09/06/2006

Eveil et éternuement

Beaucoup de gens parlent de "rester centrer" malgré les émotions. Mais les chocs émotionnels sont des Eveils à l'Absolu.

Encore des grands mots, me direz-vous. Vous n'avez pas tord : le Bouddhisme tantrique affirme souvent que "les émotions sont la Sagesse". Sauf qu'on ne peut le vérifier qu'aprés 100 000 prosternations et je ne sais combien de millions de prières marmonnées...

Le Shivaïsme du Cachemire formule la chose d'une manière qui la rend immédiatement vérifiable. " L'Eveil est ce dont procède une nouvelle pensée chez un homme (déjà) occupé à la poursuite d'une première. Qu'on en prenne conscience par soi-même !" Evidemment, il ne s'agit pas ici de choc émotionnel. Cet exercice se pratique "à froid", assis ou ailleurs, la seule chose importante étant la capacité d'obervation. Notre vie mentale n'est faite que d'une suite de pensées-sensations. Quand une nouvelle pensée surgit - comme un petit choc ou un petit gong - elle commence par un vide clair, une pure lucidité muette. Habituellement, cet Eveil est si bref qu'il passe complètement inaperçu. Trés vite, en effet, cette limpidité instaurée au premier instant du surgissement se cristallise en une pensée qui s'enchaîne à d'autres. Mais dès lors que l'on a perçu un tant soit peu cet espace, on comprend aisémment que tout changement, tout passage d'une chose à une autre, est une porte ouverte vers "biiiiiiiip" (chacun lui donnera le nom qu'il veut). Et comme tout change sans cesse, chaque instant est une occasion d'Eveil. Tout recommence à chaque petit choc, comparable au son d'un bol tibétain. La pratique consiste alors à suivre cette résonnance assourdissante et à observer comment Elle devient une pensée déterminée. On y gagne plusieurs convictions : L'Eveil est immédiatement disponible ; L'Eveil peut se prolonger sans efforts, pour peu qu'on y mette un peu du sien ; L'Eveil revient, car toute pensée finit, ou est remplacée par une autre. Cette dernière découverte est cruciale : L'Eveil semble ne pas durer, mais toute pensée finit par être interrompue par lui. Du coup, je suis moint angoissé de le "perdre", je le savoure, je m'en délecte. Sur ce fond de plus en plus présent, la pensée prend une autre saveur. Confiant dans le fait que tout changement de pensée ou interruption inopinée est synonyme d'Eveil, je suis moins tenté d'opposer pensée et Eveil. Comme dit le Tailleur de flèches : "Les pensées sont comme des corbeaux sur le mat d'un navire. Même s'ils s'en vont, ils ne peuvent que revenir."

Une fois préparé de la sorte, on peut vérifier que la même chose se passe lors des vrais chocs émotionnels, "à chaud". Sur le plan théorique, il n'est pas difficile de comprendre qu'un choc violent réalise la même chose que les tout petits chocs de notre torpeur douillette. A la limite, plus le choc est rude, plus l'Eveil est puissant, comme un coup de hache qui peut, littéralement, nous laisser sans tête. D'aprés mon expérience, je ne nie pas qu'une discipline méditative soit utile. Elle est même peut-être indispensable pour expérimenter l'Eveil "à froid". Mais dans les situations limites (qui arrivent plus souvent qu'on s'en souvient), les techniques sont par définition inutiles. La seule chose qui compte peut-être, alors, c'est l'amour. Mais l'amour est encore un autre nom pour l'attention, attention qui est la clef.

Quoi qu'il en soit, comme la méditation "à froid" ne suffit pas, il faut un jour ou l'autre se lancer, amour ou pas. Cet Eveil dont parle le Shivaisme est le premier instant de toute pensée ou de toute émotion, avant que celle-ci ne se concrétise en désir de quelque chose ou en peur de quelqu'un.

