09/03/2006

Qu'en est-il des dâkinîs népalaises ?

On l'oublie trop souvent : le Népal est aussi un pays où le bouddhisme tantrique est bien vivant. Malgré l'avancée des Maoïstes, les pratiques continuent, même si elles s'affaiblissent. Cependant, certains travaillent à préserver les arts de la scène assiociés depuis toujours au Tantrisme, comme ce maître qui enseigne une danse de la déesse Târâ à une fillette :

 

Un certain Prajwal s'emploie aujourd'hui à transmettre cet art en Occident, art qui met en scène les divinités du panthéon bouddhique. Ici, on peut admirer quelque dâkinîs, sorte d'équivalent tantrique des fées : 

 

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Le Tantrisme "vivant"

En Inde, l'état du Bihar est connu pour plusieurs raisons : c'est l'état le plus pauvre, le plus illettré, le plus corrompu et le plus "tantrique". C'est en effet dans cet état du nord de l'Inde - et terre natale du Bouddha - que le nombre de sorciers et guérisseurs tantriques est le plus élevé. L'un de mes gourous était originaire du Mithila, une région du Bihar où les tantriques pullulent. Sauf qu'il ne s'agit pas là du Tantrisme raffiné d'Abhinavagupta (voir la colonne de gauche) ni même du néo-tantra occidental. Pour tout dire, ça fait plutôt penser à Indiana Jones. Vous vous rappelez, le "temple maudit", avec le fada aux allures de Kojak, qui arrache le coeur de ses victimes pour l'offrir à Kâlî ? Bon, évidemment, c'est un peu de la vilaine propagande mais, d'aprés cet article, ce n'est pas complètement faux : "According to an unofficial tally by the local newspaper, there have been 28 human sacrifices in western Uttar Pradesh in the last four months. Four tantrik priests have been jailed and scores of others forced to flee." "L'Uttar Pradesh occidental", c'est la région voisine du Bihar, et c'est là où se trouve Bénares. Bénares, ville martyrisée par les extrémistes  musulmans, aujourd'hui encore (cf. les trois attentats du mercredi 8 mars). Sauf que les tantriques n'ont pas fait grand'chose pour améliorer la situation. Ils ont truffé la ville et ses environs d'images des divinités tantriques courroucées (style Bhairava ou Kâlî) censées terrifier les envahisseurs. Mais ça n'a rien fait de plus que les dispositifs magiques qui étaient censés "protéger" le Tibet.  Sauf, peut-être, le pont de Bénares. Il paraît qu'on a sacrifié un enfant pour s'assurer qu'il tiendrait debout, et apparement, ça fonctionne (je rigole). De fait, à Bénares, les histoires tantriques sont omniprésentes. Bénares est la mecque de l'Hindouisme superstitieux, avec ses astrologues et ses marabouts au point que ça en déteint sur tout le reste. Je me souviens d'un attelier "Shivaïsme du Cachemire" organisé sur le campus de la BHU de Bénares par mon gourou K. et sponsorisé par le Siddha Yoga. Plusieurs centaines d'Indiens (plutôt des classes moyennes) avaient payé les 800 rupies pour assister à ces trois jours "d'introduction à la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ)". Aprés la première journée qui fut consacrée aux remerciements et aux enguirlandages mutuels, le second vit l'intervention d'un pandit astrologue qui nous expliqua qu'il détenait les mantras secrets permettant d'avoir "à coup sur un garçon", et que l'on pouvait venir le voir le lendemain matin à son cabinet. Là, quelques Indiens ont protestés, trouvant sans doute que c'était un peu gros. Mais bon, c'est juste pour donner une idée du pouvoir de ces gens.

Au total, j'ai rencontré de nombreux tantriques. En fait, rien n'est plus facile lorsqu'on connait quelque mots de Hindi. Et même sans cela, l'odeur des dollars suffit à en attirer beaucoup... Il y a également des gens plus consciencieux. Mais même ces tantriques-là n'ont pas grand'chose de commun avec ce qu'on imagine en Occident. C'est que les rituels auxquels j'ai pu assister ne cultivaient pas vraiment une esthétique "nature et découverte", voyez-vous. Ces cérémonies impliquant des sacrifices et la consommation d'alcool se déroulent souvent la nuit, dans des coins déserts si possible, ce qui n'est pas évident à trouver en Inde. En plus, il fait trés chaud ou trés froid, l'air est lourd, il y a des moustiques, des grosses fourmis, des criquets qui hurlent (avec des millions de grenouilles dès qu'il pleut). Bref c'est loin d'être de tout repos. Les adeptes ont tendance à débiter les mantras comme des mitraillettes, et vu la quantité de trucs à réciter, la kundalinî monte en 10 secondes, guère plus. On a pas trop le temps de rêvasser sur ses cakras ! C'est l'ambiance bihârî, sicilienne quoi.

 

Tout cela serait amusant si tant de personnes ne souffraient dans leur chair de cet obscurantisme arriéré.

 

 

 

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27/02/2006

Ô joie ! Un blog sérieux sur le Tantrisme !

Je viens de découvrir le blog de Somadeva Vasudeva, un excellent indianiste spécialiste du Tantrisme. C'est en anglais bien sûre, mais c'est plein d'informations pour faire réfléchir (par exemple sur le statut des femmes dans le Tantrisme) à partir des textes sanskrits. En voilà de la bonne herbe à vache !

20:09 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : somadeva vasudeva |  Facebook |

05/02/2006

Le beau n'est-il pas un chemin vers l'Etonnement ?

Une exposition de chefs-d'oeuvre de la sculpture tantrique d'Oddyana, du Cachemire et du Tibet ancient  :

http://www.asianart.com/exhibitions/nyingjei/

 

20:37 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

"L'idée de "lignée" n'est-elle pas toujours qu'un mythe ?" et autres problèmes du même genre

Un excellent ouvrage est paru sur l'histoire du Bouddhisme tantrique : Tibetan tantric Buddhism in the Renaissance Rebirth of Tibetan Culture, par R. M. Davidson, Columbia  University Press, New York, 2004.

