07/10/2006

L'Etre à la découverte de lui-même

Qui je suis vraiment est la solution à tous mes problèmes.

Où ça ? Dans les Himalayas ? Dans une cabine de retraite? Dans un esprit purifié par des années de "pratique"? Dans l'esprit parfaitement pur du maître? Dans l'au-delà? Dans l'Âme du Monde? Dans le coeur d'un enfant ? Non pas. Ici.

Quand ? Dans douze ans? Dans sept vies? Au prochain kalpa? Aprés une retraite de trois ans? Aprés avoir récité des millions de mantras ? Non Pas. Maintenant.

Voyons par vous-mêmes ! Ici et Maintenant : il suffit de retourner votre regard de 180° vers vous, vers Ici, vers Maintenant, vers cet Espace illimité, juste présent, tranquille, qui embrasse en sa simple majesté tous les "là-bas" et tous les "plus tard". Voyez-vous, cher lecteur, un poil de quoi que ce soit Ici ? Une forme ? Une couleur ? Une structure ? Sans faire appel à votre mémoire ou à votre imagination, pouvez vous dire "jusque là c'est moi, ensuite c'est dehors" ? Pouvez-vous VOIR une frontière entre l'intérieur et l'extérieur ?

 
Trimurti

Or, en l'absence de toute forme, comment peut-on parler de mort ? De vieillissement ? Peut-on mesurer le passage de ce qui n'a point de forme ? Dans cette ouverture, comment faire la différence entre un instant et une éternité ?

Vous me direz, cet espace est rempli. Rempli d'un tumulte. Soit. Mais vous laissez aller dans cet espace-conscience, sans repères ni soucis "comme un vieillard prenant le soleil" (dixit Longchenpa), cela n'a t-il pas pour effet de "mettre de l'huile" dans ce tumulte ? Ce n'est pas le mouvement en lui-même qui fait souffrir, mais l'idée que je suis une chose qui bouge, opposée à d'autres. Face à face. Alors que, de fait, nous sommes face à Absence de face. La Face qui ne périt jamais, dont parle le Coran.

Et puisqu'il n'y a nulle forme Ici et Maintenant, il n'y a donc aucune différence entre "vous" et "moi" Ici et Maintenant. En ce sens, vos problèmes sont les miens, et vice versa. Nous sommes un seul Être à milles yeux (des yeux uniques, notez bien), à mille bras, à mille jambes. Tous nos actes sont un seul Acte. Un seul Être - mille fenêtres sur Lui, sur soi, sur le Soi, sur la vacuité, la Nature de Bouddha. Toute expérience est le déploiement de l'Eveil. Hop ! Hop ! Hop !

Un jour, j'avais fait remarqué à Douglas Harding que nous ne sentons pas ce que sentent les autres. A quoi bon alors dire que nous sommes un seul Espace-conscience ? Il répondit : "Certes, certes. Voir Qui je suis vraiment ne permet sans doute pas de sentir ce que sent autrui, mais cela facilite grandement les relations". Mettre de l'espace, du rien, du vide. Ou plutôt, se laisser aller, en acceptant tout , même les crispations et les sensations de peur, parce que l'on VOIT directement, sans l'intermédiaire d'aucune idée ni d'aucune image, que nous englobons tout cela. Nous embrassons tout, que nous le voulions ou non. Alors embrassons-nous du mieux que nous pouvons.

12:23 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : eveil, douglas harding |  Facebook |

02/10/2006

Pour la liberté d'expression

Un professeur de philosophie menacé de mort, un opéra déprogrammé, des agressions physiques contre des églises... Faut-il croire que le terrorisme marche ? Va t-on se taire, terrorisés ? Si vous voulez agir, signez cette pétition de soutien.

Pour ma part, je crois qu'il faut résister, c'est-à-dire exercer sa liberté d'expression. Pourquoi ? Eh bien, non seulement pour défendre ce droit, si précieux en lui-même, mais aussi pour défendre le combat de tous ceux qui luttent contre les islamistes. Car parmis les résistants, il ne faut pas oublier les musulmans progressistes, ceux qui s'efforcent de réformer l'islam, c'est-à-dire de retourner à son essence spirituelle et universelle, au lieu d'imposer un islam guerrier fondé sur la peur de l'autre.

Il faut donc avoir le courage de critiquer l'islam. Ce qui veut dire pointer du doigt les problèmes, mais aussi mettre en valeur ce qu'il a de bon et d'universel, en s'appuyant sur des exemples comme Ibn Arabî et Abd El Kader. 

Sur le site de Frank Visser, vous pourrez lire (en anglais) deux articles de Roy Harris sur les différentes tendances dans l'islam. Il soutient que l'islam est, historiquement, un code guerrier et non une religion de paix au sens moderne. Mais il souligne également que des musulmans interprètent le Coran dans un sens plus ouvert et évolutif (voir Maddhad Versus Ijtihad). Alors, si vous avez découvert des liens vers des sites ou des articles qui expriment un islam progressiste, faites-le savoir aux autres !

12:22 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (103) | Tags : redecker, abd el kader |  Facebook |

30/09/2006

Où suis-je ?

Le sage de Tiruvannamalaï a murmuré ceci : "Pour résoudre le problème, il faut voir qui a ce problème". Ce problème, c'est celui de la souffrance, de la veillesse et de la mort.

Dans de nombreuses traditions spirituelles, l'on s'efforce de guérir l'esprit, dans la mesure où l'on estime que l'esprit est la source de toutes nos expériences. Pour le guérir, on cherche à le calmer par une attention douce et neutre. En cultivant cette attitude de non-violence l'esprit, et tout ce qui en dépend, s'apaisent peu à peu pour laisser place à une mer d'huile. Je respecte profondément cette approche, mais elle me semble manquer de réalisme. Car où pourrais-je trouver cette indifférence pour commencer à me distancier de mes réactions physiques et mentales ? S'il faut déjà avoir trouvé la paix pour l'atteindre, alors je ne l'atteindrais jamais. De plus, quand bien même par quelque miracle de la nature cet espace se dévoilerait, il resterait que la grande paix atteinte serait le résultat de ciconstances artificielles, comme le fait de disposer d'un lieu et d'un moment de silence, de loisir et donc de détente. Perdu dans la foule des grandes villes, tiraillé par mille sollicitations, cet espace de paix ne serait plus qu'un vague souvenir. Bref, le calme mental est une expérience inoubliable, mais cela ne dure pas plus qu'un rêve agréable ou qu'un bon film. Cela nait et cela meurt. Cet état est dans la même situation que moi, son problème est le même.

Mais je parle de cet état de paix comme s'il était autre chose que moi. Et moi, où suis-je quand je ne suis pas dans cet état ? Que se passe t-il lorsque j'essaie de voir ce qu'il en est ? Voyons voir.

Suivant la suggestion d'un vieil ami, je me servirait de mon doigt pour décrire ce que je vois, et essayer de me situer dans tout cela (et il serait fort intéressant que vous aussi, aimable lecteur, faisiez de même, pour votre propre compte).

D'abord, un peu comme un enfant voulant dénoncer ses persécuteurs, je pointe du doigt ce qui est devant moi. J'y remarque des formes variées, des couleurs, des textures. Surtout, ces choses occupent chacunes un espace propre. Elles s'excluent mutuellement, l'une cachant l'autre : l'arbre cache la forêt. Je ne peux jamais être certain de connaître ainsi ces choses. En outre, ces apparences change et varient selon la lumière et la perspective. Elles sont multiples et complexes, pleines de détails. Et chacun, j'imagine, les jugera à l'aune de son passé. Ne dit-on pas que "des goûts des des couleurs on ne discute pas" ?

