01/02/2006

Une synthèse du Bouddhisme tantrique et du Shivaïsme du Cachemire est-elle possible ?

L'idéal, ce serait de garder le meilleur de tout.

Le meilleur du meilleur : le meilleur du Dzogchen, de Mahamudrâ, de Vipassana et de la Reconnaissance.

Du point de vue du Shivaïsme du Cachemire, cela ne pose a priori guère de problèmes. Il n'est que de lire le Vijnâna Bhairava Tantra pour s'apercevoir qu'il a existé, dans cette religion, des courants ecléctiques.

Vu du côté boudhiste, la chose paraitra peut-être moins facile, voir choquante. Les adeptes du Vajrayâna clament en effet que, contrairement aux apparences, le Bouddhisme tantrique n'a en réalité rien de commun avec le Tantrisme shivaïte. La raison principale invoquée est que le la Reconnaissance - le Shivaïsme du Cachemire - affirme que la conscience existe en elle-même, absolument et réellement, alors que le Bouddhisme soutient qu'aucun phénomène n'existe absolument, c'est-à-dire indépendament des causes et des conditions qui concourent à sa production. Tout est vide d'existence propre, même la conscience, même la connaissance propre à un Buddha (yéshé, rigpa).

Mais, à mon sens, cela n'est pas exacte.

En effet, plusieurs passages des tantras shivaïtes affirment que la conscience, personnifiée sous les traits de la Déesse, est "sans nature propre" (nihsvabhâva). Cela est vrai, en particulier dans les textes de la tradition Kâlîkrama, tradition trés influencée par l'idéalisme bouddhique. Outre cette idée que la conscience est vide de nature propre, on y retrouve des idées typiquement bouddhiques, de l'identité du Samsâra et du Nirvâna, de l'essence absolue et des phénomènes relatifs, du vide et des apparences, de la production des univers à la manière d'un rêve, etc.

De plus, lorsque le Shivaïsme du Cachemire dit que la conscience est "réelle", il veut dire qu'elle n'est pas une illusion, qu'elle n'est pas une connaissance erronée, tout comme la connaissance d'un Bouddha est dite sans erreur. Elle n'est pas existente, au sens où elle n'est pas saisissable sur le mode du "ceci". Elle n'est pas une chose. Elle n'est donc ni existente, ni inexistente, comme l'affirment de nombreux textes du Bouddhisme tantrique. De son côté, celui-ci affirme de fait que la connaissance vraie (yéshé), qui est aussi la vraie nature des choses, n'est pas produite en dépendance de causes et de conditions. Au contraire, elle existe spontanément (rangjung). Elle n'est donc pas inexistante. Quand, d'un autre côté, un texte Dzogchen affirme que cette connaissance n'est pas existente, il veut simplement dire qu'elle n'est pas une chose connaissable objectivement. Elle se connait elle-même par elle même, de manière "non-duelle", ou comme "de l'eau versé dans de l'eau". Le Shivaïsme du Cachemire ne dit pas autre chose de la conscience.

Je ne vois donc pas de différence essentielle ni d'incompatibilité entre les messages de ces traditions.

Par ailleurs, la Reconnaissance affirme que tout est engendré par la relation entre l'Apparence (Shiva) et la conscience (Shakti). Le Dzogchen (ou l'Anuyoga) professe, quant à lui, que tous les phénomènes naissent de l'union du Réel (dharmadhâtu - Samantabhadrî) avec la Connaissance (jnâna - Samantabhadra). Certes, ce qui est personnifié par le masculin dans le sytème shivaïte est symbolisé par une déesse (Samantabhadrî) dans le schéma bouddhiste. Mais l'essentiel est que, dans les deux cas, on explique que tout nait de l'union entre un objet passif (l'Apparence-Existence - Vacuité -Espace) et un sujet actif (la Conscience - Intelligence - Connaissance primordiale). Voilà tout ce qui compte.

 

Mais alors, demandera t-on, si les deux systèmes ont le même sens, pourquoi vouloir en faire la synthèse ? C'est que, même s'ils se rejoignent sur l'essentiel, ils se distinguent sur certains autres points. Par exemple, le Tantrisme shivaïte affirme que le "je" est une manifestation de l'Absolu susceptible, à ce titre, de nous ramener à lui, tandis que le Bouddhisme tantrique, conformément à ses origines, se méfie de toutes les habitudes et représentations "naturelles". De même, le Bouddhisme tantrique prescrit de retenir sa semence, alors que le Tantrisme shivaïte fait davantage confiance au cours naturel des choses. En inversement, le Bouddhisme apporte au Shivaïsme ses analyse détaillées des expériences de méditation et sa culture du doute. De sorte que les deux systèmes gagne plus à partager, qu'à s'ignorer.

 

De la même manière, il faudrait conserver le meilleur des traditions anciennes, avec le meilleurs de ce que la modernité nous a apporté : les Droits de l'Homme, l'égalité, l'idée de progrès, etc. Et si l'on nous reproche de vouloir fabriquer une spiritualité selon notre fantaisie, nous répondrons que toute tradition "ancienne" est, en réalité, le produits de maints croisements passés et de moultes réaménagements incessants. La seule chose qui n'est point composée ni fabriquée, c'est ce qui n'existe pas !

14/01/2006

Un nouveau site sur la philosophie de la Reconnaissance!

Un nouveau site sur le Shivaïsme du Cachemire, et plus particulièrement sur la philosophie de la Reconnaissance :

www.pratyabhijna.com

 

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31/12/2005

L'atteinte du Soi, suite et fin

Toujours dans le chapitre 9 de la Doctrine secrète, la princesse achève d'instruire son époux par ces mots :
 
"Prince ! Discerne donc cette essence qui est la tienne ! Cette conscience universelle au sein de laquelle le monde se révèle, si tu réussis à y pénétrer, tu deviendras le créateur de toutes choses.
 
Je vais te dire comment on y parvient, comment on accède à ce domaine. Pour cela, tu dois viser avec acuité [litt. "à l'aide de l'intellect subtil"] l'instant intermédiaire entre le sommeil et l'état de veille, ou bien le passage d'une idée à une autre [la conscience assume la forme des objets qu'elle connaît, comme un miroir; entre deux actes de connaissance - perception ou pensée -, elle n'a aucune forme, et cette absence de forme est sa forme propre]. 
 
Ce plan est celui de ta propre essence. Une fois que tu l'auras atteint, tu ne connaîtras plus l'égarement. L'univers, tel que nous le voyons, ne procède que de l'ignorance de cette réalité.
 
Là, il n'y a ni couleur, ni saveur ni odeur, ni forme tangible, ni son; il n'y a ni douleur, ni plaisir, ni objet connu ni sujet connaissant. Support de toutes choses, essence de toutes choses, cela est en même temps exempte de toute (détermination). Cela est le suprême Seigneur (Shiva), cela est Brahmâ, Vishnu, Rudra et Sadâshiva [autres formes de Shiva].
 
Sois sincère dans ton effort pour bloquer l'activité mentale, délaisse l'extraversion au profit de l'introversion et bientôt tu te verras toi-même par toi-même. Renonce, comme si tu étais aveugle, à l'idée même du "je vois". L'esprit immobile, abandonne le dilemme du "voir ou ne pas voir", et la forme que prendra ton expérience ne sera autre que toi-même. Hâte-toi d'y accéder !"
 
