31/05/2006

Réflexion et dévotion sont-elles vraiment incompatibles ?

Saviez-vous qu'il existe une magnifique traduction française des Hymnes à Shiva (Shivastotrâvalî) d'Utpaladeva par Roselinne Bonnet, chez Adrien-Maisonneuve ? C'est le complément indispensable des Stances sur la Reconnaissance du Seigneur (Îshvarapratyabhijnâkârikâ), récemment parues chez l'Harmattan.

 

Rien n'est requis pour te voir,

Rien ne s'y oppose non plus

Puisque tout est inondé de toi seul !

Alors comment maintenant n'es-tu pas vu ? XII, 1

 

Pour le monde,

Qu'est-ce qui n'est matière à t'obscurcir ?

Et pour tes adorateurs,

Il n'est rien qui puisse te cacher ! XVI, 1

 

Pour certains,

ton hommage n'est qu'une voie cérémonieuse

En vue de t'atteindre

Mais pour tes adorateurs,

Il est l'épanouissement même

De leur unicité en toi. XVII, 40

 

Ils n'auront guère conscience

De l'essence merveilleuse des êtres,

Les gens vaniteux,

Car celle-ci se révèle telle

Dans un effort de connaissance ;

Mais en revanche,

Si je ne prend pas en considération

Cette conscience-de-soi, ici-même,

Alors je suis perdu ! XVIII, 3

 

 

12:52 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : pratyabhijna, tantra, yoga, bhakti, shiva, shakti, utpaladeva |  Facebook |

Commentaires

C'est beau la connaissance par les textes Je suis au calme sur mon balcon, je contemple les arbres devant moi en écoutant les sons communs de la nature, prenant en considération, cette conscience-de-soi, ici-même. Tout est là pour m'offrir l'extase, la béatitude, pour immerger ma conscience dans le vide et l'immédiat.

Le bonheur sans soucis, la détente de l'esprit, la tranquilité que je ressens sur mon balcon face à la nature, pourrait se confondre avec l'état d'extase et de contemplation, avec l'état d'ataraxie, de béatitude, de joie ou d'éveil dont parlent les expérimentateurs mystiques.

Mais ce n'est pas le cas et votre blog prouve que vous ne l'avez jamais expérimenté.

Les instants de bonheur, de joie, de quiétude et de sérénité que je ressens parfois dans l'état "normal" lorsque je m'accorde une bonne détente dans le soi, n'ont rien à voir avec le bonheur, la joie, la quiétude, la sérénité IMPERTURBABLE de l'extatique.

A la différence de l'impassible "détente" extatique, votre détente est superficielle et "mal accrochée". Au plus petit craquement de branche, au moindre mouvement dans les feuillages, à la moindre traversé d'un souvenir, d'un dessein, d'un désir ou d'une envie, votre conscience quitte l'immédiat, vos 180° et votre esprit met en branle sa mécanique de réflexion, d'inquisition, de questionnement, de supposition, en aspirant avec elle toutes les bonnes sensations générées par l'esprit véritablement vide.

Non seulement la conscience de l'homme "normal", c'est à dire de l'homme dans tous les états hors extase, est incapable de rester longtemps dans le vide et l'immédiat (elle est constamment parcouru de remémorations, de projections, d'attentions, ... ) mais son corps non plus, ne peut tenir longtemps en place, il demande rapidement d'agir, de s'exprimer, de créer, finalement de construire.

C'est au prix d'efforts sur-humain, que l'ascête parvient à maîtriser les mouvements indépendants de son corps et de son esprit pour rester en position méditative, l'esprit vide, sans désir, la vigilance animale remplacée par l'éveil au vide, à l'éveil absolue de la conscience vide.

Etre détendu et heureux, pleinement conscient de ce bonheur et de cette détente, ressentir les parfums de la nature ou le vent chaud sur son corps, vivre une certaine forme de bonheur, la plupart d'entre nous l'expérimentons de temps en temps, lorsque les contingences de l'action libèrent un moment nos existences du forcené et de l'inconscience, n'a rien à voir avec l'éveil ou la vacuité dont parle l'indouisme et le bouddhisme.

La conscience extatique, la conscience du béat, de l'éveillé, du nirvanien, n'est pas parasité par les mouvements de l'esprit. Toute activité subjective est éteinte dans la béatitude. L'extatique devient donc l'émanation de son être profond, de l'Etre finalement, puisqu'il y a extinction de l'étant.

Écrit par : Lama Kiki | 31/05/2006

Ah non !!! Certes, Lama Kiki, ce que vous supposez à propos de l'expérience intérieure d'Anargala est probablement vrai, mais vous disposez d'aussi peu de moyens de le vérifier que moi.

