29/10/2006

Le rituel de la déesse Suprême - 2

Cette liturgie de la Suprême (parâvidhi) décrit la journée de l'adepte, depuis le lever jusqu'au coucher. Le rituel principal doit être accomplit quatre fois : à l'aube, à midi, au crépuscule et à minuit. En pratique cependant, le rituel de minuit est écarté. Si il ne peut faire qu'un rituel, l'adepte le fait en fin de matinée.

La structure de la liturgie est cyclique. Un jour, une nuit, un inspir, un expir... Ces deux phases se correspondent et correspondent à tous les autres aspects de l'existence cosmique ou individuelle. L'inspir est accroissement dans tous les domaines : intelligence, richesse, fertilité, durée de vie... L'expir est retour à l'état de repos et mort. Il est le moment de tous les rituels "nocturnes" de destruction.

Toutefois, la liturgie de la Suprême (parâkrama) met l'accent sur les intervalles, les solstices et les équinoxes, auquelles correspondent les quatres moments de la journée et les quatres moments de chaque cycle respiratoire. En prenant conscience encore et encore de ces intervalles, la conscience de l'adepte se détent peu à peu et s'affranchi de la dualité. L'espace de pure conscience, d'abord vécu en ces moments d'équilibre, imprègne peu à peu le jour et la nuit et l'ensemble de la dualité, "comme de l'huile se répand dans un tissu". La dualité est ressentie comme une respiration harmonieuse, une oeuvre dont l'adepte n'est plus la victime, mais l'auteur et l'agent. Il est tous ces couples de contraire, et il est aussi au-delà. Espace et nuages, miroir et reflets, océan et vagues : un seul tout, un seul mouvement. 

 

En se levant, l'adepte commence par s'asseoir sur son lit. Il fait un geste (mudrâ), au-dessus de sa tête, qui exprime la présence du couple divin, le Dieu unit à la Déesse. De cette union s'écoule un nectar et une pluie de pétales dorées qui emplissent et baignent le corps de l'adepte. Ainsi, tout ce qu'il perçoit est Dieu, pure Apparence lumineuse, étroitement unie à sa conscience épanouie - la Déesse. S'accompagnant ou non d'un hymne de louange, il imagine ce couple divin descendu dans son coeur, entouré de huits autres couples qui sont comme leurs reflets : les cinq sens, auquels s'ajoutent l'ego, le mental et l'intellect. Ainsi, tout ce qu'il sent, imagine ou pense est une offrande et une célebration.

 

Une fois transformé, il baigne son corps. Il s'asperge d'eau avec le mantra qui est la Déesse Suprême (parâvidyâ) sous sa forme subtile et immédiate : SAUH, prononcé ssâouhou. C'est la Suprême, l'essence de tous les mantras, de toutes les pensées, images et sensations. Puis, il infuse différentes parties de son corps de cette Déesse.

 

Après ce bain, il se rend à l'entrée de son temple privé. Il frappe le sol trois fois, en claquant des doigts, pour chasser de ce lieu tout obstacle : il y entre comme pour la première fois.

 

Puis il vénère son siège, toujours avec la Déesse SAUH. Le texte précise que l'adepte doit garder les yeux grands ouverts durant tout le rituel. Ensuite il se parfume, revêt une guirlande, allume de l'encens, puis vénère sa clochette et la lampe sacrée (kuladîpa), toujours à l'aide de la Déesse, la prise de conscience "je" qui en un instant dénoue la conscience ordinaire.

 

A l'aide du mantra du maître et de la maîtresse, il vénère au-dessus de sa tête le couple de ses maîtres humains, identiques au Dieu et à la Déesse. Ici, cela donne : Aim sauh shrîm krîm hrîm klîm shrî ânandanâtha shrî pâdukâm pûjayâmi namah. Telle est la "mémoration constante des sandales du maître" (gurupâdukâsmriti), thème récurrent de cette tradition kaula. Kaula est le nom de ces traditions qui adorent la Déesse dans le corps, ou qui du moins mettent l'accent sur le corps comme contenant de tout l'univers.

 

Puis l'adepte infuse les différentes parties du mantra - de la Déesse - dans son corps. Il devient la Déesse, car seule une divinité peut adorer une divinité. Mais ici, le mantra - SAUH - n'a pas de parties ! Il est donc répété et imposé sur cinq parties du corps à l'aide de ce seul mantra, avec les gestes appropriés. On commence par le sommet de la tête, puis la bouche, la poitrine, le sexe et enfin le corps entier.

 

Puis, avec de la bouse ou de l'eau parfumé, il trace sur le sol (ou un plateau) un carré, à sa gauche. Ensuite, il sent ses narines. Selon la narine prédominante (celle dans laquelle le souffle passe plus facilement) en cet instant, il déploie une variante du "geste du poisson" au dessus d'une coupe d'eau. Puis il trempe son annulaire dans l'eau et trace le reste du mandala à l'intérieur du carré : cercle et double triangle. Puis, dans une coupe placée sur ce mandala, il infuse la Déesse. Avec cette eau, il trace un second mandala à sa droite, identique. Il y dépose une coupe remplie d'alcool et y infuse la Déesse de l'ivresse, la prise de conscience qui dépasse le mental en le dévorant : "je". Il y a pour cela un mantra un peu plus élaboré qui signifie "SAUH,  hommage à cette Déesse, conscience ayant pour cause et conséquence le plaisir - elle porte une coupe d'alcool dans une main, et de la viande dans l'autre - je la salue et la vénère, SVÂHÂ." Il dispose alors également de la viande (mais l'alcool est l'ingrédient indispensable).

