13/04/2015

Le Secret de la Kundalini

Le Secret de la Kundalini

Un enseignement traduit du sanskrit, inédit, par le maître du tantra traditionnel le plus connu du XXe siècle : Lakshman Joo du Cachemire. Il aborde les différentes voies d'éveil de la Kundalinî : par le souffle, par l'union sexuelle, et par la reconnaissance de la conscience au présent.

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10:38 Écrit par David Dubois dans Dzogchen, Général, Reconnaissance, Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les Arcanes de la plénitude

Les Arcanes de la plénitude - Siddhamaharahasya

Inédit, traduit du sanskrit, un enseignement sur le tantra non-duel par un maître quasi inconnu qui a pourtant vécu au XXe siècle : Amritavâgbhava. Aborde tous les sujets du tantra.

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Pour la pureté de l'âme

Pour la pureté de l'âme Cittavishiddhiprakarana

Nouvelle traduction d'un texte sanskrit inédit de la tradition du bouddhisme tantrique. Un message radical sur la pureté de l'esprit, par-delà toute notion de pur et d'impur.

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La Voie de la conscience non-duelle

La Voie de la conscience non duelle

Nouvelle traduction inédite d'un texte du bouddhisme tantrique sur la conscience, voie de l'éveil naturel.

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18/02/2014

Retraite de méditation dans la tradition du Cachemire

 
 Vyoma linga, Mongolie
 
Une retraite dans l'esprit du tantra non-duel
 
Tous nos malheurs ont une seule source : nous croyons être une personne séparée de ce que nous désirons.
 
Comme dit le sage anglais Wei Wu Wei :
 
Pourquoi êtes-vous malheureux ? Parce que quatre-vingt dix neuf pour cent de tout ce que vous faites, vous le faites pour vous - or il n'y a pas de "vous" !
 
Comment vivre cela ?
En se donnant à cette évidence : tout ce qui est, est dans la conscience présente. Il n'y en a pas d'autre. Il n'y a rien d'autre qu'elle. Point d'effort, rien à atteindre : quoiqu'il arrive, tout est déjà en la conscience transparente. Quel soulagement !
 
Je vous propose de nous retirer, ensemble, pour savourer cette évidence à l'écart du brouhaha du monde. Rien n'est hors de la conscience, qu'on le sache ou non. La conscience est toujours présente. Mais il est bon de prendre des vacances pour se laisser aller à cette vacuité vibrante. Cette présence est toujours présente, mais d'ordinaire nous la négligeons à cause de nos croyances et de nos habitudes. 
Nous sommes ce que nous cherchons.
Pourquoi ne pas consacrer une semaine à savourer juste ce silence, en toute simplicité, sans but ni recherche, sans effort, pour en avoir le cœur net ?
 
Pendant cette semaine dans un hameau caché au coeur de l'Ardèche, nous prendrons à cœur l'essentiel, nous vivrons l'état naturel au cœur de la nature. La journée sera une alternance de périodes de silence, dans la nature si le temps le permet, et d'échanges sur les questions et les doutes qui nous retiennent au bord de nous-mêmes, qui nous font croire que nous sommes autres chose que la perfection bienheureuse.
 
Nous nous mettrons à l'écoute des conseils du coeur transmis par la tradition des yoginîs du Cachemire, une tradition qui part du pressentiment que nous sommes ce que nous cherchons. S'ouvrir à notre intuition naturelle du vrai : moins que cela ne suffirait pas, mais plus que cela n'est pas nécessaire. 
Nous explorerons en particulier la méditation de Bhairava (bhairava-mudrâ en sanskrit, la langue sacrée de l'Inde), expression naturelle de notre véritable nature. Non pas technique pour maîtriser le mental, mais laisser-aller spontané dans la fluidité de la conscience océane. Larguons les amarres !
 
Nous logerons dans une vieille demeure refaite à neuf, avec une alimentation saine et simple préparée par une cuisinière attentionnée. 
Dix places sont disponibles dans la maison, mais il est également possible de loger à proximité.
 
La retraite débutera le samedi 12 avril 2014 et s'achèvera le vendredi 18. Pour le lieu, Vernoux-en-Vivarais, voir ici
Pour plus de renseignements, écrire ou téléphoner :
 
deven_fr@yahoo.fr
06 03 33 05 58
 
Pour une idée de la tradition qui nous inspire, voir
La Doctrine secrète de la déesse Tripurâ (très accessible, à travers des fables et des dialogues vivants)
 
A bientôt !

10:35 Écrit par David Dubois dans Dzogchen, Reconnaissance, Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/06/2007

Archéologie de la perfection

Un article a été publié récemment en anglais, qui confirme, me semble t-il, les hypothèses que j'avais avancé sur l'histoire de la tradition contemplative tibétaine de la "Grande Complétude" (dzogchen).

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L'auteur en est David Germano, qui coordonne le "Projet Samantabhadra", visant à mettre en ligne les différentes collections de textes apparentés au dzogchen.

Je dis bien "différentes", car l'un des premiers résultats de ses recherches est qu'il n'existe pas un dzogchen, mais bien plusieurs, et qui se sont élaborés en opposition les uns aux autres. L'utilisation d'un terme unique pour désigner tous ces courants cache la réelle diversité d'une littérature qui s'est constituée sur plusieurs siècles (du VIIIème au XIVème siècle).

En gros, il distingue un dzogchen "ancien", qui est le dzogchen à l'état pur, d'un dzogchen "tantrique", ritualisé et présenté dans le contexte de la "culture des champs de crémation" propre aux tantras bouddhiques, eux-mêmes puisants cette esthétique "funéraire" (divinités "courroucées", volcans, etc.) dans le shivaïsme.

Le dzogchen ancien (VIIIème-XIème siècles) se caracérise par le rejet de tout rituel et de toutes les techniques, y-compris tantriques. Les textes de ce dzogchen ancien se présentent sous forme de poésies et cherchent à provoquer une conversion radicale chez le lecteur. Le mot "dzogchen" n'y figure pour ainsi dire pas.

A partir du XIème siècle, apparaissent d'autres textes, se présentants comme supérieurs aux précédents. Ce sont eux qui vont évoluer pour former "L'essence du Coeur" (Nyingthig), dont se réclament tous les adeptes du dzogchen contemporain. On y assiste au retour progressif de l'esthétique tantrique "funéraire", et l'accent porte désormais sur les techniques visionnaires (thogal), elles-mêmes d'origine tantrique (kâlacakra, guhyasamâja...). Cependant, le dzogchen ancien reste présent sous la forme de texte poétiques et anti-techniques (c'est le fameux trekchod).

Depuis le XVième siècle, le dzogchen se réduit à cela. Cependant, ce retour de la "technique de l'Eveil" a rencontré des résistances. D'où l'apparition de multiples courants au sein même du dzogchen "tantrique".

On peut ainsi distinguer trois phases :

1- Le Nyingthig ancien, qui propose un dzogchen révélé dans le cadre du panthéon des "divinités paisibles et courroucées" du célèbre "Livre des morts tibétains". On y trouve des descriptions détaillées et variées de l'expérience de l'au-delà (bardo), ainsi que nombre de techniques empruntées, comme souvent, à des tantras shivaïtes (notamment les pratiques pour "tromper la Mort" - kâlavancanam).

2 - Le Tchiti, "révélé" par des "découvreurs" (terton) comme Gourou Chöwang et Nyangrel Nyima Öser. La principales nouveauté est ici l'organisation de tous les enseignements autour de la figure de Padmasambhava. Celui-ci, en effet, ne figure pas dans le Nyingthig ancien (centré  quant à lui sur un autre personnage de légende : Vimalamitra), et encore moins dans le dzogchen ancien... Germano note que Nyangrel a voulu revenir au dzogchen radical "ancien", en séparant clairement celui-ci des pratiques tantriques liées aux divinités courroucées, etc.

3 - Mais dans une dernière phase (yangti), la tendance techniciste est revenue en force, affirmant que la pratique visionnaire (thogal) est la meilleure, et que le dzogchen "ancien" n'est que du verbiage pour intellectuels (pour un échantillon, voir Les phères du coeur de Samantabhadra, aux Deux Océans).

 

Voilà pourquoi aujourd'hui vous ne trouverrez aucun lama pour enseigner le dzogchen ancien. Soit ils ne le connaissent pas, soit ils le considèrent comme dépassé.

De plus, le dzogchen contemporain se résume soit à des "enseignements sur la nature de l'esprit" (trekchöd) qui ne sont pas le "vrai" dzogchen selon les lamas qui l'enseignent eux-mêmes ; soit à un enseignement sur les techniques visionnaires, généralement réservé aux disciples proches ou dans le contexte d'une retraite stricte.

Donc, quand un lama "dzogchen" parle de "la nature de l'esprit", sachez qu'il ne parle pas de la vraie nature de l'esprit, qui selon lui ne peut se révéler que dans le cadre d'une pratique visionnaire. Pour eux, trekchöd et mahâmudrâ sont des sortes de pratiques préliminaires.

Mais ce genre de tension entre les tenants d'une pratique "sans forme" d'une part, et les partisans de diverses techniques visionnaires, de l'autre, n'est pas nouveau. Le Soûtra de l'Entrée à Lankâ mettait déjà en garde les disciples du Bienheureux (trad. P. Carré, p. 124):

 

Les pratiquants en extase contemplent

Les formes du soleil et de la lune,

Des lotus rouges au fond des précipices,

L'espace vide, des flammes et des images.

 

Or, toutes ces visions sont justes bonnes

A vous précipiter dans les royaumes non bouddhistes

Ou, encore, dans le champs d'expérience

Des auditeurs et des bouddhas-par-soi.