Par contre, quand à la dichotomie que vous introduisez entre de menus plaisirs simples et sains, et la félicité et béatitudes originelles de l'être, là je dis : AH NON !

Sans prendre la peine d'argumenter, je vous oppose cette pensée : non seulement les plaisirs simples et sains tirent leur source dans la félicité et béatitudes naturelles, mais les plaisirs compliqués et malsains aussi. J'ajouterai que les souffrances diverses et variées ne sont composées que d'une matière : la félicité et la béatitude, inséparables et indistinguables de notre nature.

DONC les menus plaisirs et les situation de détente harmonieuse ne sont pas l'expérience de la félicité et béatitude naturelles, mais ils en procèdent, et en suivant ce fil d'Ariane, il se pourrait que notre nature profonde se mette à briller, parvenant ainsi sur le devant de la scène, ou au moins, s'en rapprochant.

Ce sont de bonnes occasions, c'est tout. Penser qu'Anargala prétend que ce sont des moments d'éveil n'est pas juste, à mon avis, m'enfin il confirmera.

Ceci dit, votre exposé n'est pas sans intérêt, je trouve en tout cas qu'il est bien exprimé.

Écrit par : Tenryu | 31/05/2006

Ah si !!! Ce que dit lama kiki c'est que pour que la conscience puisse " être", il faut que le tenryu que tu crois être, avec ce tu aimes et redoute s'efface devant la vérité, le ressenti vrai des sensations non déformées, le plaisir, la douleur non analysées par le vécu et l'imagination du tenryu.

Quand tu regardes les Zozios sur ton balcon, c'est le tenryu qui regarde, il faut arriver à un autre regard mais sans le tenryu.

Et le tenryu avec ce qu'il aime et redoute est un Amplificateur – Recollecteur- Synthétiseur de sensations (dernier modèle, un " ARS- TENRYU-40 B " une merveille du genre, 10 000 euros tout de même, 10% fait aux lecteurs d'anargala chez Mérite et patience

Casser l'ampli à 10 0000 euros= libération.

Ce n'est qu'en augmentant ta capacité a ressentir les sensations plaisantes ou douloureuses sans les filtrer, tels qu'elle se présentes réellement, avec détachement sans laisser ton imagination intervenir que tu pourras voir le constructeur et la sortie.

Alors oui sans ampli, c'est franchement fade voir douloureux, un peu a la manière d'un alcoolique ou d'un fumeur sans sa dose, comme si tu supprimes d'un seul coup le sel, les épices, le vin dans ton alimentation, ce n'est pas drôle et ça donne l'impression que ça ne vaut pas la peine d'être vécu, surtout si autour de toi d'autres font joujou toute leur vie avec des amplis encore plus chères et ont l'air de s'éclater comme des bêtes.

Se lancer dans la quête de la libération, casser l'ampli sans avoir maîtrisé l'impermanence, franchi le pic de la douleur, ne peut mener qu'a un état de manque et de dépression, voir au suicide.

Alors le mieux dans notre société est de garder son ampli et faire ce que dit anargala : retourner son attention à 180, rester dans ce point qui est avant le monde et tenir le plus longtemps possible, le jhana est au bout, puis un autre et rien de définitif.

Mais c'est toujours merveilleux.

Écrit par : gratouille | 01/06/2006

Ici et là-bas En vérité la révélation proclame que l'amour à l'égard de toute chose est pour l'amour du Soi. De ce fait le Soi, libre ou asservi, a pour nature la félicité. 55
"Demeure comme tu es, sans te faire de soucis", car le but est bien assuré. En cela même consiste la discrimination. Et qui d'autre (que le Soi) enseignerait ainsi et à qui ? 64
Grâce à cette Réalité dont l'essence est ambroisie, ne l'effleurerait-il qu'un instant, tout être qui transcende tout obtient la Beauté perpétuelle et universelle. 66
Mahârthamanjarî
Ô Déesse, cette Intelligence à double pôle qui fait surgir sujet connaissant et objet connu, s'épanouit grâce à Ton activité sans que Ton essence en soit (jamais) polluée. Quel sage (en ces circonstances) n'obtiendrait par elle la délivrance !
Cidgaganacandrikâ, traductions L. Silburn

Quand je regarde Celui Qui Regarde, je ne vois nul centre ni aucune chose, grossière ou subtile. Je ne la comprend pas, mais cette vision est claire par elle-même. Entre ce "rien" et le "tout" des choses, je n'observe aucun voile. En revanche, Anargala n'est qu'un amas de voiles, innombrables. On en n'a jamais fini avec eux. La Déesse soit louée, Ici il n'y a que limpidité parfaite et impartiale. Chacun a un point de vue différent sur Anargala, les oiseaux et le reste. C'est ce qui fait la dignité de la personne et c'est ce qui rend si difficile de s'entendre. Par contre, Ici est la non-chose la plus aisée à partager. La seule communion possible, peut-être, car il n'y a Ici aucune distance et aucun voile, rien qu'un espace vide, illimité et lucide, accueillant sans parti pris toutes nos différences. D'accord ou pas, qui voit tout cela ?