Poursuivant de la sorte, j'aperçois mon refletdans un miroir. Ne suis-je pas cette chose, cette personne ? Mais alors, il semble que je suis bel et bien voué à la mort, sans échappatoire aucune. Comme tout le reste, j'existe dans le temps et l'espace. Je change et les autres corps exercent sur moi leur action. Pour le moment, je suis encore en phase ascendante. Mais je vois bien qu'il n'y a qu'une trajectoire. Les jeux sont faits.

Déprimé, mon bras s'abaisse encore. Je pointe vers mes pieds, mes jambes. Encore des formes périssables, des éphémères en pantoufles. Habillées de guêtres séculaires, leur vie n'est tout de même qu'un instant dans la vie des univers. Poursuivant cette descente vers le fond - vers l'absurde ? - je vois ce tronc, cette poitrine qui se soulève et s'abaisse - comme pour me rappeler que tous ce qui apparaît doit disparaître. "Tout doit disparaître !" - telle est la maxime du monde. Et je ne suis qu'une partie de ce monde - un reflet sur un miroir, sur la vitre du Néant. Encore plus dépité, dégonflé, vain, mon bras se replie tel un rideau qui se lève sur une scène vide.

Vers le haut de cette poitrine donc. Et là, quelque chose se passe. Ou plutôt, une absence de choses. Mon doigt point à présent vers... quoi ? Rien. Mais un rien présent. Un néant existant. Une non-chose pour toutes choses. Ici, il n'y a rien. Oui, je le vois. Mais ce regard sans visage est bien différent de l'absurde spectacle que j'ai décrit jusqu'Ici. C'est un vide plein, plein de tout, une capacité illimitée, remplie de toutes ces choses vaines. Et du même coup, cette vanité des choses et des êtres se transmute d'elle-même en un vide léger, un vide lumineux. Quelle différence entre ce vide pesant, là-bas, et ce vide bienfaisant, Ici ! Je songe un instant au sort qui eut été le mien si je m'étais arrêté en chemin... De fait, le vide est ambivalent, comme la science. A moitié vides, à moitié savants, et nous voilà enfermés dans un reflet ! Car cette personne que je vois là-bas, dans le miroir (à environ un mètre), ce n'est pas moi. Moi, je suis ce vide qui accueille ce reflet et toutes ces formes.

"Et alors ?" me direz-vous. Alors, répondrais-je (mais je ne peux répondre que pour mon propre compte), Ici, il n'y a nulle forme, nulle couleur, rien qui puisse vieillir et périr, donc. Je suis un vide conscient, témoin de la vanité du monde. Et par cet anéantissement - par ce sacrifice depuis toujours accompli - le monde est sauvé et accueillis. Non par une personne, mais par l'absence de toute personne, Ici, au sein de cet espace qui englobe tout ce qui se présente.

Les instants passent. Le temps ne passe pas, mais mon reflet et toutes les choses passent. Je suis comme au bord d'un fleuve, et je ne m'en étais jamais rendu compte. Je veux dire, j'y avais certes pensé ; mais je ne l'avais jamais vu. A présent, je vois. Mieux, je suis cette vision, pareille à "une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence, nulle part". Je suis tout et je ne suis rien : je vous en prie, ne ricanez pas avant d'avant tenté, ne serait-ce qu'une seule fois, de vérifier par vous-même, pour vous-même. Mais ne me croyez pas non plus sur parole, comme si vous entendiez les propos obscures et néanmoins amusants de quelque vieux sage oriental perdu dans sa boutique des paradoxes. Vous êtes la seule autorité.

Tiens donc ! J'aperçois à présent mes jambes croisées, comme celles des sages orientaux, justement ! Nouées. Mais cette fois-ci, je ne me laisse plus aller à croire que cette posture pourra me ramener Ici, Maintenant. Mon apparence objective peut bien chercher le calme. Mais je n'oublie pas elle est. Elle et tous ses problèmes - vieillesse, maladie, mort - sont là-bas, à plus ou moins un mètre de distance, et jamais Ici, à zéro centimètres. Ici, je suis le calme, suffisement serein pour acueillir même le manque de calme de ce corps et des autres formes. Voir cela, voir cette absence de tout noyau dur, au centre, est la seule force capable de dissoudre mes noeuds. Je suis ce moyeu vide, heureux, de la roue du monde. Je suis l'oeil du cyclone, la sortie du devenir. Bien sur, je suis aussi tout cela qui passe et repasse. Mais je suis aussi cet espace limpide. Le spectacle n'est pas toujours du meilleurs goût, mais il y a fort à parier que, plus je me laisse aller dans cette absence Ici, plus le spectacle, là-bas, sera intéressant et riche de sens.

 

11:39 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : ramana, douglas harding |  Facebook |

24/09/2006

Ouverture intérieure et tolérance philosophique

Le Yogavâshishta est un magnifique exemple de tolérance, au sens où il s'efforce d'inclure les autres points de vue, de les comprendre dans sa propre perspective. Walter Slaje, éditeur de la version originale cachemirienne du YV (le Mokshopâya), critique cette interprétation. Selon lui, l'auteur du YV n'est pas "tolérant". Simplement, il ne prend pas au sérieux les autres points de vue (bouddhisme, yoga, dévotion vishnouïte, etc.). De fait, cet auteur anonyme affirme que les théories ne sont que des opinions, des constructions mentales exprimant autant d'états subjectifs. Chacun se fait une philosophie à l'image de son tempérament. Le YV se situe lui-même au-delà de toute représentation, échappant ainsi à ce relativisme.

Cependant, il me semble que le YV, même s'il adopte parfois un ton polémique (comme Shankara, Abhinavagupta ou Longchenpa), fait parfois preuve d'une réelle tolérance. Je ne peux mieux faire que citer l'excellente étude de François Chenet sur le YV :

"Rien de plus faux que de voir dans l'enseignement du YV une sorte d'éclectisme, voire de syncrétisme". Le YG est bien plutôt une "encyclopédie de toutes les sciences [spirituelles]" (samastavijnânashâstrakosha) "typiquement indien". En effet le YV affirme que :

"(Cette cause originelle), principe absolument pur - est ce que les partisans du Sâmkhya nomment le Pourousha, les Védântins le Brahman, les tenants du Rien-que-conscience la Conscience, et les tenants de la Vacuité, la Vacuité ; ce qui fait resplendir la lumière du soleil, ce qui est en soi la Vérité, ce qui est à jamais le sujet de la parole, de la pensée et de la vision, l'agent et le sujet de l'expérience affective, ce qui apparaît non-existant, bien que partout existant dans le monde, ce qui apparaît inaccessible tout en résidant dans les corps, ce qui constitue cette lumière de la Conscience qui brille de soi-même telle la lumière (du soleil éclairant le monde), ce dont sont issus les dieux Vishnou et les autres comme les rayons du soleil, et ce dont émanent les mondes innombrables comme les bulles de la mer." "Ce qui se trouve mis en lumière par les assertions des doctrines du Védânta, du bouddhisme, du Sâmkhya, de la doctrine jaïna, du Maître aux trois yeux (Shiva), c'est l'Absolu même en tant que dispensateur des bienfaits que désirent leur tenants ; et c'est du même que tous obtiennent l'entier fruit céleste correspondant ; telle est la splendeur de l'Absolu, dont l'âme emplit tous les corps."

La Bhagavad Gîtâ ne dit pas autre chose, et certains soûtras du bouddhisme mahâyâna enseignent que l'activité de compassion propre aux bouddhas est illimitée et prend toutes les formes de l'univers. On se rappellera également la citation d'Ibn Arabî. F. Chenet conclut :

"Au mouvement centrifuge des doctrines et des courants sectaires, le YV oppose donc un mouvement centripète de marche vers l'intuition centrale où les divergences des doctrines se résolvent en leur géométral, comme eût dit Leibniz, en ce point géométrique fictif qui serait le point de focalisation de toutes leurs perspectives, et qui impose à leur totalité un ordre, une necessité, une finalité transparente. Pour un peu, on songerait au mot de Leibniz selon lequel tous les systèmes sont vrais en ce qu'ils affirment, mais faux en ce qu'ils nient." (Psychogenèse et cosmogonie selon le YV, éd. De Boccard, pp. 130-131).