 

Renoncez à toutes ces visions

Pour vous établir dans l'absence d'objet

De méditation, et vous accéderez

A l'Apparence réelle, l'ainsité.

 

P.S. : Malgré tout cela, je continue de croire que le dzogchen "d'aujourd'hui" (c'est-à-dire le Nyingthig) est un immense trésor de sagesse. En effet, il me semble que les pratiques visionnaires elles-mêmes, bien comprises, dépassent l'opposition entre "forme" et "sans forme", tant il est vrai que le bouddhisme a toujours enseigné que la forme et le vide, la réalité et l'apparence, sont deux facettes du Réel, distinctes mais inséparables.

16:16 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dzogchen, nyinthig, tantra |  Facebook |

07/01/2007

Les nudistes sont-ils des adeptes de la Grande Complétude ?

Une courte vidéo de celui qui fut sans doute le plus grand maître dzogchen que j'ai eu la chance, l'honneur et la joie de rencontrer: Nyoshul Khenpo. Il raconte ici son expérience du nudisme (!), traduit en anglais par Matthieu Ricard.
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16:35 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : nyoshul khenpo, dzogchen |  Facebook |

15/11/2006

Dzogchen et communisme : même combat ?

Le LTWA de Dharamsala a publié une biographie du trés controversé personnage Gendun Tcheupel (1902-1951). Moine et érudit guélougpa, il quitta le Tibet avant tous ses compatriotes pour explorer l'Inde et l'Asie. Il apprit le hindi, étudia et traduisit de nombreux textes du sanskrit en tibétain. Il est aussi célèbre pour avoir composé sa version du Kâma Soûtra, basé sur ses expériences avec les femmes des diverses contrées de l'Inde... Il fut même emprisonné à Lhassa. Tous le prenaient pour un fou. Il fumait, buvait et semblait ne respecter personne, se livrant à d'interminables diatribes contre les superstitions des Tibétains. Il fut le premier à prendre conscience des limites de la tradition tibétaine, et a comprendre la nécessité d'une approche critique de la tradition. Le maître contemporain Namkhaï Norbou le cite souvent sur ce point (ce qui n'empêche pas Norbou de tirer le bouddhisme dans le sens de l'occultisme... comme d'autres confondent dzogchen et plomberie !). Ils ont deux autres points communs. Le premier est l'attrait pour le marxisme. Norbou a étudié dans des écoles maoïstes avant de rencontrer son maître principal. Il juga d'ailleurs la communauté qu'il dirigeait proche des idéaux communistes. On sait aussi l'intérêt du Dalaï Lama pour la pensée de Marx, qu'il n'a pas hésité à déclarer à plusieurs reprises. Tcheupel, quant à lui, fut accusé d'avoir participé à la création du premier parti communiste tibétain, avant la seconde guerre mondiale ! Ce lien récurrent entre bouddhisme et communisme n'est-il qu'une simple coïncidence ?

Chopel

 

Ce qu'on sait moins, c'est que Gendun Tcheupel fut un adepte du dzogchen. Cela est évident dans ce poème qu'il écrivit pour une amie tibétaine rencontrée en Inde :

"Toutes les apparences extérieures sans exception, bonheurs et malheurs, sont le prodigieux spectacle de notre propre esprit ! Ce ne sont que des reflets de notre inétrieur apparaissant au dehors, et non des apparences de choses extérieures qui seraient venues [s'imprimer] en nous.

Si l'on entend bien ceci, alors, quand l'esprit est tranché à sa racine par un examen méthodique, c'est la base de toutes choses qui est tranchée ! Le ciel de la réalité absolue repose au-delà  de la brume des apparences.

Ce que l'on appelle "être" et "non être" ne sont que des artifices forgés de toutes pièces ! La nature de l'esprit est vierge de tels édifices ; c'est la bouddhéité au complet ...

Ces pensées du genre "il y a" et "il n'y a pas", pareilles à des rides sur la surface de l'eau se succédant, finissent dans le Royaume du Réel (dharmadhâtou) éternel, dès lors qu'elles s'évanouissent dans l'absence de visée.

En bref, les apparences sont le prodigieux spectacle de l'esprit ! L'esprit est vide, infondé et sans origine. Tenir cette chose infondée pour un "soi", voilà la cause qui nous fait errer dans le Cycle (samsâra), vous et moi.

Alors, sans poursuivre les apparences, regardant directement celui à qui cela apparaît, le chemin de la bouddhéité n'est guère long ! car on verra alors notre propre face indicible.

Ainsi, par la grâce des Trois Sources [le maître, les divinités et les dâkinîs], ayant sans délais trouvé l'esprit vacant, puissé-je oeuvrer grandement pour les êtres vivants, innombrables, depuis la citadelle de la Grande Complétude pure depuis toujours !"

 

19:36 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gendun choepel, dzogchen, communisme |  Facebook |

21/10/2006

Quand atteint-on l'Eveil ?

Depuis longtemps, le bouddhisme est agité de débats sur les causes et les circonstances de l'Eveil. Dans le bouddhisme tardif, et dans le chan et le dzogchen en particulier, cette tension est au centre de l'enseignement.

Contre les rituels, les yogas et les techniques, le dzogchen ancien va droit à l'essentiel, droit à cet espace à partir duquel nous percevons les choses, espace transparent qui embrasse le samsâra comme le nirvâna.

Cependant, à partir du XIIème apparait une nouvelle forme de dzogchen basé sur un yoga visant le développement spontané de vision lumineuses à partir de la contemplation du ciel, du soleil ou de l'obscurité. Ces visions sont "spontanées" en ce sens qu'elle ne proviennent ni de l'imagination ni du mental, mais de notre nature de Bouddha inconditionnée. Au lieu donc de changer notre monde en changeant notre façon de voir ce monde, cette nouvelle méthode propose de changer notre monde pour changer notre façon de le voir : le spectacle de ces orbes colorées a, en lui-même, le pouvoir de dissoudre le mental, laissant l'espace transparent de notre nature de Bouddha briller de nouveau.

Au XIVème siècle Longchenpa, un maître dzogchen virtuose, tente une synthèse de la voie progressive (lamrim) et du dzogchen radical des origines, dans un texte disponible en anglais sur le net, le Grand Chariot (Shingta Chenpo).

Il y présente les thèmes traditionnels du catéchisme bouddhique : la souffrance, ses causes, les conséquences inéluctables des actes (karma) - avec moultes détails sur les différents enfers -, la compassion, la concentration, l'interdépendence des phénomènes, la vision pure, les rituels tantriques et les yogas intérieurs... jusqu'au chapitre X (sur un total de XIII), dans lequel il présente la perspective du dzogchen radical. Il invite alors le disciple à "passer le cap". Cette expression revient encore et encore sous sa plume. C'est qu'elle exprime la philosophie de Longchenpa dans cette oeuvre : l'on doit pratiquer méthodiquement les vertus jusqu'à un certain point - une sorte de seuil critique - à partir et au-delà duquel il n'y a plus, du point de vue du pratiquant, ni pratique ni progression. On monte un escalier, on arrive à une porte. Mais, une fois cette porte franchie, il n'y a jamais eu de porte. Autrement dit, il y a bien une voie et des efforts à fournir, il y a des conditions, jusqu'à ce que l'on parvienne à l'Inconditionné. Ce paradoxe est symbolisé dans l'Avatamsaka Soûtra par la "Tour des miracles de Vairocana". Vairocana est la personnification de notre nature de Bouddha. Un adepte exemplaire, Soudhana, parvient enfin, aprés d'innombrables épreuves et pratiques variées, jusqu'à cette tour. Vue de l'extérieur, elle semble avoir une certaine taille; elle est située quelque part dans l'univers, et on peut y parvenir au terme d'un long voyage. Mais, une fois que Soudhana franchit son seuil il découvre, émerveillé, que l'intérieur de la tour est infini, qu'il contient tout, y compris tous les endroits qu'il a parcouru jusque-là. Autrement dit, tant qu'on a pas atteint l'Eveil, cet Eveil apparaît comme un état localisé dans l'espace-temps, produit par des causes précises. Mais, dès que le cap de l'Eveil est franchi, tout a toujours été pur et parfait. C'est d'ailleurs logique, si l'on se souvient qu'un Bouddha est éternel : pour lui, passé, présent et futur sont contemporains. Dès lors, on peut supposer que le maître et les déités que l'adepte rencontre sur la Voie ne sont que la manifestation de son propre Eveil, situé pour lui dans le futur.

Dans la perspective de ce dzogchen progressif, le but de la pratique serait d'atteindre une "masse critique", suffisante pour que notre nature de Bouddha se réveille et poursuive d'elle-même la pratique, ce qui rend crédible la libération en une seule vie (normalement, selon le bouddhisme mahâyâna, il faut des millions de vies successives). L'adepte continue toutefois de pratiquer, du point de vue des autres tout au moins, afin de leur offrir, sans aucune volonté ni plan de sa part, un modèle de la Voie à suivre.

Je suggère que ce "cap" est franchi lorsque l'on retourne la flèche de son attention de 180°. On passe alors la Porte, et l'on voit que l'on a jamais été nullepart, mais plutôt que tout les lieux et tous les état ont toujours reposé en nous, en cet espace. Du point de vue de la troisième personne bien sûr, je suis une chose parmis les choses, contenue dans l'univers. Mais du point de vue de la première personne, c'est moi, en tant qu'espace-conscience, qui contient l'univers. "Misère du petit, grandeur du Grand" pourrait-on dire en paraphrasant Pascal.

Le "cap" est différent pour chacun, de même que la durée du voyage. Mais le but est le même : voir (et non pas croire, imaginer, penser ou visualiser) Qui je suis vraiment, voir cette Absence au-dessus des épaules, Absence qui accueille toutes les voies, spirituelles ou non.