 

 Un ouvrage exigeant mais passionnant sur les rapports entre Tantrisme, éthique et politique. Dans une première partie, il démontre que l'évolution du Bouddhisme en Inde reflète son évolution politique. Jusqu'à la fin de la période Gupta, le Bouddhisme ( dans le Vimalakîrt Sûtra, par exemple) est démocratique, car il est l'expression des tendances démocratiques des Etats du nord de l'Inde, tels celui des Licchavis. Puis, à partir du VIIème siècle, l'apparition des textes tantriques correspond à une nouvelle organisation politique, beaucoup moins stable, féodale et organisée en "mandalas", marquée par la recherche du pouvoir à tous prix.

Dès lors, l'on est en droit de se demander si, aujourd'hui que le gouvernement de type démocratique est reconnu par la majorité des Etats comme étant le seul légitime, le Tantrisme bouddhique ne devrait pas, lui aussi, se démocratiser. Il me semble que de plus en plus d'adeptes exigent cela, ou du moins peut-on l'espérer.

 

Si tel est bien le cas, alors nous devons nous interroger sur le caractère moral ou non de certaines pratiques. Par exemple, celles de la "libération des ennemis du Bouddhisme" - activité présente dans la plupart des sâdhanâs tantriques -, ainsi que celle de l'obéissance absolue au lama (ou gourou). L'histoire de la transmission du Bouddhisme tantrique de l'Inde au Tibet est, à cet égard, riche en exemples qui font réfléchir. La "deuxième vague" de traduction des tantras, débutée à la fin du IXème siècle, s'est voulut une réforme morale, un retour à l'éthique de la non-violence et de la compassion. Pourtant, certain traducteurs tibétains se sont servis des pratiques tantriques pour tuer (c'est, du moins, ce qu'ils ont cru). Ainsi Ra Lotsâwa, l'un des plus célèbres traducteurs tibétains du XIème siècle, a pu affirmer :

 

"J'ai tué treize adeptes du Bouddhisme tantriques [vajrins], en tête desquels figure Darma Dodé [le fils ainé de Marpa]. Même si je dois renaître en enfer pour cela, je n'en ai point de regrets.

J'ai pris cinq jeunes filles comme épouses [tout en étant moine pleinement ordonné], en tête desquelles figure Euser Boumé. Même si je suis égaré dans la luxure, je n'en ai point de regret". (cité p. 117).

 

Les tantras affirment en effet - conformément aux sûtras du Grand Véhicule - que tuer un être méchant en le faisant renaître dans une Terre Pure, c'est faire preuve de compassion en le délivrant. Car ici, délivrer, c'est anéantir. Mieux même, le bodhisattva doit anéantir les êtres méchants (entendez - ceux qui refusent de se laisser "dompter"), tout comme il anéantit les mauvaises pensées et les "vues perverves" (viparîtadrishti). On  voit suffisament comment l'obscurantisme et la volonté de "faire le bien des êtres" se combinnent ici pour légitimer le meurtre.

A ce sujet, voici quelques réflexions d'un lama guélougpa célèbre, à propos du cas où deux gourous donnent au même disciple des ordres contradictoires. Ce cas se présente au lama qui s'exprime ici, car l'un de ses gourous lui demande de pratiquer un rituel propitiant Shugden (une entité occulte ayant pour raison d'être l'extermination des contradicteurs de l'école Guélougpa), quand un autre, le Dalaï Lama, lui demande de cesser cette pratique.

D'un côté, ce disciple-lama-en-plein-dilemme conseil les autres disciples qui sont dans la même situation de recourir à la "sagesse discriminante" (prajnâ). D'un autre côté, comme l'idée du gourou infaillible doit bien être sauve, il invoque l'idée d'un "Bouddha unique" qui se cacherait derrière tous les gourous en conflits. Comme disait Bayle  à propos du monisme de Spinoza : "Curieuse théologie qui affirme que Dieu transformé en 100 000 Autrichiens s'en va trucider Dieu transformé en 100 000 Turcs"... Dr Jekyll et Mr Hyde, en somme. En effet, c'est là une bien curieuse harmonie. Quoi qu'il en soit de cette esquisse de théodicée bouddhique, ledit lama finit quand même par conseiller la modération et le bon sens : laissons les gourous à personnalités multiples aux adeptes du transformisme et sachons raison garder. (Notons au passage qu'il invoque l'exemple de Ra Lotsâwa).

 

http://www.lamayeshe.com/lamazopa/shugden.shtml


"It is said in the teachings, “Like an actor, the one Dharmakaya, the great bliss, the ultimate guru, manifests in many different forms.”

Therefore, from your side, you must look at the holy minds of all the gurus with whom you have made a Dharma connection as the great, blissful Dharmakaya. You must see them as being completely free of error and in possession of all good qualities. Your mind must look at all of them as Buddha. By keeping your mind in that view, you don’t lose your guru devotion. If continuously you keep in mind that your gurus are Buddha, non-devotional thoughts, such as disbelief, anger and so forth, do not arise. It is extremely important to avoid generating negative thoughts towards your gurus because such minds create enormous obstacles not only to gaining realizations but even to temporary success. However, the Vinaya teachings say, “If your guru tells you to do something that is not Dharma, do not do it.”

Also, the Fifty Verses of Guru Devotion says in verse 24, “If you cannot do what your guru suggests, you can request permission not to do it by explaining why you can’t.” Humbly, without arrogance, without thinking, “Oh, my guru doesn’t know this, he doesn’t know that,” by looking with devotion at your guru as Buddha, humbly explain how you are incapable of doing what he asks. As skillfully as you can, try to get permission from your guru not to do what he has asked you to do.

His Holiness the Dalai Lama has said, “Special disciples and special gurus, like Milarepa and Marpa or Naropa and Tilopa, are different. In such cases, every single word that the guru says to the disciple, even if it involves killing, stealing and so forth, has to be followed exactly.”

