21/10/2006

Quand atteint-on l'Eveil ?

Depuis longtemps, le bouddhisme est agité de débats sur les causes et les circonstances de l'Eveil. Dans le bouddhisme tardif, et dans le chan et le dzogchen en particulier, cette tension est au centre de l'enseignement.

Contre les rituels, les yogas et les techniques, le dzogchen ancien va droit à l'essentiel, droit à cet espace à partir duquel nous percevons les choses, espace transparent qui embrasse le samsâra comme le nirvâna.

Cependant, à partir du XIIème apparait une nouvelle forme de dzogchen basé sur un yoga visant le développement spontané de vision lumineuses à partir de la contemplation du ciel, du soleil ou de l'obscurité. Ces visions sont "spontanées" en ce sens qu'elle ne proviennent ni de l'imagination ni du mental, mais de notre nature de Bouddha inconditionnée. Au lieu donc de changer notre monde en changeant notre façon de voir ce monde, cette nouvelle méthode propose de changer notre monde pour changer notre façon de le voir : le spectacle de ces orbes colorées a, en lui-même, le pouvoir de dissoudre le mental, laissant l'espace transparent de notre nature de Bouddha briller de nouveau.

Au XIVème siècle Longchenpa, un maître dzogchen virtuose, tente une synthèse de la voie progressive (lamrim) et du dzogchen radical des origines, dans un texte disponible en anglais sur le net, le Grand Chariot (Shingta Chenpo).

Il y présente les thèmes traditionnels du catéchisme bouddhique : la souffrance, ses causes, les conséquences inéluctables des actes (karma) - avec moultes détails sur les différents enfers -, la compassion, la concentration, l'interdépendence des phénomènes, la vision pure, les rituels tantriques et les yogas intérieurs... jusqu'au chapitre X (sur un total de XIII), dans lequel il présente la perspective du dzogchen radical. Il invite alors le disciple à "passer le cap". Cette expression revient encore et encore sous sa plume. C'est qu'elle exprime la philosophie de Longchenpa dans cette oeuvre : l'on doit pratiquer méthodiquement les vertus jusqu'à un certain point - une sorte de seuil critique - à partir et au-delà duquel il n'y a plus, du point de vue du pratiquant, ni pratique ni progression. On monte un escalier, on arrive à une porte. Mais, une fois cette porte franchie, il n'y a jamais eu de porte. Autrement dit, il y a bien une voie et des efforts à fournir, il y a des conditions, jusqu'à ce que l'on parvienne à l'Inconditionné. Ce paradoxe est symbolisé dans l'Avatamsaka Soûtra par la "Tour des miracles de Vairocana". Vairocana est la personnification de notre nature de Bouddha. Un adepte exemplaire, Soudhana, parvient enfin, aprés d'innombrables épreuves et pratiques variées, jusqu'à cette tour. Vue de l'extérieur, elle semble avoir une certaine taille; elle est située quelque part dans l'univers, et on peut y parvenir au terme d'un long voyage. Mais, une fois que Soudhana franchit son seuil il découvre, émerveillé, que l'intérieur de la tour est infini, qu'il contient tout, y compris tous les endroits qu'il a parcouru jusque-là. Autrement dit, tant qu'on a pas atteint l'Eveil, cet Eveil apparaît comme un état localisé dans l'espace-temps, produit par des causes précises. Mais, dès que le cap de l'Eveil est franchi, tout a toujours été pur et parfait. C'est d'ailleurs logique, si l'on se souvient qu'un Bouddha est éternel : pour lui, passé, présent et futur sont contemporains. Dès lors, on peut supposer que le maître et les déités que l'adepte rencontre sur la Voie ne sont que la manifestation de son propre Eveil, situé pour lui dans le futur.

Dans la perspective de ce dzogchen progressif, le but de la pratique serait d'atteindre une "masse critique", suffisante pour que notre nature de Bouddha se réveille et poursuive d'elle-même la pratique, ce qui rend crédible la libération en une seule vie (normalement, selon le bouddhisme mahâyâna, il faut des millions de vies successives). L'adepte continue toutefois de pratiquer, du point de vue des autres tout au moins, afin de leur offrir, sans aucune volonté ni plan de sa part, un modèle de la Voie à suivre.

