31/08/2006

Ermitages bis

Il y a deux ans, j'avais visité le lac de Padmasambhava (Tso Péma), situé non loin de Dharamsala. Au dessus du lac vit une communauté de pratiquants dzogchen, autour de l'ermite Wangdor Rimpoché, qui fut disciple du remarquable Khounou Lama.

Le lieu n'a guère changé. Les tibétains, toujours aussi accueillants, nous invitèrent à l'anniversaire d'un grand lama. On peut apercevoir Wangdor, en jaune :

 

Les retraitants, hommes et femmes de tous âges, sont de plus en plus nombreux à s'installer autour des grottes de Padmasambhava. Chaque cellule est numérotée, mais l'ensemble prolifère dans tous les sens. Ce n'est pas que je m'en plaigne : je trouve au contraire extraordinaire de pouvoir me ballader librement parmis ces retraitants dzogchens. Il suffit de déambuler au hasard, et au bout de quelque minutes, on est inmanquablement interpellé par un moine ou une jeune fille. On peut alors poser toutes les questions que l'on veut, le seul obstacle étant la langue. La plupart des retraitants suivent le programme du Longchen Nyinthig, une synthèse dzogchen du XVIIIème siècle, trés populaire actuellement. Ils en sont aux préliminaires ou bien aux récitations de mantra, mais quelques uns, présents depuis plusieurs dizaines d'années, se vouent aux pratiques visionnaires du thögäl. Voici quelques exemples de cellules :

 

 

 

 

Une vue d'ensemble des grottes. Chaque rocher est censé symboliser l'une des divinité du "mandala des paisibles et courroucés" décrits dans le Livre des Morts Tibétains:

 

 

Enfin, un portrait d'artisan :

 

 

Au final, ce lieu est idéal pour qui souhaite recevoir des enseignements dzogchen. Plus accessible que le Tibet ou le Spiti, et moins touristique que Dharamsala, vous y trouverrez des lamas kagyus, des disciples de Dudjom Rimpoché, et le grand ermite Wangdor Rimpoché, qui sera certainement ravi de vous acueillir et de vous offrir quelques instructions de méditation dzogchen.

11:54 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, tso pema, wangdor, ermitte, padmasambhava |  Facebook |

27/08/2006

De l'avantage des livres sur les gourous et autres bienfaiteurs

Partout on nous serinne qu'un "maître vivant" est indispensable pour progresser spirituellement. Rien ne peut remplacer, nous assure t-on, la "présence" d'un "éveillé", et surtout pas un livre.

Pour évaluer cette opinion, lisons ce passage d'un ouvrage arabe médiéval, cité dans le merveilleux roman de Denis Guedj, Le théorème du perroquet (p. 303). L'auteur semble d'abord reconnaître que l'on ne saurait, en effet, attribuer aux livres les miracles dont les "êtres réalisés" sont réputés capables :

"Les livres ne ressuscitent pas les morts, ne métamorphosent pas un idiot en homme raisonnable, ni une personne stupide en individu intelligent." Mais alors, que font-ils ? "Ils aiguisent l'esprit, l'éveillent, l'affinent et étanchent sa soif de connaissances. Quant à celui qui veut tout connaître, il vaut mieux, pour sa famille, le soigner ! Car cela ne peut provenir que d'un trouble psychique quelconque.

Muet quand tu lui imposes le silence, éloquent lorsque tu le fais parler. Grâce au livre, tu apprends en l'espace d'un mois ce que tu n'apprendrais pas de la bouche de connaisseurs en une "éternité" et cela, sans contracter de dette du savoir. Il te débarrasse, te délivre du commerce de gens odieux et des rapports avec des hommes stupides, incapables de comprendre. Il t'obéit de jour comme de nuit, aussi bien durant tes voyages que pendant les périodes où tu es sédentaire. Si tu tombes en disgrâce, le livre ne renonce pas pour autant à te servir. Si des vents contraires soufflent contre toi, le livre, lui, ne se retourne pas contre toi. Il arrive, parfois, que le livre soit supérieur à son auteur..."

Paroles à méditer.

11:52 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : gourou, maitre spirituel, eveil |  Facebook |

26/08/2006

Ermitages

Au-dessus de Dharamsala, on peut partir à la rencontre des ermites tibétains. Même si la lumière luit au bout du chemin, la prolifération végétale rend le cheminnement fort compliqué, à l'image des voies spirituelles proposées par le bouddhisme tantrique : il faut souvent reculer pour mieux avancer...
 

Au Spiti, région culture tibétaine située nettement plus au nord, la plupart des monastères sont Guélougs, l'école du Dalaï-Lama. D'ailleurs, c'est à la suite de l'initiation au Kâlacakra que celui-ci y conférra en 2003, que le Spiti a commencé de se développer.

Une petite vallée latérale, la Pin, abrite un monastère Nyingma et ce petit ermitage où pratiquent des disciples de Dudjom Rimpoché, l'un des plus remarquables maîtres dzogchen du siècle dernier.