Je suis d'accord, sauf sur l'idée de finalité, car je ne crois pas en une finalité de l'univers, en une providence ou en un dessein intelligent. Ces formules me paraissent trop anthropomorphiques, au point que je me dis plutôt athée et agnostique. Comme dit le YV lui-même, tous les phénomènes ne sont que des coïncidences, "comme une noix de coco qui tombe sur un corbeau qui passait par là pile à ce moment".

13:54 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : yogavasistha, moksopaya |  Facebook |

De l'origine des pratiques visionnaires du dzogchen

Le Yogavâshishta (YV) est un immense poème en sanskrit, qui veut nous persuader que tout n'est qu'un rêve perdu dans un recoin de l'espace infini de la conscience.

Sa version originale, intitulée "La méthode de la délivrance" (Mokshopâya) fut composée au Cachemire vers 950. L'auteur était un homme d'une culture immense. Il connaissait le Védânta, l'école Spanda du Shivaïsme du Cachemire, mais aussi la philosophie bouddhiste, en particulier celle du Lankâvatâra Soutra (récemment traduite en français par P. Carré).

Le monde est une illusion, donc. Parmis les exemples, le YV parle des figures colorées "pareilles aux cercles bariolés des plumes de paon" qui apparaissent lorsqu'on fixe le regard sur un ciel bleu. Il mentionne également la vision d'un "collier de perles" dans les rayons du soleil. 

Or, dans le dzogchen, tradition bouddhiste soi-disant purement "tibétaine", il existe des pratiques où l'on fixe le ciel, l'obscurité ou encore les rayons du soleil (ou d'une lampe) pour y aperçevoir des sphères multicolores et des "chaines de diamants indestructibles". Ce sont ces formes qui, par la suite, se transforment en "corps de bouddhas" avec leur mandalas.

Le YV, à l'instar de nombreux autres textes indiens, ne permet t-il pas de penser que les phénomènes visionnaires décrits dans le dzogchen étaient déjà connus dans la culture yogique de l'Inde ? J'ai déjà posté quelques billets à ce sujet, et j'y reviendrai à chaque fois que l'occasion se présentera.

13:20 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, yoga vasistha, moksopaya |  Facebook |

Comme un vautour ?

 

 

Comparaison n'est pas raison, dit-on. Pourtant, les images parlent parfois mieux que les mots.

Nous avons tous vu des rapaces planer sans effort "au plus haut des cieux". Je trouve facile de retrouver un état d'ouverture en m'identifiant à ce genre d'oiseau. En Inde, le vautour immense est appelé Garouda. Il nait dans le ciel. Dans l'oeuf, il est déjà pleinement développé. Aussi ne connait-il pas les efforts des autres oiseaux qui doivent s'élever à partir du sol. L'un des plus ancien tantras du dzogchen décrit ainsi la liberté naturelle du yogi :

"Nulle complication, nulle simplification, rien à perdre et rien à gagner, à l'image du vol du Garouda" (Le vol du grand Garouda, 21).

 

 

12:59 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, trekchod, meditation, yoga |  Facebook |

16/09/2006

L'éléphant dans le noir

Une chose me gêne dans le bouddhisme de Nâgârjuna comme dans le Védânta de Shankara. Ils disent "non" à toute pensée, à toutes les constructions mentales.

Je me sens plus proche du point de vue d'Abhinavagupta ou du jainisme. Cette religion fort ancienne, basée sur la non-violence, a développé une véritable philosophie de la tolérance. Elle consiste à dire que toutes les théories sont vraies, d'un certain point de vue. Cela sonne t-il comme une platitude ? Pourtant, c'est là le seul moyen de justifier une attitude véritablement tolérante. Il ne s'agit pas de fermer les yeux sur les différences de point de vue, mais simplement de réaliser que, justement, ce sont des points de vue, c'est-à-dire des représentations partielles de la réalité, basées sur des présupposés. Le bouddha, quant à lui, s'appuie là-dessus pour discréditer toutes les opinions. Il ne veut pas s'égarer dans le "fourré des opinions" et des vaines spéculations. Cet agnosticisme calme le mental et le rend moins prétentieux, mais à quel prix ! Le bouddhisme prêche la tolérance, parce qu'au fond il pense que tout est faux. C'est guérir le malade en le tuant ! Le jainisme, au contraire, essaie de voir que chaque théorie est vraie, dans certaines conditions. Il n'utilise pas une opinion pour en détruire un autre, comme le fait Nâgârjuna. Autrement dit, une théorie philosophique n'est pas fausse simplement parce qu'elle est une construction mentale. Là où elle devient fausse, c'est lorsqu'on oublie les conditions et le contexte dans lequel elle est vraie. La réalité est riche de facettes innombrables. Une théorie qui prétend être vraie absolument est dangereuse, car elle nourrit l'agressivité présente en chacun. Mais le remède ne consiste pas à rejetter toute théorie, car cela est impossible. Ce remède - s'il existe - consiste plutôt à admettre qu'il existe une infinité de perspectives possibles sur la réalité.

Comme les philosophes jains et comme Abhinavagupta, je préfère une vision inclusiviste à la démarche exclusiviste de Nâgârjuna. L'univers - la "réalité" - est comme un éléphant dans le noir, que chacun décrit selon sa perspective. Cela ne veut pas dire qu'on accepte n'importe quoi. Mais cela signifie que la réflexion est une pratique, dans laquelle on essaie de se mettre à la place de l'autre, de "sortir de son trou", de comprendre autrui et de l'inclure, de l'embrasser dans une perspective de plus en plus tolérante.

14:05 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : abhinavagupta, nagarjuna, eveil, shankara, pratyabhijna |  Facebook |

10/09/2006

A quoi servent les textes ?

Le dzogchen est un système de méditation bouddhiste de plus en plus populaire (voir le documentaire "La momie tibétaine" sur La Cinq). Pourtant, les sources premières de cet enseignement sont presque toujours ignorées, alors qu'elles sont disponibles. Il est vrai que le dzogchen enseigne que les mots ne sont pas la chose, et qu'il ne suffit pas de lire pour comprendre profondément. Mais cela est vrai également des enseignement oraux. Il ne suffit pas d'écouter ou de citer tel "grand maître", mais il faut encore réfléchir et vérifier par soi-même.

Cependant, rares sont les personnes qui enseignent effectivement le dzogchen. De fait, quand on va assister à un "enseignement dzogchen", l'on se retrouve plutôt face à des techniciens, des experts en méditations complexes, qui parlent de purification, de "pratique". Ailleurs, nombreux sont les gens qui croient que le dzogchen n'est qu'une "technologie de l'esprit", visant à transformer le corps en pure lumière par une application systématique à l'instar d'une préparation sportive de haut niveau.

Pourtant, si l'on y réfléchit un peu, cette démarche est inconsistante. Comme nous le rappelle l'un des textes faisant autorité dans ce domaine - le Trésor du Mode d'Etre de Longchenpa (XIVème siècle) :

"Ne savez-vous pas que tout ce qui est composé est impermanent et voué à la destruction ?" Il s'explique plus loin : "Même si par ces pratiques [délibérées] vous atteignez à un certain bien-être, cet effet-là est un composé. Par conséquent, il finira par être réduit en pièces, à l'image d'un vase. [...] Tout ce qui est produit délibérément vous est une entrave." Pour étayer l'autorité de cette position radicale, il cite l'un des plus ancien textes du dzogchen, Le Roi Créateur de Toutes Choses : "L'état de Bouddha ne survient pas parce qu'on veut qu'il se produise. Il est présent en soi/naturellement et sans effort, de sorte qu'il est spontanément accompli." Puis Longchenpa compare les pratiques bouddhistes - y-compris les pratiques tantriques - à "ces jeux que jouent les enfants", ces jeux vains et sans importance.