Je suggère que ce "cap" est franchi lorsque l'on retourne la flèche de son attention de 180°. On passe alors la Porte, et l'on voit que l'on a jamais été nullepart, mais plutôt que tout les lieux et tous les état ont toujours reposé en nous, en cet espace. Du point de vue de la troisième personne bien sûr, je suis une chose parmis les choses, contenue dans l'univers. Mais du point de vue de la première personne, c'est moi, en tant qu'espace-conscience, qui contient l'univers. "Misère du petit, grandeur du Grand" pourrait-on dire en paraphrasant Pascal.

Le "cap" est différent pour chacun, de même que la durée du voyage. Mais le but est le même : voir (et non pas croire, imaginer, penser ou visualiser) Qui je suis vraiment, voir cette Absence au-dessus des épaules, Absence qui accueille toutes les voies, spirituelles ou non.

Car l'essentiel est Ici. L'essentiel est attention à ce qui est, et non à ce qui devrait être. Juste une conversion du regard de la conscience vers elle-même, en un instant. Le Diable se cache dans les détails, dit-on. "Elémentaire..." dit Holmes. "Evident !" ajoute Ramana... Encore faut-il avoir l'humilité de se rendre à cette évidence ! Pour certains, cela peut durer fort longtemps à ce qu'il semble. Mais peu importe la durée et peu importes les quantités. Toute Voie, directe ou non, artificielle ou spontanée, est une manière dont l'Être éternel se découvre lui-même. Toute Voie se parcourt Ici, dans l'absence de tête au-dessus des épaules.

Le grand oiseau Garouda plane sans effort, depuis toujours, dans l'espace limpide. Car il est né dans l'azur. Cet espace est son oeuf, sa matrice et sa mère. Puisse t-il lui rendre hommage !

12:08 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : dzogchen, eveil, vision sans tete, longchenpa |  Facebook |

Commentaires

Le salut est dans les index ! Voila qui est mieux que de simplement jeter des citations.

Je note avec plaisir que tu ne réduis plus Longchenpa à un seul discours. Ce que tu faisais il y a peu dans un post intitulé "A quoi servent les textes ?" où tu opposais le vrai dzogchen de Longchenpa et le faux d'aujourd'hui.

Longchenpa n'est donc plus le représentant d'un dzogchen des origines mais l'initiateur d'un dzogchen contemporain. Lol.

Donc selon notre historien du dzogchen nous avons maintenant 1) le dzogchen des origines puis 2) l'apparition d'un dzogchen moderne au XIIe siècle avec la pratique de Thögal et 3) une synthèse entre le dzogchen des origines et une voie progressive par Longchenpa au XIVe siècle.

Cela nous fait combien de dzogchen ? Tu identifies la voie progressive avec le second dzogchen ? En faisant alors de Thögal une pratique préliminaire ? Ce qui nous ferait trois dzogchen ou est-ce un quatrième que tu as à l'esprit. Et le dzogchen contemporain c'est un cinquième ou c'est maintenant le même dzogchen que celui de Longchenpa ? Nous avons donc un minimum trois dzogchen pour le prix d'un. C'est tous les jours solde chez Anargala.

Une autre chose surprenante consiste dans ta lecture sélective des textes. Si on doit faire le tri entre ce qui est lu encore faut-il y apporter des arguments sinon cela ressort du même procédé que de jeter des citations hors contexte. Lorsque cela t'arrange tu donnes crédit à Longchenpa (ou à un autre) et lorsque cela te dérange tu mets un point d'exclamation où tu ironises. Pourquoi rejeter le caractère spontané des visions de Thögal ? Uniquement parce que cela te dérange. Il y a mieux comme arguments.

Selon les textes et les enseignements les visions de Thögal ne sont pas construite elle permettent de terminer (et d'accélérer) le processus d'intégration commencer avec Trekchö. Car il y a longtemps que nous ne sommes plus dans le registre de la volonté, mais dans celui du laisser faire (qui n'est pas de ne rien faire). Pour parvenir à l'Eveil il faut tout intégrer, son esprit son énergie mais aussi son corps et donc ses sensations. Tu parles de passer le cap mais sais-tu que c'est précisément ce que signifie Thögal ("Franchissement du Pic") ?