Car l'essentiel est Ici. L'essentiel est attention à ce qui est, et non à ce qui devrait être. Juste une conversion du regard de la conscience vers elle-même, en un instant. Le Diable se cache dans les détails, dit-on. "Elémentaire..." dit Holmes. "Evident !" ajoute Ramana... Encore faut-il avoir l'humilité de se rendre à cette évidence ! Pour certains, cela peut durer fort longtemps à ce qu'il semble. Mais peu importe la durée et peu importes les quantités. Toute Voie, directe ou non, artificielle ou spontanée, est une manière dont l'Être éternel se découvre lui-même. Toute Voie se parcourt Ici, dans l'absence de tête au-dessus des épaules.

Le grand oiseau Garouda plane sans effort, depuis toujours, dans l'espace limpide. Car il est né dans l'azur. Cet espace est son oeuf, sa matrice et sa mère. Puisse t-il lui rendre hommage !

12:08 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : dzogchen, eveil, vision sans tete, longchenpa |  Facebook |

14/10/2006

Le dzogchen ancien : de la liberté à la tradition ?

En lisant le livre de Sogyal Rimpoché Le livre tibétain de la vie et de la mort, peut-être avez-vous entendu parlé du dzogchen, cette fabuleuse école de méditation, fondée sur l'idée d'une perfection naturelle de toutes choses. Selon cette tradition, riche d'une immense littérature encore largement inexplorée, il n'y a qu'une seule réalité. Mais, selon qu'on la voit telle qu'elle est ou que l'on se méprend sur elle, elle apparait comme parfaite (c'est le fameux nirvâna),ou bien, au contraire, essentiellement hostile et étrangère (le samsâra).

Cependant, cette tradition enveloppe en fait plusieurs courants distincts qui ont évolués sur un millénaire au moins. Entre le dzogchen des origines et celui que l'on pratique aujourd'hui, l'on ne s'étonnera donc pas de remarquer des contradictions, à l'instar de ce qui se passe pour le christiannisme (et sans pour autant adhérer aux affabulations d'un Dan Brown).

En effet, le dzogchen était, à l'origine, une sagesse radicale, fondée sur une critique du tantrisme bouddhique. Celui-ci affirme en principe (mais il y a d'importantes variations) que nous sommes en réalité parfaits, purs, bienheureux, éternels et omniscients. Simplement, cette perfection innée est actuellement voilée par les nuages des passions et d'une imagination qui nous échappe, un peu comme dans un rêve. La "voie des mantras" propose alors de purifier ces voiles pour retrouver ce potentiel infini, grâce à une discipline de tout l'être ("corps, parole, esprit"). Arrivé à un certain point de purification, le soleil de notre vraie nature perce à travers les nuages des passions, prend le relais de la pratique, et achève de disperser ces nuages. Mais, jusqu'à ce cap décisif, l'effort et une pratique systématique sont indispensables. Les fruits de cette entreprise apparaissent peu à peu, et s'accompagnent de signes de succès comme la clairvoyance ou l'invisibilité du corps.

Mais à partir du Xème siècle, des textes apparaissent qui déconstruisent ce système basé sur l'effort délibéré. Ils constituent, jusque vers le XIIème siècle, ce qu'il convient d'appeler le dzogchen ancien et radical. En particulier, il y a les "Cinq transmissions premières", les premiers textes dzogchen traduits au Tibet. La tradition comme les chercheurs contemporains s'accordent pour y voir la forme primitive du dzogchen. Afin de montrer en quoi ce dzogchen est "radical", voici quelque extraits de ces textes. Il en existe actuellement trois traductions anglaises : celle d'Eva Neumaier-Dargyay (ND), celle d'Adriano Clemente (AC) et, plus récente, celle de Keith Dowman (KD). Le tibétain est ici concis à l'extrême, ce qui explique les différences de traduction, divergences dont je ne livre qu'un seul exemple.

 

Dans le Grand Art (Tsal Chen, chap. 27 du Kunjé Gyalpo; ND: Great Lore; AC: Great Potency; KD: Radical Creativity) on peut lire ceci :

"Sur la voie erronée des extrémistes où l'on pense en termes de "moi" et de "mien", les naïfs entreprennent une démarche religieuse dans laquelle ils ne trouverons jamais l'occasion de comprendre qu'elle ne mène nulle part ! Comment pourrait-on trouver le Réel en le cherchant ?

Les instructions des maîtres pareils à des singes et privés de jugement sont perclues d'idées fausses..."(v. 5-6).

"privés de jugement" donne "who lacks valid cognition" (ND), "devoid of qualities" (AC) et "who lacks direct insight" (KD). Malgré ces différences d'interprétation, le sens est clair : on ne peut pas trouver ce qui est parfait à l'aide de techniques et de purifications ("preparation and technique" dit KD pour "idées fausses").

Bien que KD penche souvent du côté de la glose, sa traduction me paraît être la plus convaincante. De plus, elle suit de près le commentaire qui accompagne ces textes - bien qu'il soit sans doute postérieur de plusieurs siècles.

 

Le vol du Grand Garouda (Khyung Chen) reprend ce thème de "l'absence d'effort délibéré" (djyadrel) :

"Les anciens sages, obnubilés par la passion de l'effort, s'égarèrent dans les tourments du labeur acharné. L'omniscience - l'immersion dans l'état naturel - devient méditation artificielle lorsqu'elle est articulée" (9)

"Ceux qui, infecté par la maladie des passions, s'efforcent de les trancher, ont soif de progrès, tels des animaux courants aprés un mirage. Leur destination n'est qu'une utopie ! Même les Dix Terres (des bodhisattvas) voilent le plus pur des esprits." (11)

 

L'or extrait de sa gangue affirme quant à lui :

"L'entendement conditionné par les discours de la tradition - à savoir les "trois samâdhis, etc. - se conforme aux dogmes. Au regard de la transmission dépourvue d'effort délibéré, c'est là un travers, une illusion. Reposez-vous plutôt dans le bien-être naturel de la perfection sans rien à faire !" (9)

 

Enfin, le Vaste espace de Vajrasattva fait dire à ce dernier :

"La nature intangible qu'est le Réel innonde l'esprit quand cesse toute recherche. Mettre l'accent sur le comment et le pourquoi empêche son apparition naturelle." (7)

"Certains prennent l'Esprit d'Eveil (=la nature de l'esprit) pour une méthode subtile. Ils cherchent alors à l'isoler; ils s'attachent à vider la nature de l'esprit de l'enchaînnement des pensées. Parce qu'ils s'y efforcent, cette méditation n'est qu'un artifice." (13)

"Non ! Le Royaume du Bouddha ne peuvent être atteint par la recherche et l'effort délibéré. A l'instar de tous les objets, ce n'est pas "quelque chose". Ceux qui le cherchent ainsi sont comme un aveugle qui voudrait attraper le ciel !" (20)

"Le chemin de la purification qui s'élève peu à peu contredit le dharma de l'absence d'effort délibéré. A supposer qu'il existe un tel chemin, jamais son terme ne sera atteint, à l'image de l'espace." (21)

"Extérieur et intérieur ne font qu'un. L'extérieur est l'intérieur. Il n'existe donc nul "état profond" à percevoir." (30a)

Quant à la question des "signes de réussite spirituelle", il ajoute :

"Affranchie de toute image, homogène, la voie du yoga est comme l'empreinte d'un oiseau dans le ciel. En ce qui est incréé et non-né, où trouverait-on trace de son passage ?" 29

KD explique : "Le yogin ne laisse aucune trace de son accomplissement ou de la façon dont il s'est accomplit, ni doctrine ni dogme, ni signes ni indications." Le tantra poursuit :

"Chacune des innombrables techniques produit sa fleur. Mais la perfection est dépourvue de signes caractéristiques, c'est pourquoi elle n'a point de champ spécifique." (39)

 

Ce genre de propos va à l'encontre de la lettre de la plupart des tantras - bouddhistes et hindous - obsédés qu'ils sont de pouvoirs surnaturels et de merveilleux. Cette fascination pour la puissance et ce "règne de la quantité" comme eut dit Guénon, est le sujet de moqueries constantes dans le dzogchen ancien (voir The Supreme Source d'Adriano Clemente) comme dans les sagesses non-dualistes en général. Ces pouvoirs existent certes : mais ils existent déjà. Les rechercher à coups de millions de mantras est donc le comble du ridicule, à l'image de l'imbécile cherchant partout le collier qu'il porte sur lui. D'ailleurs ce collier, ces lunettes, n'est-ce pas l'Oeil Unique, le fameux "Troisième Oeil" par lequel nous voyons tous ? Combien avez-vous d'yeux, en ce moment ? Voyez-vous ces mots au travers de deux trous ? Ou bien n'apparaissent-ils pas plutôt dans un espace grand ouvert ?

 

Ces leçons du dzogchen ancien, le dzogchen "moderne" (j'entend par là le genre "nyinthig") les a largement oubliées. C'est que, s'il n'y a rien à "faire", s'il n'y a pas de temples à construire, de stoupas à financer, de rituels à mener, quels mobiles reste t-il pour mobiliser les foules ? S'il suffit de voir, par soi-même, ici et maintenant, et si la seule difficulté est de s'incliner devant cette évidence, qu'est-ce qui justifierait l'existence des églises et autres communautés ? Le bouddhisme, comme toutes les religions, a donc eut vite fait de s'incliner devant cette autre "évidence" que l'on nomme réalisme ou pragmatisme.

 

Mais nous, chers lecteurs, ne sommes nullement obligés de suivre cette voie-là. Je suggère que nous prenions plutôt celle de l'oiseau, ce chemin sans chemin sur lequel notre Absence nous attend patiemment...