"Cet (élan) se décèle dans la région du coeur à l'instant où l'on se souvient d'une chose que l'on a à faire, lorsqu'on apparend une nouvelle heureuse, au moment où l'on éprouve de la fraiyeur, où l'on assiste à un spectacle innatendu, dans le flot de l'émission (du sperme), lorsqu'on déclame à toute allure, lorsqu'on s'enfuit à toutes jambes" (Shiva Drishti)

"Au commencement et à la fin de l'éternuement, dans la terreur ou l'anxiété, ou (quand on surplombe) un précipice, lorsqu'on fuit le champ de bataille, au moment où l'on ressent une vive curiosité, au stade initial ou final de la faim, etc., la condition qui est l'existence - le Brahman - (se révèle). A la vue d'un certain lieu, qu'on laisse aller sa pensée vers des objets dont on se souvient. Dès qu'on prive son corps de tout support, le Souverain omniprésent s'avance". (Vijnâna Bhairava)

"La présence du spanda est bien attestée chez celui qui est au comble de l'exaspération, ou de la joie; chez celui qui se demande "Que faire?" ou qui court en tous sens". (Spanda est synonyme d'Eveil dans les Spanda Kârikâ)

"Si l'on réussit à immobiliser l'intellect alors qu'on est sous l'emprise du désir, de la colère, de l'avidité, de l'égarement, de l'orgueil, de l'envie, la réalité de ces (états) subsiste seule". (Vijnâna Bhairava).

Peu importe que le choc soit de joie ou de peine, de plaisir ou de douleur, car au premier instant il perce à travers la croûte de nos habitudes et de nos repères. Qu'une telle merveille se cache dans les pires moments de notre existence, c'est aussi ce que l'art nous révèle. Pourquoi autrement se délecterait-on de drames et autres émotions négatives ? 

 

 

Commentaires

pour vous aider Florence guibellini à déjà expliqué tout cela bien avant vous, je vous invite à lire son blog:
www.blogchen.net/flo/
exemple sur son ancien site:
Pratique de Trekchö
Lorsque les pensées passées ont cessé et avant que les pensées futures ne soient survenues, dans l’intervalle, n’y a-t-il pas une perception du présent, claire, éveillée, nue, dont la totale fraîcheur n’est jamais altérée d’un cheveu ? Ho ! c’est là rigpa lui-même. Maintenant, l’on ne demeure pas dans cet état en permanence. Un pensée, à nouveau, ne surgit-elle pas soudainement ? C’est là une manifestation de rigpa lui-même. Si par contre, on ne la reconnaît pas pour telle, lorsqu’elle advient, cette pensée se répand en pensées ordinaires ; c’est ce qu’on appelle : « l’enchaînement de l’erreur », c’est la racine du Samsara. Si l’on reconnaît simplement la nature des pensées au moment où elles surviennent, sans les poursuivre, les laissant librement à elles-mêmes, alors, quelles que soient les pensées qui surviennent, elles seront tout naturellement et aisément libérées dans l’espace du Dharmakaya. C’est là la pratique principale qui unit la Vue et la Méditation du Trekchö. (Dudjom Rinpoche, La Quintessence de la réalisation).

J'apprecie bien votre site.

Écrit par : Lyse | 09/06/2006

pour vous aider (re)
Florence guibellini à déjà expliqué tout cela bien avant vous, je vous invite à lire son blog:

www.blogchen.net/flo/

exemple sur son ancien site:

Pratique de Trekchö
(copier/coller)
Lorsque les pensées passées ont cessé et avant que les pensées futures ne soient survenues, dans l'intervalle, n'y a-t-il pas une perception du présent, claire, éveillée, nue, dont la totale fraîcheur n'est jamais altérée d'un cheveu ? Ho ! c'est là rigpa lui-même. Maintenant, l'on ne demeure pas dans cet état en permanence. Un pensée, à nouveau, ne surgit-elle pas soudainement ? C'est là une manifestation de rigpa lui-même. Si par contre, on ne la reconnaît pas pour telle, lorsqu'elle advient, cette pensée se répand en pensées ordinaires ; c'est ce qu'on appelle : « l' enchaînement de l' erreur », c'est la racine du Samsara. Si l'on reconnaît simplement la nature des pensées au moment où elles surviennent, sans les poursuivre, les laissant librement à elles-mêmes, alors, quelles que soient les pensées qui surviennent, elles seront tout naturellement et aisément libérées dans l' espace du Dharmakaya. C'est là la pratique principale qui unit la Vue et la Méditation du Trekchö. (Dudjom Rinpoche, La Quintessence de la réalisation).

J'apprecie bien votre site et le site de flopinette va beaucoup vous servir dans votre recherche.