Que faut-il "pratiquer" alors ? "Comme un vieillard prenant un bain de soleil, laissez-vous aller à ce délicieux bien-être, incomparable, qui n'implique nulle [pensée de] causalité du type "cela est à faire, ceci est à abandonner"". 

Assurément, chacun a le droit de parler de "son" expérience. Mais pourquoi appeler cela dzogchen, si cela contredit la lettre même des textes canoniques ?

Nous ne somme pas obligés de parler du dzogchen, mais si l'on choisit de le faire, vérifions également nos sources.

Ainsi, nous pouvons de même confronter nos idées et nos expériences à celle d'innombrables sages et saints de tous les pays et de toutes les époques. Les textes servent donc à tester nos opinions, ou même notre soi-disant "absence d'opinions".

15:22 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dzogchen, nyingthig, eveil, meditation, tantra |  Facebook |

06/09/2006

La vision du Soi est-elle une pratique ?

L'effort et la grâce, les oeuvres et le pur amour... La querelle entre les partisans du volontarisme et ceux du quiétisme n'est certes point nouvelle, ni exotique. Technique contre spontanéité.

A y regarder de plus près (comme Sherlock - et comme Ramana aussi), les deux affirmations ne sont pas incompatibles. La question est plutôt de savoir QUI "pratique", et ce que l'on entend par là. Personnellement, j'entretiens peu d'espoir d'atteindre un jour à une quelconque perfection de ma personne. L'égoisme est inséparable du corps. Tant qu'il y aura une vie organique, je serais - à un degré variable il est vrai - "égocentré". Or, chacun sait bien que l'effort pour se libérer de ce travers naturel est lui-même nourri d'égoisme.

En revanche, je VOIS la perfection Ici, plus proche de moi-même que mes propres sentiments égoistes. Perfection de silence, de transparence et de légèreté. Le moindre coup de chiffon, et ce serait une souillure de plus.

Dire cela ne revient nullement à prôner la résignation. Il ne fait pour moi aucun doute que la Vision sans fissures requiert un effort. Mais c'est un effort colossale, sur-humain, justement. Je ne crois pas trop à un Dieu - ou une Déesse - qui ne seraient que la Personne Suprême. Mais l'expérience m'enseigne que ma personne doit se laisser aller dans l'espace immaculé de la Vision comme dans des bras invisibles. Et cela exige une pratique, un attention, un sacrifice, un effort, une volonté bref, bien autre chose qu'une simple réflexion ou même une concentration épisodique. Mais voyez comment cet effort-là est singulier ! Unique en son genre, puisque la source de cette énergie ne peut être que la fin que je vise - Ici. Ô hyper-paradoxe ! De fait, l'effort et la grâce forment une boucle mystérieuse, insondable autant que peut l'être la fameuse Trinité.

Pratique donc, ou plutôt "loisir fidèle", "libre vacance" où début et fin se confondent ainsi que toutes choses.

19:32 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : eveil, meditation, tantra, yoga, pratyabhijna, deesse, shiva, shakti |  Facebook |

03/09/2006

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

"Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l'univers et les dieux".

C'est une source constante d'étonnement de constater que certaines formes de la nature ressemblent aux formes lumineuses que l'on contemple parfois dans l'ouverture sans bornes que chacun peut voir au-dessus de ses épaules. Voici une aurore boréale photographiée par Eric Bonneville :

 

 

12:58 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, thogal |  Facebook |

01/09/2006

Le pur amour

Je lis La Tradition secrète des mystiques, de Fénelon, paru chez Arfuyen. Fénelon, en 1694, est un prélat plein d'avenir. Mais il a rencontré une femme étonnante, Madame Guyon. Elle enseigne un état d'union avec Dieu, permanent, sans effort et affranchi des oeuvres (entendons : de la nécessité d'aller à la messe, etc.). Bossuet, tuteur du Dauphin et conseiller des Grands, la prend en chasse. Fénelon est donc ami de deux ennemis. Il choisit et rédige ce texte pour défendre Guyon contre Bossuet. Ce sera un échec. Fénelon devra se rétracter publiquement, et Guyon sera embastillée.

Dans sa défense de ce courant mystique que l'on nomme quiétisme, Fénelon veut montrer qu'il n'y a là rien de neuf ni de nouveau, et que cette attitude apparement "moderne" est, en réalité, dans la continuité de la plus haute sagesse des Pères de l'Eglise. Il s'appuie, en particulier, sur Saint Clément et ses discours sur la gnose chrétienne. Fénelon en tire que "nous voyons donc [chez Saint Clément] une contemplation, qui ne consiste point dans des ravissements, ni dans des extases, ni dans des paroles intérieures, ni dans des communications qui ne peuvent êtres que passagères ; tout au contraire, c'est une contemplation d'amour habituel, qui consiste dans la préparation du coeur, que nulle affaire n'interrompt depuis le matin jusqu'au soir". Cette contemplation n'est "pas un effort du coeur, réitéré de temps en temps pour parvenir à l'union", mais une union "toute établie et fixe" (p.75).

Cette querelle dite "du pur amour", rapelle celle qui oppose, au Tibet, les adeptes de l'entraînement de l'esprit, comme Tzongkhapa, aux partisans de la "grande complétude" (dzogchen) naturelle. Bossuet, comme Tzongkhapa et d'autres, conçoit l'esprit comme un muscle qu'il faut développer par des efforts systématiques et mesurés, à la fois dans le coeur, le corps et l'intellect. Au contraire, pour Madame Guyon comme pour le dzogchen, vouloir parfaire ce qui est déjà parfait est une regrettable erreur. Par là, ils rejoignent la Vision Sans Tête. Chacun peut immédiatement vérifier qu'Ici il n'y a nul voile. Dès lors, la seule voie est celle de l'abandon.

A propos d'abandon, une nouvelle édition de L'abandon à la Providence Divine vient d'être publiée, avec le sous-titre "Autrefois attribué au père de Caussade". En effet, la recherche a démontré que ce texte remarquable de simplicité et de force est l'oeuvre d'une disciple de Madame Guyon.

Par contre, et à la différence du dzogchen, Madame Guyon a tendance à rejeter le corps et le plaisir, comme il apparaît à la lecture du chapitre intitulé "La gnose parfaite exclut tout désir excité" du livre de Fénelon.

L'autre texte trés proche du dzogchen et de la Vision en Occident, ce sont les Nouveau Poèmes de Hadevij d'Anvers, traduits dans la collection Point Sagesse.

Ce qui m'intéresse là-dedans, c'est que ce sont deux femmes. Deux femmes qui ont vécut dans la Chrétienté, et que la Chrétienté a rejetée.

 

**********

 

(suite)

En fait, Fénelon ne parle pas seulement d'absence de tout "désir excité" chez le gnostique fixé en Dieu par un amour désinterressé, mais plutôt d'une dés-appropriation des désirs, remplacés peu à peu par les désirs que Dieu lui-même imprime dans l'âme du gnostique.

C'est que celui-ci est établi dans une "contemplation habituelle, sans actes réfléchis et distincts, sans effort ni contention d'esprit, sans extase ni lumière particulière : les différentes pensées ni entrant point (...) et les images en étant exclues" (p. 73).