Hombre ! Mais nous ne sommes plus des débutants laissons là toutes ces préliminaires et retournons nos index vers le bout de son nez qui pointe de nulle part.

Je n'ai rien contre la voie des index mais c'est assez vain de vouloir réduire la meilleure partie du dzogchen à cela après l'avoir découpé en tranche de cake.

N.B
A propos de la vision sans tête si tu pouvais nous faire un post un peu développé sur le sujet afin que nous en sachions davantage (en disant un peu plus que regarder l’absence de tête au dessus de vos épaules), merci.

On peut voir le laisser faire comme un stade ultérieur mais aussi comme quelque chose qui accompagne les pratiques car celles-ci ne doivent toujours être abordées avec un minimum de volonté et un maximum d'ouverture. Il n'y a donc pas à les opposer.
C'est peut-être parce que tu confonds pratiques et travaux forcés que tu les rejettes aussi fortement.

Écrit par : condor | 21/10/2006

Les dzogchens, selon les maîtres dzogchen Cher Condor, vous écrivez :

"Voila qui est mieux que de simplement jeter des citations"
Le oeuvres de Longchenpa et des maîtres dzogchen en général, ainsi que les tantras, sont des montages de citations, le plus souvent anonymes. Il suffit de lire quelques textes.

"Je n'ai rien contre la voie des index mais c'est assez vain de vouloir réduire la meilleure partie du dzogchen à cela après l'avoir découpé en tranche de cake"
Ce sont les textes dzogchen qui "découpent" le bouddhisme et le dzogchen lui-même. Voir le tantra "Roi créateur de toutes choses" (Kunjé Gyelpo) sur les "neufs véhicules", tous critiqués et traités de voie sans issue. Voir aussi la division - traditionnelle ! - en les "trois séries", avec les critiques de certaines formes de dzogchen par les maîtres dzogchen eux-mêmes. Voir, à l'intérieur du Nyinthig (la variété de dzogchen qui parle de "terkchöd" et "thögal"), les critiques de Longchenpa adressée au Nyingthig du IIIème Karmapa. Voir aussi, dans les textes Nyingthig en général, les critiques du terkchöd, qui ne serait qu'une pratique "pour intellectuels" (togéwa), etc. Voir aussi dans les "Sphères du coeur" la critique du Semdé par Shardza, qui présente son Nyingthig comme le dépassant tout en l'incluant. Il n'y a donc pas de séparation, mais plutôt une sorte de progression dialectique, où chaque méthode est dépassée et incluse dans une autre méthode. Le moteur de cette évolution est, à mon sens, la tension entre subitisme et gradualisme ou entre effort et absence d'effort délibéré (qui n'est certes pas l'indolence). C'est du moins ce que j'ai affirmé dans plusieurs billets.
Ces tensions et divisions à l'intérieur du dzogchen ont été analysées par Jim Van Schaik, notamment dans son livre "Approaching Great Perfection".
Quant à Longchenpa, on peut distinguer chez lui trois phases :
1 - Les tentatives de synthèses sur le modèle "voie graduée", comme par exemple le "Grand Chariot".
2 - Les oeuvres de systématisation du Nyinthig, comme par exemple "Le trésor du véhicule suprême" (Thegchok Dzö);
3 - Les oeuvres de la fin de sa vie, dans lesquelles Longchenpa revient à un dzogchen radical, sans thögal ni voie graduée. Ce sont le "Trésor du mode d'être" (Néloug Dzö) et le "Trésor du Dharmadhâtou" (Chöying Dzö), tous deux traduits en anglais. Dans l'auto-commentaire de ce dernier texte, Longchenpa propose une lecture des "Quatre visions" du thögal dans le langage du trekchöd, sans aucune référence à des visions. Ceci dit, il n'exclut pas complètement thögal : il semble plutôt qu'il le reformule d'une manière moins "technique". La chronologie des oeuvres de Longchenpa est démontrée par Stéphane Arguillère dans une thèse à paraître.