12:43 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : dzogchen, eveil, yoga, vajrayana, tantra |  Facebook |

24/09/2006

De l'origine des pratiques visionnaires du dzogchen

Le Yogavâshishta (YV) est un immense poème en sanskrit, qui veut nous persuader que tout n'est qu'un rêve perdu dans un recoin de l'espace infini de la conscience.

Sa version originale, intitulée "La méthode de la délivrance" (Mokshopâya) fut composée au Cachemire vers 950. L'auteur était un homme d'une culture immense. Il connaissait le Védânta, l'école Spanda du Shivaïsme du Cachemire, mais aussi la philosophie bouddhiste, en particulier celle du Lankâvatâra Soutra (récemment traduite en français par P. Carré).

Le monde est une illusion, donc. Parmis les exemples, le YV parle des figures colorées "pareilles aux cercles bariolés des plumes de paon" qui apparaissent lorsqu'on fixe le regard sur un ciel bleu. Il mentionne également la vision d'un "collier de perles" dans les rayons du soleil. 

Or, dans le dzogchen, tradition bouddhiste soi-disant purement "tibétaine", il existe des pratiques où l'on fixe le ciel, l'obscurité ou encore les rayons du soleil (ou d'une lampe) pour y aperçevoir des sphères multicolores et des "chaines de diamants indestructibles". Ce sont ces formes qui, par la suite, se transforment en "corps de bouddhas" avec leur mandalas.

Le YV, à l'instar de nombreux autres textes indiens, ne permet t-il pas de penser que les phénomènes visionnaires décrits dans le dzogchen étaient déjà connus dans la culture yogique de l'Inde ? J'ai déjà posté quelques billets à ce sujet, et j'y reviendrai à chaque fois que l'occasion se présentera.

13:20 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, yoga vasistha, moksopaya |  Facebook |

Comme un vautour ?

 

 

Comparaison n'est pas raison, dit-on. Pourtant, les images parlent parfois mieux que les mots.

Nous avons tous vu des rapaces planer sans effort "au plus haut des cieux". Je trouve facile de retrouver un état d'ouverture en m'identifiant à ce genre d'oiseau. En Inde, le vautour immense est appelé Garouda. Il nait dans le ciel. Dans l'oeuf, il est déjà pleinement développé. Aussi ne connait-il pas les efforts des autres oiseaux qui doivent s'élever à partir du sol. L'un des plus ancien tantras du dzogchen décrit ainsi la liberté naturelle du yogi :

"Nulle complication, nulle simplification, rien à perdre et rien à gagner, à l'image du vol du Garouda" (Le vol du grand Garouda, 21).

 

 

12:59 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, trekchod, meditation, yoga |  Facebook |

10/09/2006

A quoi servent les textes ?

Le dzogchen est un système de méditation bouddhiste de plus en plus populaire (voir le documentaire "La momie tibétaine" sur La Cinq). Pourtant, les sources premières de cet enseignement sont presque toujours ignorées, alors qu'elles sont disponibles. Il est vrai que le dzogchen enseigne que les mots ne sont pas la chose, et qu'il ne suffit pas de lire pour comprendre profondément. Mais cela est vrai également des enseignement oraux. Il ne suffit pas d'écouter ou de citer tel "grand maître", mais il faut encore réfléchir et vérifier par soi-même.

Cependant, rares sont les personnes qui enseignent effectivement le dzogchen. De fait, quand on va assister à un "enseignement dzogchen", l'on se retrouve plutôt face à des techniciens, des experts en méditations complexes, qui parlent de purification, de "pratique". Ailleurs, nombreux sont les gens qui croient que le dzogchen n'est qu'une "technologie de l'esprit", visant à transformer le corps en pure lumière par une application systématique à l'instar d'une préparation sportive de haut niveau.

Pourtant, si l'on y réfléchit un peu, cette démarche est inconsistante. Comme nous le rappelle l'un des textes faisant autorité dans ce domaine - le Trésor du Mode d'Etre de Longchenpa (XIVème siècle) :

"Ne savez-vous pas que tout ce qui est composé est impermanent et voué à la destruction ?" Il s'explique plus loin : "Même si par ces pratiques [délibérées] vous atteignez à un certain bien-être, cet effet-là est un composé. Par conséquent, il finira par être réduit en pièces, à l'image d'un vase. [...] Tout ce qui est produit délibérément vous est une entrave." Pour étayer l'autorité de cette position radicale, il cite l'un des plus ancien textes du dzogchen, Le Roi Créateur de Toutes Choses : "L'état de Bouddha ne survient pas parce qu'on veut qu'il se produise. Il est présent en soi/naturellement et sans effort, de sorte qu'il est spontanément accompli." Puis Longchenpa compare les pratiques bouddhistes - y-compris les pratiques tantriques - à "ces jeux que jouent les enfants", ces jeux vains et sans importance.

Que faut-il "pratiquer" alors ? "Comme un vieillard prenant un bain de soleil, laissez-vous aller à ce délicieux bien-être, incomparable, qui n'implique nulle [pensée de] causalité du type "cela est à faire, ceci est à abandonner"". 

Assurément, chacun a le droit de parler de "son" expérience. Mais pourquoi appeler cela dzogchen, si cela contredit la lettre même des textes canoniques ?

Nous ne somme pas obligés de parler du dzogchen, mais si l'on choisit de le faire, vérifions également nos sources.

Ainsi, nous pouvons de même confronter nos idées et nos expériences à celle d'innombrables sages et saints de tous les pays et de toutes les époques. Les textes servent donc à tester nos opinions, ou même notre soi-disant "absence d'opinions".

15:22 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dzogchen, nyingthig, eveil, meditation, tantra |  Facebook |

03/09/2006

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

"Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l'univers et les dieux".

C'est une source constante d'étonnement de constater que certaines formes de la nature ressemblent aux formes lumineuses que l'on contemple parfois dans l'ouverture sans bornes que chacun peut voir au-dessus de ses épaules. Voici une aurore boréale photographiée par Eric Bonneville :

 

 

12:58 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, thogal |  Facebook |

31/08/2006

Ermitages bis

Il y a deux ans, j'avais visité le lac de Padmasambhava (Tso Péma), situé non loin de Dharamsala. Au dessus du lac vit une communauté de pratiquants dzogchen, autour de l'ermite Wangdor Rimpoché, qui fut disciple du remarquable Khounou Lama.

Le lieu n'a guère changé. Les tibétains, toujours aussi accueillants, nous invitèrent à l'anniversaire d'un grand lama. On peut apercevoir Wangdor, en jaune :

 

Les retraitants, hommes et femmes de tous âges, sont de plus en plus nombreux à s'installer autour des grottes de Padmasambhava. Chaque cellule est numérotée, mais l'ensemble prolifère dans tous les sens. Ce n'est pas que je m'en plaigne : je trouve au contraire extraordinaire de pouvoir me ballader librement parmis ces retraitants dzogchens. Il suffit de déambuler au hasard, et au bout de quelque minutes, on est inmanquablement interpellé par un moine ou une jeune fille. On peut alors poser toutes les questions que l'on veut, le seul obstacle étant la langue. La plupart des retraitants suivent le programme du Longchen Nyinthig, une synthèse dzogchen du XVIIIème siècle, trés populaire actuellement. Ils en sont aux préliminaires ou bien aux récitations de mantra, mais quelques uns, présents depuis plusieurs dizaines d'années, se vouent aux pratiques visionnaires du thögäl. Voici quelques exemples de cellules :

 

 

 

 

Une vue d'ensemble des grottes. Chaque rocher est censé symboliser l'une des divinité du "mandala des paisibles et courroucés" décrits dans le Livre des Morts Tibétains:

 

 

Enfin, un portrait d'artisan :

 

 

Au final, ce lieu est idéal pour qui souhaite recevoir des enseignements dzogchen. Plus accessible que le Tibet ou le Spiti, et moins touristique que Dharamsala, vous y trouverrez des lamas kagyus, des disciples de Dudjom Rimpoché, et le grand ermite Wangdor Rimpoché, qui sera certainement ravi de vous acueillir et de vous offrir quelques instructions de méditation dzogchen.

11:54 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, tso pema, wangdor, ermitte, padmasambhava |  Facebook |

26/08/2006

Ermitages

Au-dessus de Dharamsala, on peut partir à la rencontre des ermites tibétains. Même si la lumière luit au bout du chemin, la prolifération végétale rend le cheminnement fort compliqué, à l'image des voies spirituelles proposées par le bouddhisme tantrique : il faut souvent reculer pour mieux avancer...
 

Au Spiti, région culture tibétaine située nettement plus au nord, la plupart des monastères sont Guélougs, l'école du Dalaï-Lama. D'ailleurs, c'est à la suite de l'initiation au Kâlacakra que celui-ci y conférra en 2003, que le Spiti a commencé de se développer.

Une petite vallée latérale, la Pin, abrite un monastère Nyingma et ce petit ermitage où pratiquent des disciples de Dudjom Rimpoché, l'un des plus remarquables maîtres dzogchen du siècle dernier.

 

 

La vallée de la Pin :

 

 

La même vallée, avec le village de Mud à gauche :

 

Nos hôtes ont loué des moines pour exorciser leur demeure. Boum-boum cling-cling toute la journée :

 

Les nombreux ermites qui ont pratiqué leur méditations dans la région renaissent parfois sous une forme inattendue :

 

 

Malheureusement, la seule route sortant de la vallée s'est effondrée en plusieurs endroits. Sous ce tas de pierres, il y avait une route...

 

Pour revenir dans la vallée de Kullu, la jeep est plus sûre que le bus, mais il faut parfois sortir de la piste pour contourner un véhicule bloqué :

 

Enfin, à l'instant où vous êtes sur le point de défunter de peur au moment de passer la centième rivière en crue, vous avez la joie d'apercevoir une touriste vous prenant en photo, au cas où il y aurait un accident à prendre... Quel plaisir de retrouver ses sympathiques compatriotes !