The great translator Ra Lotsawa, one of the main Yamantaka lineage holders, is supposed to have killed many people through his tantric power, but nobody regards Ra Lotsawa as bad. Tantric powers are attained on the basis of bodhicitta, the realization of emptiness and the generation and completion stages of Highest Yoga Tantra, and when you gain the powers that come with the clear light and the illusory body and do wrathful actions—for example, separating evil beings’ consciousness from their body—the main point is to transfer their consciousness to the pure land. That’s the end result of wrathful tantric actions. Wrathful actions like that are done to benefit other sentient beings. When dealing with evil beings through peaceful actions doesn’t benefit them the only way left to benefit them is through wrathful actions. If you possess the necessary powers and qualities you can benefit others in that way with no danger to yourself. Not only can you but you are supposed to. It’s part of your samaya."

 

De même, en lisant les analyses de Davidson, l'on s'aperçoit que la plupart des soi-disant "lignées" tantriques sont des fables. Ainsi, Marpa n'a jamais rencontré Naropa.

 

Dans le même temps, on sent une profonde sympathie de l'auteur pour ces jeunes Tibétains téméraires et ce mélange inextricable semble t-il, de profonde sagesse et d'humaine vanité. On en ressort avec un immense respect pour le monument qu'est le Bouddhisme tantrique, en même temps qu'avec un réel désir de s'approprier cet héritage, au lieu de le recevoir comme on reçoit l'hostie d'un curé.

 

16:20 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tibet, tantra, vajrayana, lignee, tantrisme, naropa, marpa |  Facebook |

29/01/2006

My tulku is rich

Interlude du weekend : L'inénarable Steven Seagal a été reconnu officiellement par Pénor Rimpoché, chef de l'école Nyingma du Bouddhisme tibétain, comme étant la réincarnation délibérée (tulku) d'un maître tibétain. Comme il le dit lui-même : "... mais je le savais déjà !" Yee Ha !

 

13:25 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vajrayana, steven seagal, tulkou |  Facebook |

25/01/2006

Peut-on vivre sans fables ?

Un ouvrage d'Eric Baret vient de paraître, aux éditions "Almora". Il se propose d'y présenter "le yoga du Shivaïsme cachemirien", tel qu'il fut transmi par feu Jean Klein.

 

C'est un beau livre, illustré de photos parfois magnifiques. L'approche corporelle y est suggérée en grands détails, à travers diverses rubriques, sur l'alimentation, la sexualité, l'assise ou la respiration. Cette écoute du corps tactile sans référence est une belle invitation à l'exploration - poétique - de l'inépuisable richesse du ressenti. Cette approche est indiquée par plusieurs stances du Vijnâna Bhairava Tantra, et c'est le génie de Jean Klein d'avoir su nous en montrer l'étendue, bien que la filiation cachemirienne qu'il revendique me semble peu crédible.

 

En revanche, je suis surpris de lire des propos sans nuances, tel que : "Le raisonnement, la pensée, l'intention ne procurent que des certitudes illusoires..." (p. 54).

 

De part en part de leur enseignement, Jean Klein et Eric Baret semblent, en effet, valoriser uniquement la perception, le "ressenti", en excluant le concept, le "pensé".

Pourtant, il est clair qu'une telle dévalorisation de la raison est absente de la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ) formulée par Utpaladeva et Abhinavagupta. Non seulement cette dévalorisation en est absente, mais encore le raisonnement (tarka) est la partie suprême du yoga à six membres (et non huit) des tantras shivaïtes. Selon Abhinavagupta, le raisonnement, bien exercé, procure une certitude inébranlable (dridhanishcaya). Cette certitude est une pensée (vikalpa) en harmonie avec la conscience au-delà de toute pensée articulée, qui est Parole (vâk) et source de toutes les pensées. La pensée procure ainsi un véritable accomplissement, en forme de pensée (vikalpâtmikasiddhi). Celui qui a acquit cette certitude, peut à son tour la communiquer à autrui à l'aide de raisonnements. Cette voie est celle du "raffinement des représentations" (vikalpasamskâra) présentée dans le chapitre IV du Tantrâloka, que chacun peut lire en français.

 

Mais s'il en est ainsi, d'où vient ce dualisme entre pensée et perception professé par Eric Baret ? Sa source principale, dans l'histoire de la pensée en Inde, ce sont les philosophes bouddhistes Dingnâga et Dharmakîrti. En effet, ils défendent la thèse selon laquelle la connaissance a deux sources : la perception et le raisonnement. Seule la perception donne accès au Réel ; le raisonnement, quand à lui, construit des concepts sans aucun rapport avec le Réel. C'est la thèse de la "distinction radicale des [deux] moyens de connaissance" (pramâna-vyavasthâ-vâda). Elle s'oppose à la thèse brâhmanique de "la coalescence des deux moyens de connaissance" (pramâna-samplava-vâda). Selon cette philosophie, dite du Nyâya, le premier instant de la perception d'une table n'est qu'une connaissance encore confuse de la table. De même, selon une autre philosophie brahmanique - la Mîmâmsâ - le premier instant de la perception de la table contient confusément le jugement verbal "C'est une table". En d'autres termes, il n'y a pas de rupture entre les deux sortes de connaissance, mais plutôt un seul et même mouvement de clarification. Or, c'est de cette dernière thèse dont s'inspire le shivaïsme du Cachemire, et non de celle des Bouddhistes ! Pour Utpaladeva et Abhinavagupta, en effet, la pensée n'est que l'explicitation de la perception du premier instant. Et toute perception est en réalité un raisonnement, même si celui-ci est trop rapide pour qu'on puisse en avoir conscience, "comme lorsqu'une aiguille transperce cent feuilles collées ensemble". Il n'y a entre ces deux formes de connaissance qu'une différence de degré, et non pas de nature. De même, l'action n'est que le prolongement de la connaissance.

 

Autrement dit, non seulement M. Baret fait dire à Abhinavagupta quelque chose qu'il ne dit pas, mais en plus il lui fait professer la thèse qu'Abhinavagupta réfute !

 

Pourquoi opposer ainsi pensée et perception, dans un enseignement qui se veut pourtant "libre" de tout dualisme du type corps-esprit ? Si le tantrisme intègre les émotions et les sensations dans sa démarche spirituelle, pourquoi donc n'intégrerait-il pas également la pensée ? Abhinavagupta me semble plus tolérant et ouvert à toutes les approches possibles, à l'image du Vijnâna Bhairava Tantra.