Est-ce là l'atteinte du Soi ? C'est ce que nous verrons l'année prochaine. En attendant, nous pourrons ce soir méditer sur l'intervalle entre le jour et la nuit, et sur l'intervalle entre 2005 et 2006. Bon réveillon à tous !

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30/12/2005

L'atteinte du Soi, épisode II

Suite du chapitre 9 de la Doctrine secrète :
 
Le prince conclut de ses réflexions que ce qui l'empêche d'avoir l'expérience "directe" du Soi, de la Déesse Tripurâ, ce sont les objets, les choses, les sensations et l'activité des 5 sens nourrie par le mental. Il bloque donc le mental "par le mental". En résulte plusieurs expériences : ténèbres, puis océan de lumière infinie, sommeil, rêves étranges, volupté de l'esprit arrêté.
 
Le prince est perturbé par cette multiplicité d'expériences. A chaque fois qu'il arrête le mental, il fait une expérience différente. Comment le Soi peut-il être tout cela ? Ces expériences ne seraient-elles pas, elles aussi, des illusions ? Comment discerner le vrai du faux ?
Il interroge donc son gourou, qui est aussi son épouse (!). Il lui demande "Est-ce le Soi, ou autre chose ?" 
 
Cette sage-femme affirme alors:
"Tes efforts pour refouler le monde extérieur sont en eux-mêmes excellents. Tous ceux qui connaissent le Soi t'approuveront... Mais ces efforts ne sont pas la cause de l'atteinte du Soi car celui-ci est, par nature, déjà atteint". Toujours déjà. "S'il n'était pas quelque chose 'qu'il n'est pas besoin d'atteindre' comment serait-il 'soi-même'? Il est absolument 'hors d'atteinte'. Aussi bien, le contrôle de l'esprit n'est-il pas le 'moyen' de l'atteindre... Il ne convient pas d'aller au loin pour le trouver : c'est en demeurant sur place qu'on l'a contament à sa disposition. Il ne faut pas raisonner pour le connaître : c'est lorsqu'on ne raisonne pas qu'il se manifeste". On ne peut le connaître ni par les sens, ni par la pensée. Elle poursuit :
"Qui donc réussira à rejoindre l'ombre de sa propre tête en courant aprés elle ? De même qu'un petit enfant peut voir mille choses reflétées dans un miroir immaculé sans soupçonner la présence même du miroir, de même les gens perçoivent le reflet des mondes dans le grand miroir de leur propre Soi et ne discernent pas le Soi lui-même, faute d'être instruit à son sujet. Ainsi l'homme qui n'est pas informé de l'existence de l'espace perçoit bien le monde visible mais non l'espace, son substratum." Aprés ces métaphores, elle introduit le Soi à partir la question de savoir s'il est possible de "démontrer" l'existence du Soi:
" Prend bien soin de noter, cher époux, que l'univers est fait de la connaissance [Shakti] et du connaissable [Shiva]. Or, la connaissance [=la conscience] est démontrée par elle-même [=elle est évidente], puisque sans elle rien n'existerait." En effet, sans conscience, rien n'est possible. Sans Shakti, Shiva n'est qu'un cadavre (shava). Sans la conscience, l'univers pourrait bien exister, mais ce serait comme s'il n'existait pas. Tout dépend de la conscience, y compris les raisonnements (bouddhistes par exemple) qui viseraient à démonter qu'elle est irréelle ou inexistante. La conscience "s'impose d'elle-même, sans le secour d'aucun moyen de connaissance valide [=perception, inférence, témoignage autorisé], car ces derniers ne sont eux-mêmes connus qu'à travers elle. Originellement établie, son existence n'a pas à être démontrée : c'est elle, au contraire, qui est l'âme de toute démonstration. Ici, les questions du sceptique n'ont pas leur place et pas davantage une éventuelle réponse à ces questions. Il n'y a pas de sens à nier (la conscience), surface polie du grand miroir en qui toutes choses se réfléchissent. Ni le temps ni l'espace ne la délimitent car ils ne se manifestent eux-mêmes que dans le champ de cette conscience. Ils ne la délimitent qu'apparemment, comme les objets visibles [semblent délimiter] le vide cosmique."
 
Ahhh...

15:13 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

24/12/2005

L'atteinte du Soi

La doctrine secrète de la déesse Tripurâ, chapître 9 :
 
"...écoute moi avec la plus grande attention car le sujet est ardu. C'est avec un esprit entièrement purifié qu'il convient de réfléchir sur la nature du Soi. Il n'est rien de visible, rien d'exprimable. Comment pourrais-je te le décrire ? Cependant, une fois que tu auras connu ta propre nature, tu connaîtras aussi celle qui est ta mère. Cette essence qui est la tienne, personne ne peut te la désigner de l'extérieur. C'est à toi de la voir par toi-même, à l'aide de ton esprit (buddhi, l'intellect) purifié (...) Partout et toujours manifeste pour chacun, il échappe à la pensée. Qui donc, en quel lieu, à quel moment serait capable de le décrire, même partiellement ? C'est comme si l'on demandait à quelqu'un de vous montrer vos propres yeux. On n'a pas besoin d'un instructeur pour cela. Aussi habile soit-il, comment le maître pourrait-il y parvenir ?"
 
La princesse va ici à l'encontre de deux préjugés : 1/ Que le Soi - ou la nature de Bouddha, etc. - est un état nouveau que l'on doit atteindre par la méditation. Elle affirme plutôt que le Soi est connu par le Soi, c'est-à-dire par un intellect "purifié". Qu'est-ce à dire ? Selon qu'on est agité ou serein, notre pensée a plus ou moins d'impact. Lorsque nous sommes fatigués, stressés, ce que nous pensons est confus et, même clair, cela est vite oublié, "comme des flocons de neige sur une pierre chaude". Alors qu'un esprit limpide pense activement, avec précision, d'une manière qui engage tout l'être. Ce que nous pensons alors, même si nous ne l'articulons pas clairement, même si cela reste une pensée intuitive, nous touche profondément. L'entrainnement à la concentration, par l'observation des pensées, de la respiration ou tout autre moyen, n'est qu'un préalable à la réflexion sur la question "Qui suis-je ?" 2/ Que le Soi ne peut être vraiment connu ("réalisé") que par l'aide d'un maître. Or, le "maître" ne peut que nous renvoyer à nous-même, en nous proposant des indications. Il offre alors ces conseils :
 
"Considère ce qui, en toi-même, se laisse désigner comme "mien". Ta propre nature intime est précisément ce qui ne se laisse pas désigner ainsi. Retiré dans un lieu tranquille, efforce-toi d'éliminer systématiquement tout ce qui en toi peut-être appelé. Reconnais ensuite (ce qui reste) comme le Soi suprême."
 
Le prince applique ce conseil. Il s'installe comfortablement, et se dit "En vérité, le monde entier est fou. Aucun homme n'a la moindre connaissance de lui-même et cependant chacun agit "pour soi".(...) Chacun agit dans son propre intérêt, mais tous ignorent ce qu'ils sont au fond d'eux-mêmes."
 