 

Assis, la bouche ouverte et détendue ("comme un corbeau"), l'adepte inspire, récite vingt-sept fois SAUH et expire. Il répète ce cycle trois fois.

 

Puis il visualise, autour d'un point situé sous son nombril, une guirlande de septs fois cinq morceaux de ghee (beurre clarifié), blanc et lumineux. Ils symbolisent les trente-cinq catégories (tattva) qui regroupent tout ce qui existe, le réel et l'irréel, le passé et le futur, le parfait et l'imparfait. Placant son pouce droit sur sa tête, l'adepte éveille alors le "feu" de la conscience situé sous le nombril. Le texte l'appelle la "Lovée" (kundalinî). Cette flamme consumme la "guirlande des catégories" dans la "roue" (cakra) du nombril, au fure et à mesure que l'adepte énonce leur nom en sanskrit.

 

Puis il visualise une guirlande de  trente-cinq fleurs dans son coeur, guirlande qui représente les choses ressenties désormais comme apparaissant dans la conscience et créées par elle, par la Déesse unie au Dieu. Au centre de cette guirlande, il imagine la Déesse, avec un corps transparent et éclatant comme la lune, souriante, tenant le texte de la Science Suprême (parâvidyâ, c'est-à-dire SAUH ou AHAM - "je"), un rosaire de cristal, faisant les gestes du don et de l'absence de peur.

 

Prenant la coupe remplie d'alcool, il la boit peu à peu, d'abord en offrande au cercle des divinités auparavant visualisées dans le coeur, puis au maître et à l'ensemble de la lignée, d'abord divine, puis parfaite et humaine enfin, avec trois maître et leur compagne à chaque fois, sauf pour les maîtres humains, qui font huits couples. L'alcool doit donc être dilué, ou remplacé par du lait, car il est dit explicitement que l'ivresse provoquée doit être légère. Il n'est pas question de tomber raide comme le suggère d'autres tantras !

 

Le reste de l'offrande est remis pour une part aux pauvres, puis à soi-même. Ce rituel se fait seul, à deux ou en groupe. Abhinavagupta précise que tous les éléments du culte doivent êtres agréables, voire excitants. Dans le cas d'un rituel en couple, les sécrétions sexuelles doivent également être offertes à la Déesse. Pour cela, les adeptes touchent leur sexe de l'annulaire de la main gauche, puis le trempe dans une coupe d'alcool, et le boivent.

 

Deux remarques pour finir :

- Ce rituel peut sembler long et complexe, mais il est trés simple pour l'Indien habitué à des procédures redondantes et interminables. N'oublions pas que l'exécution des rituels est la profession du brahmane orthodoxe ! Retenons aussi qu'il existe de nombreuses variantes de ce rituel. Ici, nous n'avons décrit que la forme destinées à ceux qui n'aspirent qu'à la délivrance (moksha). Mais la trame demeure la même dans tous les cas.

- Tout ceci est empli d'images et de symboles qui parlent directement à l'inconscient de l'Indien. Par exemple, boire de l'alcool, consommer (même en quantité infime !) du sperme ou du sang menstruel, constitue le pire des crimes. Plus qu'un acte dégoûtant ou bizarre, c'est là véritablement briser un tabou. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'Abhinavagupta affirme que la meilleure des initiation consiste pour le maître à offrir une coupe d'alcool au candidat. Si celui-ci hésite, si sa main tremble, alors il est encore impur, il n'a pas reçu la grâce. Ce rituel est donc aussi une façon de tester la foi du disciple et de découvrir si les doutes et scrupules mondains ont été éliminés en profondeur.

 

DeviDorée

 

 

11:57 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : tantra, shivaism, deesse, rituel |  Facebook |

28/10/2006

Le rituel de la déesse Suprême - 1

J'avais, avant les vacances de l'été 2006, proposé une lecture d'une oeuvre apparentée au Shivaïsme du Cachemire, la Doctrine secrète de la déesse Tripurâ (Tripurârahasya).

Les récits initiatiques qui la composent sont reçus par Parashurâma de son maître, après douze années de culte rendu à la Déesse. Ce culte est exposé dans la Liturgie de Parashurâma en aphorismes (Parashurâmakalpasûtra).

C'est un système de pratique complet et encore transmis de nos jours, en particulier dans le sud de l'Inde. Il propose la pratique successive de cinq divinités corrélées à cinq cakras et cinq périodes de la journée : Ganapati, Candî, Vârtâlî (alias Vârâhî), Tripurâ et Parâ.

1 - Ganapati ou Ganesh est censé purifier les tendances fabricatrices (samskâra) inconscientes accumulées dans le "corps subtil", plus précisément dans le cakre de la base (mûlâdhâra). De fait, il sert de pratique préliminaire, en faisant fondre les plus gros obstacles : Ganesh est le Soi en tant que "Destructeur des obstacles" (Vighneshvara). Dans le cadre d'une retraite, cette pratique atteint son but en 40 jours. Quatre est, en effet, "le chiffre de Ganesh". L'objectif est atteint lorsque l'adepte fait certains rêves considérés comme auspicieux.