 

En outre, il est regrettable que l'auteur ne cite jamais les sources ni les traducteurs des extraits des textes sanskrits ou arabes invoqués pourtant à chaque instant, ainsi que d'autres inexactitudes sur les doctrines du shivaïsme du Cachemire. D'ailleurs, Eric Baret semble en avoir eu conscience, lorsqu'il se démarque, avec un certain mépris, des savants, des traducteurs et autres "universitaires". Il laisse à d'autres ce genre de travail "anecdotique", pour ne se consacrer qu'à "l'essentiel".

 

Enfin, on peut se demander de quels textes du corpus cachemirien M. Baret tire les idées selon lequelles il ne faut pas manger avant midi, manger des céréales crues trempées dans l'eau, etc. Bien sûr, chacun à le droit d'interpréter ces textes à sa guise. Mais alors, ayons l'honnêteté de le reconnaître. Être un adepte enseignant le shivaïsme du Cachemire, ou bien s'inspirer de ses textes (quand ils sont traduits): il faut choisir. Ces deux attitudes ne sont peut-être pas également gratifiantes en apparence, mais pourquoi s'embarrasser de ce genre de détail "anecdotique", au lieu de se consacrer enfin à "l'essentiel", c'est-à-dire au dialogue avec les autres, fut-ce à travers leurs oeuvres ?

PS du 1 er décembre 2008 : suite à plusieurs réactions de lecteurs, je tiens à préciser que malgré ces critiques assez franches, le "yoga du Cachemire" est incontestablement d'une immense richesse. Il n'est donc pas concerné par ces remarques. Je trouve seulement qu'il est dommage qu'Eric Baret n'exprime pas à l'égard de la philosophie - dont celle d'Abhinavagupta - une opinion légèrement plus nuancée. Le yoga du Cachemire me paraît profondément fidèle à Abhinavagupta. Par contre, je ne comprend pas pourquoi il faudrait exclure la philosophie - et donc la philosophie de la Reconnaissance. L'écho des paroles insondables d'Eric baret n'y perdrait aucune profondeur. La perception est un discours. La pensée est un ressenti.

17:45 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : yoga, cachemire, almora, eric baret, jean klein |  Facebook |

16/01/2006

Le tantrisme est-il moral ?

On entend régulièrement parler des comportements immoraux des maîtres spirituels (gourous) et de leur éventuelle corruption. Certains prennent parti pour la morale, d'autres font remarquer que l'Eveil  des maîtres (c'est-à-dire quelque chose comme leur sainteté) les place a priori au-delà de toute morale ; ou bien, que le tantrisme (bouddhique ou shivaïte) est au-delà de la morale - forcément "dualiste" - de nous autres pauvres Occidentaux.

 

Il est vrai que la morale n'existe pas : il n'y a que DES morales, des points de vue relatifs sur le bon et le mauvais. Ainsi, il n'y a que des coutumes, des habitudes propres à tel lieu à tel endroit, et aucun critère universel du juste et de l'injuste. De plus, on peut ajouter, avec les partisans du néo-Bouddhisme et du néo-Advaita, que toute morale est pétrie de jugement : or, tout jugement est erroné, au motif qu'il divise l'Être, qu'il fait voir des dualités là où il n'y a qu'unité ou réalité ineffable. Par conséquent, quant on juge un éveillé, un bouddha, un gourou, un siddha, bref un Être Réalisé, on ne fait que se juger soi-même : on parle de nos conditionnements, de nos constructions mentales mesquines. Une autre attitude consiste à prendre note des scandales, en se lamentant sur cette décadence, relativement à un Âge d'Or vénéré. Mais, à chaque fois, l'idée est au fond la même : la morale, la vraie - universelle et absolue - n'existe pas.

 

Or, il n'est pas dit qu'il n'existe pas de critères universaux de morale, d'éthique et de justice. L'excision par exemple (l'acte de couper le clitoris d'une jeune femme), n'est-elle pas un acte criminel quelque soit l'époque et le lieu, et cela même si ce n'est pas universellement reconnu ? N'y a t-il pas des actes mauvais en eux-mêmes, mauvais en droit, quand bien même leur caractère mauvais ne serait pas reconnu dans les faits ? Autrement dit, ne doit-on pas admettre qu'il existe des droits universels de l'être humain ? Et ce n'est pas parce que ces droits sont instrumentalisés ou bafoués que l'on doit cracher dessus : ce serait précisément faire ce que les manipulateurs de tous bords veulent ! Le cynisme ne sert que les tyrans.

 

De plus, admettre que toute motale n'est que relative, c'est s'interdire de juger. Or, s'il est vrai que juger, c'est souvent stigmatiser l'autre, il y a également des situations où ne pas juger reient à faire preuve de lâcheté : Peut-on affirmer, dès lors que l'on est informé d'un génocide, que "Moi, je ne juge pas, je ne suis pas dans le mental"? Cela ne revient-il pas à faire sienne la maxime "Chacun pour soi, Dieu (ou le Coeur, le Tout, le Réel, etc.) pour tous" ?

 

Ne faut-il pas, au contraire, admettre qu'à côté des lois et des coutumes, des habitudes et conditionnements sociaux, il doit aussi exister des critères universaux de justice et de morale ? Même en admettant que le monde n'est qu'une illusion sans fondement, "pareille à l'espace", a t-on pour autant le droit de traiter les personnes comme de simples choses ?

 

D'un autre côté, il est clair que la plupart des morales sont conditionnées par les lieux et les époques. Prenons la morale bouddhiste, par exemple : elle est fondée sur la croyance en la réincarnation. De même, la morale chrétienne est fondée sur la croyance en l'existence de Dieu. N'est-ce pas là faire dépendre la morale de croyances bien fragiles ? Que faire si nos connaissances ne nous rendent plus crédibles ces croyances-là ? Et puis, a t-on besoin de la "loi du karma" ou d'un Dieu pour avoir une conscience morale ?