Les titres, les possessions, les qualités, les richesses, les amis, la famille, les époux et les épouses, les enfants... le corps, les sensations, les impressions, les sentiments, les souvenirs, les pensées, les expériences, les opinions... Tout cela est de l'ordre du "mien". Tout cela relève de la catégorie "objet connu". Ce que je suis vraiment, le Soi, est le sujet qui connait tous ces objets, mais qui lui-même jamais ne devient un objet, susceptible d'être "à moi", puis séparé de moi. Non, le Soi est ce qui est "moi" et qui ne peut jamais être "à moi".
 
Mais peut-être qu'au terme de cette énumération, il ne restera rien, absolument rien ? "Aprés tout, peut-être que je n'existe pas" se dit le Prince. Ou bien, peut-être ne suis-je que cet assemblage sans cesse changeant de sensations, d'idées, d'états... Car c'est bien cela que nous voyons en nous lorsque nous y regardons de près, n'est-ce pas ?  Nous ne voyons que des objets, des choses, multiples et changeantes, plus éphémères et insubstancielles encore que des nuages.
"Mais non !" reprend le prince, "Je suis toujours manifesté, sans aucun doute ! Pourquoi donc, alors, ne perçois-je pas clairement ma manifestation ?" Cet homme sagace en arrive à la conclusion que ce sont les choses qui l'empêchent de voir le Soi, cette manifestation ininterrompue.
 
Ce qui lui arriva, nous le verrons aprés le passage du Père-Noël.

15:43 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

18/12/2005

Les mythes sur le Mythe de l'Eveil

Dans le chapitre 8 de la Doctrine secrète, la princesse livre à son époux la clef de l'allégorie du chapitre 5. Le sens de cette fable est assez clair, me semble t-il, aussi n'y reviendrais-je pas trés longuement. Toujours est-il qu'à la suite de ces dialogues, le prince se livre à un culte ardent de la Déesse. Il se met alors à réfléchir de manière intense. Le texte souligne, une fois de plus, l'importance de la réflexion:
 
"Cette propension de l'esprit à la réflexion est le signe principal de la (proximité de la) délivrance. Aussi longtemps, ô Râma, que l'esprit ne s'est pas entièrement consacré à la réflexion il ne peut, en aucun cas, accéder au salut, même en usant de centaines de moyens divers."
 
Sur ce, il va questionner son épouse, qui lui répond en lui livrant le sens de l'allégorie et en lui conseillant de s'en servir pour atteindre le "Bien suprême". Cette fable (voir le billet intitulé "Encore un problème de famille !") a un sens limpide : la mère de la princesse, c'est-à-dire aussi bien notre mère à tous, est la "conscience suprême", tombée apparement sous le pouvoir de l'Inconnaissance. De là s'ensuivent tous nos déboires. Mais, à vrai dire, cette allégorie est assez succinte. Elle n'explique pas le pourquoi des choses, et encore moin le "comment" de la délivrance.
Mais il y a peut-être une raison à cela : par son côté simple et simpliste, cette fable symbolise l'idée que se font la plupart des gens au sujet de la sagesse non-dualiste. Nous avons tous plus ou moin une représentation de seconde main de ce qu'est cette sagesse selon laquelle, en dépit des apparences, tout est bien. A travers les médias, les films, les BDs, nous nous sommes forgés une image, assez nette pour nous faire prendre conscience qu'il y a peut-être un vrai trésor là-dedans, mais pas assez claire pour nous y faire accéder en personne. Nous demeurons dépendants de clichés, d'opinions toutes faites, selon lesquelles, il y a des "sages" illuminés, éveillés, sans lesquels jamais nous ne pourrons arriver à une transformation de soi. Il faudrait devenir Chevalier Jedi mais, comme chacun sait, ces choses-là n'existent pas. Voilà à peu prés où en est le prince, à l'instar de notre propre situation. La sagesse, la connaissance de soi, l'Eveil, paraissent toujours inaccessibles, voire exotiques.
 
L'atteinte de l'Eveil en sa plénitude aura lieu dans les deux prochains chapitres. En attendant, qui lit ces lignes ?
 

16:21 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : eveil, pratyabhijna |  Facebook |

13/12/2005

Toutes les doctrines sont égales, mais certaines le sont plus que d'autres

Dans le chapitre 7 de la Doctrine secrète, la princesse récapitule les préceptes des chapitres précédents : Pour atteindre le Souverain Bien, il faut réfléchir, mais sur la base des textes révélés. Lesquels ?
 
1/ Les textes théistes sont supérieurs aux autres
 
Eh bien les textes qui admettent l'existence d'un Dieu tout-puissant. SS'ensuit une brève démonstration de son existence. Les textes selon lesquels le monde n'a pas de créateur conscient sont à rejeter.
Là-dessus, je ne suis guère d'accord.
-D'abord, parce que l'existence d'un Dieu personnel n'est pas le vrai message du texte. Pourquoi alors poser cette idée de Dieu comme condition préalable ? Les arguments théistes, en général, ne me convainquent pas. L'objection principale me semble être l'existence du Mal, non seulement chez l'Homme, mais aussi dans la nature : pas de vie sans destruction d'autres vies.
-En plus, on peut se passer de cette hypothèse. Si l'on veut du merveilleux, la conscience suffit, l'observation des petites choses de tout les jours suffit. C'est d'ailleurs le vrai message du texte.
 
Mais l'auteur ne peut s'empêcher de l'enrober dans un discours théiste. En cela, il suit fidèlement Utpaladeva, le fondateur de la philosophie de la Reconnaissance. Pour lui, il y a deux plans et deux discours correpondants : a/ Au plan ultime, Dieu n'est qu'un symbole, une construction mentale personnifiant la conscience ordinaire. b/ Mais au plan relatif, Utpaladeva accepte les catégories dualistes du Créateur, des créatures et de la création.
Je suis d'accord avec Utpaladeva au plan ultime, mais je ne suis pas théiste : je n'admet donc pas son explication du fonctionnement des choses au plan relatif (ou "conventionnel"). Soit-dit en passant, c'est pareil pour le Bouddhisme et l'Advaita Védânta. J'admet que tout est vide d'existence propre, que tout est Conscience. Mais je n'admet pas les explications du monde que donnent ces philosophies : je ne crois pas trop aux vies antérieures, au karman, encore moins au système des castes, etc.
Autrement dit, j'admet leur Vérité Ultime, mais pas leur explications sur le plan relatif ou conventionnel. Je penche plutôt pour des explications scientifiques, dans un esprit agnostique qui laisse la plus grande place à l'émerveillement devant les choses humbles.
 
Mais bon, laissons la princesse continuer "toute femme qu'elle soit" (dixit le prince...). A ce propos :
Selon le Tantrisme, la femme est la connaissance que l'homme a de lui-même
 
La princesse continue en relativisant la hiérarchie des doctrines:
 
2/ Toutes les doctrines sont également des points de vue sur Dieu : égalité des doctrines
 
Les Dieux imaginés avec leurs attributs ne sont pas le vrai Dieu:
 
"Mais Lui - véritable pierre philosophale pour ses adorateurs - se manifeste dans les lieux et sous les aspects particuliers qu'imaginent leur piété".
 