Le principe de cette contemplation est la passivité, c'est-à-dire la vacuité identique à la "libre vacance" dont parle Hadevij, qui rend l'âme suffisement souple pour que Dieu agisse en elle. C'est exactement ce dont parlent le dzogchen, la Reconnaissance et Douglas Harding. "Voilà cet amour d'abandon, duquel on fait un crime aux mystiques".

Toujours dans ce livre de Fénelon, on trouvera maintes réflexions sur le rapport entre la discipline et la liberté spirituelle, entre l'éthique et le dépassement de toute dualité propre à toute mystique du vide. Ainsi le cas du végétarisme. Le gnostique - certains diraient aujourd'hui le "réalisé" - doit-il manger ou non de la viande, sachant qu'il est sans volonté propre ? Fénelon cite saint Clément :

"Il est vrai que saint Clément dit "qu'il arrivera peut-être que quelqu'un des gnostiques s'abstiendra de viande, de peur que la chair ne soit trop portée au plaisir". Mais ces termes de "quelqu'un d'entre les gnostiques" et celui de "peut-être" marquent une pratique rare ; et il est évident qu'il s'agit là d'un gnostique qui n'est point encore parvenu, au travers des progrès mystiques, jusqu'à l'apathie où il n'y a plus ni vertus à exercer, ni tentations à vaincre" (p. 103). Car le gnostique consommé n'a plus qu'à "demeurer ensuite dans la quiétude en se reposant". Le Christ ou l'Esprit vivent et agissent dans sa passivité. N'est-ce pas là le "vide" que je vois ici même, et qui accueille ces mots et tout le reste ?

"Ainsi, à proprement parler, l'âme n'est jamais sans désirs, quoiqu'elle ne l'aperçoive pas. Elle en a toujours, par un reste d'activité, jusqu'à ce que la passivité soit consommée en elle ; alors tous les désirs excités sont éteints, elle ne s'excite plus, même pour les meilleurs choses". Cependant, cette mort est suivie d'une renaissance : "En cet état où elle est morte à tous désirs propres pour ne plus vouloir que ce que Dieu veut en elle, d'autres désirs plus purs renaissent dans son coeur : c'est Dieu qui les lui imprime, de moment à autre, comme il Lui plaît, sans que l'âme y mette autre chose qu'une non-résistance trés simple et trés libre à l'opération de Dieu en elle" (p. 111). De sorte que le propre du gnostique n'est pas l'absence de tous désirs, mais seulement l'absence des désirs "propres", c'est-à-dire égoistes, remplacés ou transmutés en "désirs surnaturels et divins". N'est-ce pas la doctrine du tantrisme, formulée certes dans un langage différent, mais identique sur le fond ?

Bien sûr, cette sagesse découverte par des femmes (doit-on penser aux dâkinîs ?) a été condamnée et pourchassée sans charité aucune. Aujourd'hui encore, le trés populaire moine catholique "Verlinde" (!) vient d'écrire un ouvrage qui montre que cette aversion n'a pas cessé. Intitulé Les impostures anti-chrétiennes, sa prétendue étude part du roman de Dan Brown pour condamner le tantrisme, l'hindouisme et le bouddhisme. Sa stratégie est simple : il s'en prend à des gourous fumeux néo-tantriques (Mircéa Eliade, Julius Evola, Samael Aum Véor) ; il les cite comme s'ils étaient des représentants du tantrisme et du bouddhisme ; et il met en lumière leurs travers, croyant ainsi ôter indirectement toute crédibilité au tantrisme et au bouddhisme. Purement et simplement malhonnête... "dans la paix du Christ", comme de bien entendu.

18:34 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : douglas harding, fenelon, pur amour, guyon |  Facebook |

31/08/2006

Ermitages bis

Il y a deux ans, j'avais visité le lac de Padmasambhava (Tso Péma), situé non loin de Dharamsala. Au dessus du lac vit une communauté de pratiquants dzogchen, autour de l'ermite Wangdor Rimpoché, qui fut disciple du remarquable Khounou Lama.

Le lieu n'a guère changé. Les tibétains, toujours aussi accueillants, nous invitèrent à l'anniversaire d'un grand lama. On peut apercevoir Wangdor, en jaune :

 

Les retraitants, hommes et femmes de tous âges, sont de plus en plus nombreux à s'installer autour des grottes de Padmasambhava. Chaque cellule est numérotée, mais l'ensemble prolifère dans tous les sens. Ce n'est pas que je m'en plaigne : je trouve au contraire extraordinaire de pouvoir me ballader librement parmis ces retraitants dzogchens. Il suffit de déambuler au hasard, et au bout de quelque minutes, on est inmanquablement interpellé par un moine ou une jeune fille. On peut alors poser toutes les questions que l'on veut, le seul obstacle étant la langue. La plupart des retraitants suivent le programme du Longchen Nyinthig, une synthèse dzogchen du XVIIIème siècle, trés populaire actuellement. Ils en sont aux préliminaires ou bien aux récitations de mantra, mais quelques uns, présents depuis plusieurs dizaines d'années, se vouent aux pratiques visionnaires du thögäl. Voici quelques exemples de cellules :

 

 

 

 

Une vue d'ensemble des grottes. Chaque rocher est censé symboliser l'une des divinité du "mandala des paisibles et courroucés" décrits dans le Livre des Morts Tibétains:

 

 

Enfin, un portrait d'artisan :

 

 

Au final, ce lieu est idéal pour qui souhaite recevoir des enseignements dzogchen. Plus accessible que le Tibet ou le Spiti, et moins touristique que Dharamsala, vous y trouverrez des lamas kagyus, des disciples de Dudjom Rimpoché, et le grand ermite Wangdor Rimpoché, qui sera certainement ravi de vous acueillir et de vous offrir quelques instructions de méditation dzogchen.

11:54 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, tso pema, wangdor, ermitte, padmasambhava |  Facebook |

27/08/2006

De l'avantage des livres sur les gourous et autres bienfaiteurs

Partout on nous serinne qu'un "maître vivant" est indispensable pour progresser spirituellement. Rien ne peut remplacer, nous assure t-on, la "présence" d'un "éveillé", et surtout pas un livre.

Pour évaluer cette opinion, lisons ce passage d'un ouvrage arabe médiéval, cité dans le merveilleux roman de Denis Guedj, Le théorème du perroquet (p. 303). L'auteur semble d'abord reconnaître que l'on ne saurait, en effet, attribuer aux livres les miracles dont les "êtres réalisés" sont réputés capables :

"Les livres ne ressuscitent pas les morts, ne métamorphosent pas un idiot en homme raisonnable, ni une personne stupide en individu intelligent." Mais alors, que font-ils ? "Ils aiguisent l'esprit, l'éveillent, l'affinent et étanchent sa soif de connaissances. Quant à celui qui veut tout connaître, il vaut mieux, pour sa famille, le soigner ! Car cela ne peut provenir que d'un trouble psychique quelconque.

Muet quand tu lui imposes le silence, éloquent lorsque tu le fais parler. Grâce au livre, tu apprends en l'espace d'un mois ce que tu n'apprendrais pas de la bouche de connaisseurs en une "éternité" et cela, sans contracter de dette du savoir. Il te débarrasse, te délivre du commerce de gens odieux et des rapports avec des hommes stupides, incapables de comprendre. Il t'obéit de jour comme de nuit, aussi bien durant tes voyages que pendant les périodes où tu es sédentaire. Si tu tombes en disgrâce, le livre ne renonce pas pour autant à te servir. Si des vents contraires soufflent contre toi, le livre, lui, ne se retourne pas contre toi. Il arrive, parfois, que le livre soit supérieur à son auteur..."

Paroles à méditer.