Écrit par : Lyse | 09/06/2006

Merci J'avais pensé à mettre un lien hypertexte, mais j'y ai renoncé pour ne pas faire "érudit", puisque cela semble énerver certains et que tel n'est pas mon but ici.
De plus, les textes que je cite sont sensiblement plus anciens que ceux de Dudjom Rimpoché ou même que les tantras du Dzogchen Nyingthig, puisqu'ils remontent au moins au VIIIème siècle.
Quant au contenu, Dudjom mentionne bien quelque chose qui ressemble à l'Eveil (unmesha) dans l'intervalle entre deux pensées, mais il ne parle pas des émotions comme de circonstances où l'on pourrait le reconnaître. D'ailleurs, la première partie du texte intégral (disponible en anglais et en entier sur le net - rechercher "The Alchemy of Realisation"; voir aussi "Wisdom Nectar", traduit par Ron Garry) est consacré à la préparation de la pratique, qui consiste à se retirer du monde, donc des émotions. Dans la dernière partie, il mentionne certes les circonstances adverses comme autant d'épreuves (lhong) à passer. Ce peuvent être des chocs dus à une perte, une maladie, etc. Mais nullepart ils n'analyse les émotions comme le font les textes du Shivaïsme du cachemire.
Enfin et surtout, il menace d'aller en enfer le pratiquant dzogchen qui ne ferait pas preuve d'une dévotion sans borne envers le maître. Pour le Shivaïsme, le maître est un moyen parmi d'autres. Mais le plus important reste l'Eveil, que l'on peut découvrir "Par le maître, ou par un texte, ou bien par la grâce" (dixit Abhinavagupta).
Ceci étant l'Eveil lui-même est atemporel.

Écrit par : anargala | 09/06/2006

C'est votre blog après tout.... Quelle serait, à votre avis, la voie la plus directe pour parvenir à la perception du divin?

Par l'acceptation totale de l'absence de divin.
Par la prise de conscience que tout votre fonctionnement est sans cesse refus, sans cesse ajournement.
Par la prise de conscience que l'on vit uniquement dans la mémoire, que le corps vit sans cesse dans l'attraction-répulsion, dans la peur, qu'il y a sans cesse cette référence à soi-même.
Cette vision de l'absence de Dieu est le premier reflet de la divinité.

Eric Baret - "le sacre du dragon vert" (Shivaisme du cachemire)
http://nondualite.free.fr/c_ebaret.htm



PS:
"Agrippés au monde extérieur, ils s'accrochent à l'étude de livres qui ne sont jamais qu'un moyen, et ne savent pas vraiment comment s'assurer de la vérité de l'auto-réalisation, qui est la Vérité non défigurée." - Le Lapin

Ce blog compilation de textes de la Fnac est très interressant, mais beaucoup plus pernicieux en sont les conclusions de l'auteur..................

C'est là que érudition et sagesse se séparent souvent..................

Écrit par : spanda | 11/06/2006

Quelle serait, à votre avis, la voie la plus directe pour parvenir à la perception du divin?

Par l'acceptation totale de l'absence de divin.
Par la prise de conscience que tout votre fonctionnement est sans cesse refus, sans cesse ajournement.
Par la prise de conscience que l'on vit uniquement dans la mémoire, que le corps vit sans cesse dans l'attraction-répulsion, dans la peur, qu'il y a sans cesse cette référence à soi-même.
Cette vision de l'absence de Dieu est le premier reflet de la divinité.

Eric Baret - "le sacre du dragon vert" (Shivaisme du cachemire)
http://nondualite.free.fr/c_ebaret.htm



PS:
"Agrippés au monde extérieur, ils s'accrochent à l'étude de livres qui ne sont jamais qu'un moyen, et ne savent pas vraiment comment s'assurer de la vérité de l'auto-réalisation, qui est la Vérité non défigurée." - Le Lapin

Ce blog compilation de textes de la Fnac est très intéressant, mais beaucoup plus pernicieux en sont les conclusions de l'auteur..................

C'est là que érudition et sagesse se séparent souvent..................

Écrit par : spanda | 11/06/2006

Merci bis Merci pour cette autre compilation de "texte de la FNAC" !

Écrit par : anargala | 11/06/2006

Purée .... .... ça doit pas être la saison ....

Mais n'y a-t'il plus d'espri, en France ?

Voilà qui donne envie de retourner en Inde, non ?? ;-)

Écrit par : Tenryu | 11/06/2006

Anargala, Pourquoi attendre que la vie donne une occasion de voir l'éveil ? Super Tenryu est de retour ! tu avais soudainement disparu !...