2 - Puis, il adore la Déesse sous sa forme de Candî dans le nombril (manipûra), pratique qui est réputée éveiller pour de bon la "Lovée" (kundalinî), qui n'est autre que la prise de conscience "je". Non pas - notez bien - "je suis untel, je suis gros" ou "maigre", "jeune" ou "vieux". Simplement "je". Telle est la clef de la connaissance de soi, qui va ensuite s'épanouir dans les pratiques suivantes. Les tendances fabricatrices, les impressions fausses, les représentations erronées vont alors se dissiper tels des nuages dissipés par la lumière et la chaleur du soleil (qui auparavant a contribué à la formation de ces mêmes nuages...). Ce soleil est la pure et simple prise de conscience de soi : "je-je" (ahamaham iti samsphurad-âtma-tattvam) comme disait Ramana (grand adepte de la Déesse, soit dit en passant).

3 - Puis Vârtâlî, dans la gorge (le coeur est le lieu d'une pratique intermédiaire non mentionnée par Parashurâma, celle de Râdhâ, compagne de Krishna) concerne la purification du sommeil profond et des tendances les plus anciennes. Ceci dit, chaque pratique, depuis le début, purifie l'inconscient (de toutes façons, les constructions mentales sont nécessairement "inconscientes", dans la mesure où elles sont des objets pour la Conscience) et les trois états (veille, rêve et sommeil profond). Seulement, la vibration "je" atteint des couches de plus en plus profondes. Comme l'écrit Lilian Silburn, c'est un processus en spirale.

4 - Dans la tête - ou plutôt son absence -, on vénère Tripurâ, alias Lalitâ. En fait, cette pratique est la forme la plus complète de toutes. Elle inclut l'extérieur et l'intérieur. A l'extérieur, on projette l'univers dans le "palais de la Déesse" (un shrîcakra, mandala en cuivre ou autre matière précieuse) et, à l'intérieur, on projette ce même univers dans le corps, dans le souffle et dans l'imagination, pour finalement réaliser que tout est projetté dans la conscience par la conscience.

Ces quatres liturgies sont de plus en plus complexes. Le culte de Tripurâ est le centre et l'apogée de cette tradition. Cette pratique exprime à l'aide d'images et de sons (les mantras et surtout LE mantra, en 15 ou 16 syllabes, la Shrîvidyâ) l'intuition "je". Tout s'y ramène, selon sa manière propre, aux plans de l'univers, du corps, du souffle et de l'intellect. Il s'agit à la fois d'exprimer un pressentiment inné ("je suis tout et au-delà de tout") et de le renforcer en l'exprimant ainsi.

Cette liturgie est ininterrompue, jour et nuit, dans l'inpir et dans l'expir, et surtout entre les deux.

5 - C'est ce dernier aspect que souligne la cinquième et ultime liturgie des Aphorismes de Parashurâma, celle de la Déesse sous sa forme "suprême" (parâ). On lui rend un culte à minuit ou à midi, dans le "lotus aux milles pétales", c'est-à-dire dans les intervalles entre les cycles de la vie.

Comme cette liturgie inclut, sous une forme trés concise, les étapes principales de toutes les autres, il suffira ici de décrire seulement ce rituel, dont le symbolisme est médité par Abhinavagupta dans l'Explication de la Suprême, souveraine des Trois Puissances (Parâ-tri-îshikâ-vivaranam).

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DesseFleur

 

11:33 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tantra, shivaisme, rituel, cachemire |  Facebook |

22/10/2006

La liberté de conscience - un droit sacré, et un devoir

Voici le texte la tribune libre publiée par le professeur de philosophie Robert Redeker dans Le Figaro le 19 septembre 2006. Je ne partage pas toutes ses idées, mais force est de constater qu'aux yeux de nombreux esprits, l'islam remplace aujourd'hui les utopies d'hier. Aprés l'Inquisition, aprés le nazisme, après le stalinisme et le maoisme, l'islam s'affirme chaque jour comme un nouveau totalitarisme. Cela est bien dommage car les civilisations musulmanes ont encore tant de richesses spirituelles à faire partager !

A cause de cet article, dans lequel il se contente de citer l'Encypopaedia Universalis, Robert Redeker et sa famille sont menacés de mort par des islamistes. L'état le protège certes, mais aucun soutient, moral ou financier (il doit sans cesse déménager) ne lui a été accordé par son ministre. Bienvenue dans le monde fabuleux de "l'Education Nationnale"...

Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?

Les réactions suscitées par l'analyse de Benoît XVI sur l'islam et la violence s'inscrivent dans la tentative menée par cet islam d'étouffer ce que l'Occident a de plus précieux qui n'existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s'exprimer.

L'islam essaie d'imposer à l'Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d'un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l'école, accusation d'islamophobie contre les esprits libres.

Comment expliquer l'interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l'argument avancé : risque de "troubles à l'ordre public". Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l'affichage de la beauté ? Ou bien craignait-on des manifestations islamistes, via des brigades de la vertu, aux abords de Paris-Plages ?

Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l'oppression contre les femmes suscite, plus propre à "troubler l'ordre public" que le string. Il n'est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit une islamisation des esprits en France, une soumission plus ou moins consciente aux diktats de l'islam. Ou, à tout le moins, qu'elle résulte de l'insidieuse pression musulmane sur les esprits. Islamisation des esprits : ceux-là même qui s'élevaient contre l'inauguration d'un Parvis Jean-Paul-II à Paris ne s'opposent pas à la construction de mosquées. L'islam tente d'obliger l'Europe à se plier à sa vision de l'homme.

Comme jadis avec le communisme, l'Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L'islam se présente, à l'image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l'instar du communisme d'autrefois, l'islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d'une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd'hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd'hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l'oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme.

Dans l'ouverture à autrui, propre à l'Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l'autre doit toujours passer avant moi. L'Occidental, héritier du christianisme, est l'être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l'identique de feu le communisme, l'islam tient la générosité, l'ouverture d'esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.

Ce sont des faiblesses qu'il veut exploiter au moyen "d'idiots utiles", les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d'imposer l'ordre coranique au monde occidental lui-même.

Le Coran est un livre d'inouïe violence. Maxime Rodinson énonce, dans l'Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. D'une part, "Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire (...) Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie (...) Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin".

D'autre part, "Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu juive qui y restait, les Qurayza, qu'il accusait d'un comportement suspect". Enfin, "après la mort de Khadidja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite Aisha, qui avait à peine une dizaine d'années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages".

Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran.

De fait, l'Église catholique n'est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L'Inquisition, la chasse aux sorcières, l'exécution des philosophes Bruno et Vanini, ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l'islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l'Église.

Aucune des fautes de l'Église ne plonge ses racines dans l'Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l'institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d'amour, Mahomet un maître de haine.

La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n'est pas qu'un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au coeur du croyant.

Cette lapidation, s'accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque.

Au lieu d'éliminer cette violence archaïque, à l'imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c'est-à-dire l'entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l'islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l'islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine.

Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l'islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l'Occident "le monde libre" par rapport à au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce "monde libre", fonctionnaires zélés de l'oeil du Coran, pullulent en son sein.

par Robert Redeker
Philosophe.
Professeur au lycée Pierre-Paul-Riquet à Saint-Orens de Gammeville



1er octobre 2006

14:09 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : philosophie, islam, liberte de conscience, redeker |  Facebook |

Et après ?

"...

On purifie son corps avec des jeûnes, et aprés ? On a des fils légitimes, et après ? On pratique la rétention du souffle, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

L'ennemi est vaincu dans la bataille, et après ? L'ami est favorisé, et après ? Les pouvoirs du yoga sont conquis, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

On marche sur le eaux, et après ? On contrôle le souffle par la "respiration du vase", et après ? On soulève le mont Mérou dans la main, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

On boit du poison comme du lait, et après ? On mange du feu comme du riz, et après ? On vole dans le ciel comme un oiseau, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

Les cinq éléments sont maîtrisés, et après ? De réelles blessures ne sont que rougeurs, et après ? Des pierres sont lancées par des mains invisibles, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

On devient un empereur, et après ? On acquiert la suprématie d'Indra sur le autres dieux, et après ? On parvient à la toute-puissance de Shiva, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

On obtient tout avec des formules magiques, et après ? On est transpercé sans dommage par des flèches, et après ? On connaît le sort par les astres, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

Le dard d'Eros est brisé, et après ? L'aiguillon de la colère est émoussé, et après ? L'étreinte du désir est repoussée, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

La présomption est repue, et après ? Plus rien sur la terre ne nous exalte, et après ? Les affres de l'envie ont disparu, et après ? Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

On conquiert le monde de Brahmâ, et après ? On contemple le monde de Vishnou, et après ? On commande dans le monde de Shiva, et après ?Certes, ce n'est pas ainsi que le Soi est perçu.

Celui dans le coeur duquel ce saint dédain du non-Soi sourd constamment et pleinement devient un vase d'élection pour la perception directe du Soi que ne connaîtront pas ici-bas ceux qui s'égarent dans le tourbillon d'un univers illusoire."

 

Le saint dédain du non-Soi (Anâtma-shrî-vigarhanam), attribué à Shankara, extrait de Hymnes et chants Védantiques, traduits du sanskrit par René Allar, Editions Orientales, Paris, 1977 et republié dans Nirvâna, "Les cahier de l'Herne", sous la direction de François Chenet, Paris, 1993.

13:36 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : shankara, eveil, yoga, tantra |  Facebook |

21/10/2006

Quand atteint-on l'Eveil ?

Depuis longtemps, le bouddhisme est agité de débats sur les causes et les circonstances de l'Eveil. Dans le bouddhisme tardif, et dans le chan et le dzogchen en particulier, cette tension est au centre de l'enseignement.

Contre les rituels, les yogas et les techniques, le dzogchen ancien va droit à l'essentiel, droit à cet espace à partir duquel nous percevons les choses, espace transparent qui embrasse le samsâra comme le nirvâna.

Cependant, à partir du XIIème apparait une nouvelle forme de dzogchen basé sur un yoga visant le développement spontané de vision lumineuses à partir de la contemplation du ciel, du soleil ou de l'obscurité. Ces visions sont "spontanées" en ce sens qu'elle ne proviennent ni de l'imagination ni du mental, mais de notre nature de Bouddha inconditionnée. Au lieu donc de changer notre monde en changeant notre façon de voir ce monde, cette nouvelle méthode propose de changer notre monde pour changer notre façon de le voir : le spectacle de ces orbes colorées a, en lui-même, le pouvoir de dissoudre le mental, laissant l'espace transparent de notre nature de Bouddha briller de nouveau.