11:52 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : gourou, maitre spirituel, eveil |  Facebook |

26/08/2006

Ermitages

Au-dessus de Dharamsala, on peut partir à la rencontre des ermites tibétains. Même si la lumière luit au bout du chemin, la prolifération végétale rend le cheminnement fort compliqué, à l'image des voies spirituelles proposées par le bouddhisme tantrique : il faut souvent reculer pour mieux avancer...
 

Au Spiti, région culture tibétaine située nettement plus au nord, la plupart des monastères sont Guélougs, l'école du Dalaï-Lama. D'ailleurs, c'est à la suite de l'initiation au Kâlacakra que celui-ci y conférra en 2003, que le Spiti a commencé de se développer.

Une petite vallée latérale, la Pin, abrite un monastère Nyingma et ce petit ermitage où pratiquent des disciples de Dudjom Rimpoché, l'un des plus remarquables maîtres dzogchen du siècle dernier.

 

 

La vallée de la Pin :

 

 

La même vallée, avec le village de Mud à gauche :

 

Nos hôtes ont loué des moines pour exorciser leur demeure. Boum-boum cling-cling toute la journée :

 

Les nombreux ermites qui ont pratiqué leur méditations dans la région renaissent parfois sous une forme inattendue :

 

 

Malheureusement, la seule route sortant de la vallée s'est effondrée en plusieurs endroits. Sous ce tas de pierres, il y avait une route...

 

Pour revenir dans la vallée de Kullu, la jeep est plus sûre que le bus, mais il faut parfois sortir de la piste pour contourner un véhicule bloqué :

 

Enfin, à l'instant où vous êtes sur le point de défunter de peur au moment de passer la centième rivière en crue, vous avez la joie d'apercevoir une touriste vous prenant en photo, au cas où il y aurait un accident à prendre... Quel plaisir de retrouver ses sympathiques compatriotes !

 

13:34 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dharamsala, tso pema, ermitte, spiti, kaza |  Facebook |

24/08/2006

Gastronomie du vide

Quoi que l'on fasse - ou ne fasse pas - on peut contempler à la fois les choses là-bas et leur absence ici : telle est la "pratique" essentielle de la Vision Sans Tête. Il y a d'innombrables variantes. Tenez par exemple : la saveur sans bouche, bien en bouche mais étendue aux limites du firmament (il s'agit d'un croissant au nutella) :

 

 

19:15 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

21/08/2006

Trouver la Sortie

Plusieurs contes de sagesse relatent les aventures d'un homme qui part au loin à la recherche de quelque fabuleux trésor, pour finalement découvrir qu'il se trouvait justement au lieu de son départ. Paulo Coelho s'en est inspiré.

Il est vrai que, l'homme étant un animal désirant, il cherche. Comme il ne semble jamais faire aucune trouvaille définitive, on peut dire qu'il erre, et partager le pessimisme lucide de Pascal, pour qui tout le malheur de l'homme vient de ce qu'il ne peut rester en repos dans une chambre, à l'image du moine. Moi, je veux bien rester dans une chambre, à condition qu'elle soit inépuisable en informations et d'une richesse infinie. Ne trouvant d'ordinaire rien de tel, je quitte ma chambre. C'est ainsi que je me suis retrouvé au pied d'un magnifique monastère situé, comme il se doit, au fin fond des Himalayas (politiquement en Inde, mais culturellement au Tibet).

Et là, je me suis rappelé le conseil d'un trés vieil ami. Nous cherchons dans toutes les directions, dit-il, sauf une : celle qui va vers Celui Qui Regarde, Ici, à zéro mètres d'où vous et moi sommes. Il suggère que voir celui qui cherche pourrait bien être la trouvaille la plus extraordinaire, incroyable et profonde qui soit. L'indication est précise : il faut et il suffit de retourner l'attention - le regard - de 180° vers soi.

Face à ce monastère, majestueux et mystérieux, je m'apprétais donc à vérifier cette hypothèse, ce qui donna à peu prés ceci.

Je pointais d'abord le vénérable édifice, dont la silhouette escarpée évoquait les techniques secrètes des lamas tibétains et autres confrèreries esotériques, qui permettent d'accéder à de remarquables exploits, tels que le vol aérien (sans avion - trés commode en Inde) ou le franchissement des murs :

 

 

Puis, je retournais mon regard vers moi, ou disons, vers cet espace (infini ?) qui se dévoile Ici, avec lequel je me trouve être on ne peux plus identique :

 

 

Une chose formidable est que cet espace, à présent que je le contemple de nouveau, est absolument le même. Limpide, diaphane, lumineux, mais aussi simple et ... simple. Et je crois que vous aussi, lecteur, si vous vous prêtez à ce jeu innocent, vous découvrirez la même absence de chose, Ici, mais pour accueillir, il est vrai, un spectacle unique (probablement pas un monastère).

Et la tradition, me direz-vous ? N'est-il pas présomptueux de rejeter ainsi les chambres de cette auguste bâtisse pluriséculaire, emplies de centaines de livres de sagesses ?

Et bien, figurez-vous que mon ami, moi et nos nombreux amis d'aujourd'hui, nous ne sommes pas de purs et simples innovateurs. Il se trouve que, dans la tradition tibétaine elle-même, d'autres ont fait la découverte de la Chambre Inépuisable. Voici l'exemple d'un lama du début du XXème siècle, Mipham. Il avait entreprit une retraite stricte pour contempler le bouddha de l'intelligence (bien qu'il fut déjà trés intelligent). Il était alors surtout préoccupé de visualiser clairement le visage du dieu, afin que celui-ci finisse par lui apparaître pour de bon. Quant il fit part de ce souci à son maître, ce dernier lui fit cette confidence :

"Cette voie est trés ardue ! Comme dit l'Omniscient Longchenpa, 'Sans rien faire, demeure dans ta propre face'. C'est ce que j'ai fait moi-même et, bien que je n'ai rien vu qui ait une chair blanche ou un teint éclatant que l'on puisse appeler 'visage de l'esprit', je n'ai plus le moindre soucis au sujet de la mort". Sur ce, il éclata de rire. Ce maître était, dit-on, le plus grand de son temps, il avait étudié et expérimenté toutes les méthodes spirituelles tibétaines.

Mais la plus grande autorité en la matière reste l'expérience que l'on fait soi-même. Pour cela, nul besoin de quitter sa chambre.

 

19:48 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

Suffit-il de s'enrichir pour progresser ?

Certains signes tendent à montrer que l'Inde s'est enrichie. Par exemple, les vélos et les scooters sont désormais minoritaires sur les routes, remplacés par les voitures et les motos. Ce qui m'empêche de parler de "progrès" à ce propos, c'est la stagnation des compétences des conducteurs... Ainsi Mac Leod Ganj est-elle envahie de véhicules pour touristes penjabis, qui traversent les rues sans aucun égard pour les piétons. La paisible bourgade tibétaine est devenue un lieu de passage pour les classes moyennes ennervées du Nord de l'Inde. Car, en dépit (ou à cause de ?) leur croissance économique, les Indiens sont toujours aussi ennervés, stressés et tendus. Tout se fait dans l'agitation. Ce paradoxe d'une Inde idéalement sereine et pratiquement hyper-agitée m'a toujours étonné (et beaucoup ennervé). En fait, une société produit ce dont elle a besoin. Et ce qu'elle n'a pas, c'est ce dont elle manque. Si donc l'Inde a donné au monde la non-violence et la tolérance, c'est parce qu'elle est violente et intolérante (relativement).

Autrement dit, l'Inde change sans changer.

