17/05/2006

Que reste t-il d'autre ?

Parce que j’ai reconnu Śiva, le Soi,

je suis Apparent,

je suis fortuné, je suis accompli :

Que reste t-il d’autre ? 21

Ô Seigneur ! Ta remémoration

Fait se résorber le psychisme (citta)

Porteur de toutes les impressions

Et révèle l’union intime avec Toi. 22

 

Tu es toujours présent et Apparent.

Et pourtant, je Te garde présent

Afin de réduire à néant

Cette délimitation qu’est l’apparence du corps. 23

 

Ayant oublié l’impression du corps,

ne visant que Toi,

Le bonheur suprême engendré par l’identité avec Toi

sera mien. 24

 

L’être incarné qui Te remémore sans cesse

Ô Seigneur, est heureux.

Je crois que c’est par désir pour ce (bonheur)

Que Tu t’es incarné après avoir créé le monde. 25

 

Pour celui qui ne fait qu’un avec Toi,

Qui Te remémore jour et nuit,

Qui a obtenu la divine béatitude,

Pour lui il n’y a pas de différence entre plaisir (bhoga) et délivrance (mokṣa). 26

 

[bhoga désigne l’expérience affective en général (joie, peine, etc.) ainsi que les renaissances paradisiaques et les pouvoirs surnaturels]

 

L’âme dotée de toutes les facultés, caractérisée par la finitude,

Brille dans le Cœur.

Tout ceci apparaît dans Ta Présence,

Car, Ô Grand Seigneur, Tu pénètres le corps et le reste. 27

 

Lui qui embrasse toutes choses, Lui qui est plus grand que le Grand,

Dieu, se tient Un, océan de compassion.

C’est Lui que je suis. Je ne suis pas séparé de Lui,

Puisque rien n’est séparé de Lui. 28

 

Pour ceux qui voient l’univers entier, macrocosme et microcosme, comme engendré par leurs propres Puissances, pour ceux qui goûtent aussi cet objet (à la fois) éternel et cependant actuel, pour ceux qui perçoivent l’existence et l’expérience mondaine - stable ou éphémère - comme ce bien-être qu'est le Soi, pour eux qui ont obtenu le Fruit en voyant les pieds du maître, le monde est leur propre Soi. 29

 

[L’univers est le Soi. Donc toute expérience est expérience du Soi, à la fois « éternel et cependant actuel »]

 

Il y a des fortunés qui reviennent dans le monde pour sauver les êtres.

Ils sont Śiva, ils ont reconnus la réalité par la grâce du maître et de la divinité qu’ils ont adoré avec foi.

Présents dans le royaume terrestre, ils n’ont d’autre corps que la pure conscience.

Pour eux qui sont immergés dans la béatitude du Soi, il n’existe ni bonheur ni souffrance. 30

 

La Liberté de la Conscience, 21-30, Rameshvar Jha.

 

 

17:43 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : pratyabhijna, tantra, yoga |  Facebook |

Commentaires

! Anargala, tu nous combles avec ces textes magnifiques.

Écrit par : mind | 18/05/2006

Oui, tu nous combles, et tu nous enrichis, nous autres incultes.

Je sens cependant que comparée à l'original sanskrit, la traduction n'est qu'un reflet distant ....

A quand un réalisé Français qui soit aussi poëte !!!

Écrit par : Tenryu | 18/05/2006

Fond et forme, logique et poésie Tenryu :
Oui, il est difficile de combinner poésie et philosophie, tant pour l'auteur que pour le traducteur. Selon Abhinavagupta et la poétique indienne, le but de l'art est la délectation (rasa) et non l'instruction (vyutpatti). Evidemment, on peut être tenté d'instruire en procurant du plaisir. Mais le plaisir doit rester l'élément prédominant. Et c'est ce plaisir qui permet de communiquer un contenu doctrinal. Ultimement "Le plaisir et l'instruction ne sont pas choses différentes, car leur objet est le même", à savoir la béatitude du Soi.
Ceci dit, combinner la philosophie (qui raidit l'esprit) et la poésie (qui est censée l'assouplir), n'est pas chose facile. Pour la traduction, la difficulté est la même : si je met l'accent sur la forme poétique, je crains d'occulter quelque peu l'argumentation solide qui se cache derrière elle. A mon humble avis, le sens philosophique est, en général, plus important que la forme.