Au XIVème siècle Longchenpa, un maître dzogchen virtuose, tente une synthèse de la voie progressive (lamrim) et du dzogchen radical des origines, dans un texte disponible en anglais sur le net, le Grand Chariot (Shingta Chenpo).

Il y présente les thèmes traditionnels du catéchisme bouddhique : la souffrance, ses causes, les conséquences inéluctables des actes (karma) - avec moultes détails sur les différents enfers -, la compassion, la concentration, l'interdépendence des phénomènes, la vision pure, les rituels tantriques et les yogas intérieurs... jusqu'au chapitre X (sur un total de XIII), dans lequel il présente la perspective du dzogchen radical. Il invite alors le disciple à "passer le cap". Cette expression revient encore et encore sous sa plume. C'est qu'elle exprime la philosophie de Longchenpa dans cette oeuvre : l'on doit pratiquer méthodiquement les vertus jusqu'à un certain point - une sorte de seuil critique - à partir et au-delà duquel il n'y a plus, du point de vue du pratiquant, ni pratique ni progression. On monte un escalier, on arrive à une porte. Mais, une fois cette porte franchie, il n'y a jamais eu de porte. Autrement dit, il y a bien une voie et des efforts à fournir, il y a des conditions, jusqu'à ce que l'on parvienne à l'Inconditionné. Ce paradoxe est symbolisé dans l'Avatamsaka Soûtra par la "Tour des miracles de Vairocana". Vairocana est la personnification de notre nature de Bouddha. Un adepte exemplaire, Soudhana, parvient enfin, aprés d'innombrables épreuves et pratiques variées, jusqu'à cette tour. Vue de l'extérieur, elle semble avoir une certaine taille; elle est située quelque part dans l'univers, et on peut y parvenir au terme d'un long voyage. Mais, une fois que Soudhana franchit son seuil il découvre, émerveillé, que l'intérieur de la tour est infini, qu'il contient tout, y compris tous les endroits qu'il a parcouru jusque-là. Autrement dit, tant qu'on a pas atteint l'Eveil, cet Eveil apparaît comme un état localisé dans l'espace-temps, produit par des causes précises. Mais, dès que le cap de l'Eveil est franchi, tout a toujours été pur et parfait. C'est d'ailleurs logique, si l'on se souvient qu'un Bouddha est éternel : pour lui, passé, présent et futur sont contemporains. Dès lors, on peut supposer que le maître et les déités que l'adepte rencontre sur la Voie ne sont que la manifestation de son propre Eveil, situé pour lui dans le futur.

Dans la perspective de ce dzogchen progressif, le but de la pratique serait d'atteindre une "masse critique", suffisante pour que notre nature de Bouddha se réveille et poursuive d'elle-même la pratique, ce qui rend crédible la libération en une seule vie (normalement, selon le bouddhisme mahâyâna, il faut des millions de vies successives). L'adepte continue toutefois de pratiquer, du point de vue des autres tout au moins, afin de leur offrir, sans aucune volonté ni plan de sa part, un modèle de la Voie à suivre.

Je suggère que ce "cap" est franchi lorsque l'on retourne la flèche de son attention de 180°. On passe alors la Porte, et l'on voit que l'on a jamais été nullepart, mais plutôt que tout les lieux et tous les état ont toujours reposé en nous, en cet espace. Du point de vue de la troisième personne bien sûr, je suis une chose parmis les choses, contenue dans l'univers. Mais du point de vue de la première personne, c'est moi, en tant qu'espace-conscience, qui contient l'univers. "Misère du petit, grandeur du Grand" pourrait-on dire en paraphrasant Pascal.

Le "cap" est différent pour chacun, de même que la durée du voyage. Mais le but est le même : voir (et non pas croire, imaginer, penser ou visualiser) Qui je suis vraiment, voir cette Absence au-dessus des épaules, Absence qui accueille toutes les voies, spirituelles ou non.

Car l'essentiel est Ici. L'essentiel est attention à ce qui est, et non à ce qui devrait être. Juste une conversion du regard de la conscience vers elle-même, en un instant. Le Diable se cache dans les détails, dit-on. "Elémentaire..." dit Holmes. "Evident !" ajoute Ramana... Encore faut-il avoir l'humilité de se rendre à cette évidence ! Pour certains, cela peut durer fort longtemps à ce qu'il semble. Mais peu importe la durée et peu importes les quantités. Toute Voie, directe ou non, artificielle ou spontanée, est une manière dont l'Être éternel se découvre lui-même. Toute Voie se parcourt Ici, dans l'absence de tête au-dessus des épaules.

Le grand oiseau Garouda plane sans effort, depuis toujours, dans l'espace limpide. Car il est né dans l'azur. Cet espace est son oeuf, sa matrice et sa mère. Puisse t-il lui rendre hommage !

12:08 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : dzogchen, eveil, vision sans tete, longchenpa |  Facebook |

19/10/2006

Une nonne tibétaine abattue par les soldats chinois devant les touristes...

