04/06/2007

Gourous graves

Dès que l'on parle d'Inde et de spiritualité, les gens craignent d'avoir à faire à des sectes, d'être manipulés par des gourous. Et ils n'ont pas tord. Le mot de "secte" me  parait néanmoins problématique. La secte, c'est toujours l'Eglise de l'autre... De fait, beaucoup de Chrétiens utilisent cette peur des gens afin de les éloigner des sagesses orientales, comme par exemple le "Père Verlinde" (!). 

adi-da-samraj

 

Cependant, il existe bel et bien des gourous criminels. Le cas le plus célèbre en Inde est peut-être celui de Sai Baba, étudié dans ce documentaire par une courageuse journaliste indienne. Elle se retrouve même face à un ministre indien, Murali Manohar Joshi, qui finit par sortir de ses gonds et la menace directement ! "Mais vous ne savez pas ce que signifie s'adresser à un ministre de mon rang ! Non, non, non !" On croirait voir le méchant Palpatine de Star Wars... Et il n'est pas le seul disciple influent de Sai Baba. Il y a aussi des juges, des policiers, de nombreux ministres, tous prêts à couvrir ses crimes (pédophilie, pots-de-vin...). C'est à vous dégoûter de l'humanité.

A côté de ces gourous "multinationals", il y a aussi des gourous spécialisés dans le shivaïsme du Cachemire. En Inde, il y a eu Muktânanda, lui aussi souçonné de pédophilie. Voici un vieux cliché de son gourou, Nityânanda, dans les bras de son propre gourou :

Nityananda

 

Sa disciple, Chidvilâsânandamayî, est à la tête d'une véritable multinationale, très puissante en Inde et aux Etats-Unis. Ils ont une branche "académique", le Muktabodha Institute, qui octroie des bourses de recherche. Pour ma part, j'ai refusé de recevoir quoi que ce soit, les ayant vu à l'oeuvre, avec leurs méthodes de télévangélistes.

Mais Muktânanda a également inspiré des gourous occidentaux, comme Chetanânanda, directeur d'un institut britannique, qui se paie les services d'un spécialiste réputé du shivaïsme cachemirien pour reconstituer certains rituels tantriques (notamment celui de la déesse Suprême).

Mais dans ce domaine, le maître des maîtres est Adi Da, alias Franklin Jones et une bonne douzaine d'autres pseudos, qui sévit depuis plus de trente ans. Orateur brillant, bon écrivain, il a été l'un des premier à voir le "potentiel" du shivaïsme cachemirien. Il a un ashram aux Fidjis, où il vit avec son harem. Il est même parvenu à embrigader le philosophe américain Ken Wilber, qui depuis semble avoir pris ses distances, mais bien tard...

Comment expliquer cette dévotion, cet aveuglement ? A mon sens, ces comportements donnent raison à Spinoza. Ce n'est pas le gourou qui rend les gens aveugles. Ce sont les gens qui, aveuglés par leur besoin de sécurité, créent leur gourou. Ce n'est pas parce qu'une chose est bonne qu'on la désire, mais c'est parce qu'on la désire qu'on la juge bonne. Autrement dit, ces hommes et ces femmes à gourous sont habités par un tel désir d'infini, qu'à l'image d'une midinette débarquant dans la "capitale", ils sont prêts à cristalliser leurs aspirations sur la première personne venue, pour peu que cette dernière sache s'y prendre. Au fond, peut importe le flacon, pourvu qu'on ai l'ivresse. D'ailleurs, le patron de la chaîne de restaurants "Hard Rock Café", disciple de Sai Baba, le dit explicitement dans le documentaire : "Peu importe qu'il ait violé ou non de jeunes garcons, puisqu'à moi, il m'a fait du bien"... Par où l'on voit le lien entre nihilisme consummériste et fanatisme. 

12:15 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : adi da, sai baba, muktananda, gourou |  Facebook |

Commentaires

Je suis en accord avec vous. Je pense aussi que c'est le besoin de sécurité qui pousse les gens à se tourner vers ces gourous. Combler une insécurité, non par "la vérité" et la lucidité, mais par ce qui "anesthésiera" l'angoisse, la peur. Peu importe l'objet de la croyance et par qui celle-ci est prodiguée, l'important est de combler ce vide fondamental. Une fois l'objet sécurisant trouvé, il est très difficile pour ces personnes de retrouver leur lucidité. En effet, le processus même d'appartenance à une croyance, à une communauté demande le renoncement à cette lucidité.
Ces gourous maîtrisent le processus très puissant du transfert qui enterre définitivement la moindre notion de lucidité.
C'est un phénomène terrible et en pleine expansion qui ne manque pas de m'inquiéter.

Bien à vous.

Écrit par : Sunyata | 04/06/2007

merci Arnagala, je remerci vraiment ton blog qui texte apres texte, depuis plus d une annee, ouvre mes yeux a une forme d independance denoncant cet avilissement dans lequel on se laisse si facilement prendre. La recherche du maitre, de l objet securisant m a eloigne de l essentiel, du fait que l on est soi meme la seule personne sur qui on peut compter et qu il n y a que son coeur a ecouter. Il y a trop de "pseudo maitre" qui vende cette securite, qui vendent des livres allechant, et des eleves souffrent psychiquement de cette etat. Et pour terminer, le pire c est que l on arrive a penser que l on progresse parce que l on souffre.
Non, non, mes amis, vous souffrez parce que vous ne vous ecouter pas, que vous ecoutez quelqu n qui a besoin d etre ecouter.

Que ce texte soit lu par beaucoup (que ce document sur Sai Baba reste longtemps sur youTube).

Merci pour ces mots justes qui une fois de plus aide celui qui n a pas la tete trop enfonce a lacher prise sur cette recherche de securite.

Lumiere a toi anargala

Écrit par : ARC EN CIEL | 07/06/2007

"La maladie de l'esprit ce sont les opinions." ce n'est pas de moi mais de Nan Shan.
La politique tout comme la religion sont ces deux extrémes entre lesquels la pensée les égos brodent toutes sortes d'imaginations: combien de ceux engagés dans ce processus marchent réellement sur la terre ferme?

Écrit par : Thomas | 09/05/2008

Les abus des grou-grous Merci Anargala pour ce site très instructif, tant sur l'abord de la démarche que sur la culture cachemirienne. Voici un site humoristique qui dénonce les abus des "grou-grous", et mentionne le yoga du Cachemire:
http://loriginedetout.site.voila.fr/

Écrit par : Francis Lebrun | 19/08/2008

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