Voilà une belle idée, enseignée par Krishna dans la Gîtâ et dans le Mahâyâna bouddhiste. Ce que nous sommes vraiment apparait selon nos capacités pour nous éveiller à nous-mêmes. De sorte que le maître - le fameux gourou - n'est peut-être rien d'autre que notre Eveil éternel venu du futur pour nous sauver de nos fausses identifications ! En tous les cas, j'aime cette idées que Dieu ou les Bouddhas nous apparaissent d'innombrables manières, selon nos illusions propres. Comme dit le Dzogchen, "tout ce que l'on voit ou entend est la Compassion de notre Essence primordialement pure". Cela va également dans le sens de la parabole Jaïna de l'éléphant dans le noir : les philosophies, les doctrines ne sont que différents ponts de vue sur le Réel. Ce sont les Shaktis de Shiva, les manières dont le Réel ou Dieu, comme vous voudrez, prend conscience de lui-même. Du coup, on peut devenir plus tolérant :
 
"Et puisque la conscience absolue constitue le noyau de vérité commun aux diverses conceptions du Seigneur, il n'y a pas lieu de se représenter les unes commes xupérieures, les autres comme inférieures."
 
L'Inde a une vraie culture de la tolérance dont nous ferions bien de nous inspirer.
 
Ce sont là des illusions, des mots, des constructions, mais c'est tout de même trés émouvant, non ?

09/12/2005

Croire en quoi ? en qui ?

Dans le chapitre 6 de la Doctrine secrète, le prince commence par dire qu'il ne comprend rien à l'allégorie racontée par sa princesse. En fait, il ne comprend même pas que c'est une allégorie.
Son épouse lui répond, en substance, qu'il doit lui faire confiance. En effet, sans confiance ni foi, aucune action, ordinaire ou spirituelle, n'est possible.
" Concluons donc que tout comportement humain se fonde sur une certaine confiance originelle".
Le doute à tout va paralyse le sceptique. Le jeu du "prouve ta preuve" mène à un nihilisme stérile. Il faut réfléchir, mais en s'appuyant sur des enseignements révélés dans des textes ou par un maître: "Lorsque tu ne raisonneras plus que sur la base des textes révélés tu seras prés d'atteindre le salut."
Mais le mari, pas si bête que cela, aprés avoir loué l'intelligence de sa femme, lui pose quelques questions pertinentes :
"A quoi doit-on croire ? Et à quoi ne doit-on pas croire ? Les textes révélés sont si nombreux, contradictoires, les opinions des maîtres si variées... Chacun est enclin à proclamer l'excellence des idées qui ont sa préférence et à rejeter les autres comme inutiles et même comme nuisibles au salut... Même celui qui considère le vide comme étant la vérité est en mesure de réfuter les autres. Pourquoi ne pas ajouter foi à ses paroles ? Son opinion aussi est en accord avec les textes révélés !" Les textes bouddhistes "révélés" (sûtra et tantra), mais aussi certains passages des Upanishads védiques.
 
Bref, chacun choisit la philosophie qui convient à son tempérament. "Dis-moi ce que tu crois, je te dirais qui tu es". Aujourd'hui en Occident, comme hier en Inde, il y a pléthore de systèmes - y compris des "systèmes anti-systèmes" - qui se proposent à notre adhésion. On y adhère en effet, puis on passe à autre chose... Cette attitude semble devoir mener au nihilisme, au scepticisme ou à un prudent agnosticisme. En tous les cas, pas à la foi. Le prince a donc raison de demander à cette princesse comment l'on peut avoir foi en la foi ? Ne faut-il pas se contenter de l'expérience et du raisonnement ? Mais on a démontré avant que les expériences sont subjectives et relatives, que les raisonnement peuvent prouver tout et n'importe quoi : Que faire alors ?

11:07 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

07/12/2005

Encore un problème de famille !

Dans le chapitre 5 de la Doctrine secrète, la princesse instruit son imbécile de mari par une allégorie.
Elle raconte que sa mère est sainte, mais qu'elle-même est tombée accidentellement dans une famille pourrie. Cette famille, ce sont l'intellect (pur mais naïf), le mental (imagination etc.) les sens et le corps. Ces facultés sont, en effet, notre première et notre dernière famille Or, dans le tantrisme non dualiste, ces facultés sont personnifiées par des yoginîs et autres démones lubriques assoiffées de sang frais. Comme dit Bhartrihari : "Nous n'avons consommé aucune chose : ce sont les choses qui nous ont consummé !" 
Mais, une fois reconnues comme étant des manifestations de la conscience, elles procurent tout ce que l'on désire. Cette femme mal mariée souffre donc de pitoyables tourments dans sa belle-famille.
Heureusement,
 
"Ma mère était une femme sainte, pure, immaculée.
Elle était omniprésente comme l'espace et d'essence subtile comme les atomes
Omnisciente sans rien savoir,
Universellement active sans s'activer en rien,
Répandue partout sans avoir de réceptacle,
Support de toutes choses sans avoir de support,
Omniforme et dépourvue de forme,
En relation avec toutes choses et isolée,
Pleine de joie sans se réjouir de rien,
Partout apparente et cependant impossible à connaître par qui que ce soit.
Elle qui n'a eu ni père ni mère a mis au monde des filles semblables à moi, innombrables comme les vagues de la mer...
De mon côté, j'étais en possession d'un grand mantra, ce qui me permettait de demeurer essentiellement identique à ma mère, tout en vivant au milieu de cette famille et en me dévouant à son profit."
 
Puis, sans entrer dans les détails, elle raconte qu'elle a tué tout le monde et retrouvé sa félicité native.
Encore une fois, tout est affaire de compagnie ! Par contre, je me demande ce qu'est ce "grand mantra". Le commentateur a l'air un peu perdu là dessus...

16:21 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

02/12/2005

Comment peut-on ne pas voir la Conscience ?

Le maître répond que la source ultime de la réalisation spirituelle est la "bonne compagnie" (satsang). En effet, "même en ce bas monde, il en va ainsi : de la valeur des gens avec qui on s'associe dépend celle des résultats que l'on obtient."
 
Le maître illustre cette loi par un récit, celui d'une princesse qui éveille à sa vraie nature son idiot d'époux.
 
Celle-ci commence par lui montrer combien nos goûts et nos opinions sont relatives. Ce qu'on désire est le bonheur. Mais que désire t-on vraiment ? Tout est relatif en ce domaine. On recherche "ce qui est agréable" dit-on. Mais ce qui est agréable pour l'un laisse l'autre indifférent, et fait souffrir un autre encore. De même "la beauté est seulement ce que l'esprit se figure". Comme dit Pascal "L'imagination dispose de tout".
 
En méditant ces propos, le prince parvient au "désenchantement", puis à la "connaissance". Autrement dit, la voie proposée est celle-ci : (1) On écoute ou on lit. (2) Puis on réfléchit. (3) Cette réflexion mène au détachement, (4) qui culmine dans la connaissance. Cette connaissance est la délivrance et l'expérience parfaite, ultime.
 
