08/05/2006

La conscience brille les yeux grand ouverts

L’unique conscience, la Bienheureuse,  éternelle,

brille les yeux grand ouverts.

Elle fait don de toutes les béatitudes.

Limpide, elle dissoud et crée. –1–

 

 

Apparence spontanée,

l’unique conscience brille.

A la fois distinctes et identiques,

les choses apparaissent en elle. 2

 

Car elle est la condition ultime,

l’Apparence qui fait apparaître le reste.

Génitrice de Śiva, de Brahmā et des autres (êtres),

Elle a pour forme propre une éternelle béatitude. 3

 

Ô Seigneur, mon amour pour Toi,

surabondance de l’ultime béatitude, puisse t-il exister toujours !

Amour du non-manifesté pour le Non-manifesté,

de l’éternel pour l’Eternel, 4

de celui qui possède une forme propre délimitée

pour Celui qui possède une forme propre délimitée.

Puisse aussi l’amour de celui qui a un corps exister de façon limitée

Pour celui qui prend appui sur le corps. 5

 

 

En se remémorant ses pieds, il ne reste plus rien à accomplir :

Hommage à lui ! Hommage à mon maître orné d’amour (pour Śiva) ! 6

 

Je célèbre le Seigneur, l’Un, le Soi, l’Indivis,

 le Non-manifesté, manifesté à travers de nombreuses formes

telles que Rāma, Śiva, Brahmā, Gaṇeśa, Sītā, Satī

la Parole, la Puissance infinie. 7

 

Sans second, dépourvu de corps, Śiva

m’accompagne éternellement grâce à la Puissance de souveraine liberté.

Bien qu’il soit apparent parce qu’il est Apparence évidente,

il s’incarne par compassion dans une forme de béatitude. 8

 

Je suis la racine de l’univers, spontanément accompli,

Apparence inninterrompue, sans connaissance.

Doué d’une Puissance de souveraine liberté, je suis manifestation multiple.

Dans le monde des hommes, je brille ici-bas (tel) un soleil incarné. 9

 

Avant l’expérience du bonheur, après celle du malheur, et aussi lorsque que ces expériences ont cessé, j’apparais.

Je suis toujours présent sous forme d’Apparence. 10

 

 Dans ces quelsques stances tirées de La liberté absolue de la conscience, « briller » et « apparaître » traduisent prakāśa et bhāna, qui ont justement ce double sens. Littéralement, ils désignent l’acte d’illuminer. Exister, en effet, c’est apparaître et être illuminé par la conscience. L’existence des choses est leur Apparence (prakāśamānatva). Du coup, cette philosophie n’a plus besoin de supposer une réalité cachée « derrière » les apparences. La réalité ultime est l’Apparence, mais l’Apparence – ou Lumière – indivise. Ce qui divise l’Apparence en apparences multiples, c’est la conscience (la « Puissance infinie » de la stance 7). Mais c’est aussi la conscience qui les unifie en elle-même. Car la dualité (entre les choses et entre les choses et nous) est elle-même Apparence ! Autrement dit, il ne peut y avoir dualité que dans l'absence de dualité. Le fait que l’Apparence (c’est-à-dire l’existence) semble se diviser, tout en demeurant indivise est sa liberté absolue, la souveraineté de Śiva.

10:30 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pratyabhijna, tantra, yoga, rameshvar jha |  Facebook |

Commentaires

Qualité Tu a une veine du tonnerre de pouvoir dénicher des texte de si grande qualité!!

Écrit par : Seb | 13/05/2006

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