Écrit par : anargala | 19/05/2006

Oui, J'ai constaté exactement la même chose dans mes essais de traduction du Coran.

Tes mots sont parfaits pour exprimer ce qui m'éblouit dans l'écoute du Coran : la beauté de la poésie assouplit mon coeur, et cette poésie même porte le sens philosophique. La dévotion qui s'ensuit fait vibrer le tout dans l'être tout entier.

Pour bien traduire ça, il faudrait qu'en nous soit unies philosophie et plaisir :)

Écrit par : Tenryu | 19/05/2006

Regret mantrique A quoi on peut ajouter les qualités sonores de tels textes inspirés, qui touche le corps par ses vibrations, dépassant beauté et compréhension ordinaires.

Certains ne pensent pas ainsi, mais encore une fois avec le Coran, j'ai pu constater que la délectation vient aussi des séquences vibratoires induites par les syllabes et consonnes, qui là aussi, sont vraiment particulières aux textes originaux, donc intraduisibles.

Écrit par : Tenryu | 19/05/2006

mantra et chant arabe Bon Tenryu comme tu as l'air bien disposé, voici de quoi développer une délectation vibratoire commençant par la vue !

Écrit par : mind | 19/05/2006

Oh mon Dieu quel ravissement !

Merci Mind pour la délectation.

Tiens hier j'ai vu un film égyptien, "le destin", qui relate la relation d'Averroès et du pouvoir, à l'heure de la chute du dernier royaume arabe d'Andalousie.

Écrit par : Tenryu | 20/05/2006

Daniélou Dis Anargala, toi qui a vécus un peu a Bénares, que pense tu de l'oeuvre d'Alain Daniélou?

Écrit par : Seb | 20/05/2006

références Bonjour Anargala

Quel pied ces textes! !

Il y a quelque temps tu m'avais parlé que le texte du kalachakra avait été publié dans son intégralité en Inde et qu'il y avait même une traduction compléte en français sur internet. Pourrais-tu retrouver les références de ces écrits? Merci

Djilo

Écrit par : Djilo | 21/05/2006

blog Tu peux aussi les laisser sur mon blog si tu veux. C'est que j'hésite à mettre mon adress mail sur un site, je sais pas si ça se fait, apparement Tenryu le fait .. ça doit pas poser problème mais bon.. Merci

Écrit par : Djilo | 21/05/2006

Daniélou et la Roue du temps Seb :
Daniélou a un grand mérite, celui d'avoir fait venir la musique hindoustânie et le dhrupad en Occident. Quand j'étais jeune, j'ai lu ses livres avec enthousiasme. Puis, en creusant, son racisme m'a dérangé. Son gourou, Karpatri Swami, était un Hindou conservateur. Son successeur (Sri sri etc.... Svarûpânanda) est un militant di BJP et du VHP, les principales organisation intégristes hindoues. A Bénares, on peut visiter l'ashram de ce personnage important ("Shrividya Mutt" vers Kedar Ghat) ainsi que le samâdhi de Karpatri et la maison de Daniélou. Bref, il y a des choses plus intéressantes.
Djilo :
Le texte de la Vimalaprabhâ (principal texte du Kâlacakra) a été publié à Sarnâth par le Tib. Inst. for Higher Studies sous la direction de Sambhong Rimp. et Vraj. Dvivedi, en 3 vol. Pas de trad. en français, en dehors des quelques chapîtres publiés par S Strill-Rever. Par contre, en anglais, il y a les trad. de Vesna Wallace et le com. "Ornament of Stainless Light" par un gelugpa du XVIIème (voir Wisdom Books). Sinon, il y a la Sekoddesatikâ de Naropa, excellent résumé des points essentiels du Kalacakra, notamment de pratiques de vision : c'est traduit en italien et en anglais, dispo gratuitement sur le site kalacakra.net. Faut être initié, bien sur... Mais bon, tout dépend de ce qu'on entend par "initié". Sur ce site, on trouve aussi, en anglais, des sâdhanas de Kalacakra de toutes les grandes traditions, et même le commentaire de Mipham, qui compare Kâlacakra et Dzogchen. Bon courage !

Écrit par : anargala | 21/05/2006

merci merci

Écrit par : seb | 23/05/2006

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