Mais en quoi consiste cette connaissance ? Elle consiste, paradoxalement, à être fermement convaincu que tout est Connaissance, justement. C'est-à-dire Apparence et Conscience.
De fil en aiguille, même les perroquets de la ville de ce couple princier bienheureux répètent la connaissance parfaite en ces termes :
"Ô gens, cessez de vous complaire dans les choses, et goûtez à vous-mêmes/ à votre Soi !" Car se complaire dans les choses est la cause principale de la souffrance, explique le commentateur.
Mais qu'est-ce que le Soi ? Il est la conscience, le fait d'être "conscient de", "présent à" soi ou aux choses.
"Il faut adorer le Soi". Adorer, c'est, normalement, célébrer un culte extérieur, visualiser, prier, etc. Mais l'adoration "du Soi, c'est demeurer en tant que 'je'". C'est se laisser aller dans le pur et simple acte de conscience "je-je", pareil au bourdonnement de la tampura. C'est évoquer délicatement et intensément "Je suis Lui", en accord avec le souffle et les mouvements des sens et du mental. C'est s'absorber dans cette certitude inébranlable et se laisser imprégner par elle. Cette conscience pure est "dépourvue de tout objet de conscience", en ce sens que ce dont on a conscience - le corps, les sensations, les gens et les choses... - sont aussi la Conscience, car ce sont de pures apparences. Les choses sont seulement Lumière, se confondant ainsi avec la transparence de la conscience qui les acueille.
 
Croire que le corps et le monde existent en eux-même, en dehors de la Conscience et de leur apparence, c'est comme de croire en l'existence des cornes du lièvre... Ce qui apparaît, c'est la Conscience elle-même, et rien d'autre !
 
Mais si seule la conscience se manifeste ("brille"), comment se fait-il qu'on s'identifie aussi au corps, etc ? Le texte répond : "à la manière d'un miroir". Le commentateur précise :
Tout se réduit à la Conscience. Car tout ce qu'on perçoit, tout ce qu'on pense ou imagine apparaît seulement "dans" et par la conscience. La conscience est donc notre Soi et le Soi de tous les objets. Parce qu'elle choisit librement d'ignorer cette vérité, elle s'identifie à des corps d'hommes, de dieux, etc. Mais toutes ces expériences ne sont possibles que dans la Lumière qu'est la Conscience ! Cette Apparence, cette Présence ininterrompue est le suprême Shiva dont parlent les Ecritures. Grâce à son absolue liberté, nommée Mâyâ ("Magie"), il apparait comme dualité, en faisant librement apparaître l'Ignorance qui consiste à cacher sa Présence alors qu'il est l'Apparence même ! Et il fait apparaître tout cela à partir de lui-même, en découpant sa propre Apparence. Il ne produit pas les choses comme la pousse surgit de la graine, ou comme un potier façonne des vases, ni même comme une corde apparaît illusoirement comme un serpent, car la dualité apparaît. Elle n'est donc pas une illusion. Ou plutôt, même l'Illusion est réelle, car elle est Apparence.
Cela est possible, "comme dans un miroir". Le miroir reste un seul miroir, une seule apparences, alors même qu'il accueil une infinité de reflets. Il est à la fois un et multiple, duel et non-duel. Cela est possible à cause de son extrême limpidité. N'ayant aucun forme propre, il peut acueillir toutes les formes. Le monde nous semble "extérieur" justement parce qu'il est "à l'intérieur" de la Conscience. Il semble séparé précisément parce qu'il n'est jamais séparé ! La Conscience est un pouvoir de manifestation absolument libre et indépendent, alors que tout le reste dépend d'elle.
 
 
"De cela surgit la Grande Délivrance."
 
Les chapitres suivants répondent aux questions que se pose le disciple, et qui sont souvent des questions que nous nous posons. 

11:53 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

29/11/2005

Où trouverait-on de l'eau fraîche dans un désert calciné par le soleil ?

Le récit-cadre de La Doctrine secrète de la Déesse Tripurâ est celui d'un homme - appelons-le disciple - qui en questionne un autre - un homme trés sage. Le disciple revient voir le maître, aprés avoir passé douze ans à pratiquer le culte de la Déesse Tripurâ, personnification de notre propre conscience sous les traits d'une belle jeune fille de seize ans, d'une formule en seize syllabes (un "mantra") et d'une figure géométrique avec pleins de triangles emboités, que l'on voit partout sur le Net. Il a également entendu les récits décrivants les immenses qualités de la Déesse, et il a compris qu'elle réside en lui-même.
 
Mais, malgré cette longue pratique et moultes expériences, le disciple se fait cette réflexion : "Même le culte que je rend à la Déesse Tripurâ paraît se ramener à une simple activité mentale de ma part et tomber ainsi dans la catégorie des amusements puérils." De plus, il se demande pourquoi pratiquer telle sâdhanâ (méthode de réalisation spirituelle) plûtôt que telle autre ? Toutes prétendent également "laver plus blanc que blanc"...
 
Le maître, tout content, lui répond que ce doute qui s'insinue en lui est le signe que la Déesse lui octroie la Grâce la plus intense ! Comme si toute pratique n'avait pour fonction que de faire naître la pensée que toute pratique est factice, artificielle et donc puérile.
 
Le maître se livre alors à une intense louange de la réflexion (vicâra, tarka). Elle seule peut détruire les préjugés en forme de "je dois" (pratiquer, méditer, purifier, travailler, jeûner, péleriner, réciter, payer, baver...). Il cite tout un tas d'exemples tirés de la mythologie hindoue pour montrer que tous les problèmes viennent d'un manque de réflexion, et que la solution, c'est toujours de réfléchir.
 
"La réflexion, en effet, est à l'origine de tout. Sache qu'elle est la première marche de l'escalier qui monte vers le bien suprême. Sans elle, qui donc pourrait obtenir un bien quelconque ?
Le défaut de réflexion, c'est par essence la mort : les hommes périssent à cause de lui..."
 
"La réflexion est la graine qui, en germant, produit l'arbre du bonheur. C'est elle qui exalte l'homme au-dessus de tous les êtres (de la nature). (...) C'est grâce à elle que l'omniscient Shiva est le plus grand des dieux..."
 
"Heureux et mille fois digne de louange, ceux que jamais la réflexion n'abandonne ! Par manque de réflexion, on rencontre le "je dois" et on succombe à l'aveuglement.  Grâce à la réflexion, on échappe à d'innombrables dangers."
 
Pour en arriver là, il faut la grâce de la Déesse "qui a élu domicile dans le coeur de chacun".
 
"Le soleil de la réflexion dissipe les épaisses ténèbres de l'irréflexion. Et il finit toujours par se lever pour qui, avec amour, rend un culte à la Déesse." Ce culte est lui-même une forme de réflexion (carcâ), mais qui s'appuie plutôt sur des images symboliques pour préparer l'âme.
"Une fois propitiée et satisfaite la Déesse prend la forme de la réflexion et monte au firmament de la conscience comme le soleil (dans le ciel)."
 
"Toutes les existences où le (pouvoir de réflexion) ne se manifeste pas encore sous sa forme achevée paraissent vaines et stériles."
 
Comme dit le commentateur : "C'est clair."
 
