23/06/2006

Sacre et Profane

 

Toutes les spiritualites et les religions sont basees sur la separation du sacre et du profane, du pur et de l'impur. Pourtant, ou se trouve la source de tout espace sacre ? Cette source n'est-elle pas Ici, n'est-elle pas cet Espace qui accueille toutes ces formes et leurs noms ?

 

Par exemple, voici un temple. Il a l'air vaste. Mais c'est une question de perspective. En se placant au bon endroit, il devient meme assez petit pour tenir entre le pouce et l'index :

 

Le veritable temple n'est-il pas plutot cet espace conscient, a la fois vide et lucide, vers lequel pointe a present mon doigt ?

 

 

Meme chose avec la montagne - image universelle du cheminement spirituel. Le sommet est la-bas, au loin,meme si je peux le toucher du doigt, ce qui n'est deja pas si mal :

 

 

Cependant, le vrai sommet n'est-il pas cet espace a partir duquel je percois tout ceci, espace toujours deja "atteint" ?

 

 

PS : Ma connection internet actuelle ne me permet pas d'ecrire souvent. En effet, il me faut parcourir de nombreux kilometres, et le debit est faible. Je reecrirais regulierement quand j'aurais rejoins une terre plus civilisee, a savoir Dharamsala...

08:13 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

13/06/2006

Une patte en moins, ça fait parfois du bien

La Vache Cosmique fait son check-up du début de l'été. Depuis longtemps, en effet, l'une de ses pattes lui pose problème. C'est celle baptisée "Ken Wilber". Au départ, ce philosophe américain me paraissait trés utile par son projet de fournir une "carte de tous les savoirs", une sagesse intégrale qui réunirait la religion et la science, la spiritualité et la politique. Malheureusement, le personnage ressemble de plus en plus à un gourou. Frank Visser lui-même, qui était pourtant l'un de ses plus ardant avocats, fait mine de se révolter dans son article "Talking Back To Wilber". En voyant les nouveaux sites de la "Integral University", on le comprend. C'est bizness à tous les étages.

Tout bien réfléchit, cette patte va donc disparaître, quoique certains livres de Wilber conservent leur valeur (on retiendra surtout A Brief History of Everything). Est-ce à dire que notre pauvre vache n'aura plus que trois pattes ? Pas du tout. Simplement, la patte restante redeviendra la Quatrième, la Mystérieuse au-delà des noms et des formes, sources éternelle des noms et des formes...

 

09:44 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : ken wilber, gourou, integral |  Facebook |

09/06/2006

Eveil et éternuement

Beaucoup de gens parlent de "rester centrer" malgré les émotions. Mais les chocs émotionnels sont des Eveils à l'Absolu.

Encore des grands mots, me direz-vous. Vous n'avez pas tord : le Bouddhisme tantrique affirme souvent que "les émotions sont la Sagesse". Sauf qu'on ne peut le vérifier qu'aprés 100 000 prosternations et je ne sais combien de millions de prières marmonnées...

Le Shivaïsme du Cachemire formule la chose d'une manière qui la rend immédiatement vérifiable. " L'Eveil est ce dont procède une nouvelle pensée chez un homme (déjà) occupé à la poursuite d'une première. Qu'on en prenne conscience par soi-même !" Evidemment, il ne s'agit pas ici de choc émotionnel. Cet exercice se pratique "à froid", assis ou ailleurs, la seule chose importante étant la capacité d'obervation. Notre vie mentale n'est faite que d'une suite de pensées-sensations. Quand une nouvelle pensée surgit - comme un petit choc ou un petit gong - elle commence par un vide clair, une pure lucidité muette. Habituellement, cet Eveil est si bref qu'il passe complètement inaperçu. Trés vite, en effet, cette limpidité instaurée au premier instant du surgissement se cristallise en une pensée qui s'enchaîne à d'autres. Mais dès lors que l'on a perçu un tant soit peu cet espace, on comprend aisémment que tout changement, tout passage d'une chose à une autre, est une porte ouverte vers "biiiiiiiip" (chacun lui donnera le nom qu'il veut). Et comme tout change sans cesse, chaque instant est une occasion d'Eveil. Tout recommence à chaque petit choc, comparable au son d'un bol tibétain. La pratique consiste alors à suivre cette résonnance assourdissante et à observer comment Elle devient une pensée déterminée. On y gagne plusieurs convictions : L'Eveil est immédiatement disponible ; L'Eveil peut se prolonger sans efforts, pour peu qu'on y mette un peu du sien ; L'Eveil revient, car toute pensée finit, ou est remplacée par une autre. Cette dernière découverte est cruciale : L'Eveil semble ne pas durer, mais toute pensée finit par être interrompue par lui. Du coup, je suis moint angoissé de le "perdre", je le savoure, je m'en délecte. Sur ce fond de plus en plus présent, la pensée prend une autre saveur. Confiant dans le fait que tout changement de pensée ou interruption inopinée est synonyme d'Eveil, je suis moins tenté d'opposer pensée et Eveil. Comme dit le Tailleur de flèches : "Les pensées sont comme des corbeaux sur le mat d'un navire. Même s'ils s'en vont, ils ne peuvent que revenir."