 

13:34 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dharamsala, tso pema, ermitte, spiti, kaza |  Facebook |

14/04/2006

Reconnaître les pensées, ou bien développer les visions de l'Eveil ?

Avant de partir pour une petite semaine, je voudrais revenir sur la question des origines du Dzogchen Nyingthig et de ses pratiques visionnaires.

 

Un scénario possible :

Au Xème siècle, au Tibet, le Dzogchen est un enseignement "subitiste" reposant sur une déconstruction systématique du Tantrisme bouddhique. Au départ, "grande complétude" (dzogchen) désignait le résultat des pratiques tantriques de visualisation et de yoga sexuel. Puis, ce terme en vint à désigner un style de pratique des rituels, vus désormais comme des manifestations de l'Eveil éternel et non des techniques produisants cet Eveil. Enfin, dans le Tantra du Roi Créateur de Toutes Choses (Kunjé Gyalpo Do), le Dzogchen est l'intuition que tout est parfait depuis toujours. Cultiver cette intuition devient une voie à part entière.

Voilà ce qu'on peut déduire des textes anciens du Dzogchen, dont ceux retrouvés dans les célèbres grottes de Toun Houang.

Telle est la situation vers la fin du XIème siècle donc, au moment où arrive au Tibet le Kâlachakra Tantra. Lui propose une pratique trés technique : il professe que l'Eveil est présent en nous, mais qu'il est caché par les apparences ordinaires. Ce samsâra est une illusion, vide de toute réalité. Les corps de Bouddha, les qualités de l'Eveils, sont quant à elles vides de tout défaut. Autrement dit, elles sont "vides d'autre chose qu'elle-mêmes". Bref, le nirvâna - conçu comme royaume de la gnose (jnâna) et des apparences pures et immatérielles (sambhogakâya) - est la seule réalité, et notre expérience ordinaire est une pure illusion. Telle est la doctrine du "vide d'altérité" (shentong) proposée par de smaîtres indiens du Kâlachakra comme Sanjana (cachemirien contemporain d'Abhinavagupta) ou tibétains, comme Yumowa. Selon ce dernier, la vacuité vraie, ce n'est pas le "vide d'existence propre" de Nâgârjuna, mais les "formes de la vacuité" (shûnyabimba) "visibles par les yeux" (sâkshât) grâce au yoga du Kâlachakra (voir The Buddha from Dolpo, C. Stearn, p.45). 

En d'autres termes, l'esprit, le mental, n'est pas la nature de l'esprit, et il ne suffit pas de "reconnaître" la nature des pensées pour s'éveiller. Dolpopa, contemporain de Longchenpa, ne dira pas autre chose. Selon lui, l'esprit (sem) est aussi opposé à l'Eveil (yeshe) que les ténèbres à la lumière. Reconnaître la nature des pensées est vain. "Certains disent que si la nature de l'esprit ordinaire est reconnue, c'est la bouddhéité, mais que si elle n'est pas reconnue c'est le samsâra (...) Mais c'est comme de dire que si le feu est reconnu, il est rafraichissant, alors que s'il n'est pas reconnu, il brûle !" (ib. p. 104).

Bref, pour atteindre l'Eveil éternel, il faut stopper l'esprit, et pour cela, il faut appliquer les techniques du yoga de l'obscurité et des visions, révélées dans le Kâlachakra.

Dolpopa et Yumowa critiquent ici le Dzogchen ancien et la Mahâmudrâ des Kagyupas, ainsi que tous ceux qui croient qu'il suffit d'observer les pensées sans les manipuler pour que l'Eveil se fasse jour, "tout comme un verre d'eau emplit de boue devient limpide si on cesse de l'agiter". C'est la rhétorique de "l'état naturel" qu'ils dénoncent donc.

On peut ainsi imaginer qu'au XIème, des adeptes du Dzogchen de l'époque, "anti-techniques", ont été touchés par les critiques venants du Kâlachakra. Ils ont donc voulu combinner ce Dzogchen ancien avec le yoga visionnaire du Kâlachakra.

Cela a donné le Dzogchen Nyingthig, avec ses pratiques visionnaires (thögal).

 

Cependant, la tension entre les deux approches - "spontanéiste" et "techniciste" - n'a jamais complètement disparue. A l'intérieur du Nyingthig lui-même, on trouve en effet deux grande pratiques, le trekchod, approche "spontanéiste" (il n'y a rien à faire, tout effort est un obstacle, vive l'inaction etc.), et le thögal, yoga visionnaire qui critique le trekchöd qui ne consisterait, au fond, qu'à se payer de mots. Cette "non-pratique" du laisser-être qu'est le trekchöd, héritière du Dzogchen "ancien", et qui se veut pourtant anti-intellectuelle, se voit ainsi à son tour taxée de simple "construction intellectuelle", alors que, dans thögal on "voit" vraiment le nirvâna, disent les textes du Nyingthig qui vantent cette pratique. Ce qui revient à dire que la Mahâmudrâ des Kgyupas est une "construction intellectuelle", un artifice superficiel, une illusion en somme !

 

Voilà comment est né le Dzogchen : d'une tension, d'une hésitation que l'on retrouve dans toutes les traditions non-dualistes.

 

D'un côté, l'évidence de la vanité absolue de toutes les techniques, les pratiques, les yogas et les rituels, et l'affirmation radicale que la seule pratique est la simple détente des pensées, instant aprés instant.

 

De l'autre, la tentation récurrente de recourir à des techniques "puissantes" pour "accélérer la purification karmique", comme le yoga de l'obscurité, des lampes et du ciel prônés par thögal et le Kâlachakra.

 

Ce dilemme, ce doute, ce soupçon, reviennent sans cesse chez tous les Dzogchenpas d'aujourd'hui. Les lamas enseignent la "suprême non-méthode de la contemplation non-duelle sans effort", tout en sachant trés bien que, dans leur tradition, ce n'est pas la pratique ultime ! Le must, en effet, c'est le yoga visionnaire de thögal. Mais c'est compliqué et dangereux (rester plusieurs semaines dans l'obscurité complète au milieux des visions !). Je me souvient de la confession désabusée d'un Français adepte du Dzogchen et célèbre spécialiste de ces choses : "Le trekchöd (= la simple pratique de la reconnaissance des pensées), c'est efficace, mais on "libère" les pensées l'une aprés l'autre. Du coup, ça peut prendre un temps fou pour arriver à un changement sensible". Peut-être. Mais moi je dis : les visions d'arc-en-ciel et de Bouddha et de formes fractales etc., c'est bien, mais ce n'est pas l'Eveil, ce n'est as le Soi, ce n'est pas la Vision. Evidemment, cela n'exclu pas l'apparition des visions de l'Eveil. C'est simplement une question de priorités. Qu'est-ce qui prime par-dessus tout ?

D'abord, la Vision. Le reste, les visions ou autre chose, viendra par surcroit.

 

10/04/2006

De l'origine de certaines pratiques de la Grande Complétude (dzogchen)

A en croire les lamas tibétains qui professent le Dzogchen, ses pratiques "visionnaires" (thögal) seraient propres au Dzogchen Nyingthig, partie la plus secrète du corpus dzogchen, lui-même étant l'enseignement le plus élevé du Bouddhisme. Mais l'originalité n'est t-elle jamais autre chose qu'un mythe, surtout lorsqu'on parle de pratiques tantriques ?

Or, à y regarder de plus prés, ces pratiques ont une origine repérable.

 

1/ Le Dzogchen Nyinthig est un corpus de textes qui prétend enseigner une pratique sans équivalent ailleurs : l'adepte s'installe, dans le noir principalement, et contemple les visions lumineuses qui apparaissent spontanément, aidé par des postures, des mantras et des visualisations. Les visions se développent parallèlement à un accroissement de la clarté intérieure. En quelques années ou quelques mois, l'adepte se dissoud en lumière et devient omniscient.

Notons que cette forme de Dzogchen est la plus tardive. Le Dzogchen "ancien" (plus tard relégué dans la catégorie "inférieure" de "la série de l'Esprit d'Eveil") est dépourvu de ces pratiques. Selon lui, il suffit de s'éveiller, à travers la poésie des textes Dzogchen, comme par exemple le "Roi créateur de toutes choses" (voir "The Supreme Source", ed. Snow Lion).

 

2/ Ce Dzogchen Nyinthig n'apparait qu'à partir du XII ème siècle. Or, qu'est-ce qui apparaît au Tibet en même temps ? Le Kâlachakra Tantra. Selon les termes mêmes du tantra, il serait apparu en Inde en 1027, puis il fut enseigné au Tibet par des Indiens jusqu'en 1447. Le Kâlachakra enseigne aussi un yoga se pratiquant dans l'obscurité (mais également de jour, avec le ciel comme support, comme dans le Nyingthig). Des visions apparaissent, puis des "formes vides" (shûnyabimba). Ces formes deviennent la divinité Kâlachakra, puis toutes les divinités de son entourage apparaissent, tout comme le Dzogchen Nyingthig affirme que les visions mûrissent en la totalité des divinités "paisibles et courroucées" décrites dans le fameux "livre des morts tibétains" (qui dérive en fait du corpus du Nyingthig).

La principale différence tient au fait que le Kâlachakra combinne cette pratique visionnaire dans l'obscurité avec l'autre grande pratique des tantras : le yoga sexuel. Aprés s'être uni avec une partenaire réelle ou imaginée, il peut s'unir à la partenaire qui apparaît spontanément dans l'obscurité, comme les visions du Nyingthig. Le corps de l'adepte se dématérialise alors, les atomes redeviennent lumière, et l'adepte devient un Bouddha immortel.