"Tu parles de passer le cap mais sais-tu que c'est précisément ce que signifie Thögal ("Franchissement du Pic") ?"
Le "franchissement du col" dont parle Longchenpa dans le "Grand Chariot" n'est pas le "franchissement du pic" (thögal). Dans le "Grand Chariot", en effet, Longchenpa ne mentionne pas thögal... De plus, il y accumule des citations de tous horizons... souvent sorties de leur contexte. Un peu comme les maîtres chans, un peu comme tous ceux qui proposent de prendre du recul par rapport aux interprétation exitentes. Ainsi, il serait intéressant de lire côte à côte Parménide, Le Parménide, les "In Parmenidem" successifs, Nâgârjuna, Gaudapâda et Shrî Harsha. C'est à chacun de voir.
D'ailleurs, à propos de vision, j'informe tous nos lecteurs qu'un attelier de vision sans tête aura lieu à Paris les 28 et 29 novembre prochains. Pour plus de détails, reportez-vous au site "visionsanstete.com".

Écrit par : anargala | 22/10/2006

Anargala,

Je ne doute pas que ton intention soit aussi pure que celle de Longchenpa ou autre maître dzogchen. Lorsque tu nous offres un florilège de citations c'est dans le seul but de nous déciller les yeux et jamais avec le moindre souci polémique.

Comme pour les citations les distinctions ne valent que par ce que l'on en fait.

Distinguer par exemple différentes périodes dans les écrits de Longchenpa peut-être tout à fait fondé, le problème vient après lorsqu'on veut les expliquer. La solution de facilité consiste à faire des oppositions, on pourra dire que Longchenpa à tout simplement évolué ou qu'il change d'opinion d'une période à l'autre, mais en matière de réflexion la solution de facilité est rarement la bonne.

Distinguer des périodes ou des parties dans le dzogchen ne pose aucun problème, le problème surgit lorsque l'on ne comprend pas la raison de la distinction et que l'on fait des oppositions à tout va ou que l'on choisit ce qui selon nous serait le dzogchen authentique pour le réduire à telle ou telle autre enseignement.

Cela n'est plus de la réflexion mais de la manipulation de textes au profit d'une thèse (en l'occurrence l'identité entre un dzogchen des origines et la vision sans tête).

N.B.
Je ne m'oppose pas à la confrontation d'une tradition à une autre bien au contraire, mais c'est justement parce que l'on peut faire des comparaisons, et même constater des influences, que l'on doit parallèlement voir l' originalité et le caractère irréductible de ce qui constitue l'essence de chaque tradition.
Le dzogchen est profondément original et ne provient pas d'un mélange de courants spirituels préexistant. Si tu ne le comprends pas tu ne comprendras pas le dzogchen et il en va de même pour les autres grands courants spirituels.

Écrit par : condor | 22/10/2006

Namo manjushrîyai L'opposition entre différentes formes de dzogchen est d'abord le fait des textes eux-mêmes. Cette forme d'évolution est typique du bouddhisme, et encore plus du tantrisme. J'ajoute que cette opposition est une sorte de mouvement dialectique à la Hegel ("dépasser ET inclure"). C'est ce qui ressort de la lecture des textes du type "Hiérarchie des vues" dont il existe littéralement des centaines d'exemples, dont le Droubtha Dzö de Longchenpa. Quant à l'interprétation de l'opposition entre plusieurs moments de l'oeuvre de Longchenpa, avec ses tentatives tout aussi récurrentes de réconciliation, ce n'est pas non plus moi qui l'affirme, mais Stéphane Arguillère. Celui-ci commencera d'ailleurs à donner une série de conférences sur "les Voies et les Terres" (sa-lam) dans le bouddhisme tibétain, et plus particulièrement dans le bön. Il va lire un texte que lopön Tenzin Namdak lui a expressement demandé de traduire et qui devrait intèresser tous ceux qui se préoccupent de savoir où ils en sont dans leur démarche spirituelle. Cela se passera tous les jeudi aprés-midi de 15 à 17h jusqu'à Noël, à l'EPHE Sorbonne, escalier E 1er étage.
A vous de vous faire votre opinion. Pour ma part, je ne suis ni bouddhiste ni dzogchenpa. Quant à mon interprétation du dzogchen ancien, je ne pense pas avoir "manipuler" ces textes pour le faire dire ce qu'il ne disent pas. Mais, là encore, c'est à vous de vérifier par vous-mêmes, si vous estimez que cela en vaut la peine.
En attendant, avez-vous une tête au-dessus des épaules ?