C'est vrai qu'arnagala à toujours voulu nous faire partager et en aucun cas nous imposer son point de vue, il dénonce régulierement les gouroux et autres charlatans et comme il le propose en réponse au lapin, partageons plutôt nos expériences et comparant ensuite avec les écrits, au lieu de vous battre a coup de citations.

Pour moi c'est plus rapide de faire comme lama kiki le suggère,de provoquer l'éveil de simplements'asseoir confortablement et de résister a l'envie de bouger pendant une heure, la notion de "tout est souffrance" apparaît alors très très vite, je ne me rendais pas compte à quel point le corps nous impose de bouger !

Que faire pour gérer cette douleur ?

En apprenant a justement a ne pas résister, en effaçant celui qui a mal, faire disparaître celui qui a mal.
Car celui qui a mal c'est celui qui ressent l'aversion pour cette douleur et de l'avidité pour la pensée qui lui propose de s'échapper.

Attention aux termes que j'utilise : effacer le moi, l'ego ne veut strictement RIEN DIRE.

Mais effacer l'avidité et l'aversion alors oui, apprendre a rester le plus longtemps sans bouger, laisser la douleur apparaître, disparaître, car au final elle n'est pas permanente, elle a besoin de l'aversion pour vivre, effacer l'aversion, faire disparaître l'aversion, observer la douleur sans réagir, avec patience et là l'éveil apparaît.

Les pensées aussi utilisent l'avidité et l'aversion pour se dupliquer, en appliquant la même méthode aux pensées, aux sons : l'éveil apparaît.

L'entraiment est certes très dur, grâce a lui, les pensées de désespoir, de souffrance qui auparavant m'aurait fait physiquement souffrir sont considérablement atténuer car précisément je suis de plus en plus entraîné a la présence de la douleur dans le corps grâce au refus de l'aversion et là c'est le miracle : il y a éveil, disparition total de la douleur et formidable bien être, les pensées reviennent alors au présent.

Je ne mélange plus les sensations du corps et celles surajoutées par l'esprit.

Moi en tous cas je continue et je vous tiens au courant.

Écrit par : jesus | 11/06/2006

Douleur et Eveil Jesus,
Dans mon billet, le contexte de la decouverte de "l'Eveil" (unmesha - il ne s'agit pas de l'Eveil du Bouddha) peut aussi être la méditation assise. Même si je ne l'ai pas mentionné, le Vijnâna Bhairava décrit également une expérience à partir de la douleur : "Aprés avoir perforé une partie quelconque de (son) corps avec un instrument pointu ou autre, si l'on tient alors son esprit appliqué à cet endroit précis, la progression éclatante vers Bhairava (se produira)" (93, trad. L. Silburn).
D'aprés mon expérience, l'attention "frontale" à une douleur physique permet en effet de la soulager, ou bien de découvrir à quel point nous collaborons à son intensité, sans même le soupçonner. La crispation laisse alors place à l'Eveil, à une sorte de pure consience de soi. Par contre, si le stimuli de la douleur persiste, la douleur revient. Je ne doute pas qu'une discipline systématique permette d'allonger les effets de l'attention sur la douleur. Mais cela risquerait de tourner au fakirisme et de me détourner de mon but véritable, qui est moins de dissoudre le plus de douleur possible, que de dissoudre le préjugé inconscient selon lequel la douleur est un mal en soi. Il suffit d'avoir réalisé ne serait-ce qu'une fois que douleur et plaisir ont "une même saveur". Ensuite, c'est l'Eveil qu'il s'agit de cultiver, et non la douleur. De plus, les crispations et l'inertie de la conscience - vraies causes de toutes les douleurs - sont trop courantes pour qu'il vaille la peine de les produire délibérément.

Écrit par : anargala | 12/06/2006

hellraiser ou les divagations d'un cénobite après repas le travail avec la douleur est intéressant, parce qu'en passant d'une attention concentré et focalisante de la douleur ( qui souvent la renforce ) à une attention plus légère, plus équilibré peut être, la douleur non seulement se dissout mais elle a souvent tendance à se transformer en une sorte de "joie" ( car non seulement il y a une forme de plaisir mais c'est comme si la douleur acquérait une sorte de sens ineffable genre tout va bien )

Ce phénomène, assez pratique quand on a une rage de dent au fin fond du ladakh, est également applicable à la souffrance morale - genre un gros gros chagrin d'amour - et permet d'expérimenter plein de trucs racontés dans les tantras ou autre, sur le non attachement mais aussi la verticalité, ceci cela. ( surtout si on a une personne à l'esprit clair à coté pour nous aider un peu à nous rappeler de la technique, sorte de // étrange des récitations du bardo de la mort )

A propos de la stabilisation généralement la douleur revient dés que la _distraction_ qui a fait choir l'attention disparait ( et non pas seulement l'attention ). C'est bateau mais c'est surement là qu'il est intéressant d'agir, comment est ce que je m'attache spontanément (?) à cette douleur ?