Or, tout cela naît d'abord du fait d'avoir entendu la célébration de la grandeur de la Déesse...
N'est-ce pas faire dépendre l'obtention du Souverain Bien d'un simple hasard ?
 
Quelle sera la réponse du maître ? et la nôtre ?
 
 

20:51 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

La Gnose de la Déesse Conscience, celle-là même qui lit ces lignes !

Sur ce blog, je m'efforce de faire la synthèse de ce que les Quattre Pattes de la Vache Cosmique ont a offrir de meilleur. Mais, parmi elles, la Reconnaissance, la voie philosophique proposée par la religion non-dualiste du Shivaïsme du Cachemire, est la plus importante.
 
Pour réfléchir sur la Reconnaissance, je propose de lire des passages d'un texte exceptionnel, La Doctrine secrète de la Déesse Tripurâ. Ce texte anonyme fut composé par un adepte de la philosophie de la Reconnaissance. Je m'appuirais sur la belle traduction de Michel Hulin (Fayard, collection "Documents Spirituels", 1979) ainsi que sur le commentaire de Shrînivâsa un adepte du XIXème siècle. Ce commentaire fut publié à Bénares par le grand savant du Tantrisme, Gopinâth Kavirâj. J'ai eu l'honneur d'étudier auprès de deux de ses disciples. 
Je choisi ce texte, parce qu'il enseigne la Reconnaissance sous forme de récits disposés un peu à la manière des contes des Mille et Une Nuits, et parce qu'il démêle un tas de questions que l'on se pose souvent aujourd'hui.
 
 

20:09 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tripura rahasya, tantra, pratyabhijna |  Facebook |

28/11/2005

Boires et déboires de la vache ...

Au fond, la plupart de mes billets depuis deux semaines portent sur la question de la connaissance de l'absolu : Est-il connu par lui-même ? par autre chose ? ou encore carrément inconnaissable ? Sur ce même thème, il y a également la question du rapport entre connaissance par concept, et connaissance intuitive, voire inconsciente (je pense à l'influence des "initiations-bénédictions" sur les traces karmiques).
 
Mon approche consiste à m'efforcer de trouver un point de vue dans lequel le plus grand nombre de vérités se trouvent embrassées.
Pour ce faire, je m'appuie sur l'expérience, la raison, et le témoignage de personnes faisant autorité dans ce domaine. Bien sûr, je pense que l'absolu se connait par lui-même, et que la connaissance de l'absolu est elle-même inséparable de l'absolu. Comme ce dernier n'est pas un concept, sa connaissance n'est pas conceptuelle non plus. Néanmoins, je persiste à dire que la pensée est un moyen assez direct pour réveiller en nous cette connaissance. De fait, nous faisons cela tous les jours : Nous utilisons des raisonnements pour arriver à des expériences directes. Par exemple, nous apprenons à jouer du piano en analysant et en raisonnant. Mais, rapidement et sans rupture dramatique, ces opérations mentales complexes deviennent une seconde nature, et le jeu devient "intuitif". De même,  quand on me demande "Passe moi le sel", bien que le sel soit en lui-même innacessible par le mot "sel", je sais très bien aller du mot (la connaissance par concept) à la chose (la connaissance directe, intuitive).
Pour discuter de tout ceci plus en détail, je me propose de m'appuyer sur des extraits de La Doctrine secrète de la Déesse et de La Lumière sur les Tantras, textes traduits et accessibles à tous.
J'ai bien conscience que mes billets paraissent embrouillés. C'est normal : Ce blog essaie d'être une synthèse jamais achevée de plusieurs pensées ("Les Quatre Pattes") qui sont en grande partie incompatibles (voir "Cette bête est-elle viable ?" en marge). De plus, il n'est pas toujours commode de distinguer entre ce que je pense et ce que pense la Reconnaissance sur tel ou tel sujet... 
En outre, je ne suis ni bouddhiste, ni chrétien, ni néo-védântiste. Les pensées sur lesquelles je m'appuie ici ne rentrent adéquatement dans aucune de ces catégories (Longchenpa est trés éloigné de l'orthodoxie bouddhiste, tout comme le Dzogchen dans son ensemble).
 
Enfin, j'aimerais relater quelques anecdotes d'Inde et d'ailleurs. Mais pour cela, il faudrait encore que je scanne quelques clichés. Patience donc... 

10:28 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, pratyabhijna, tantra |  Facebook |

20/11/2005

Pratiquer pour atteindre l'Eveil, ou bien parce qu'on l'a déjà atteint ?

Je visitais hier les listes de gourous du site de Sarlo. Et je me disais que leur vocabulaire n'est pas le mien. L'Eveil, le mental, la clarté, le cérébral vs. le corps, la théorie vs. la pratique, l"illusion vs. la réalité : je ne me reconnait tout simplement pas dans ces problématiques. La Reconnaissance non plus, d'ailleurs.
 
"Je suis" est une sorte d'acte de conscience extatique, qui se répand en tout et auxquel toutes choses participent. Ce n'est peut-être pas permanent, mais ça fait plaisir, et ce plaisir donne l'envie d'y replonger.
 
Du coup, je ne ressent pas la nécessité de pratiquer, la méditation par exemple. En fait, quand on me pose la question "Tu médites ? Tu pratiques quoi ?", je me trouve assez embarrassé. Car pratiquer voudrait dire que la conscience "je suis" est ailleurs. Or elle est toujours déjà-là. C'est un fait. C'est un peu comme la "voix de la conscience morale". On peut ne pas l'écouter, mais on ne peut pas ne pas l'entendre. Il suffit de s'y abandonner. C'est bien une sorte d'effort, mais trés particulier. Je ne sais pas si on peut appeller ça méditer. Mais on peut dire, comme Ramana, que jusqu'à un certain point l'effort est nécessaire. Au-delà, il devient impossible.
 
Bref, je ne pratique pas pour atteindre l'Eveil. L'Eveil est mon essence, et tout ce que je fais, que je le sache ou non, est "pratique", c'est-à-dire manifestation de cet Eveil éternel.
En un sens, nous sommes tous l'Eveil. En un autre sens, nous ne l'atteindrons jamais.

20:33 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : eveil, pratyabhijna, ramana |  Facebook |

19/11/2005

Quel rapport entre connaissance discursive et connaissance intuitive ?

Je reprends ici, par commodité, l'échange à propos de la connaissance libératrice commencé il y a quelques jours.
 
En disant que "la Reconnaissance est une pensée", je voulais simplement dire qu'il n'y a pas un gouffre insondable entre la connaissance discursive (par mots et concepts) d'un côté, et la connaissance parfaite, intégrale, de l'autre. Il n'y a que des différences de degrés. En effet, la connaissance intuitive contient en elle-même tous les concepts possibles, mais à l'état subtil. A l'inverse, aucune pensée conceptuelle ne serait possible si elle n'était le prolongement d'une connaissance intuitive, en prise avec l'Etre.
 
Et je suis tout à fait d'accord avec Iboga pour dire que cette intelligence intuitive se dévoile en sa nudité entre deux pensées, deux perceptions, entre l'expiration et l'inspiration, etc. Et cela, même si l'on en a pas conscience ordinairement.
 