 

3/ Ce yoga du Kâlachakra lui-même ne surgit pas de nullepart. Il est, presqu'entièremment, une transposition délibérée de pratiques shivaïtes.

Les correspondances macro/microcosme sont identiques à celle compilées par le shivaïte Abhinavagupta (mort vers 1050) dans les chapitres 6 à 10 du Tantrâloka. En particulier, les mises en correspondance du souffle des cycles temporels sont identiques. Il s'agit de "dévorer le Temps" en arrêtant la respiration. Cette connaissance est utilisée pour "tricher avec la mort" (kâlavancana), thème classique des tantras. On y décrit les "signes présageants la mort", ainsi que les moyens d'y remédier. Ces passages de tantras shivaïtes se retrouvent jusque dans le corpus Nyingthig ainsi que ses équivalents Böns (la soi-disant "spiritualité d'origine tibétaine"). D'ailleurs, un tantra shivaïte, le Shivasvarodaya Tantra (traduit par Daniélou), consacré à ce thème, fut traduit en tibétain et intégré au Canon. La lignée donnée par le traducteur tibétain inclut Abhinavagupta ainsi que ses maîtres... On y retrouve le "yoga de l'homme-ombre", assez proche des pratiques visionnaires du Nyingthig.

Les tantras shivaïtes les plus anciens décrivent les pratiques visionnaires du Nyingthig. En dehors du Vijnâna Bhairava qui mentionne les pratiques visionnaires dans l'obscurité, avec pression des yeux, en regardant le ciel, le soleil, la lune ou une lampe, il y a le Mâlinî Vijaya Uttara Tantra. Selon Abhinavagupta, il s'agit là de la quintessence des tantras shivaïtes, un peu comme le Kâlachakra est la quintessence des tantras bouddhistes. Dans ce texte, Shiva-Bhairava enseigne 50 pratiques fondées sur les Cinq Eléments, les facultés sensorielles, le toucher, l'espace ou la lumière. La pratique prenant appui sur "les formes-couleurs" (rûpatanmâtra) est décrite ainsi :

 "Afin d'acquérir tous les accomplissements (siddhi), je vais enseigner la contemplation des formes, faste, fondée sur les visions, qui confère la vision divine (ou :"qui fait voir les dieux"). (1) Quand le yogi ferme les yeux à la vision externe, seul, il voit quelque chose d'indistinct possédant l'éclat des nuages d'automne. Fixant son esprit sur cela, aprés dix jours, il y voit d'abord des sphères (bindu), bien que trés subtiles. Certaines sont blanches, d'autres rouges, jaunes ou bleues. Sans se décourager, il doit établir son esprit sur elles sans autre préoccupation. (2-3) Aprés six mois, il voit des formes apparaître en elles. (4-5) Aprés trois ans, elles brillent d'un éclat pareil au feu et se stabilisent. (6-7) Aprés deux ans, s'il se familiarise avec elles, il perçoit des silhouettes dans les orbes (lumineuses). (8-9) Aprés un an, il voit l'Eclat lumineux (tejas ?). (10-11) Six mois plus tard, il voit des silhouettes humaines (purushâkriti). (12-13). Trois mois plus tard, l'Eclat devient omniprésent. (14-15) Aprés un mois, cela se répand. Selon les durées mentionnées, il atteint les fruits de la "catégorie de la forme-couleur" (rûpatanmâtratattva) ainsi que la vision divine. Telle est la vision qui surgit spontanément, dépourvue de constructions imaginaires (ou : "dépourvue de visualisations"). Dans cette (méthode), les 15 étapes (de la Voie générale décrite par ce tantra) sont parcourues spontanément (svayam eva). Par conséquent, l'on devrait la pratiquer en toute certitude ! A quoi bon le tintammare des autres enseignements ?"

Autre pratique, celle de la catégorie de "l'Eternel Shiva" :

"Se concentrant sur le point entre les sourcils (comme dans le Nyingthig et Kâlachakra), l'on voit rapidemment un grand éclat fait de ces huits couleurs : le saphir, le lustre d'une queue de paon, une couleur pareille au lapis-lazuli, puis une autre pareille à l'oeil-de-chat, au topaz, au corail, au rubis et à la lune. Aprés avoir vu cette suprême lumière lunaire, la vision divine s'élève. De là surgit la connaissance de tout ce qui est mobile et immobile."

Ces descriptions, plus ou moins détaillées, se retrouvent dans tous les tantras. Certains extraits des tantras de Kubjikâ se retrouvent dans l'Advayakâraka Upanishad ou la Mandalabrahmana, qui décrivent en détail les étapes du développement visionnaire. Que ces pratiques étaient extrêmement répandues au Cachemire se voit au fait qu'elles sont mentionnées également dans le Yogavâsishtha, composé au Cachemire vers 950.

Cependant, ce ne sont pas là de pures innovations des tantras. Ainsi, la Brihad Âranyaka, qui est sans doute la plus ancienne Upanishad (c. 800 av.-J.C.), décrit déjà l'anatomie subtile décrite dans le Nyingthig, avec un "coeur", source de tous les canaux subtils, et contenant l'essence subtile des cinq Eléments sous une forme lumineuse.

 

Bref, ce n'est pas le lieu ici de rentrer dans trop de détails. Mais je voulais seulement donner un petit aperçu des ancêtres d'une pratique soi-disant "unique" et "sans équivalent ailleurs". Aucun chercheur, à ma connaissance, ne s'est sérieusement donné la peine de chercher du côté des tantras shivaïtes via le Kâlachakra Tantra, et la plupart préfèrent spéculer sur ses origines "zoroastriennes" ou tibétaines. Or, au regard des éléments présents en abondance dans la littérature tantrique, il est inutile d'aller chercher si loin.

 

La généalogie de ces idées obéit aux mêmes lois d'évolution que celle des êtres vivants. Il n'y a pas de génération spontanée.

 

10:09 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : nyingthig, tantrisme, dzogchen, upanishad, kalachakra |  Facebook |

29/01/2006

Observer les pensées ou observer celui qui observe ?

Deux possibilités s'offrent à celui qui souhaite se délivrer des pensées (et de tous les phénomènes en général) :

 

- soit il peut observer les pensées. C'est la voie du Mahâmudra de Gampopa. En observant les pensées sans les manipuler, par une attention sans intention, les pensées se calment peu à peu et la connaissance non-duelle se fait jour.

- soit observer d'emblée celui qui observe. C'est la voie du Dzogchen de Longchenpa. En se laissant aller dans cette vision de celui qui voit, on s'établit d'emblée dans la connaissance non duelle, sans jamais se préocupper des pensées.

Ce dernier le confirme dans ses oeuvres, comme le Trésor de l'Elément Réel (Chöying Dzöd). Dans sa biographie intérieure, il intérroge Vajra Yoginî, personnification de la connaissance non-duelle :

 

""Lorsque j'introduis mes disciples à leur vraie nature, dois-je leur precrire de demeurer dans la nature incrée de la pensée, ou bien de laisser l'esprit sans juger d'aucune manière ?" Elle répondit : "A quoi bon calmer les pensées ? Introduit-les à la vaste étendue de la connaissance non-duelle [yéshé]!"". (A Marvelous Garland of Rare Gems, p.111).

 

La première méthode ici mentionnée est l'accès direct à la connaissance non-duelle par le retournement de l'attention - sans intention - vers sa source.

La seconde méthode est celle de l'attention aux pensées : on observe l'esprit ordinaire ; alors que dans la première méthode, on se situe dans la connaissance non-duelle qui se connait elle-même. Cette simple reconnaissance suffit à "purifier" ce qui doit l'être.

 

On peut rapprocher cette opposition de celle que Douglas Harding établit entre Krishnamurti - partisan de l'observation neutre des processus mentaux - et Ramana Maharshi - partisan de l'obervation de l'Observateur. La première voie est psychologique; la seconde est... noétique (?). Mais les deux voies sont graduelles, en ce qu'elles requièrent toutes deux que l'on pratique encore et encore.

Simplement, dans la voie psychologique, on se situe par rapport au mental. Dans la voie noétique, on se situe dans l'étonnement, dans ce que certains mystiques néoplatonniciens ont appelé "la fine pointe de l'âme", dans "l'Un de l'âme", qui n'est pas l'âme. Ainsi, notre expérience de notre vraie nature, de l'essence de notre âme, ne progresse pas. Mais en demeurant en elle, notre mental - notre âme - progresse.

 

14:05 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ramana, longchenpa, douglas harding, dzogchen |  Facebook |

L'abbé rap-cool rimpochey

Interlude n°2 : Si vous vous demandez ce que devient le monastère nyingmapa de Kathok, au Tibet, eh bien il se porte bien, grâce notamment aux dons des disciples Chinois de Taiwan. Sur cette photo prise à Taiwan, on voit l'abbé du monastère se reposer sous un arbre entre deux de ses lamas dirigeants des centres locaux. Ce sont tous de grands pratiquants du dzogchen:

 

 

 

13:33 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, kathok |  Facebook |

26/01/2006

Faut-il être crétin pour être pieux ?

Un lecteur affirme avoir fait l'expérience du désintérêt des pratiquants du Vajrayana pour les questions historiques.