Écrit par : jeepy | 12/06/2006

omment est ce que je m'attache spontanément (?) à cette douleur ?(jeepy) Assis à ne rien faire : il n’y a pas besoin d’aller plus loin que cela. mais qui veut l'entendre ?
L’erreur fatale que nous faisons toujours: laisser la sensation apparaître puis disparaître ne nous satisfait JAMAIS.

Si les sensations ne sont pas plaisantes, ou sont douloureuses, ou sont au moins insatisfaisantes, alors de façon instinctive, on pourrait presque dire compulsive, nous essayons de les rejeter.
Nous ne voulons rien avoir à faire avec elles.
Nous essayons d’y échapper.
C’est l’aversion .
Si nous sommes confrontés à une sensation qui n’est ni plaisante ni douloureuse, alors, simplement, nous sommes confus.
Nous ne savons pas s’il nous faut la prendre ou la rejeter.
Ceci, en d’autres termes, est la confusion ).

Nous réagissons sans cesse d’une de ces trois façons à toutes les impressions, à toutes les sensations, à toutes les expériences qui affectent notre conscience, continuellement et de tous côtés, à travers les cinq sens et à travers l’esprit.Nous réagissons dans cet ordre cyclique : en dépendance des sensations apparaît l’avidité, ou l’aversion, ou la confusion, selon le cas. De cette manière, un "processus d’effet" est suivi d’un "processus causal".

Ce point précis, où l’avidité apparaît en dépendance des sensations, est l’endroit où tout cela se passe.

Supposons, cependant, que nous ne réagissions pas de la façon que j’ai décrite. Supposons que lorsque les sensations surviennent nous ne réagissions pas avec avidité, aversion ou confusion. Supposons que nous puissions arrêter ce processus.

Alors, nous atteignons l’Éveil. Alors, l’existence mondaine et conditionnée cesse et seul reste le Transcendantal.

Ceci, bien sûr, est plus facile à dire qu’à faire et la connaissance parfaite du bouddhisme ou autre shivaisme du cachemire , est moins nécessaire que la discipline.

c'est bien plus amusant de faire par exemple du dzogchen( très à la mode, bien que la désillusion commence) ou autres avec prières,tambours et trompettes... Que c'est bon !...Je suis toute cette puissance, tous ces sons, cette ambiance, je suis cette sensation de puissance que le dzogchen m'apporte, je suis le dzogchen, enfin ! JE SUIS !! et vous pouvez compter sur moi pour faire savoir que le dzogchen EST la solution, je suis désormais le gardien du temple ....).

Ceux qui ne voient pas cela perdent quelque années de leurs vies dans les sectes et autres mouvements, parfois c'est plus grave.
Assis à ne rien faire : il n’y a pas besoin d’aller plus loin que cela. mais qui veut l'entendre ?
L’erreur fatale que nous faisons toujours: laisser la sensation apparaître puis disparaître ne nous satisfait JAMAIS.




Écrit par : hellraiser | 13/06/2006

Comment est ce que je m'attache spontanément (?) à cette douleur ?(jeepy) Assis à ne rien faire : il n'y a pas besoin d'aller plus loin que cela. Mais qui veut l'entendre ?
L'erreur fatale que nous faisons toujours: laisser la sensation apparaître puis disparaître ne nous satisfait JAMAIS.

Si les sensations ne sont pas plaisantes, ou sont douloureuses, ou sont au moins insatisfaisantes, alors de façon instinctive, on pourrait presque dire compulsive, nous essayons de les rejeter.
Nous ne voulons rien avoir à faire avec elles.
Nous essayons d'y échapper.
C'est l'aversion .
Si nous sommes confrontés à une sensation qui n'est ni plaisante ni douloureuse, alors, simplement, nous sommes confus.
Nous ne savons pas s'il nous faut la prendre ou la rejeter.
Ceci, en d'autres termes, est la confusion ).