Autre fait : malgré l'explosion du commerce, on voit toujours aussi peu de librairies. C'est qu'on ne lit pas, ou on ne lit que des ouvrages techniques (préparations de concours, etc.). Ainsi Shimla, la capitale de l'Himachal Pradesh, ne compte que quelques librairies. Mais dans chacune, on trouvera plusieurs éditions de Mein Kampf d'Adolph Hitler : 

 

Il y a aussi des traductions en langue hindî, que l'on peut rencontrer jusque sur les quais de gare. Pourquoi cette fascination ? Mystère. En tous les cas, les nombreux touristes israéliens ne semblent pas s'en offusquer. Comme disent les Indiens : Abhi tak calta hai, to kya hai ? "Tant que ça marche, pourquoi se poser des questions ?"

Bref, le développement économique n'entraine pas nécessairement une amélioration des mentalités. Mais, me diras-t-on, qu'est-ce que le progrès ? Qu'est-ce qui nous autorise à juger une société ?

En fait, on a pas vraiment de choix de juger ou non. Refuser de juger, c'est refuser d'être humain. En revanche, on a le choix entre juger et préjuger. La plupart de nos jugements sont en partie déterminés par nos préjugés. D'où la necessité d'une reflexion critique.

Pour en revenir à l'Inde, je crois que sa société est malade, au sens où elle engendre plus de souffrance pour ses membres que de bien-être. La cause du problème est la dualité corps-esprit qui sévit en Inde depuis des millénaires, et plus particulièrement l'opposition entre le pur et l'impur, qui prend là une tournure presque psychotique. Je ne parle pas tellement des Indiens en général, mais surtout des classes moyennes, qui à mes yeux sont les gens les plus insupportables et déséquilibrés qui soient. Méprisants, snobs, grossiers, vulgaires, malpolis, indifférents, égoïstes, vénaux, arrivistes, incultes, sexistes, racistes, patriotes, hypocrites, etc. : incroyable, mais vrai.

Ceci dit, l'Inde reste une immense démocratie, avec un remarqueable esprit de tolérance et un patrimoine philosophique et artistique toujours à découvrir. Que des paradoxes, en somme.

09:27 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : inde, nazisme, hitler, mein kampf |  Facebook |

19/08/2006

Juste couette

Enfin à la maison. Aprés le Spiti, nous est venue l'idée saugrenue d'aller faire un tour dans la vallée de la Pin, avant le Kinnaur. Aprés un voyage en bus façon fin du monde, nous avons pu profiter de l'hospitalité des gens du village de Mud. Mais la route s'est effondrée en divers endroits sur une dizaine de kilomètres. Se disant que trop, c'est trop, nous sommes retournés en tracteur, en camionnette, à pied (c'est finalement plus sur) et en jeep à Manali. Bref, nous voici à Paris. Le silence des lieux est presque assourdissant, aprés le chaos de l'Inde. Quelques heures de sommeil s'imposent...

18:32 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spiti |  Facebook |

21/07/2006

Rituels et gastronomie

Une chose qui frappe dans les rituels tantriques, c'est l'omnipresence de la nourriture. Perdus au milieu de leur ustensiles, les adeptes ressemblent a des apprentis cuisiniers.

 

Cette dame effectue la grande puja (ceremonie) des Neuf Enceintes dans le temple de la deesse. Fort complique et long, ce rituel doit etre precede d'une genereuse ceuillette de fleurs dans les environs (en evitant les scorpions).

 

Ici, le gourou en personne effectue la meme puja. Au milieu, on peut voir le celebre Shri Yantra (ou Chakra), representation symbolique du palais de la deesse, de son corps, ou du corps de la femme adoree (ici representee en outre par une statue). De chaque cote, on apercoit les petits mandalas secondaires, sur lesquels on place les recipients contenant l'eau lustrale et l'alcool. La preparation de tout ceci, en imposant des dizaines de divinites, peut prendre des heures.

 

 

Rituel "publique" accomplis par le pretre professionnel de service.

 

 

Le mandala trace sur le sol avec du riz colore est appele "auspicieux a tous egards" (sarvatobhadra). Il sert ici a 'lintronisation du successeur du gourou (abhisheka), rituel complexe qui a dure plusieurs jours. Comme vous pouvez le constater, la plupart des disciples sont des femmes.

06:40 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tantra, yoga, kaula, sadhana |  Facebook |

18/07/2006

Signes

Comme le gourou de la Cite de la Deesse pratique aussi le tantrisme kaula, son temple et la ferme isolee dans laquelle il vit et acceuille ses disciples est pleine de signes assez explicites de son obedience.

Le tantrisme kaula, en gros, est celui du Shivaisme du Cachemire. L'idee principale est que le corps est le temple ideal, et que rien n'est rellement impur. L'Absolu (brahman) est plaisir (kha). Par consequent, tout ce qui procure du plaisir ou en decoule est tenu pour sacre.

Le gourou de la Cite a eu une vision de la Deesse, qui lui a demande de batir un ensemble de temple en ce lieu. A terme, le corps entier de la Deesse sera represente dans le paysage. Pour le moment, il y a le Sanctuaire de la Matrice :

 

 

Une source d'eau ferrugineuse s'ecoule du centre. C'est une sorte de reproduction du sanctuaire celebre de Kamakhya en Assam.

Plus haut, il y a un temple de Shiva, avec son "signe" (linga) :

 

 

Pour le moment, il est en reparation.

Tout en bas, il y a le temple principal de la deesse Tripura. avec tout son entourage de deesses erotiques representee grandeur nature. Un exemple :

 

 

Dans le rituel kaula, on venere la Deesse sous la forme d'une femme. Ou bien, on peut adorer un yantra (un temple en miniature) en imaginant qu'il s'agit du corps d'une femme. Le yantra utilise dans la tradition de Tripura est fameux :

 

 

Bien sur, les Indiens bien pensants ne manquent pas de s'offusquer de toute cette nudite. Mais a present, le gourou est mieux compris. Il faut dire qu'il anime aussi, avec sa femme, plusieurs organisations de promotion de la femme. On y parle par exemple de contraception ou d'independance dans une societe ou, traditionnellement, la femme doit toujours etre maintenue dans la dependance des hommes.

Ce lieu est donc un bel exemple de ce que le tantrisme religieux peut encore apporter a l'Inde.

14:21 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : shiva, yoga, tantra, shakti, deesse, linga, kaula |  Facebook |

15/07/2006

La Cite de la Deesse

A quoi sert un gourou ? Au mieux, il peut vous renvoyer a ce vaste espace qui est Ici. Par consequent, les maitres et autres guides qui se posent en indispensables intermediaire de la grace ont tendance a susciter ma mefiance. A quoi bon un intermediaire entre soi et soi ? De plus, a force de mettre l'accent sur le doigt, on finit par oublier la lune> De simple bequille, le gourou devient une fin en soi. Selon moi, le gourouisme ambiant est donc une forme d'idolatrie.

Pourtant, je viens de passer trois semaines tres agreables avec un gourou et sa gouroutte. Leur gentillesse n'a guere modifie mon opinion, mais ils font preuve d'une belle integrite, chose assez remarqueble, surtout dans le milieu tantrique.

Ils transmettent et enseignent le culte de la deesse Tripura, de maniere tres ouverte et assez pedagogique.

Cependant, je persiste dans l'idee que les gourous, les rituels et les initiations ne sont qu'autant d'obstacles vers Ici. En depit de la profondeur de ces traditions tantriques, l'occultisme predomine. J'admire le tantrisme parce que c'est le seul mouvement religieux qui donne une veritable place a la sexualite. Mais le cote voyage astral, esprits et vibrations m'ennuie. Meme chose pour l'obsession des quantite (combien de mantras recites, combiens d'heures de meditation par jour, etc) et le culte des pouvoir magiques. Tout cela me parait infantile et, paradoxalement, toute cette magie me semble bien mecanique et depourvue de magie veritable, c'est-a-dire de poesie.