Quel gâchis ! Le 30 septembre dernier, un groupe de trekkers (dont un officier de police australien) assistent, impuissants, à une scène horrible. Des soldats chinois se mettent à tirer, à 300 mètres d'eux, sur une colonne de jeunes tibétains qui tentent de rejoindre le Dalaï Lama. Une nonne tombe, se relève, puis s'écroule définitivement, comme on peut le voir sur ce film.

J'avais vu cet été, à Dharamsala, un film sur les horreurs commises par "l'armée de libération". Voilà un crime de plus. Les Tibétains, de même que les populations himalayennes en général, sont donc prises en tenaille par les maoïstes chinois d'un côté, et par les maoïstes népalais de l'autre ! Et, s'ils leurs échappent, ils tombent sous la coupe du roi du Népal, des trafiquants himalayens, ou encore des fonctionnaires indiens corrompus...

Pas loin de chez moi se trouve un pavillon de banlieue ordinaire. Sauf que le drapeau chinois flotte dans le jardin, avec un autel maoïste dans l'entrée. Du côté rue, on peut admirer des couvertures de livres sur "Le Tibet merveilleux d'aujourd'hui", "La liberté et l'épanouissement en Chine", etc. Cette antenne de propagande grotesque est manifestement financée directement par le gouvernement chinois. Quels sont les Français qui osent collaborer avec ces gens ? 

17:08 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tibet, droits de l homme |  Facebook |

14/10/2006

La musique de Shiva

Un site remarquable sur lequel on peut entendre et voir (avec real media) l'immense joueur de rudra vînâ (sur ce vénérable instrument, voir les liens à droite) Zia Mohiuddin Dagar, accompagné par le joueur de pakhavâj (tambour à deux faces) Chattrapati Singh.

Vinadhari2

 

Sur ce même site, vous aurez également le plaisir de découvrir d'autres liens vers mes instruments à cordes favoris, comme le guqin chinois, le yaili tambur turc ou encore le rebab afghan...

15:47 Écrit par David Dubois dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : zia mohiuddin dagar, dhrupad, rudra vina |  Facebook |

Le dzogchen ancien : de la liberté à la tradition ?

En lisant le livre de Sogyal Rimpoché Le livre tibétain de la vie et de la mort, peut-être avez-vous entendu parlé du dzogchen, cette fabuleuse école de méditation, fondée sur l'idée d'une perfection naturelle de toutes choses. Selon cette tradition, riche d'une immense littérature encore largement inexplorée, il n'y a qu'une seule réalité. Mais, selon qu'on la voit telle qu'elle est ou que l'on se méprend sur elle, elle apparait comme parfaite (c'est le fameux nirvâna),ou bien, au contraire, essentiellement hostile et étrangère (le samsâra).

Cependant, cette tradition enveloppe en fait plusieurs courants distincts qui ont évolués sur un millénaire au moins. Entre le dzogchen des origines et celui que l'on pratique aujourd'hui, l'on ne s'étonnera donc pas de remarquer des contradictions, à l'instar de ce qui se passe pour le christiannisme (et sans pour autant adhérer aux affabulations d'un Dan Brown).

En effet, le dzogchen était, à l'origine, une sagesse radicale, fondée sur une critique du tantrisme bouddhique. Celui-ci affirme en principe (mais il y a d'importantes variations) que nous sommes en réalité parfaits, purs, bienheureux, éternels et omniscients. Simplement, cette perfection innée est actuellement voilée par les nuages des passions et d'une imagination qui nous échappe, un peu comme dans un rêve. La "voie des mantras" propose alors de purifier ces voiles pour retrouver ce potentiel infini, grâce à une discipline de tout l'être ("corps, parole, esprit"). Arrivé à un certain point de purification, le soleil de notre vraie nature perce à travers les nuages des passions, prend le relais de la pratique, et achève de disperser ces nuages. Mais, jusqu'à ce cap décisif, l'effort et une pratique systématique sont indispensables. Les fruits de cette entreprise apparaissent peu à peu, et s'accompagnent de signes de succès comme la clairvoyance ou l'invisibilité du corps.

Mais à partir du Xème siècle, des textes apparaissent qui déconstruisent ce système basé sur l'effort délibéré. Ils constituent, jusque vers le XIIème siècle, ce qu'il convient d'appeler le dzogchen ancien et radical. En particulier, il y a les "Cinq transmissions premières", les premiers textes dzogchen traduits au Tibet. La tradition comme les chercheurs contemporains s'accordent pour y voir la forme primitive du dzogchen. Afin de montrer en quoi ce dzogchen est "radical", voici quelque extraits de ces textes. Il en existe actuellement trois traductions anglaises : celle d'Eva Neumaier-Dargyay (ND), celle d'Adriano Clemente (AC) et, plus récente, celle de Keith Dowman (KD). Le tibétain est ici concis à l'extrême, ce qui explique les différences de traduction, divergences dont je ne livre qu'un seul exemple.

 

Dans le Grand Art (Tsal Chen, chap. 27 du Kunjé Gyalpo; ND: Great Lore; AC: Great Potency; KD: Radical Creativity) on peut lire ceci :

"Sur la voie erronée des extrémistes où l'on pense en termes de "moi" et de "mien", les naïfs entreprennent une démarche religieuse dans laquelle ils ne trouverons jamais l'occasion de comprendre qu'elle ne mène nulle part ! Comment pourrait-on trouver le Réel en le cherchant ?