 

Je pense qu'il n'en est rien. Dieu et le karma, ce sont des constructions historiques, utiles en leur temps certes, mais dépassées, et à présent inutiles, voire nuisibles. Ce travail de discrimination entre le bon et le mauvais n'est jamais terminé : c'est un horizon jamais atteint, mais vers lequel on finit toujours par se retourner.

 

Bref, un examen critique, sans restriction aucune, des spiritualités tantriques, me semble aujourd'hui incontournable. Donc, et avant de revenir à la Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, je me propose de réfléchir, d'un point de vue moral, sur le tantrisme et la notion de gourou.

18:29 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tantra, kshemendra, tantrisme |  Facebook |

11/01/2006

Bénédictions et gateaux

A la fin de la cérémonie a eu lieu l'initiation proprement dite : le grand chef a touché la tête de tous ceux présents, avec un genre de spatule affublée d'un bout de soie blanche. Sur ce cliché, il porte la tiarre typique des Bönpos. Aprés cela, chacun a reçu des bonbons des fruits et autres friandises, puis nous avons fait le tour du temple. 

 

17:57 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonpo menri |  Facebook |

Initiation pour devenir intelligent

Un jour, le chef suprême a conféré l'initiation à la divinité Mawai Sengué, équivalent bönpo de Manjushri, bodhisattva de l'intelligence. Indispensable pour les moines et ceux qui souhaitent devenir savants. Mais toute la communauté Bön de la vallée était présente en beaux atours. Les jeunes filles lorgnaient les garcons, etc. Il y avait aussi un sympathique moine français. La cérémonie a eu lieu dans le temple principal, que l'on voit ici flanqué de ses rangées de moines.

17:52 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonpo, menri |  Facebook |

The Lineage of Dalton Brothers

Interlude distrayant :

"L'Arbre qui Exauce les Souhaits : la Lignée du Glorieu Datta". Lignée tantrique spécialisée, comme on peut le constater, dans les cas difficiles...

17:37 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : dattatreya |  Facebook |

Un lama aux cheveux longs

Toujours à Tso Péma, un ngagpa. Ces partiquants du Bouddhisme tantrique se spécialisent dans les rituels "violents", c'est-à-dire destinés à "libérer" (comprenez "anéantir") les esprits qui s'en prennent aux adeptes du Bouddhisme et aux gens en général. Celui-ci est né au Tibet. Il avait un jeune apprenti, à qui il transmettait son savoir. Les ngagpas ne sont pas des moines, mais il s'engagent à suivrent certaines règles (liées notament à  leur habillement, hautement symbolique).

17:31 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ngakpa, tso pema |  Facebook |

08/01/2006

Nature et culture

Vue des abords immédiats des grottes. Les mantras gravés sur les rochers et imprimés sur les drapeaux sément une graine d'Eveil en tous ceux qui voient ces formes ou sont effleurés par le vent qui a passé à travers les drapeaux.

20:18 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tso pema |  Facebook |

Le tsok

Vue de l'intérieur de la grotte qui sert de temple aux yogis des grottes de Padmasambhava. En l'occurence, on voit les nonnes en train de pratiquer une sâdhanâ (une liturgie tantrique pour obtenir l'état de Bouddha). Ces nonnes étaient trés courtoises. Elles nous on offert le thé au beurre et du riz à la viande de mouton délicieux.

20:15 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tso pema |  Facebook |

L'Empreinte des pieds du maître

A côté des grottes, dans une petite cavité surchauffée par les dizaines de lampes à beurre qu'y s'y consument en permanence, on peut voir au plafond une empreinte de pied de Padmasambhava. Les empreintes de pieds sont trés importantes dans la civilisation indienne. Les Bouddhistes anciens vénéraient les empreintes des pieds du Bouddha, et le culte des sandales du maître (gurupâdukâ) est le culte central du tantrisme non-dualiste.

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07/01/2006

La seconde grotte de Mândâravâ

Adjacente à la grotte principale, il y a la grotte de Mândâravâ. Au fond, à droite, on peut voir une petite statue de cette dâkinî, particulièrement importante pour les pratiques de longue vie indispensables pour atteindre le Corps de Lumière (appelé aussi Corps d'Arc-en-Ciel). Au fond à gauche, au-dessus de la décoration typique des salles de bains indiennes (et des temples), on peut apercevoir un petit "A" blanc, dans sa sphère quinticolore.

19:42 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mandarava, tso pema |  Facebook |

Le Précieux Maître

Dans la grotte principale, en forme de pyramide, il y a une statue de Padmasambhava. Au-dessus, il y a une petite ouverture vers le sommet des rochers, ouverture qui laisse passer quelques rais de lumière.

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Le royaume de Mandî

Vue du lac de Padmasambhava depuis les grottes. A l'arrière-plan, on devine la ville de Mandî, dont était originaire la princesse Mândâravâ. Cette cité était le centre d'un important royaume à l'époque où Padmasambhava le visita. Aprés les persécutions, le roi finît par avoir foi en le Maître et sa compagne. Le roi remit alors à Padmasambhava la fameuse "coiffe de Zahor". Zahor est un autre nom de Mandî.

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06/01/2006

Grasses grâces

Deux singes se repaissent des restes des rituels d'offrandes effectués par les moines du monastère nyingmapa dans lequel je logeais. Ces offrandes sont des petites sculptures façonnées dans des mélanges de farine et de beurre, souvent à l'image de démons personnifiants les habitudes profondes qui empêchent l'adpete de vivre les choses telles qu'elles sont.

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Mândaravâ

Continuons ce début d'année avec quelques autres clichés, datants toujours du printemps 2004. Dans une ruelle adjacente au lac de Padmasambhava,  encastrée entre des canivaux puants et des constructions bidonvillesques, gardé par une vieille nonne à moitié târée, il y a une petite grotte de Mândaravâ.
Elle était princesse de Mandî, la ville d'en-dessous. Un jour, Padmasambhava arriva, et l'enmena avec lui pour des pratiques de yoga sexuel bouddhistes, essentielles pour atteindre l'Eveil d'un Bouddha dès cette vie. Mais le père de Mâdaravâ les rattrapa. Furieux de voir ainsi son honneur royal bafoué, il les fît ligoter sur un bûcher. Celui-ci brûla durant sept jours. Mais lorsque la fumée disparût, il y avait un lac à la place du bûcher. Au centre trônaient, dans leur corps de lumière immortelle, Padma et Mândaravâ.
On peut y voir une allégorie de la manière dont l'adepte du tantrisme bouddhique transmute les persécutions dont il peut être la victime en un accomplissement spirituel. Le poison devient remède : c'est le principe même du tantrisme.