Écrit par : anargala | 23/10/2006

Un mythe de plus ? Ces oppositions dont tu parles j’en parlais comme de distinctions. Les seules qui me démangent sont les oppositions irréductibles. (J'aime toutes les autres).

Laissons donc Arguillière là ou il est (je suis sûr qu'il fait du bon travail) et revenons à nos moutons. En interprétant « aucun effort à faire » comme « toute pratique est inutile » tu en fais une entre un dzogchen primitif dont ce serait le seul message et un autre dzogchen comportant au moins une pratique (n’importe laquelle). Est-ce que je me trompe ?

N’est-ce pas un mythe que ce dzogchen primitif sans pratiques ? Les textes ont depuis toujours fait l’objet de commentaire, souvent accompagné d’un enseignement et d’une transmission. Tout cela relève de l'oralité donc sans traces. (Mais l'absence de trace n'est pas la trace d'une absence).

Contrairement à toi « aucun effort à faire » me semble donc riche de significations.

La manipulation ne consiste pas forcément à changer les mots d'une citation mais à les présenter avec des sous-entendus.
Le contexte suffit parfois à changer le sens d'un énoncé.

Rien n’empêche de comparer des fragments de roches mais ne penses pas que tu tiens dans ta main la montagne qui les a produits.

P.S.
Merci pour les infos (hélas je ne serais pas sur Paris)

Écrit par : condor | 23/10/2006

Ultime précisions du moment "Contrairement à toi « aucun effort à faire » me semble donc riche de significations"
C'est exactement ce que je voulais mettre en lumière à travers ce "florilège" de citations du dzogchen ancien !

"Le contexte suffit parfois à changer le sens d'un énoncé"
Que puis-je répondre, sinon vous inviter à lire ces textes ?

"En interprétant « aucun effort à faire » comme « toute pratique est inutile » tu en fais une entre un dzogchen primitif dont ce serait le seul message et un autre dzogchen comportant au moins une pratique (n’importe laquelle). Est-ce que je me trompe ? "
Non, mais ce n'est pas moi qui le dit. Faites donc parler les textes !

"Les seules qui me démangent sont les oppositions irréductibles"
Je n'ai jamais parlé d'opposition irréductible, mais d'opposition dialiectique. En simplifiant, on peut donc dire qu'il y a trois moments du dzogchen:
1 - le dzogchen ancien radical. La seule pratique ici est purement gnostique. pas de rituel ni de yoga. Les "qutre yogas" du semdé, enseignés par Namkhai Norbu, sont un ajout tardif. cependant, vous n'avez pas tord de dire que ce dzogchen est un mythe. Il n'a guère eu de succès : dès le XIVème, il ne semble plus intéresser personne.
2 - Le dzogchen yogique du Nyingthig. Issu de rencontres avec le Kâlacakra, il est néanmoins profondément original (il invente notamment sa propre langue).
3 - La synthèse de Longchenpa, dans ses deux dernières oeuvres. Il revient vers le dzogchen radical, tout en incluant les découvertes du Nyingthig, notamment le yoga des visions colorées (thögal).
A côté de ça, il y a le jugement que je porte sur ces dzogchens. J'admet qu'il y a une "pratique" du laisser aller dans l'état naturel. Le mot de "pratique", trés à la mode chez les Bouddhistes, sonne bizarrement. Comment dit-on "pratique" en tibétain ou en sanskrit ? Mais quoi, la vraie question n'est-elle pas de savoir ce qu'on entend par ce mot fourre-tout ? Pour moi, cette pratique consiste à se laisser aller dans cette clarté immense et merveilleuse que je vois, Ici, sans aucune dualité. N'est-ce pas cette simplicité que célèbre le bouddhisme depuis ses débuts

Écrit par : anargala | 23/10/2006

Merci Anargala pour nous faire partager cet équilibre, et cette clarté, en plus poétique.

Longue vie a ce blog

Écrit par : Scarabee | 24/10/2006

* Cap à 180° alors !
Merci pour votre blog

Écrit par : Véa | 02/12/2007

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