Écrit par : anargala | 01/06/2006

Ici est la non-chose la plus aisée à partager "Demeure comme tu es, sans te faire de soucis", car le but est bien assuré. En cela même consiste la discrimination. Et qui d'autre (que le Soi) enseignerait ainsi et à qui ? 64"

Pour que l'être soit dans la plénitude de lui-même, il faut qu'il se vive et non pas qu'il se pense, s'il se pense ou s'il s'observe, il est extérieur a sa conscience, il est double, il y a un être et un sujet pensant ou observant, et c'est ce sujet extérieur dans ce cas-là qui ressent à la place de l'être et non pas l’être qui ressent.

Le sujet ressent les sensations du sujet, de la personne, " moi, je ressens tel ou tel chose, à travers tout mon pathos qui surcharge mon véritable ressenti ". Le sujet perçoit les choses à travers son ego et son moi, qui sont extérieurs à l'être, extérieurs à la conscience objective et pure.

Tant que c'est le sujet qui observe, perçoit ou commente ce qu'il ressent, il ressent l'observation ou le commentaire de la sensation, mais pas la sensation pure.

La véritable plénitude de l'être se vit sans se penser ni se subjectiviser, l'être devient cette conscience absolue.

C'est la béatitude, le nirvana, l'extase, c'est l'être en soi qui se ressent, c'est pourquoi, dans cette expérience, il y a dissolution de l'ego, du moi, c'est-à-dire du sujet, de la personne.

La conscience absolue écarte également tout ce qui est ressenti à travers nos pulsions, nos désirs et nos tendances, car toutes ces facultés appartiennent aussi au moi, à l'ego, au sujet.

C’est pourquoi il est très difficile à l'homme d'atteindre cet état de conscience absolue. Il doit en effet cesser de penser, de projeter, de se considérer à travers toutes les caractéristiques du sujet, il doit également cesser de réagir et de désirer ... Nous retrouvons bien là tout le travail de l'ascète.

Écrit par : Lama Kiki | 01/06/2006

Gratouille, je dois en effet avouer qu'il m'apparaît ainsi, quelques fois le chemin, ou en tout cas c'est ma triste réalité, de préférer que mon ampli fonctionne bien et ait la vie longue, dans un confort et un bonheur sans remous.

De plus, je présente la croyance que c'est lorsque l'ampli fonctionne bien et que les conditions sont bonnes que la dissolution du matériel egotique peut s'amorcer sans trop de risques.

Je pourrais être d'accord, Anargala, et voir ce que tu dis, mais à vrai dire je ne sais pas très bien. Il se pourraît que ce dont nous faisons l'expérience ne soit qu'une construction, comme le suggère, je crois, Lama Kiki.

Il se pourrait que ce que tu décris ne soit qu'un aspect de notre ampli, qui pourrait servir d'horizon (ou de carotte) dans la voie, jusqu'à ce que la voie, si nous l'empruntons jusqu'au bout, déchire cet horizon pour révéler une nudité qui n'a rien à voir avec les concepts.

Quelques fois, je subodore qu'il y a un au-delà de l'expérience du Soi, comme semblent le suggérer certaines expériences de yogis, au-delà qui réduit nos attentes à de la fine poudre.

M'ouais, pas très inspirant tout ça en effet ......

Écrit par : Tenryu | 01/06/2006

le chemin Gratouille,
c'est bien cela, depuis que je pratique comme conseillé par Lama Kiki, avec la sensibilité développée, les sensations produites par le corps sont suffisamment présentes pour ne plus se confondre avec celles produites par les contenus mentaux.
En méditation assise, sans bouger, il me semble maintenant que le carburant du moi soit la réaction à l'aversion de la douleur de la posture.
Chaque jour en ne réagissant pas à l'envie de bouger, je diminue la force de l'ego et me place d'avantage dans l'attention.
De plus maintenant dès que je porte l'attention sur la douleur, cette dernière disparait de plus en plus vite si je reste dans l'observation sans l'envie de réagir. Je déconseille ça dans la vie de tous les jours, mais en position assise dans ma chambre, je risque rien et ça transforme ma vie.

Voir le post précédent de mon Lama Kiki
Méditer au lieu de bavarder (une vache blanche, les pattes en bretzel, 1 heure par jour)
http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/comment.php?post_ID=3053328&nuPage=2

Écrit par : jesus | 05/06/2006

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