Une fois préparé de la sorte, on peut vérifier que la même chose se passe lors des vrais chocs émotionnels, "à chaud". Sur le plan théorique, il n'est pas difficile de comprendre qu'un choc violent réalise la même chose que les tout petits chocs de notre torpeur douillette. A la limite, plus le choc est rude, plus l'Eveil est puissant, comme un coup de hache qui peut, littéralement, nous laisser sans tête. D'aprés mon expérience, je ne nie pas qu'une discipline méditative soit utile. Elle est même peut-être indispensable pour expérimenter l'Eveil "à froid". Mais dans les situations limites (qui arrivent plus souvent qu'on s'en souvient), les techniques sont par définition inutiles. La seule chose qui compte peut-être, alors, c'est l'amour. Mais l'amour est encore un autre nom pour l'attention, attention qui est la clef.

Quoi qu'il en soit, comme la méditation "à froid" ne suffit pas, il faut un jour ou l'autre se lancer, amour ou pas. Cet Eveil dont parle le Shivaisme est le premier instant de toute pensée ou de toute émotion, avant que celle-ci ne se concrétise en désir de quelque chose ou en peur de quelqu'un.

"Cet (élan) se décèle dans la région du coeur à l'instant où l'on se souvient d'une chose que l'on a à faire, lorsqu'on apparend une nouvelle heureuse, au moment où l'on éprouve de la fraiyeur, où l'on assiste à un spectacle innatendu, dans le flot de l'émission (du sperme), lorsqu'on déclame à toute allure, lorsqu'on s'enfuit à toutes jambes" (Shiva Drishti)

"Au commencement et à la fin de l'éternuement, dans la terreur ou l'anxiété, ou (quand on surplombe) un précipice, lorsqu'on fuit le champ de bataille, au moment où l'on ressent une vive curiosité, au stade initial ou final de la faim, etc., la condition qui est l'existence - le Brahman - (se révèle). A la vue d'un certain lieu, qu'on laisse aller sa pensée vers des objets dont on se souvient. Dès qu'on prive son corps de tout support, le Souverain omniprésent s'avance". (Vijnâna Bhairava)

"La présence du spanda est bien attestée chez celui qui est au comble de l'exaspération, ou de la joie; chez celui qui se demande "Que faire?" ou qui court en tous sens". (Spanda est synonyme d'Eveil dans les Spanda Kârikâ)

"Si l'on réussit à immobiliser l'intellect alors qu'on est sous l'emprise du désir, de la colère, de l'avidité, de l'égarement, de l'orgueil, de l'envie, la réalité de ces (états) subsiste seule". (Vijnâna Bhairava).

Peu importe que le choc soit de joie ou de peine, de plaisir ou de douleur, car au premier instant il perce à travers la croûte de nos habitudes et de nos repères. Qu'une telle merveille se cache dans les pires moments de notre existence, c'est aussi ce que l'art nous révèle. Pourquoi autrement se délecterait-on de drames et autres émotions négatives ? 

 

 

06/06/2006

Etre ou agir : faut-il vraiment choisir ?

En général, la spiritualité nous somme de choisir entre l'action et la contemplation, entre l'engagement et le retrait. Et, si nous choisissons d'agir, il faut alors renoncer à l'ego, pour agir sans désir, à l'image de Krishna.

De même, certains veulent éliminer toute activité, tout mouvement. Faire de nos océans tumultueux des mers d'huile, tel est le but du yoga (de Patanjali). N'être qu'un pur témoin face aux sensations, tel est le but du Sâmkhya. Pour le Védânta également toute activité, fut-elle sacrée, n'est que perpétuation de l'Ignorance.

Le Tantrisme, quant à lui, voit dans ce dilemme le pilier de la dualité, le noeud qui nous retient dans les limites de l'ego ordinaire, dans ce moi qui n'est qu'une croute, un reliquat du vrai moi.

Autrement dit, agir en ignorant l'Etre, la pure conscience, c'est certes être lié. Mais reposer dans la pure conscience en croyant que l'activité - mentale ou physique - est une entrave à abandonner, c'est aussi être lié. Toutes les variétés de Tantrisme s'accordent sur ce point. Il y a donc deux formes de finitude, celle de celui qui médite et celle de celui qui ne médite pas : 

"1. La liberté ne se manifeste pas mais il y a pure conscience. C'est le cas d'un sujet doué de conscience qui s'imagine à tort qu'il perd sa plénitude (s'il agit). 2. Ou encore la liberté demeure mais la conscience éclairée fait défaut quand on imagine un Soi là où il n'est pas, à savoir dans le corps et les autres attributs.

