24/05/2006

"Je te vois ici-bas..."

J’ai fait ce qu’il y avait à faire.

Je suis comblé.

Je repose en moi-même, par moi-même.

Bien que transmigrant et incarné,

Je ne succombe pas à l’égarement. 41

 

Je suis félicité et conscience, je suis toujours délivré.

Mon corps est toujours plongé dans la félicité et la conscience.

L’univers apparaît tel un tout de conscience et de félicité.

Rien n’apparaît séparé de la félicité de la conscience. 42

 

Ce que je désire être et percevoir encore et encore,

Ce à quoi j’aspire tant et plus en vue d’une satisfation toujours illusoire,

Cela, ce filet de mes imaginations, je le laisse à présent :

Je repose en ma propre essence éternelle, conscience immaculée,

Belle, bonne et vraie (satyam śivam sundaram). 43

 

Ce que je perçois chaque jour et que je m’efforce de comprendre,

Ce que je désire goûter longtemps après l’avoir obtenu,

Tout cela se révèle n’être que mon imagination,

Un quasi-néant voué à disparaître.

L’ayant laissé, je suis appaisé, immaculé, éternel, établi, sans rien à accomplir. 44

 

Voici que j’ai passé ma soixante-et-unième année, et

J’ai découvert la conscience.

Nulle part, jamais je n’avais vu la paix

Promise par les mots « pluie d’ambroisie ». 45

 

Quoi qu’il apparaisse en moi dont le corps est Apparence limpide, libre et sans-second,

C’est sous ces formes que j’apparais toujours, fulgurant en tant que corps.

Mais délaissant la fragmentation engendrée par la durée, je me tiens en mon essence.

Là, je suis établi dans la grande lumière, à la fois support de toutes choses et vide de toutes choses. 46

 

Je ne suis ni le corps ni les organes ni le vide non plus.

Je suis incolore, je suis sans savoir.

Accompli, je ne suis pas une chose à accomplir.

Je suis éternellement baigné de paix, loin de tout affairement et nécessité.

Comblé, je suis plein à raz-bord de tout ce qui est désirable, je suis limpide, sans attentes. 47

 

Ce que je suis, c’est le seigneur éternel.

Partout j’apparais.

Je suis ce dieu qui est Śiva et la Puissance,

Je suis stable, éternel, sans-second. 48

 

Certains te remémorent jours et nuit sous la forme du seigneur Rāma.

Certains vénèrent la lumière toujours sereine, le suprême firmament de la conscience.

D’autres connaissent le Brahman suprême, leur esprit occupé par leur objet.

Mais moi, ô Dieu ! je te vois ici-bas, éternel, un, pur, fait de tout. 49

 

Quand une chose apparaît, j’apparais.

Quand j’apparais, alors elle apparaît.

Cette objectivité qui fragmente l’Apparence

Repose en moi qui suis Apparence. 50

 

La liberté de la conscience, 41-50, Rameshvar Jha.

 

 

10:35 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pratyabhijna, tantra, yoga, rameshvar jha |  Facebook |

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