La connaissance discursive est le déploiement dans le temps et l'espace de la connaissance éternelle. Car cette dernière précontient en elle-même toutes les connaissances, un peu comme un programme compressé. Connaissance discursive et connaisssance directe sont un seul et même acte de connaissance : la conscience, la Déesse. C'est seulement du point de vue de la connaissance discursive, justement, que ces deux plans peuvent paraître totalement étrangers l'un à l'autre.
 
Shiva choisit de ne connaître que certains aspects de lui-même, grâce aux phonèmes, aux mots et aux phrases, selon son bon plaisir. Et rien n'empêche d'aller des mots à leur sens, puis vers une connaissance de plus en plus intégrale. Les mots ne sont pas une illusion à écarter. Ils sont la manifestation fragementée d'une connaissance unique. A partir d'eux, on peut ainsi remonter jusqu'à la Déesse Parole, jusqu'à la source des mots. C'est du moins ce que propose la Reconnaissance, mais aussi le Bouddhisme Théravâda et l'Advaita védânta de Shankara. On médite d'abord pour calmer le mental, puis on réflechit et enfin on re-trouve cette connaissance absolue qui est depuis toujours le coeur de tous les êtres, juste Ici.

15:10 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : pratyabhijna, tantra, yoga, shankara, abhinavagupta |  Facebook |

14/11/2005

"Quand dire, c'est faire"

Un sympathique lecteur a répondu a mon dernier billet en livrant un extrait d'un sermon du Bouddha. Celui-ci dit, en substance, que lorsqu'on souffre, ce qui compte c'est d'abord de se libérer de cette souffrance. A côté de cette urgence-là, les spéculations métaphysiques sont totalement secondaires. Lorsque nous serons enfin libérés de la souffrance, nous aurons tout le loisir, si nous y trouvons encore quelque intérêt, de spéculer sur les causes ultimes et le sens de la souffrance. Donc, soyons pragmatiques, et gardons-nous du "fourré des opinions" (dixit le même Bouddha).
 
Ce discours est trés sage.
Sauf si notre souffrance tient à des opinions, justements. Si la souffrance n'a rien à voir avec la manière dont nous pensons, dont nous nous représentons le monde, alors effectivement, il est inutile de perdre son temps a penser.
Mais si, au contraire, c'est notre manière même de penser qui est à l'origine de nos souffrances, alors nous ferions bien d'y réfléchir à deux fois.
 
Or, je pense, avec la Reconnaissance (pratyabhijnâ), que nous sommes déjà cet être libre de toute souffrance que nous rêvons d'être. La seule chose à faire est de le re-connaître. Et cette reconnaissance est une certitude en forme de pensée. C'est une représentation, un "vikalpa". Un vikalpa vrai, certes, mais c'est tout de même une construction mentale. Car la souffrance (au contraire de la douleur) est une construction mentale, une imagination. On s'imagine être souffrant : c'est un cauchemard, au propre comme au figuré. Notre vraie nature nous apparaît alors sous la forme d'un maître sage, ou d'un texte sage, ou de ce qu'on voudra, et nous parle : "Tu rêves. Tu n'est pas cet être là. Comprends que tout n'est qu'un rêve." Et il le persuade à travers divers moyens (yoga, rituels, raisonnements), qui sont tous des constructions imaginaires. Un peu comme dans Matrix. Si vous voulez sortir quelqu'un de l'illusion, il faut jouer son jeu. Faire semblant d'y croire. On se libère donc des illusions par d'autres illusions. Telle est, du moins, la doctrine des Bouddhas eux-mêmes. C'est également la pensée de la Reconnaissance et de bien d'autres sages.
 
Cependant, je ne crois pas que l'on puisse s'affranchir entièrement de l'humaine condition, ni même que cela soit souhaitable. Comme je l'ai déjà dit, nous sommes à la fois toujours déjà libérés et jamais encore parfaits.

20:35 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : pratyabhijna, yoga, vikalpa |  Facebook |

13/11/2005

La re-connaissance de soi comme étant le Seigneur n'est-elle pas une pensée ?

La "délivrance" (moksha) n'est pas une question d'expérience, mais de pensée.
 
Telle est, du moins, la thèse d'Abhinavagupta et des autres philosophes de la Reconnaissance (Pratyabhijnâ).
 
En effet, la délivrance des liens du samsâra est une idée, de même que le samsâra lui-même n'est qu'un enchaînnement d'idées. Dès lors, l'exercice de la réflexion sert à contrer les idées fausses. On remplace ainsi peu à peu l'idée que "je suis untel, voué à la mort", par la conviction que "je suis conscience, je omniprésent, omniscient et omnipotent".
 
On peut se demander comment la conscience, qui est au-delà des pensées, peut être réalisée par la pensée. Abhinavagupta répond que c'est possible, parce que la conscience est omniprésente, et parce que la conscience est libre : pour elle en effet, l'impossible est possible. L'intellect permet de réaliser l'absolu, car il en est une manifestation, au même titre que le corps, l'imagination, etc. Cependant, selon Abhinavagupta, l'intellect est plus proche de la conscience que le corps et la sensation. Quand au vide de l'état de sommeil profond, il est une simple expérience, dans lequel toute faculté de compréhension est paralysée. Il est donc sans intérêt.  
 
En effet, la délivrance n'est pas une question d'expérience. Car toute expérience est déjà cet Apparaître lumineux qu'on appelle, métaphoriquement, Shiva. Ce qui est décisif, en revanche, c'est la manière dont on se représente ce qui apparaît. Et cette "conscience de" est la Puissance, Shakti.
 
Autrement dit, il y a l'Etre, qui ne change pas. Et il y a la manière dont l'être se connait lui-même. C'est cela la conscience, la pensée, le langage et les représentations en générale. Et c'est là que la notion de "délivrance" (ou d'Eveil, ou de Réalisation) intervient.
 
Quand l'Etre se connaît lui-même parfaitement (sur le mode du "je") c'est la "délivrance".
Quand il se connaît lui-même imparfaitement (sur le mode du "oh, une table", "tiens, je suis riche", etc.), c'est le samsâra.
 
Evidemment, en un autre sens, la pensée "je suis Shiva" est elle-même une expérience.

20:33 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : abhinavagupta, utpaladeva, pratyabhijna, tantra |  Facebook |

18/10/2005

Où je découvre la Grande Complétude

Parallèlement au shivaïsme du Cachemire, je découvrais le Dzogchen, la "Grande Complétude". Il s'agit d'une tradition contemplative bouddhiste extrêmement riche, élaborée au Tibet depuis le Xème siècle. Selon ses adeptes, c'est la voie vers l'Eveil la plus relevée. Comme l'indique son nom, selon cette tradition, nous sommes déjà éveillés, nous sommes déjà des Bouddhas. Il suffit de le re-connaître pour que toutes nos souffrances disparaissent, comme par enchantement.
 
Manifestement, il y a une profonde parenté entre le Dzogchen et le shivaïsme du Cachemire. Selon la philosophie de la Reconnaissance - qui est le coeur conceptuelle des traditions regroupées sous l'appellation "shivaïsme du Cachemire" - la conscience est le Seigneur, Shiva, ou Dieu omniscient et omnipotent, comme vous voudrez. Il suffit, pour s'épanouir, de le re-connaître. De même, dans le Dzogchen, la conscience est un Bouddha, doué de qualités infinies, dont l'omniscience n'est pas la moindre.
 