 

Voici que qu'a dit Nyoshul Khenpo (1931-1999) - peut-être le plus grand maître dzogchen qui enseigna en Occident - sur l'importance de la connaissance historique :


"If we fail to understand this kind of historical background, then what we find these days is that there are many people who don't comprehend the roots of these teachings at all. They may, for example, have studied only one teaching, like the [dzogchen] instruction manual Yéshé Lama, and they conclude, "Well, Yéshé Lama is Dzogchen". Yes, Yéshé Lama certainly is Dzogchen, but it is only one of many. [...] What we need ask ourselves is, what has happened in the meantime [entre les débuts historiques du Dzogchen et le Yéshé Lama] ? Since the first appearance of these teachings, millenia ago, what kind of practice has been done, what kind of transmission has taken place - where has Dzogchen "been" in all that time between its beginning and the writing of Yéshé Lama ? But if you ask people nowadays, many of them will say, "Well I don't know. Other than Yéshé Lama, I don't konw anything. That's all I know. That's Dzogchen". Things have reached such a pass.

It is almost as if we were childern who had lost their mother. Or, to take another example, imagine we have an exquisite vase made of gold, encrusted with gems, and to the handle of this vase we attach a string that goes to another vase, made of clay. From that clay vase, another string is attached that goes to yet another vase, and so on, until we have five, six, seven, eight vases down the line. At a certain point, the person who holds the last one in the succession may have no idea where the original golden vase is. That person has forgotten it or doesn't know how to find it, simply thnking, "Well, I've got this vase that I'm holding in my hands; there's nothing other than this". In order to avoid such a predicament, we need to understand vererything that has gone before. But if you ask people today, "Tell me, is this a tantra ? Is it an explanatory commentary, an âgama ? Or is it a pith instruction, an upadesha ?" they simply do not know what to say. They just blurt on something vague like, "Well, I just take teachings on mind. I get mind teachings... mind teachings ..." They repeat this over and over again, but they do not have the faintes idea of what is constituted by the entirety of Dzogchen." 

(tiré de : Nyoshul Khenpo, A marvellous Garland Of Rare Gems, p. xxxi, Padma Publishing, 2005).


Bien peu d'adeptes du Dzogchen s'intéressent à son histoire, c'est-à-dire aux enseignements "transmis oralement" (kama). Tout le monde semble n'avoir d'oreilles que pour les enseignements "redécouverts" (terma), à l'exception de lamas comme Namkhai Norbu ou Alak Zenkar. Si  vous vous sentez concerné par le devenir du Dzogchen, vous pouvez certes demeurer dans la Nature de l'esprit, mais vous pourriez également lire le livre ci-dessus, sur l'histoire du Dzgochen justement, ou bien la thèse de son disciple Stéphane Arguillère, qui devrait paraître bientôt.

12:49 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, nyoshul khenpo, nyingthig |  Facebook |

11/01/2006

Baba-au-lit

Interlude :

Un pratiquant de thögal (ou longde, vu son âge) version sikh. N'empêche, au penjâb, des dizaines de milleir de personnes pratiquent thögal. Si, si.

17:24 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : thogal |  Facebook |

07/01/2006

Les Trois Corps

Vue de la chaine himâlayenne depuis les grottes au-dessus de Tso Péma. Selon les enseignements du Nyingthig - l'Essence Secrète de la Grande Complétude de Claire Lumière -, le ciel correspond au Nirvâna. Les montagnes et les arbres correspondent au Samsâra. Il y a aussi des correspondances avec les Trois Corps, etc.
Ahhh...

19:30 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tso pema |  Facebook |

06/01/2006

La grotte des yogis

Au-dessus du lac, il y a un mandala de grottes et de rocher symbolisant l'assemblée des Paisibles et des Courroucés (voir le Livre des Morts Tibétains), ou bien les 735 divinités des "mandalas des Huit Mandats" (voir l'encyclopédie de P. Cornu).
Le lieu est aujourd'hui habité par des yogins et des yoginîs pratiquant le Dzogchen, la Grande Complétude, sous la direction de Wangdor Rimpoché, disciple de Khunu Lama Tenzin Gyaltsen, un des plus remarquables adeptes du Dzogchen du XXème siècle (voir A Garland of Rare Gems de Nyoshul Khenpo), et l'un des précepteurs du Dalaï Lama. Lama Wangdor a passé une trentaine d'années à méditer en ce lieu. Ses disciples pratiquent dans les grottes ou dans les cabanons construits entre les rochers.

17:41 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tso pema, padmasambhava |  Facebook |

11/12/2005

Une bien jolie hutte !

Le même toit, du point de vue du Lopon. A l'arrière-plan, on aperçoit la "cellule pour les retraites dans l'obscurité". Comme vous le voyez, ce n'est pas Versailles...
 
 

12:28 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/11/2005

Y a t-il des états de conscience préférables à d'autres ?

L'état de veille est le Nirmâna Kâya
L'état de rêve est le Sambhoga Kâya (richesse infinie - Thögäl)
L'état de sommeil profond est le Dharma Kâya (simplicité absolue - Trekchöd)
Le quatrième état est le Svabhâvika Kâya
 
Les différents états que l'on atteint et cultive par la méditation, nous les traversons chaque jour, quoi qu'il arrive, que l'on médite ou pas. Ou plutôt; ils nous traversent.
 
Dés lors, la méditation consiste à cultiver délibérement l'un de ces états. En général, c'est le quatrième état que l'on recherche. Les autres, on les évite. Etre dans le quatrième état, c'est "méditer". Etre dans un autre état, c'est être distrait.
 
Si vous vous demandez à quoi ressemble ce "quatrième" état de la conscience, sachez qu'il est comparable à l'orgasme, à l'évanouissement, à l'éternuement et autres moments durant lesquels il y a "conscience de", mais sans objet bien défini. Genre : "Oh !" "Ah !"
 
Pour ce qui est de "faire le vide dans sa tête", cela n'a guère d'utilité. Même quand nous sommes réveillés, nous avons la plupart du temps l'esprit vide. Les pensées sont comme les atomes dans l'espace. On a l'impression qu'elles tissent des murs et des réalités solides. Mais, si l'on y regarde de plus prés (zéro centimètres est l'idéal), on s'aperçoit qu'il y a beaucoup plus d'espace que d'atomes, comme dans un système planétaire, où les planètes occupent en réalité un espace minuscule.
 
Ce qui fait vraiment la différence, ce n'est pas la présence ou l'absence de pensées, de sensations ou d'émotions, mais plutôt la manière d'y réagir.
 
Mais enfin, vu qu'on a guère plus de contrôle sur nos réactions que sur le reste, tout cela revient au même. 
Je me demande si l'état indicible, ultime et absolu que l'on cherche par la méditation n'est pas tout simplement l'état de sommeil profond, l'état de sommeil sans rêves. Un rien de chez Rien. C'est ce que disaient déjà certaines Upanishads il y a 3000 ans (!). Mais peut-être est-ce trop simple... 

14:04 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, upanishad |  Facebook |

06/11/2005

Des inconvénients d'être idolâtré

Aujourd'hui, les lamas semblent unanimes : le bouddhisme Tchan (ou Zen), jadis enseigné au Tibet par un certain Hashang, est une voie erronée. Ce Hashang aurait prôné une pratique de la méditation molle, proche de la torpeur et, pour tout dire, du sommeil. Le contraire de l'Eveil, en somme.
Mêmes les lamas tibétains qui enseignent le Dzogchen professent à présent cette opinion sur le Tchan/Zen. Il est vrai que le Dzogchen fut souvent accusé d'être une survivance déguisée du Tchan de ce Hashang.
 
Pourtant, Longchenpa, que les maîtres Dzogchen tiennent unanimement pour le plus grand maître Dzogchen a dit, dans Le trésors de joyaux du Réel tel quel, sa dernière oeuvre :
 
"Le soleil de la réalité ultime, la connaissance principielle qui surgit spontanément, est voilée autant par les nuages de la vertu - les actes positifs -  que par ceux du vice - les actes négatifs".
Il commente lui même ce vers: "Le grand maître Hashang parla en des termes semblables, et bien que ceux dont l'entendement était moins développer ne purent l'admettre alors, en réalité ce qu'il a dit est vrai."
 
Et oui, Longchenpa, le "saint maître", l'a bien dit, et pourtant ceux qui s'en réclament aujourd'hui disent le contraire ! Voir, par exemple Tulku Tondhup dans Dzogchen Practice, ou bien même Namkhai Norbu...
 
Saviez-vous qu'il n'existe aucun commentaire aux "Septs Trésors" composés par Longchenpa ? Celui-ci est soit divinisé, soit ignoré, à tel point qu'on peut se demander si on ne l'a pas divinisé pour mieux l'ignorer...
Deux des Septs Trésors, les plus importants relativement au Dzogchen, viennent d'être traduit en anglais. Les lamas se gardent bien d'en parler ou de s'en servir comme support pour enseigner, alors que par ailleurs, ils se plaignent de manquer de traductions. A titre d'exemple de l'attitude des maîtres Dzogchen d'aujourd'hui vis-à-vis de leur icône, voici ce qu'on peut lire dans la préface à l'un des Septs Trésors, préface écrite par feu le grand maître Dzogchen Chagdud Tülku : "It should be understood that works of this kind are not casually read and easily comprehended.[...] However, simply having these books in one's home is more valuable than having statues or stupas [...] Such holy works carry powerful blessings and are worthy objects of faith and devotion." En clair : pas la peine de lire le texte, vous pourriez vous créer des obstacles inutilement. Par contre, achetez ce livre, et placez-le sur votre autel bouddhiste. Un objet de décoration : voilà comment un maître Dzogchen nous présente le texte Dzogchen "le plus profond" !
 
Pauvre Longchenpa. L'adoration dont il fait l'objet empêche son message de se répandre.
Un peu comme la Bible, qui ne fut traduite en langues vulgaires qu'au XVème siècle.
 