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02/01/2006

Compassion pour poisson vire au poison

On dit, dans le Bouddhisme du Grand Véhicule (mahayâna), que la vacuité sans compassion est stérile, et que la compassion sans compréhension de la vacuité des êtres et des choses mène au fanatisme ou à encore plus de souffrance.
 
Pour illustrer ce principe, allons faire un petit tour du côté du lac de Padmasambhava (Tso Péma), près de Dharamsala...
 
Ce cliché date de mars 2004. Il a été pris depuis une chambre du guest house du monastère Nyingma. Toute la nuit, j'avais entendu des drôles de bruits, genre "ploc!" "plouf!" etc. Je m'était dit, sans trop y croire, que ce devait être la manifestation de quelqu'être invisible perturbé par les incessantes activités magiques du monastère (spécialisé, en effet, dans les rituels anti-êtres-invisibles-et-pas-trés-aimables).
Mais, au petit matin, la réalité d'avéra moin pittoresque : des centaines de gros poissons (genre carpes) flottaient à la surface, morts ou agonisants. Sinistre. Dans les restaurants tibétains des environs, je m'enquis des causes de ce drame.
De fil en aiguille, j'appri que, lors du nouvel an tibétain (Losar), le Dalaï Lama était venu avec le Karmapa et plus de 50 000 personnes. Par compassion, tout le monde avait souhaité nourrire les poissons ! Résultat : les poissons mouraient par millier, asphixiés par les offrandes. On avait eu beau injecter de l'oxigène, rien n'y fit... Durant cette fête, les grands lamas avaient également inauguré une grande statute de Padmasambhava au bord du lac. Mais cette construction en béton, située qu'elle était au bord de ce charnier peu ragoûtant, offrait un spectacle assez misérable de la folie des hommes. Mais bon, les singes ont pu se régaler de poissons durant un mois, alors...
A l'arrière-plan, on voit des temples de Shiva. 

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18/12/2005

Moi je dis que Maître Yoda n'était pas illettré, na !

Nisargadatta Maharaj est un bel exemple de la manière dont les "chercheurs de vérité" se bâtissent des mythes à leur convenance.
 
On dit que Nisargadatta était un homme humble, limite pauvre, vendant des cigarettes indiennes (bidis) dans un bidonville de Bombay. C'est inexact : Il était fabriquant de bidis, c'est-à-dire patron, et propriétaire de plusieurs points de vente. Il était également propriétaire de son logement ce qui, à Bombay, est un véritable privilège.
 
On dit qu'il appartenait à la lignée des Navnâth. C'est inexact. Il n'existe aucune "lignée" Navnâth, seulement un recueil, en langue mârathe, de leur exploits occultes. Ensuite, libre à chacun de se revendiquer d'eux. Le gourou du gourou de Nisargadatta (Bhâva Sâhab Maharâj) appartenait, en revanche, à la lignée de Nîmbârka, célèbre saint dévot de Vishnou.
 
On raconte aussi que Nisargadatta était analphabète et sans aucune culture livresque, une sorte de Yoda des slums. Cela est également inexact. Son discours regorge de concepts datés et localisés précisément. Je ne vais pas rentrer dans les détails ici, mais sa source principale, et celle de son gourou, est un commentaire de la Bhagavad Gîtâ écrit par Jnânadeva, un trés célèbre yogi du Maharâshtra appartenant à la mouvance des Nâth (les vulgarisateurs médiévaux du hâthayoga et de l'alchimie tantrique). On y retrouve la théorie des 4 (ou 5) états de la conscience, les 4 plans de la Parole (voir The Experience of Nothingness), les 4 corps (dans ses poèmes), le Grand Vide (mahâshûnya) au delà du "Je suis" (ahambhâva), la récitation mentale du "je-je". On y trouve aussi les 4 lumières, dont la fameuse lumière bleue de Muktânanda. Ce qui s'est sans doute passé, c'est donc que le gourou de Nisargadatta à lu cette littérature, et en a tiré sa propre pensée. L'idée principale de sa "réforme" de cet enseignement est une critique des éléments yogiques (la "voie de la fourmi") présents chez Jnânadeva, pour n'en conserver que les éléments védântiques (la "voie de l'oiseau", c'est-à-dire de la pensée).
 
Mais, si cet homme était cultivé, pourquoi ses disciples ont-il propagé cette image de sage inculte ? Le principe en est simple : On cherche - et on veut trouver - ce qu'on croit ne pas avoir, ou ne pas être. Or, depuis que les classes moyennes accèdent à l'éducation gratuite, les gens ont souvent tendance à haïr les livres et tout ce qui est "intellectuel". Si on va en Inde, c'est donc parce que "ça parle au coeur", c'est parce qu'on y cultive de l'authentique (comme dit Hugolin), on y vit "hors du temps", etc. Les sages indiens devant être à l'image du pays, les mots doivent leur venir "du Coeur" et non "de la tête". S'il savent, c'est d'un savoir au-delà des mots, intemporel. 
Que tout cela soit sans fondement n'a aucune importance : en effet, rien n'est vrai, science et mythe se valent, et pis laissez-moi méditer tranquille !
 
C'est ainsi que l'Inde, pays de l'abstraction par excellence, est devenu le pays des pétards sur la plage avec les sâdhus, des raves sous cocotiers et des longues siestes à l'ashram. Et c'est ainsi que Gangaji, réincarnation non-duelle de Candy, vient donner satsang ("bonne compagnie", "while the company is true", comme dit Galadriel) dans un 5 étoiles de Bénares entre deux séquences "shopping" en Floride et en Californie. Comme disait Einstein, "je connais deux choses infinies : l'univers et la bêtise humaine, mais je n'ai pas de certitude absolue au sujet de l'univers"... 