 

 

La vallée de la Pin :

 

 

La même vallée, avec le village de Mud à gauche :

 

Nos hôtes ont loué des moines pour exorciser leur demeure. Boum-boum cling-cling toute la journée :

 

Les nombreux ermites qui ont pratiqué leur méditations dans la région renaissent parfois sous une forme inattendue :

 

 

Malheureusement, la seule route sortant de la vallée s'est effondrée en plusieurs endroits. Sous ce tas de pierres, il y avait une route...

 

Pour revenir dans la vallée de Kullu, la jeep est plus sûre que le bus, mais il faut parfois sortir de la piste pour contourner un véhicule bloqué :

 

Enfin, à l'instant où vous êtes sur le point de défunter de peur au moment de passer la centième rivière en crue, vous avez la joie d'apercevoir une touriste vous prenant en photo, au cas où il y aurait un accident à prendre... Quel plaisir de retrouver ses sympathiques compatriotes !

 

13:34 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dharamsala, tso pema, ermitte, spiti, kaza |  Facebook |

24/08/2006

Gastronomie du vide

Quoi que l'on fasse - ou ne fasse pas - on peut contempler à la fois les choses là-bas et leur absence ici : telle est la "pratique" essentielle de la Vision Sans Tête. Il y a d'innombrables variantes. Tenez par exemple : la saveur sans bouche, bien en bouche mais étendue aux limites du firmament (il s'agit d'un croissant au nutella) :

 

 

19:15 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

21/08/2006

Trouver la Sortie

Plusieurs contes de sagesse relatent les aventures d'un homme qui part au loin à la recherche de quelque fabuleux trésor, pour finalement découvrir qu'il se trouvait justement au lieu de son départ. Paulo Coelho s'en est inspiré.

Il est vrai que, l'homme étant un animal désirant, il cherche. Comme il ne semble jamais faire aucune trouvaille définitive, on peut dire qu'il erre, et partager le pessimisme lucide de Pascal, pour qui tout le malheur de l'homme vient de ce qu'il ne peut rester en repos dans une chambre, à l'image du moine. Moi, je veux bien rester dans une chambre, à condition qu'elle soit inépuisable en informations et d'une richesse infinie. Ne trouvant d'ordinaire rien de tel, je quitte ma chambre. C'est ainsi que je me suis retrouvé au pied d'un magnifique monastère situé, comme il se doit, au fin fond des Himalayas (politiquement en Inde, mais culturellement au Tibet).

Et là, je me suis rappelé le conseil d'un trés vieil ami. Nous cherchons dans toutes les directions, dit-il, sauf une : celle qui va vers Celui Qui Regarde, Ici, à zéro mètres d'où vous et moi sommes. Il suggère que voir celui qui cherche pourrait bien être la trouvaille la plus extraordinaire, incroyable et profonde qui soit. L'indication est précise : il faut et il suffit de retourner l'attention - le regard - de 180° vers soi.

Face à ce monastère, majestueux et mystérieux, je m'apprétais donc à vérifier cette hypothèse, ce qui donna à peu prés ceci.

Je pointais d'abord le vénérable édifice, dont la silhouette escarpée évoquait les techniques secrètes des lamas tibétains et autres confrèreries esotériques, qui permettent d'accéder à de remarquables exploits, tels que le vol aérien (sans avion - trés commode en Inde) ou le franchissement des murs :

 

 

Puis, je retournais mon regard vers moi, ou disons, vers cet espace (infini ?) qui se dévoile Ici, avec lequel je me trouve être on ne peux plus identique :

 

 

Une chose formidable est que cet espace, à présent que je le contemple de nouveau, est absolument le même. Limpide, diaphane, lumineux, mais aussi simple et ... simple. Et je crois que vous aussi, lecteur, si vous vous prêtez à ce jeu innocent, vous découvrirez la même absence de chose, Ici, mais pour accueillir, il est vrai, un spectacle unique (probablement pas un monastère).

Et la tradition, me direz-vous ? N'est-il pas présomptueux de rejeter ainsi les chambres de cette auguste bâtisse pluriséculaire, emplies de centaines de livres de sagesses ?

Et bien, figurez-vous que mon ami, moi et nos nombreux amis d'aujourd'hui, nous ne sommes pas de purs et simples innovateurs. Il se trouve que, dans la tradition tibétaine elle-même, d'autres ont fait la découverte de la Chambre Inépuisable. Voici l'exemple d'un lama du début du XXème siècle, Mipham. Il avait entreprit une retraite stricte pour contempler le bouddha de l'intelligence (bien qu'il fut déjà trés intelligent). Il était alors surtout préoccupé de visualiser clairement le visage du dieu, afin que celui-ci finisse par lui apparaître pour de bon. Quant il fit part de ce souci à son maître, ce dernier lui fit cette confidence :

"Cette voie est trés ardue ! Comme dit l'Omniscient Longchenpa, 'Sans rien faire, demeure dans ta propre face'. C'est ce que j'ai fait moi-même et, bien que je n'ai rien vu qui ait une chair blanche ou un teint éclatant que l'on puisse appeler 'visage de l'esprit', je n'ai plus le moindre soucis au sujet de la mort". Sur ce, il éclata de rire. Ce maître était, dit-on, le plus grand de son temps, il avait étudié et expérimenté toutes les méthodes spirituelles tibétaines.