Les instructions des maîtres pareils à des singes et privés de jugement sont perclues d'idées fausses..."(v. 5-6).

"privés de jugement" donne "who lacks valid cognition" (ND), "devoid of qualities" (AC) et "who lacks direct insight" (KD). Malgré ces différences d'interprétation, le sens est clair : on ne peut pas trouver ce qui est parfait à l'aide de techniques et de purifications ("preparation and technique" dit KD pour "idées fausses").

Bien que KD penche souvent du côté de la glose, sa traduction me paraît être la plus convaincante. De plus, elle suit de près le commentaire qui accompagne ces textes - bien qu'il soit sans doute postérieur de plusieurs siècles.

 

Le vol du Grand Garouda (Khyung Chen) reprend ce thème de "l'absence d'effort délibéré" (djyadrel) :

"Les anciens sages, obnubilés par la passion de l'effort, s'égarèrent dans les tourments du labeur acharné. L'omniscience - l'immersion dans l'état naturel - devient méditation artificielle lorsqu'elle est articulée" (9)

"Ceux qui, infecté par la maladie des passions, s'efforcent de les trancher, ont soif de progrès, tels des animaux courants aprés un mirage. Leur destination n'est qu'une utopie ! Même les Dix Terres (des bodhisattvas) voilent le plus pur des esprits." (11)

 

L'or extrait de sa gangue affirme quant à lui :

"L'entendement conditionné par les discours de la tradition - à savoir les "trois samâdhis, etc. - se conforme aux dogmes. Au regard de la transmission dépourvue d'effort délibéré, c'est là un travers, une illusion. Reposez-vous plutôt dans le bien-être naturel de la perfection sans rien à faire !" (9)

 

Enfin, le Vaste espace de Vajrasattva fait dire à ce dernier :

"La nature intangible qu'est le Réel innonde l'esprit quand cesse toute recherche. Mettre l'accent sur le comment et le pourquoi empêche son apparition naturelle." (7)

"Certains prennent l'Esprit d'Eveil (=la nature de l'esprit) pour une méthode subtile. Ils cherchent alors à l'isoler; ils s'attachent à vider la nature de l'esprit de l'enchaînnement des pensées. Parce qu'ils s'y efforcent, cette méditation n'est qu'un artifice." (13)

"Non ! Le Royaume du Bouddha ne peuvent être atteint par la recherche et l'effort délibéré. A l'instar de tous les objets, ce n'est pas "quelque chose". Ceux qui le cherchent ainsi sont comme un aveugle qui voudrait attraper le ciel !" (20)

"Le chemin de la purification qui s'élève peu à peu contredit le dharma de l'absence d'effort délibéré. A supposer qu'il existe un tel chemin, jamais son terme ne sera atteint, à l'image de l'espace." (21)

"Extérieur et intérieur ne font qu'un. L'extérieur est l'intérieur. Il n'existe donc nul "état profond" à percevoir." (30a)

Quant à la question des "signes de réussite spirituelle", il ajoute :

"Affranchie de toute image, homogène, la voie du yoga est comme l'empreinte d'un oiseau dans le ciel. En ce qui est incréé et non-né, où trouverait-on trace de son passage ?" 29

KD explique : "Le yogin ne laisse aucune trace de son accomplissement ou de la façon dont il s'est accomplit, ni doctrine ni dogme, ni signes ni indications." Le tantra poursuit :

"Chacune des innombrables techniques produit sa fleur. Mais la perfection est dépourvue de signes caractéristiques, c'est pourquoi elle n'a point de champ spécifique." (39)

 

Ce genre de propos va à l'encontre de la lettre de la plupart des tantras - bouddhistes et hindous - obsédés qu'ils sont de pouvoirs surnaturels et de merveilleux. Cette fascination pour la puissance et ce "règne de la quantité" comme eut dit Guénon, est le sujet de moqueries constantes dans le dzogchen ancien (voir The Supreme Source d'Adriano Clemente) comme dans les sagesses non-dualistes en général. Ces pouvoirs existent certes : mais ils existent déjà. Les rechercher à coups de millions de mantras est donc le comble du ridicule, à l'image de l'imbécile cherchant partout le collier qu'il porte sur lui. D'ailleurs ce collier, ces lunettes, n'est-ce pas l'Oeil Unique, le fameux "Troisième Oeil" par lequel nous voyons tous ? Combien avez-vous d'yeux, en ce moment ? Voyez-vous ces mots au travers de deux trous ? Ou bien n'apparaissent-ils pas plutôt dans un espace grand ouvert ?

 

Ces leçons du dzogchen ancien, le dzogchen "moderne" (j'entend par là le genre "nyinthig") les a largement oubliées. C'est que, s'il n'y a rien à "faire", s'il n'y a pas de temples à construire, de stoupas à financer, de rituels à mener, quels mobiles reste t-il pour mobiliser les foules ? S'il suffit de voir, par soi-même, ici et maintenant, et si la seule difficulté est de s'incliner devant cette évidence, qu'est-ce qui justifierait l'existence des églises et autres communautés ? Le bouddhisme, comme toutes les religions, a donc eut vite fait de s'incliner devant cette autre "évidence" que l'on nomme réalisme ou pragmatisme.