16:54 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inde, nisargadatta, eveil, ashram, meditation |  Facebook |

16/12/2005

Du pur bouillon

Un réservoire d'eau, toujours dans le temple, pour se purifier. Comme dit un Indien : "Ce n'est pas l'eau qui est sale, c'est la saleté !" Certes certes...

16:25 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arunachala |  Facebook |

11/12/2005

Qu'elles sont jolies, ces dâkinîs !!!

Durant toute une nuit, des moines déguisés en dâkinîs (sortes de fées) dansèrent autour d'une tente où reposaient les pillules de longue vie que le Lopon allait distribuer à la communauté Bön à la fin des cérémonie.
 
 

12:32 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : bonpo, tenzin namdak |  Facebook |

Mines spirituelles

Même cérémonie : sous le regard amusé de khenpo Tenpa, des moines enterrent une amulette de protection, disposée selon les règles, pendant que le Lopon récite les textes appropriés.
 
 

12:30 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonpo, tenzin namdak |  Facebook |

10/12/2005

Des animaux et des hommes

Sur les sites bouddhistes, il y a des singes experts en picage de pièces. On vous aura prévenus...
 

20:05 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/11/2005

Qui a plus peur de renaître après sa mort, que de perdre ses clefs ?

Je suis surpris d'entendre encore des gens parler de "ne plus renaître", d'être "délivré du cycle des renaissances".
Franchement, qui prend encore au sérieux cette histoire de samsâra ? Car si, vraiment, je vais renaître, alors je ne veux pas chercher à y échapper, mais, au contraire, je ferais tout pour conserver instacte la continuité de ma mémoire !
 
Ce point est d'importance.
En effet, nous confondons souvent des sagesses qui ont des projets complètements différents à cet égard : 
 
(1) Le but du Bouddhisme ancien, de l'Advaita Védânta et du Néo Védânta, c'est bien de ne plus renaître du tout et de plutôt se fondre dans un absolu impersonnel, le "non né" dont parle le Bouddha historique.
 
(2) En revanche, le Bouddhisme Mahayana, les différents tantrismes et le Dzogchen ne partagent aucunement cet idéal. On n'y cherche pas seulement la délivrance (moksha). On y recherche également une expérience (bhoga) de liberté, ce qui suppose un corps et donc une forme d'immortalité. D'où l'intérêt des pratiques qui permettent de transmuter le corps ordinaire en un corps inaltérable, comme Thogal dans le Dzogchen. Ou bien , à défaut de cela, il s'agit renaître dans une "Terre Pure", un monde de lumière dans lequel l'esprit ignorant se volatilisera en un instant. Mais jamais de ne point renaître du tout.
 
Si l'on fait abstraction de ce point (capital) alors, évidemment, "tout le monde dit la même chose"...
 
Or, il me semble que la plupart d'entre nous sommes plutôt attirés - au fond de nous-mêmes - par la seconde sorte d'entreprise : nous rappeller enfin nos exitences antérieures ! profiter à l'avenir d'une série infinie d'existences, ici où dans d'autres dimensions !
Seulement, cela implique que nous admettions l'existence d'une conscience individuelle aprés la mort. Et là, il n'y a pas des masses "d'expériences" possibles... Du coup, nous nous rabattons sur ces sagesses non dualistes qui ne visent que la délivrance. Au moins, il n'est alors plus aussi urgent de croire à une vie dans l'au-delà digne de ce nom. On cite souvent les réponses de Nisargadatta là-dessus, du genre "Voyez d'abord qui vous êtes Ici et Maintenant..." Dans la même veine, on garde l'idée de samsâra, mais dans le cadre d'une interprétation psychologique : ces histoires de renaissances ne seraient qu'une manière, adaptée à un temps et à une mentalité différente, de dire comment nous, les êtres humains, nous sommes conditionnés par notre imagination et par le langage. D'où la thèse de ceux qui, comme Stephen Batchelor, disent que la transmigration (samsâra) n'est au fond qu'une allégorie de notre devenir depuis notre naissance, allant dans le même sens que ce que dit la Psychanalyse freudienne.
 
Tout cela est un peu embrouillé certes, mais il en ressort qu'il y a deux conceptions de la liberté : S'agit-il d'échapper à tout conditionnement en réalisant qu'on est un Absolu impersonnel; Ou bien s'agit t-il d'accéder à une nouvelle forme de liberté, à la fois impersonnelle (le dharmakâya, disons) et trés personnelle (sambhogakâya, "mondes imaginals et corps de gloire"...), c'est-à-dire avec un corps et une mémoire intactes  ?
 
Bref, nous sommes tous d'accord pour dire que nous sommes immortels. Mais cette immortalité n'est-elle que l'Etre pur, c'est-à-dire aussi bien un pur Non-Etre, un Néant au-delà de toute représentation, de toute expérience mentale ? Mais alors, dans ce cas, comme on peut bien se le dire en lisant Nisargadatta, pourquoi parler de "recherche" spirituelle ? Les matérialistes comme Spinoza ou Diderot disent aussi que tout est une seule Substance, dans laquelle nous forgeons des divisions fictives à partir de notre entendement limité. "Rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se transforme" : sous-entendu, l'Etre, la Réalité reste la même, tel un océan. Personnellement, je ne suis pas sûr que cette immortalité impersonnelle puisse me satisfaire. Et l'on aura beau rétorquer que c'est là justement une illusion mentale, je trouve que ce genre de sagesse, si l'on se contente de cela, n'est que la voix des piliers de bistrot mixée au jargon védântique... Que l'univers, la Nature, la Réalité continuera aprés moi, que la conscience n'est qu'une illusion : C'est ce dont on nous rabat les oreilles depuis la maternelle. Inutile donc d'invoquer Ramana Maharshi ou la sagesse des "Eveillés" post-papajistes, ces microcéphales analphabètes tout justes bons à gâcher la beauté des plages de Goa (là, je suis caricatural et de mauvaise foi, mais c'est juste un moyen habile, donc que tout le monde garde son calme...). Je comprend tout à fait le dépit des gens qui trouvent que cette "Non-dualité" n'est qu"un verbiage inconsistant.
 