Nous réagissons sans cesse d'une de ces trois façons à toutes les impressions, à toutes les sensations, à toutes les expériences qui affectent notre conscience, continuellement et de tous côtés, à travers les cinq sens et à travers l'esprit.Nous réagissons dans cet ordre cyclique : en dépendance des sensations apparaît l'avidité, ou l'aversion, ou la confusion, selon le cas. De cette manière, un "processus d'effet" est suivi d'un "processus causal".

Ce point précis, où l'avidité apparaît en dépendance des sensations, est l'endroit où tout cela se passe.

Supposons, cependant, que nous ne réagissions pas de la façon que j'ai décrite. Supposons que lorsque les sensations surviennent nous ne réagissions pas avec avidité, aversion ou confusion. Supposons que nous puissions arrêter ce processus.

Alors, nous atteignons l'Éveil. Alors, l'existence mondaine et conditionnée cesse et seul reste le Transcendantal.

Ceci, bien sûr, est plus facile à dire qu'à faire et la connaissance parfaite du bouddhisme ou autre shivaisme du cachemire , est moins nécessaire que la discipline.

c'est bien plus amusant de faire par exemple du dzogchen( très à la mode, bien que la désillusion commence) ou autres avec prières,tambours et trompettes... Que c'est bon !...Je suis toute cette puissance, tous ces sons, cette ambiance, je suis cette sensation de puissance que le dzogchen m'apporte, je suis le dzogchen, enfin ! JE SUIS !! et vous pouvez compter sur moi pour faire savoir que le dzogchen EST la solution, je suis désormais le gardien du temple ....).

Ceux qui ne voient pas cela perdent quelque années de leurs vies dans les sectes et autres mouvements, parfois c'est plus grave.
Assis à ne rien faire : il n'y a pas besoin d'aller plus loin que cela. mais qui veut l'entendre ?
L'erreur fatale que nous faisons toujours: laisser la sensation apparaître puis disparaître ne nous satisfait JAMAIS.

Écrit par : hellraiser | 13/06/2006

Distraction : un obstacle ou une chance ? Dans le cas ou la source de douleur persiste de son côté : A mon sens, si l'on est distrait, c'est qu'à ce moment, on n'est plus absorbé dans l'Eveil, mais dans autre chose. Ce "quelque chose" est l'Eveil critallisé, une sorte de proto-pensée peut-être. L'intervalle de pure limpidité finit toujours par se solidifier en ceci ou cela. Par conséquent, la "distraction" n'est rien d'autre que l'interruption de la concentration sur cette chose qui, comme toutes les formes de concentration, implique un engourdissement de la conscience (voir le billet "se concentrer c'est être distrait"). Etre distrait, c'est revenir à soi, à la présence pure. La douleur sonne alors comme un réveil. Ceci explique d'ailleurs pourquoi elle attire notre attention : elle est faite pour ça. C'est pourquoi la douleur est avant tout une occasion de reconnaître l'Eveil, et non une invitation à éradiquer toute douleur, ce qui me parait utopique. Car cette douleur a une fonction; car le soulagement de la douleur est un effet secondaire de cette expérience, et non son but principal; parce que la douleur s'assagit surtout par intervention des drogues sécrétées par notre cerveau; parce que la douleur finit toujours par revenir.
Il me semble donc préférable, à log terme, de cultiver l'Eveil lui-même plutôt que l'observation impassible de la douleur, et des sensations en général. Cette observation neutre a certains effets, procure un certain apaisement certes, mais elle n'est pas l'Eveil. C'est pourquoi il me semble que la méthode proposée par Lama Kiki/Hellraiser est - et c'est déjà merveilleux! - une simple technique d'hygiène psychologique.
Pour découvrir cet Eveil, il peut être utile de s'asseoir. Mais l'essentiel est de voir ce à partir de quoi on voit, en retournant notre attention de 180°, vers cet Espace déjà limpide. On a alors une vision à 360°, et d'innombrables petites joies imprévisibles. Le mental ne disparait pas, il change de saveur. Il y a sans doute moins de pensées, mais on pense plus intensément. Et surtout surtout, il n'y a plus cette Angoisse de "retomber dans le mental", de ne pas atteindre "l'Eveil" ! La seule question qui demeure alors est : "Qu'est-ce qui nous empêche de savourer toujours cette Vision ?"