Dans les deux traditions, il n'est pas question de rechercher un nouvel état, d'atteindre une condition inédite, mais simplement de changer notre regard sur nous-mêmes et sur le monde. Le bonheur ou la souffrance ne sont pas déterminés par notre corps et notre envirronnement, mais plutôt par le regard que l'on porte sur eux. 
 
Au début des années 90 donc, j'ai rencontré tous cela. Mais, à l'époque, il y avait encore fort peu de textes. Et comme la nature a horreur du vide, je me faisait beaucoup d'idée sur ce que pouvait être "en réalité" le shivaïsme du Cachemire et le Dzogchen. J'avais, en gros, deux préjugés liés nourris par cette ignorance : 1) Qu'il doit exister des pratiques secrètes fabuleuses, en plus de la simple re-connaissance de notre conscience comme étant Dieu ou Bouddha; 2) Que ces techniques secrètes, on ne peut les reçevoir que d'un maître, oralement, et que les livres ne comptent pas vraiment. Ils nourrissent l'intellect, pas le coeur. Ce sont, en quelque sorte, des publicités pour donner l'envie de passer à la pratique.
 
Du coup, je passais certes du temps à m'émerveiller de cette conscience, exactement la même que celle qui lit ces lignes en ce moment, mais je me sentais également frustré d'aventures spirituelles et exotiques. Je voulais absolument passer de la "théorie" à la "pratique". En plus de méditer dans mon coin, je voulais absolument rencontrer des maîtres pleins de sagesse et d'expérience, et d'autres pratiquants.
 
Vu que le Shivaïsme du Cachemire semblait une tradion à peu prés morte, je me suis davantage tourné vers le bouddhisme tibétain, et le Dzogchen. Lilian Silburn, la grande traductrice des textes du shivaïsme du Cachemire (dont le Vijnâna Bhairava), était alors trés agée, malade, ayant perdu l'usage de ses yeux. Par timidité, je décidais de ne pas la déranger, ce que j'ai eu l'occasion de regretter par la suite.
 
J'ai donc cherché un lieu où l'on pouvait "apprendre" la pratique du Dzogchen, la Grande Perfection...

19:56 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tantra, pratyabhijna, vijnana bhairava |  Facebook |

17/10/2005

Une découverte décisive : le Vijnâna Bhairava.

Par hasard donc, je tombais sur une traduction du Vijnâna Bhairava Tantra par cette femme hors du commun que fût Lilian Silburn.
 
Depuis, je n'ai jamais cessé de le lire et de le relire. C'est un texte absolument unique dans la littérature de l'Inde. Une sorte de "catalogue" des méthodes et des approches possibles de la connaissance de soi, chacune étant évoquée ou suggérée en une seule stance de deux petites lignes. Ce sont des supports idéaux pour la méditation et la contemplation.
 
Toutes les expériences de la vie quotidienne, sans exception, sont des occasions de découvrir, ou de re-découvrir la conscience avec ses bienfaits.
 
La réalité "ultime", "l'Eveil", n'étaient plus une affaire de pratique, d'effort et de techniques plus ou moins douloureuse. C'était désormais une question de regard sur les choses, sur les personnes et sur soi. Trouver l'extra-ordinaire dans le plus ordinaire, telle est la devise de ce texte et de la philosophie de la Re-connaissance, inspirée par lui.
 
La conscience est toujours présente. Elle est pour ainsi dire notre élément le plus familier. Mais, pour notre plus grand malheur, nous avons tendance à la sous-estimer. Elle nous semble banale. Or, ce qui est toujours là finit par disparaître du champ de notre conscience. Autrement dit, la conscience s'oublie elle-même.
 
Or, la conscience est une "chose" extraordinaire. Pour en profiter, il ne suffit pas de croire, il faut vérifier ses qualités, par soi-même, encore et encore.
 
Grâce à ce texte donc, j'avais fait une découverte essentielle. Par la suite, je me suis aperçu que beaucoup d'autres avaient fait la même découverte. Plusieurs personnes ont également mis ce texte à leur profit, avec sa tradition et son aura "tantrique", pour asseoir leur réputation de "maître tantrique".
 
Le mot tantra est à la mode dans les pays dits développés. Il suffit de taper le mot sur un moteur de recherche, pour tomber sur des milliers d'offres, depuis le développement personnel jusqu'à la prostitution, en passant par la sexologie, l'alchimie, le management et le féminisme. Même en Inde, dans les classes moyennes, le phénomène est tout à fait visible.
 
J'ai eu la chance de tomber directement sur un texte. Cela m'a donné une grande autonomie. Quoi qu'il en soit, cette découverte m'a donné l'envie d'en savoir plus sur ces tradition "du Cachemire". Je me suis donc mis au sanskrit au début des années 90...

10:22 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tantra, pratyabhijna, vijnana bhairava |  Facebook |

16/10/2005

Déambulations

En Inde, il est de coutume de commencer avec une stance de bon augure. Et comme la notion de plagiat est pour ainsi dire absente de la mentalité indienne traditionnelle, voici une stance composée par Rameshva Jha, l'un des derniers "maîtres" du Shivaïsme cachemirien:
 
"La noble conscience, une, éternelle,
Apparaît en se déployant de tous côtés.
Elle procure toutes les félicités.
Limpide, c'est elle qui crée et résorbe (tout) !" 
 
Puisse cette Déesse, notre propre conscience, nous donner la force et l'intelligence de l'examiner à fond et sans partialité, elle qui est la moelle de toute intelligence et de toute force !
 
"Shivaïsme du Cachemire" désigne, faute de mieux, un ensemble de traditions religieuses et philosophiques, nés en Inde entre le VIIIème et le XIIème siècle. Il s'est ensuite diffusé, en évoluant, dans toute l'Inde, jusqu'à nos jours, où il suscite de plus en plus d'intérêt en Occident.
L'image de Shiva "roi de la danse (cosmique)", par exemple, est inspiré par une école de pensée originaire du Cachemire, la "reconnaissance" (pratyabhijnâ). Voici une photo d'une statue de cette forme de Shiva, provenant du sud de l'Inde, et actuellement visible au musée Guimet.
 
En gros, selon cette philosophie, nous sommes l'absolu, Shiva, c'est-à-dire Dieu, en somme. Et la conscience est la Déesse (devî), le pouvoir (shakti) de Dieu, définit comme liberté absolue (svâtantrya) ou souveraineté. L'univers - tout ce que nous voyons, sentons, pensons, etc. - est une extension, une manifestation de cette liberté. Y compris notre apparente absence de liberté.
Bref, il s'agit de re-connaître que la conscience est le Seigneur car, comme lui, elle est omnisciente, omniprésente et omnipotente.
La pensée de la Reconnaissance s'attache à démontrer que notre conscience possède ces attributs, en se fondant sur l'expérience commune et la raison.
 
 


13:00 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pratyabhijna, reconnaissance, tantra |  Facebook |