Ou bien alors, finalement, sommes-nous prêts à croire en une immortalité personnelle ?

17:18 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : samsara, reincarnation, dzogchen, tantra |  Facebook |

18/11/2005

Rétention spermatique et autres curiosités...

L'autre jour, je feuilletais un recueil d'articles sur "le corps dans la civilisation indienne". Allez à la FNAC, dans le rayon "ethnologie", vous l'y trouverrez sans difficulté. Il est cher, mais vous n'avez pas besoin de l'acheter.
Bref, un article qui retint mon attention se présentait comme une étude de la "rétention spermatique" pratiquée par des yogins tantriques de Târâpîth, au Bengale.
Ces hommes (mais aussi quelques femmes) s'entraînent à pomper leur sperme une fois éjaculé. Evidemment, la semence ne peut retourner dans les testicules. En fait, en contractant les muscles autour de l'anus, le liquide va dans la vessie. Mais cette pratique est essentielle au yeux de ces yogins inspirés par le hatha yoga. L'idée est que lorsque on éjacule, on perd son cerveau (vous avez sans doute déjà remarqué la ressemblance, non ?). Autrement dit, son âme et sa vitalité. Savoir le recycler, c'est donc se rapprocher de l'immortalité.
Cette idée que la semence est l'essence de la vitalité masculine est d'ailleurs assez largement répandue. Dans le christiannisme par exemple, les prêtres tiennent leur pouvoir sacramentel de leur chasteté : leur pouvoir vient de leur accumulation de semence. Or, le sang menstruel est considéré, dans la plupart des sociétés pré-modernes, comme étant la semence féminine. Les femmes étant ainsi incapables de conserver leur semence, on s'explique qu'on leur refuse l'accès à la prêtrise... De même, en Inde, il y a de nombreux livres sur l'art de conserver sa semence. C'est pourquoi, aussi, la femme est perçue comme une sorte de vampire qui peut se nourrir, volontairement ou non, de l'essence masculine. Dans la même veine, on dit en Inde qu'un homme qui n'a que des filles est une sorte d'impuissant dominé par sa femme. N'avoir que des filles, c'est "gupta rog", la "maladie cachée". Ouvrez n'importe quel journal, vous verrez des dizaines d'annonces pour remédier à ce genre de problème.
Dans cet article trés sérieux, on voit des illustrations des diverses sortes de tubes en caoutchouc utilisés par les yogins, ainsi que les récipients et les liquides pour leur entraînement : lait, puis miel, voire mercure... L'auteur de l'article, trés scrupuleux, nous livre même une remarquable formule mathématique de l'acte de pompage, selon la densité du liquide pompé, l'inclinaison, la longueur du tube... Ca, c'est de l'indologie !
Par contre, dans son introduction, il affirme que le tantrisme est basé sur le principe de la rétention du sperme. Il se réfère pour cela à Abhinavagupta et au Shivaïsme du Cachemire.
Or, c'est un grave contresens : Nulle part Abhinavagupta  ne prescrit ou ne fait allusion à ce genre de pratique selon laquelle il faudrait à tous prix éviter l'éjaculation... Il faut dire que cette idée est reprise par les quasi-majorité des "maîtres de Tantra". Mais c'est un cliché sans fondement. Cette idée de rétention n'est abordée que dans quelques textes bouddhistes et hatha-yogiques tardifs. Dans le tantrisme "mainstream", on éjacule et on offre tout ça à Shiva et aux Déesses.
Un autre livre plus intéressant sur la question est celui d'Hélène Trottier, "Fakir. La quête d'un Baul musulman", parut chez l"Harmattan. Bonne lecture.

21:50 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tantra, yoga |  Facebook |

15/11/2005

Un spécimen de "maître du Shivaïsme du Cachemire" de Mathurâ

Je vais essayer de scanner quelques photos pour illustrer un peu mes récits de voyage.
 
En attendant, voici un sympathique specimen de gourou se réclamant du Kriya yoga et du Shivaïsme du Cachemire (voir sa traduction commentée des Shiva-sûtras), le grand, l'inimitable Shailendra:  http://www.siddhasiddhanta.com/shail.html
 J'ai effectivement pu visiter la demeure ancestrale de la famille Lahiri dans une ruelle de Bénares. C'est petit mais joli. En tout cas, les Lahari étaient une famille d'adeptes du yoga. Dommage qu'ils aient du inventer cette histoire de babaji pour faire connaître leur méthode de yoga.
Je vous laisse admirer ces photos de la lignée. Au milieu, on a les Lahiris, authentiques pratiquants de yoga. Par contre, la première et la dernière photo me laissent un peu perplexe. Surtout la dernière, qui nous offre une synthèse inédite de Shiva, Rambo, Terminator et Tarzan. M'enfin bon, c'est juste un cas parmi d'autres...

19:57 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kriya, yoga, tantra |  Facebook |

11/11/2005

Qu'y sont rigolous ces gourous !

Pour se détendre un peu, quelques perles, purs produits du génie humain :
 
http://www.simurgh.net/nada/etnada/ethome.htm Là, j'ai envie de faire une prière, du genre : "Dieu Provident et Bon, faites que je ne devienne jamais comme cela !" Aprés avoir vu pareille chose, vais-je arriver à dormir ? On se le demande...
 
http://www.angermgmt.com/spirituality.asp Personne n'y avait pensé : il l'a fait ! Sacré Bhagwan Râââââ (!) Afrika, va !
 
http://www.womanthouartgod.com/rasa.php Au secour ! J'oserais plus sortir seul dans un bois !
 

http://gaycampers.com/articles/hotnudeyoga.htm Re-Au secour ! (Bon, je vais sans doute passer pour un vieux con aux yeux de certains, je le sais, mais franchement, le rire est le propre de l'homme, et de la femme, et des ET, et (même) des Avatars, etc., etc. Alors pourquoi se priver ?)


 
 

00:45 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |