13/06/2007

Tantrisme extrême

Le shivaïsme est une vieille religion. Ou plutôt, un ensemble de religions, assez distinctes les unes des autres mais toutes révélées ou inspirées par Shiva, un peu comme le christiannisme, le judaïsme et l'islam se réclament tous du Dieu d'Abraham.

Aghori1

 

Parmi ces courants, l'un des plus anciens et des plus curieux est celui des Pâshupatas, ascètes au corps couvert de cendres et vivants dans les champs de crémation. Vers le IVème siècle, leur ont succédé les Kâpâlikas ("Crâneurs"), qui devinrent rapidement une figure de l'imaginaire indien. Ils sont l'objet de nombreuses satyres dans les pièces de théâtres et farces de l'Inde médiévale. Ils boivent, copulent et se livrent à toutes sortes de pratiques antinomiques. C'est dans leur milieu que va s'élaborer, des IV ème au XII ème siècles, la littérature des tantras, avec leur symbolisme érotique ou morbide.

Que sont-ils devenus ? Les Nâtha, "inventeurs" du Hâtha-yoga, sont toujours présents en Inde et au Népal, bien que  largement corrompus par la mafia du BJP, du RSS et du VHP... Leur chef actuel (Avedya Nâth) est, comme souvent dans le Nord de l'Inde, à la fois député et brigand notoire.

L'une des sectes qui peut se réclamer de la parentée  des Kâpâlikas de l'Inde ancienne est celle des Aghoris, peu nombreux mais que l'on peut encore croiser sur les ghats de Bénares. Malheureusement, je ne les ai ni filmé ni même photographié. Cependant, voici un excellent documentaire anglais sur l'un d'eux à Haridvar non loin de Rishikesh. Le personnage est attachant. Originaire du Bihar  l'état indien qui compte le plus de guérisseurs tantriques - on l'accompagne dans une partie de son parcours intérieur et extérieur. Sa pratique donne une idée de ce que pouvait être celle des ascètes de l'Inde médiéval et des adeptes du bouddhisme tantrique. On voit que Râm Nâth désobéit à son gourou et ne craint pas de rendre visite à sa famille ou à des prostituées de Calcutta. Une existence libre mais risquée.

Un autre document, filmé sans doute à Bénares, où l'on voit un aghori manger un morceau de chair humaine. Ce petit film, réalisé par et pour des Indiens, donne un aperçu assez juste de l'image que les Indiens eux-mêmes se font du tantrisme, qui finalement est pour eux l'équivalent de ce que l'occultisme et de l'astrologie sont chez nous. Dans cette série ("kaal kapaal mahakaal"), vous pourrez également regarder d'autres documents intéressants sur le tantrisme contemporain, avec notamment un gourou buvant des litres de whisky devant ses fidèles et des rituels d'exorcisme.

Enfin, un documentaire de qualité fait par le National Geographic. L'alcool y est omniprésent. J'ai assisté à des rituels à base d'alcool dans un temple dédié à Batuk Bhairava. Mais les adeptes ne consommaient rien. Toute la nourriture, imbibée de vodka, était donnée aux chiens. En revanche, il était obligatoire, pour pouvoir assister à la cérémonie, de boire au moins trois coupelles de whisky !

A travers ces films, on mesurera la distance entre ce tantrisme rustique et le néo-tantrisme californien raffiné...  

15:30 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tantra, tantrisme, sadhu, aghora, aghori, varanasi |  Facebook |

Commentaires

Gare aux aghoris ! Intéressants documentaires, particulièrement celui sur Ram Nath (je regrette pour les autres de ne pas comprendre l'hindi).

"Que sont-ils devenus ? Les Nâtha, "inventeurs" du Hâtha-yoga, sont toujours présents en Inde et au Népal, bien que largement corrompus par la mafia du BJP, du RSS et du VHP"

On retrouve là une caractéristiques qui n'est pas, je crois, réservée aux "tantrikas", la collusion entre pouvoir religieux et politique. Les réputés pouvoirs occultes des Nâths ne faisant que faciliter cet échange. Toutefois, il me semble que l'on trouve une approche plus nuancée du mouvement nâth contemporain à travers l'étude d'un monastère népalais que Véronique Bouillier a menée (voir son livre "Ascètes et rois", CNRS éd.). Pour l'anecdote, une brève note y fait d'ailleurs mention du Ram Nath que l'on peut voir sur une des vidéos et qui aurait déclaré à deux enquêteurs (Rajesh et Ramesh Bedi) que dans toute l'Inde, il n'y aurait pas plus de douze ou quinze ascètes utilisant un véritable crâne humain comme bol à aumônes.

Pour voir quelques autres photos de divers sadhus, dont Gauri Shankar Mishra que l'on voit sur la photo qui accompagne ce billet : http://www.vedanta.it/induismo/storia/sadhu2.htm
Où l'on voit exécuter des "kriyas péniens" qui ne sont pas sans rappeler certains exercices taoïstes encore exécutés de nos jours. Mais à la différence de ces derniers, qui d'après certains de leurs promoteurs, sont destinés à accroître le potentiel énergétique sexuel, le texte qui accompagne les photos de sadhus indiens prévient que leur dessein est plutôt de désensibiliser la sphère génitale afin de maîtriser au mieux le flux du désir. Différence liée à la culture, à une obédiance sectaire particulière, dégénérescence de pratiques encore pratiquées mais incomprises ?

Écrit par : Ekâpâdavatsa | 21/06/2007

Bonjour,

Les aghoris sont effectivement encore présents en Inde. La Kinarami Parampara de Krim Kund (Bénarès) constitue la lignée "officielle", née du Kinaram Baba. Ses représentants sont bien loin des clichés que nous présentent les médias à sensation...Notamment depuis la réforme de Baba Bhagvan Ram.
Il existe également une transmission Aghor Vaishnav, à Manikarnika Ghât.
Certaines sadhanas aghor sont encore transmises chez les Nâths, par exemple au Népal à Pushupatinath. Les Kapaliks, souvent d'origine "Kaula" sont encore présents au Bengale (Tara Peeth).

Les aghoris que l'on voit dans les reportages, ivres morts et s'alimentant des corps de bûchers funéraires sont souvent des sadhus peu scrupuleux, prêt à tout pour recevoir quelques roupies...Oui bien de véritables "indépendants" (genre Vimalananda : cf Svoboda).

Voilà pour un petit bilan.

Écrit par : Morgan | 12/10/2009

Bonjour à tous,

Je cherche le nom d'un documentaire filmé qui retrace l'initiation tantrique d'un indien sur les bords du gange. Dans le film on le voit notammnent à la recherche d'un crane humain qui lui servira de bol pour le reste de sa vie... On le voit aussi, quelque fois en compagnie de son gouru, on le voit errer sur les lieux de crémations...
Je ne sais pas si ces quelques lignes pourront vous aider à identifier ce film. Si vous vous souvenez du nom du film merci de m'en informer.

Merci à tous,

amicalement,
Gwendal

Écrit par : Gwendal | 08/05/2010

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