il reçut les titres les plus prestigieux de l’Université Hindoue de Bénares et du gouvernement indien. Il eut de nombreux disciples qu’il mena à l’état de Śiva et qui le considéraient comme un « nouvel Abhinavagupta ». Mais il avait coutume de dire ceci :

« Je ne fais pas de disciples ; personne n’est (mon) disciple. Ceux qui veulent être disciples, en un instant je leur confère le statut de maître ! »

« Je demeure dans l’Essence (svarūpa) » : telles furent ses dernières paroles, au milieu de la nuit du 12 décembre 1981.

12:57 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : rameshvar jha, pratyabhijna, tantra, tantrisme, yoga |  Facebook |

Commentaires

taille C'est de nouveau difficile à lire, un peu plus gros SVP.
Merci

Écrit par : mind | 06/05/2006

LOL Ben là t'es servi MDR

Écrit par : Tenryu | 06/05/2006

pourquoi demeurer dans l'essence? "Je demeure dans l’Essence (svarūpa)"
Par rapport à ce que l'humain ressent (perceptions, sensations etc) C'est quoi l'essence? Si la conscience est tout cela pourquoi préfere t'il demeurer ? en quoi demeurer est différent de la conscience?

Écrit par : martin | 09/05/2006

La conscience peut s'aliéner dans ses prpore créations "L'essence" est la conscience. La conscience est certes évidente. Mais ordinairement ses qualités (semblables à celles de Shiva) passent inaperçues. Or ce qui est vu sans être reconnu est comme inexistant. La conscience s'oublie et se croit soumises à ses prorpes créations. Si, en revanche, elle se reconnait elle-même comme omniprésente, si elle se reconnait comme identique à tout ce qui est, alors elle "demeure dans l'essence". L'individu se reconnait comme ce Seigneur qui joue librement à être cet individu.

Écrit par : anargala | 10/05/2006

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