Comme dit (Utpaladeva) dans les Stances sur la re-connaissance (de soi) comme étant le Seigneur :

La perte de la liberté pour la conscience et aussi la perte de la conscience pour la liberté, voici l'impureté de finitude qui, sous ces deux variétés, cache notre propre essence." (Shivasûtravimarshinî I, 2, trad. L. Silburn).

Les adeptes de la Grande Perfection (Dzogchen) appellent cela "perdre la Vue dans l'Activité" et "perdre l'Activité dans la Vue".

 

 

10:34 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pratyabhijna, karma, yoga, jnana, atma, tantra, tantrisme |  Facebook |

04/06/2006

Faut-il avoir peur de l'Inde ?

Dans une entrevue accordée au quotidien Le Figaro du 4 juin, M. Verlinde (!) parle du "New Age" et de l'Inde à la manière des missionnaires chrétiens. C'est normal, puisqu'il est lui-même une sorte de missionnaire, parti depuis plusieurs livres en croisade contre "le retour du paganisme". Dans L'expérience interdite, ce moine catholique s'en prend à l'hindouisme en général qu'il identifie comme étant la source de la tendance à la "dissolution du sujet et de l'objet", pilier de "notre civilisation européenne".

Passons sur la mauvaise foi généralisée et l'ignorance crasse qui constituent le principal ressort de la bonne vieille rhétorique resservie par ce scientifique, ex-adepte de la Méditation Transcendentale (!), re-converti au christiannisme.

Le plus choquant, à mes yeux, est la manière dont cet homme essaie de dresser une civilisation contre une autre, en brandissant quelques mots ("la dissolution du sujet et de l'objet") pour effrayer le bourgeois. En fait, cette dissolution de la dualité est rarement valorisée en Inde. La "participation d'amour" (bhakti) requiert, en effet, une certaine dualité entre l'adoré et l'adorateur. Le personnalisme qui s'ensuit est l'un des chevaux de bataille des Hare Krishna, par exemple. Depuis des siècles, ils condamnent - dans des termes qui rappellent ceux de M. Verlinde - le supposé "impersonnalisme" du Non-dualisme de Shankara. De même, la plupart des adorateurs de Shiva sont réalistes, pluralistes, voire dualistes. Quant aux non-dualistes, ils conservent, d'une manière ou d'une autre, la dualité, au moins dans le domaine pratique. Ainsi, la tradition shankarienne maintient le système des castes (guère différent de celui de l'Ancien Régime). Le Shivaïsme du Cachemire, de son côté, déclare que la dualité est une libre manifestation de la divinité. Elle est une expression du sacré, supérieure au vide. Mais au fond, le christiannisme ne dit-il pas la même chose, quand on lit des docteurs de l'Eglise comme Saint Denys et sa Théologie Mystique ? Bien sûr, le christiannisme ne défent pas une identité pure et simple entre l'âme et Dieu. Toutefois il s'agit bien de s'unir à lui et de se diviniser par la partie de notre âme qui lui est identique en essence.

Par ailleurs, M. Verlinde semble dire que le christiannisme est à l'origine de la notion de "dignité de l'homme". Cette opinion est sans fondement. La dignité et le libre-arbitre de l'homme, c'est l'humanisme de la Renaissance et des Lumières. Peut-on sérieusement faire sortir la modernité de la bouche de Saint Paul, lui qui prône la soumission de l'esclave à son maître ? Non, le chistiannisme est une religion magnifique, mais il est pré-moderne, exactement comme l'hindouisme.

La modernité, ce sont les Droits de l'Homme, les libertés démocratiques et le progrès social. On ne peut la confondre ni avec le christiannisme, ni avec la civilisation européenne, ni avec la politique d'un gouvernement.

Dès lors, la question de savoir comment harmoniser les sagesses pré-modernes avec la modernité ne se pose pas seulement pour l'hindouisme ou le bouddhisme, mais aussi pour le chistiannisme, l'islam et le judaïsme. Et cette question, des Hindous ont commencé à se la poser dès les premiers contacts avec l'Occident, au début du XIXème siècle, avec des gens comme Vivekananda et Aurobindo.

Quelle merveille si M. Verlinde faisait vers l'Inde ne serait-ce qu'une fraction des efforts que les Hindous ont fait vers l'Occident et la modernité !

12:19 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : verlinde, tantra, yoga |  Facebook |