 

Mais nous, chers lecteurs, ne sommes nullement obligés de suivre cette voie-là. Je suggère que nous prenions plutôt celle de l'oiseau, ce chemin sans chemin sur lequel notre Absence nous attend patiemment...

12:43 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : dzogchen, eveil, yoga, vajrayana, tantra |  Facebook |

07/10/2006

L'Etre à la découverte de lui-même

Qui je suis vraiment est la solution à tous mes problèmes.

Où ça ? Dans les Himalayas ? Dans une cabine de retraite? Dans un esprit purifié par des années de "pratique"? Dans l'esprit parfaitement pur du maître? Dans l'au-delà? Dans l'Âme du Monde? Dans le coeur d'un enfant ? Non pas. Ici.

Quand ? Dans douze ans? Dans sept vies? Au prochain kalpa? Aprés une retraite de trois ans? Aprés avoir récité des millions de mantras ? Non Pas. Maintenant.

Voyons par vous-mêmes ! Ici et Maintenant : il suffit de retourner votre regard de 180° vers vous, vers Ici, vers Maintenant, vers cet Espace illimité, juste présent, tranquille, qui embrasse en sa simple majesté tous les "là-bas" et tous les "plus tard". Voyez-vous, cher lecteur, un poil de quoi que ce soit Ici ? Une forme ? Une couleur ? Une structure ? Sans faire appel à votre mémoire ou à votre imagination, pouvez vous dire "jusque là c'est moi, ensuite c'est dehors" ? Pouvez-vous VOIR une frontière entre l'intérieur et l'extérieur ?

 
Trimurti

Or, en l'absence de toute forme, comment peut-on parler de mort ? De vieillissement ? Peut-on mesurer le passage de ce qui n'a point de forme ? Dans cette ouverture, comment faire la différence entre un instant et une éternité ?

Vous me direz, cet espace est rempli. Rempli d'un tumulte. Soit. Mais vous laissez aller dans cet espace-conscience, sans repères ni soucis "comme un vieillard prenant le soleil" (dixit Longchenpa), cela n'a t-il pas pour effet de "mettre de l'huile" dans ce tumulte ? Ce n'est pas le mouvement en lui-même qui fait souffrir, mais l'idée que je suis une chose qui bouge, opposée à d'autres. Face à face. Alors que, de fait, nous sommes face à Absence de face. La Face qui ne périt jamais, dont parle le Coran.

Et puisqu'il n'y a nulle forme Ici et Maintenant, il n'y a donc aucune différence entre "vous" et "moi" Ici et Maintenant. En ce sens, vos problèmes sont les miens, et vice versa. Nous sommes un seul Être à milles yeux (des yeux uniques, notez bien), à mille bras, à mille jambes. Tous nos actes sont un seul Acte. Un seul Être - mille fenêtres sur Lui, sur soi, sur le Soi, sur la vacuité, la Nature de Bouddha. Toute expérience est le déploiement de l'Eveil. Hop ! Hop ! Hop !

Un jour, j'avais fait remarqué à Douglas Harding que nous ne sentons pas ce que sentent les autres. A quoi bon alors dire que nous sommes un seul Espace-conscience ? Il répondit : "Certes, certes. Voir Qui je suis vraiment ne permet sans doute pas de sentir ce que sent autrui, mais cela facilite grandement les relations". Mettre de l'espace, du rien, du vide. Ou plutôt, se laisser aller, en acceptant tout , même les crispations et les sensations de peur, parce que l'on VOIT directement, sans l'intermédiaire d'aucune idée ni d'aucune image, que nous englobons tout cela. Nous embrassons tout, que nous le voulions ou non. Alors embrassons-nous du mieux que nous pouvons.

12:23 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : eveil, douglas harding |  Facebook |

02/10/2006

Pour la liberté d'expression

Un professeur de philosophie menacé de mort, un opéra déprogrammé, des agressions physiques contre des églises... Faut-il croire que le terrorisme marche ? Va t-on se taire, terrorisés ? Si vous voulez agir, signez cette pétition de soutien.

Pour ma part, je crois qu'il faut résister, c'est-à-dire exercer sa liberté d'expression. Pourquoi ? Eh bien, non seulement pour défendre ce droit, si précieux en lui-même, mais aussi pour défendre le combat de tous ceux qui luttent contre les islamistes. Car parmis les résistants, il ne faut pas oublier les musulmans progressistes, ceux qui s'efforcent de réformer l'islam, c'est-à-dire de retourner à son essence spirituelle et universelle, au lieu d'imposer un islam guerrier fondé sur la peur de l'autre.

Il faut donc avoir le courage de critiquer l'islam. Ce qui veut dire pointer du doigt les problèmes, mais aussi mettre en valeur ce qu'il a de bon et d'universel, en s'appuyant sur des exemples comme Ibn Arabî et Abd El Kader. 

Sur le site de Frank Visser, vous pourrez lire (en anglais) deux articles de Roy Harris sur les différentes tendances dans l'islam. Il soutient que l'islam est, historiquement, un code guerrier et non une religion de paix au sens moderne. Mais il souligne également que des musulmans interprètent le Coran dans un sens plus ouvert et évolutif (voir Maddhad Versus Ijtihad). Alors, si vous avez découvert des liens vers des sites ou des articles qui expriment un islam progressiste, faites-le savoir aux autres !

12:22 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (103) | Tags : redecker, abd el kader |  Facebook |