Mais la plus grande autorité en la matière reste l'expérience que l'on fait soi-même. Pour cela, nul besoin de quitter sa chambre.

 

19:48 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

Suffit-il de s'enrichir pour progresser ?

Certains signes tendent à montrer que l'Inde s'est enrichie. Par exemple, les vélos et les scooters sont désormais minoritaires sur les routes, remplacés par les voitures et les motos. Ce qui m'empêche de parler de "progrès" à ce propos, c'est la stagnation des compétences des conducteurs... Ainsi Mac Leod Ganj est-elle envahie de véhicules pour touristes penjabis, qui traversent les rues sans aucun égard pour les piétons. La paisible bourgade tibétaine est devenue un lieu de passage pour les classes moyennes ennervées du Nord de l'Inde. Car, en dépit (ou à cause de ?) leur croissance économique, les Indiens sont toujours aussi ennervés, stressés et tendus. Tout se fait dans l'agitation. Ce paradoxe d'une Inde idéalement sereine et pratiquement hyper-agitée m'a toujours étonné (et beaucoup ennervé). En fait, une société produit ce dont elle a besoin. Et ce qu'elle n'a pas, c'est ce dont elle manque. Si donc l'Inde a donné au monde la non-violence et la tolérance, c'est parce qu'elle est violente et intolérante (relativement).

Autrement dit, l'Inde change sans changer.

Autre fait : malgré l'explosion du commerce, on voit toujours aussi peu de librairies. C'est qu'on ne lit pas, ou on ne lit que des ouvrages techniques (préparations de concours, etc.). Ainsi Shimla, la capitale de l'Himachal Pradesh, ne compte que quelques librairies. Mais dans chacune, on trouvera plusieurs éditions de Mein Kampf d'Adolph Hitler : 

 

Il y a aussi des traductions en langue hindî, que l'on peut rencontrer jusque sur les quais de gare. Pourquoi cette fascination ? Mystère. En tous les cas, les nombreux touristes israéliens ne semblent pas s'en offusquer. Comme disent les Indiens : Abhi tak calta hai, to kya hai ? "Tant que ça marche, pourquoi se poser des questions ?"

Bref, le développement économique n'entraine pas nécessairement une amélioration des mentalités. Mais, me diras-t-on, qu'est-ce que le progrès ? Qu'est-ce qui nous autorise à juger une société ?

En fait, on a pas vraiment de choix de juger ou non. Refuser de juger, c'est refuser d'être humain. En revanche, on a le choix entre juger et préjuger. La plupart de nos jugements sont en partie déterminés par nos préjugés. D'où la necessité d'une reflexion critique.

Pour en revenir à l'Inde, je crois que sa société est malade, au sens où elle engendre plus de souffrance pour ses membres que de bien-être. La cause du problème est la dualité corps-esprit qui sévit en Inde depuis des millénaires, et plus particulièrement l'opposition entre le pur et l'impur, qui prend là une tournure presque psychotique. Je ne parle pas tellement des Indiens en général, mais surtout des classes moyennes, qui à mes yeux sont les gens les plus insupportables et déséquilibrés qui soient. Méprisants, snobs, grossiers, vulgaires, malpolis, indifférents, égoïstes, vénaux, arrivistes, incultes, sexistes, racistes, patriotes, hypocrites, etc. : incroyable, mais vrai.

Ceci dit, l'Inde reste une immense démocratie, avec un remarqueable esprit de tolérance et un patrimoine philosophique et artistique toujours à découvrir. Que des paradoxes, en somme.

09:27 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : inde, nazisme, hitler, mein kampf |  Facebook |

19/08/2006

Juste couette

Enfin à la maison. Aprés le Spiti, nous est venue l'idée saugrenue d'aller faire un tour dans la vallée de la Pin, avant le Kinnaur. Aprés un voyage en bus façon fin du monde, nous avons pu profiter de l'hospitalité des gens du village de Mud. Mais la route s'est effondrée en divers endroits sur une dizaine de kilomètres. Se disant que trop, c'est trop, nous sommes retournés en tracteur, en camionnette, à pied (c'est finalement plus sur) et en jeep à Manali. Bref, nous voici à Paris. Le silence des lieux est presque assourdissant, aprés le chaos de l'Inde. Quelques heures de sommeil s'imposent...

18:32 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spiti |  Facebook |