Écrit par : anargala | 13/06/2006

La seule question qui demeure alors est : "Qu'est-ce qui nous empêche de savourer toujours cette Vision ?" L'erreur fatale que nous faisons toujours: laisser la sensation apparaître puis disparaître ne nous satisfait JAMAIS.

Écrit par : hellraiser | 13/06/2006

La Lumière qui ne se lève ni ne se couche (même quand on va se coucher) Certes, mais pourquoi ? Parce que nous sous-estimons, voire ignorons Ce Dans Quoi les sensations (et tout le reste) apparaissent et disparaissent. Et c'est l'Eveil. Et c'est toujours disponible. Ici. Non ?

Écrit par : anargala | 13/06/2006

pouvez vous précisez ?: je n'ai pas compris votre réponse "Certes, mais pourquoi ? Parce que nous sous-estimons, voire ignorons Ce Dans Quoi les sensations (et tout le reste) apparaissent et disparaissent. Et c'est l'Eveil. Et c'est toujours disponible. Ici. Non ?"

Oui mais avec quelle unité de mesure ? Comment vous l'évaluez ? Le sous-estimez ? L'ignorez ?
Le contenant (c'est un contenant ?) Ce Dans Quoi est t'il plaisant ? déplaisant ? ni l'un- ni l'autre ? Est t' il possible de l'évaluer, avec quoi ? En quelle termes ?
Le contenant est-il de même nature que le contenu ?
En une phrase, pouvez vous préciser ?

Écrit par : hellraiser | 13/06/2006

anguille a 180° " La seule question qui demeure alors est : "Qu'est-ce qui nous empêche de savourer toujours cette Vision ? "

Si de rester dans le " sans nom " en retournant a 180° était si merveilleux, si libérateur alors pourquoi ne fait t'on pas tout pour y rester, presque à l'image d'un drogué ?
Tout simplement parceque les sensations sont bien plus intéressantes, notre société moderne permet la consommation 24/24 de sensations sans cesses renouvelées, le blog par exemple " bon ça fait bien 1/4 d'heure que j'ai retourné mon attention a 180°, c'est bien (mais un peu chiant) alors allons voir les réponses sur mon blog, Râaaaaah !!! ça c'est bon !

Hellraiser dit :
"L'erreur fatale que nous faisons toujours: laisser la sensation apparaître puis disparaître ne nous satisfait JAMAIS."

Ne plus ressentir le besoin d'aller voir son blog ! Ca doit vous paraitre horrible ? j'ai envie d'y aller, mais déjà j'ai plus envie,alors y vas ou y vas pas ?, c'est a l'intelligence de décider, mais il n'y a pas souffrance puisque le besoin imperieux a disparu.
C'est vrai dans ce cas que si on pouvait ne pas réagir aux sensations, on pourrait y rester a 180°, lui parle méthode, vous absolu,(en outre, retourner son attention est aussi une méthode et comment se fait il que vous évaluez l'absolu à partir d'élements non-absolu ?).

Écrit par : PourquoiPasMoi | 13/06/2006

Bonjour Nouveau : Théo.

A propos de la douleur.

Le système nerveux humain a la capacité de refléter à la perfection la Conscience illimitée, le Soi. La douleur est un signal d'alarme indiquant une menace à terme sur l'intégrité du système nerveux.

La disparition de la douleur dans la pratique n'est pas une question de technique pour ignorer une sensation qualifiée d'illusoire. Il ne faut pas se laisser abuser par la disparition.

La disparition de la douleur dans la pratique est l'activation des mécanismes de prévention, de préservation et d'autoguérison du système nerveux humain. Voila pourquoi le Yogi qui maîtrise la contemplation abandonnera son asana au bout de plusieurs heures sans dommages corporels.

Celui qui fait taire la douleur en sombrant dans l'oubli d'une pseudo "maîtrise des sensations", abimera progressivement son corps et récoltera crampes, oedèmes et au final, une rotule éclatée au bout de quelques années.

Théo

Écrit par : Théo | 13/06/2006

Jesus, moi aussi je suis content de te lire, et surtout de lire comment tu exprimes tes expériences. Je trouve en général que le ton des échanges sur ce blog se précise, témoin de l'intérêt et de l'effort des lecteurs.

C'est vrai que j'interviens moins, mais je ne rumine jamais loin ....

Je déménage, je pars habiter en Creuse, il me semble justement que ruminer me siera mieux là-bas.

Frère de la voie, bonne continuation, et à bientôt.

Écrit par : Tenryu | 13/06/2006

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