Cela me rappelle un phénomène semblable qui s'était produit autour d'un célèbre disciple de Ramana Maharshi, qui enseignait dans les années 90 dans une grande ville du nord de l'Inde.
Agé, il était a demi paralysé à cause de son diabète. Il parlait de moins en moins, se contentant de lire des livres durant les satsangs (réunions spirituelles), ou bien des lettres d'admirateurs. Et moins il parlait, plus les gens déliraient sur la puissance de ses "bénédictions". Des femmes entraient en trance, pleuraient ou riaient. Les hommes fondaient aussi en larme, jouaient de la guitarre, du djembé à tout rompre (j'aime beaucoup le djembé), écrivaient des poèmes s'ils avaient eu l'impression d'avoir reçu la grâce d'un regard du Maître. Or, cette hystérie était inversement proportionnelle au silence, involontaire, dudit maître. Il était littéralement empaillé vivant, sur un trône de plus en plus kitsch, avec gardes du corps et ambiance de court avec cabbales façon Versailles. Bref, tout le monde (moi y-compris) semblait avoir oublié la sobre pratique de la réflexion, pourtant prônée comme étant la seule méthode de libération directe par le grand Ramana. Je me souviens que cette atmosphère d'hystérie collective attirait toutes sortes de prophètes. Il me revient notamment le souvenir d'une intervention haute en couleur par une réincarnation de Moïse, venue d'Israel, avec bâton et panoplie complète. Sans parler des Hare Krishnas, qui sont pourtant les ennemis traditionnels des approches non-dualistes. Je me suis farçi pendant 10 jours les élucubrations "personnalistes" d'un prosélyte débarqué de Norvège avec sa Râdhâ rousse et ses disciples Danois. Jolies adaptations des Beatles, effet garanti. Parler de méditation ou de quoi que ce soit en rapport avec la non-dualité ou la connaissance de soi était presque devenu un blasphème. Il fallait chanter, pleurer, lancer des fleurs, bref gagatiser nuit et jour.
 
De tout cela, je conclus que ce sont les disciples qui font le maître, le plus souvent pour neutraliser son enseignement.

15:08 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dzogchen, longchenpa |  Facebook |

05/11/2005

Nous sommes tous des tülkous, nom d'un clou !

Dans la Grande Complétude (Dzogchen), comme dans toutes les traditions, il y a une tension entre deux approches. Celle qui considère que tout est déjà parfait, d'une part. Et celle qui considère que tout est potentiellement parfait, d'autre part. Ces attitudes ont cristallisés vers le XII-XIIIème siècle. On a alors commencé à distinguer Trekchöd ("Laisser être") et Thögal ("Brûler les étapes").
 
Selon cette dernière approche, les qualités de l'Eveil, à savoir l'omniscience et ce qui en découle, sont déjà présentes en nous. La connaissance parfaite est depuis toujours cachée au sein des ténèbre de notre âme, qui est l'ignorance même. Le feu couve sous les cendres.
Mais, pour raviver ce feu et actualiser les qualités, il faut recourir à des techniques. Il ne suffit pas de re-connaître comment toute chose est parfaite du point de vue vrai. Cela ne suffirait pas, car cela resterait une construction. Au fond, on continuerais à se raconter des histoires... Il faut donc des techniques pour actualiser ce qui, au fond de nous, est le contraire même de toute technique : l'Eveil, absolument simple et infiniment riche.
 
L'autre approche, celle du "laisser être", met l'accent sur le fait que la "complétude" dont parle "la Grande Complétude" est avant-tout une question de point de vue. Tout est toujours-déjà parfait. Pure de tous défauts, dotée de toutes qualités. Il suffit de le re-connaître, de redécouvrir ce qui est, tel qu'il est, grâce à la raison et à l'expérience.
 
C'est dans cette perspective que le Tantra Qui Réduit les Discours en Poussière ("Drathelgyour") dit :
 
"De plus, si l'on considère leur condition, [l'on s'aperçevra] qu'il n'y a pas un seul être ordinaire qui ne soit déjà un Bouddha.
Parce que leur nature est celle de la connaissance principielle (yéshé) qui surgit spontanément, le samsâra n'a jamais été une entité avérée.
Par conséquent, chaque [être ordinaire] est naturellement un Bouddha.
 
Quand on prend conscience de ce que signifie réellement "naître" [d'une femme, on réalise que] demeurer dans le ventre [de la femme], c'est l'Elément Réel.
La conjonction d'un corps et d'un esprit, c'est la conjonction entre l'Elément et l'Intelligence. Etre dans un corps, c'est être les Trois Corps [d'un Bouddha].
Le vieillissement, c'est l'effondrement des phénomènes [karmiques] et la fin des apparences nées de l'égarement.
La maladie, c'est l'expérience directe de la vraie nature des phénomènes.
Et la mort, c'est la vacuité innasignable.
 
Par conséquent, les êtres ordinaires sont des Bouddhas."
 
De même, on lit dans le Tantra de la Guirlande de Perles :
 
"Il n'y a pas libération grâce aux efforts.
Bien plutôt, on est éternellement libéré.
 
Parce qu'ils sont l'union de la Sagesse et de la Méthode, les causes [de notre existence ordinaire] - notre mère et notre père - sont purs.
L'impulsion en forme de désir [qui débouche sur la naissance] est la connaissance d'un Bouddha, consciente d'elle-même est parfaitement bienheureuse.
L'ovule et le sperme, causés par les Cinq Eléments, sont le surgissement des apparences dans l'espace de la vacuité.
La bienheureuse union d'un couple est la Sagesse intellectuelle (prajnâ) qui nait de la Méthode.
L'entrée [de l'esprit transmigrant] dans l'embryon, c'est, depuis le Fond, la venue au plein jour de l'Intelligence qui se connaît elle-même.
Les sept premières semaines sont l'épanouissement de la Réalisation.
En dix mois, les [vingt-et-une] Terres sont traversées.
La naissance est le Corps d'Emanation (tülkou).
La croissance corporelle est le Champs pur du Fond.
L'existence corporelle est le Fond.
La vieillesse est la disparition de l'égarement.
La maladie est la Réalisation en toute certitude.
La mort est la délivrance au sein de la vacuité des phénomènes.
 
De sorte que, sans efforts et éternellement, dans leur incarnation, les êtres ordinaires sont des Bouddhas."
 
Ici, existence ordinaire = existence pure de tous défauts et dotée de toutes les qualités (sangyé, équivalent en tibétain du sanskrit buddha, "éveillé").
 
Il s'agir de re-connaitre ce qui est donné ici et maintenant comme ce dont parlent les textes religieux. La conscience et ses propriétés, ce sont les vertues des Bouddhas, les Puissances de Shiva, les attributs de Dieux, les Noms d'Allah, les Trucs-Qu'on-Veut du Divin Marché Mondial, etc.
 
Tout ce que nous promettent la religion, l'économie, la politique, l'art, les ETs, les Anges, les gens qu'on rencontre, les pigeons, les paysages, les rêves, les rêveries, etc., tout cela est donné, d'une manière incompréhensible, Ici. A zéro centimètre. Puis, de là, partout.
Trouver cet Ici ne prend qu'un instant. En mesurer la richesse prend toute une vie.

18:15 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dzogchen, tulkou |  Facebook |

01/11/2005

"Dans la Grande Complétude, rien ne manque !"

De nos jours, les enseignements dzogchen (la "Grande Complétude") donnés par les lamas ressemblent de plus en plus aux émissions du genre "Télé-Achat".
On vous montre un fabuleux aspirateur qui peut tout aspirer d'un seul coup et sans efforts. Intéressé, vous achetez le bidule. C'est alors que vous découvrez que, pour pouvoir faire fonctionner la machine-miracle, il faut tout un tas d'accéssoires et de préparatifs. De fil en aiguille, vous vous retrouvez à dépenser des sommes folles, et à nettoyer votre chez-soi à la petite cuillère.
 
Ici encore, le mieux est peut-être d'apprendre le tibétain.

12:42 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dzogchen |  Facebook |

19/10/2005

Se concentrer, c'est être distrait

Plutôt que de relater mes déambulations de manière linéaire, je préfère procéder par touches, dans le désordre. Ce style impressionniste est d'ailleurs tout à fait celui des textes indiens. Il y a un certain ordre des pensées, mais il n'a rien à voir avec l'ordre des matières !
 
L'autre soir, je réflechissais sur les instructions du Dzogchen et du Mahâmudrâ (autre tradition bouddhiste trés voisine, mais d'origine plus nettement indienne). Selon elles, tous les préceptes se résument à un seul: "Ne pas méditer, ne pas être distrait". Mais, en fait méditer et être distrait, cela revient au même. Méditer, en effet, c'est se concentrer sur quelque chose, sur un objet grossier ou subtil. Mais cela, c'est ce que nous faisons à longueur de journée. Nous passons notre temps à saisir tel objet, telle image mentale, telle sensation. Ou bien, nous cherchons à nous en dé-saisir en la repoussant, ce qui revient au même. Dans tous les cas, il y a "saisie", c'est-à-dire contration de la conscience et de l'attention. Or, c'est cela la cause fondamentale de toutes les souffrance. On se replie, on devient rigide, immobile, pétrifié, inerte, mécanique. Le "but" de la contemplation, assise ou non, est justement de relâcher cette emprise, de relaxer cette tendance à fixer notre attention sur telle ou telle chose, à se fragmenter, se compartimenter, se diviser. Se délivrer, c'est simplement s'affranchir du réflexe de se focaliser sur un point, sur une zone, en excluant le reste. L'attention redevient alors spatiale, ouverte, sans point de référence, sans but ni repère.
Par conséquent, méditer, se concentrer, c'est être distrait de cette ouverture, de ce regard panoramique, flottant.  
Il s'agit donc de laisser cette compulsion à saisir se détendre, en se laissant aller, et en laissant aller tout ce que l'on sent, imagine ou pense.

15:13 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dzogchen, mahamudra, meditation |  Facebook |