Ce gourou donc appartient a une lignee tantrique non-dualiste, fort ancienne et remontanbt a Abhinavagupta. Il transmet meme la pratique de la desse "Supreme" (para), base sur le commentaire du Paratrishika Tantra par Abhinavagupta.Avis donc aux amateurs d'initiations tantriques cachemiriennes. De plus, il enseigne aussi ce culte dans sa version kaula, c'est-a-dire avec toute sa dimension sexuelle.

 

 

 

14:13 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : tantra, yoga, kaula |  Facebook |

14/07/2006

Papillons

Chers amies et amis, bonjour.

Apres trois semaines de vivarium tropical, la fraicheur et la paix relative de Mac Leod Ganj font du bien.

Je viens en effet de passer trois semaines dans une sorte de ferme tantrique situee en plein millieu d'un sympathique paysage, avec tout ce qu'il faut de scorpions, pythons et autres bestioles, en plus des vaches, des chiens et du chat.

Petits echantillons de papillons :

 

 

Ces betes ont ici tendance a devenir transparentes :

 

 

Un dernier papillon, encore plus transparent :

 

 

Je consacrerais les jours qui viennent a cet endroit, avant de revenir a Dharamsala.

08:29 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tantra, yoga |  Facebook |

23/06/2006

Sacre et Profane

 

Toutes les spiritualites et les religions sont basees sur la separation du sacre et du profane, du pur et de l'impur. Pourtant, ou se trouve la source de tout espace sacre ? Cette source n'est-elle pas Ici, n'est-elle pas cet Espace qui accueille toutes ces formes et leurs noms ?

 

Par exemple, voici un temple. Il a l'air vaste. Mais c'est une question de perspective. En se placant au bon endroit, il devient meme assez petit pour tenir entre le pouce et l'index :

 

Le veritable temple n'est-il pas plutot cet espace conscient, a la fois vide et lucide, vers lequel pointe a present mon doigt ?

 

 

Meme chose avec la montagne - image universelle du cheminement spirituel. Le sommet est la-bas, au loin,meme si je peux le toucher du doigt, ce qui n'est deja pas si mal :

 

 

Cependant, le vrai sommet n'est-il pas cet espace a partir duquel je percois tout ceci, espace toujours deja "atteint" ?

 

 

PS : Ma connection internet actuelle ne me permet pas d'ecrire souvent. En effet, il me faut parcourir de nombreux kilometres, et le debit est faible. Je reecrirais regulierement quand j'aurais rejoins une terre plus civilisee, a savoir Dharamsala...

08:13 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

13/06/2006

Une patte en moins, ça fait parfois du bien

La Vache Cosmique fait son check-up du début de l'été. Depuis longtemps, en effet, l'une de ses pattes lui pose problème. C'est celle baptisée "Ken Wilber". Au départ, ce philosophe américain me paraissait trés utile par son projet de fournir une "carte de tous les savoirs", une sagesse intégrale qui réunirait la religion et la science, la spiritualité et la politique. Malheureusement, le personnage ressemble de plus en plus à un gourou. Frank Visser lui-même, qui était pourtant l'un de ses plus ardant avocats, fait mine de se révolter dans son article "Talking Back To Wilber". En voyant les nouveaux sites de la "Integral University", on le comprend. C'est bizness à tous les étages.

Tout bien réfléchit, cette patte va donc disparaître, quoique certains livres de Wilber conservent leur valeur (on retiendra surtout A Brief History of Everything). Est-ce à dire que notre pauvre vache n'aura plus que trois pattes ? Pas du tout. Simplement, la patte restante redeviendra la Quatrième, la Mystérieuse au-delà des noms et des formes, sources éternelle des noms et des formes...

 

09:44 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : ken wilber, gourou, integral |  Facebook |

09/06/2006

Eveil et éternuement

Beaucoup de gens parlent de "rester centrer" malgré les émotions. Mais les chocs émotionnels sont des Eveils à l'Absolu.

Encore des grands mots, me direz-vous. Vous n'avez pas tord : le Bouddhisme tantrique affirme souvent que "les émotions sont la Sagesse". Sauf qu'on ne peut le vérifier qu'aprés 100 000 prosternations et je ne sais combien de millions de prières marmonnées...

Le Shivaïsme du Cachemire formule la chose d'une manière qui la rend immédiatement vérifiable. " L'Eveil est ce dont procède une nouvelle pensée chez un homme (déjà) occupé à la poursuite d'une première. Qu'on en prenne conscience par soi-même !" Evidemment, il ne s'agit pas ici de choc émotionnel. Cet exercice se pratique "à froid", assis ou ailleurs, la seule chose importante étant la capacité d'obervation. Notre vie mentale n'est faite que d'une suite de pensées-sensations. Quand une nouvelle pensée surgit - comme un petit choc ou un petit gong - elle commence par un vide clair, une pure lucidité muette. Habituellement, cet Eveil est si bref qu'il passe complètement inaperçu. Trés vite, en effet, cette limpidité instaurée au premier instant du surgissement se cristallise en une pensée qui s'enchaîne à d'autres. Mais dès lors que l'on a perçu un tant soit peu cet espace, on comprend aisémment que tout changement, tout passage d'une chose à une autre, est une porte ouverte vers "biiiiiiiip" (chacun lui donnera le nom qu'il veut). Et comme tout change sans cesse, chaque instant est une occasion d'Eveil. Tout recommence à chaque petit choc, comparable au son d'un bol tibétain. La pratique consiste alors à suivre cette résonnance assourdissante et à observer comment Elle devient une pensée déterminée. On y gagne plusieurs convictions : L'Eveil est immédiatement disponible ; L'Eveil peut se prolonger sans efforts, pour peu qu'on y mette un peu du sien ; L'Eveil revient, car toute pensée finit, ou est remplacée par une autre. Cette dernière découverte est cruciale : L'Eveil semble ne pas durer, mais toute pensée finit par être interrompue par lui. Du coup, je suis moint angoissé de le "perdre", je le savoure, je m'en délecte. Sur ce fond de plus en plus présent, la pensée prend une autre saveur. Confiant dans le fait que tout changement de pensée ou interruption inopinée est synonyme d'Eveil, je suis moins tenté d'opposer pensée et Eveil. Comme dit le Tailleur de flèches : "Les pensées sont comme des corbeaux sur le mat d'un navire. Même s'ils s'en vont, ils ne peuvent que revenir."

Une fois préparé de la sorte, on peut vérifier que la même chose se passe lors des vrais chocs émotionnels, "à chaud". Sur le plan théorique, il n'est pas difficile de comprendre qu'un choc violent réalise la même chose que les tout petits chocs de notre torpeur douillette. A la limite, plus le choc est rude, plus l'Eveil est puissant, comme un coup de hache qui peut, littéralement, nous laisser sans tête. D'aprés mon expérience, je ne nie pas qu'une discipline méditative soit utile. Elle est même peut-être indispensable pour expérimenter l'Eveil "à froid". Mais dans les situations limites (qui arrivent plus souvent qu'on s'en souvient), les techniques sont par définition inutiles. La seule chose qui compte peut-être, alors, c'est l'amour. Mais l'amour est encore un autre nom pour l'attention, attention qui est la clef.

Quoi qu'il en soit, comme la méditation "à froid" ne suffit pas, il faut un jour ou l'autre se lancer, amour ou pas. Cet Eveil dont parle le Shivaisme est le premier instant de toute pensée ou de toute émotion, avant que celle-ci ne se concrétise en désir de quelque chose ou en peur de quelqu'un.

"Cet (élan) se décèle dans la région du coeur à l'instant où l'on se souvient d'une chose que l'on a à faire, lorsqu'on apparend une nouvelle heureuse, au moment où l'on éprouve de la fraiyeur, où l'on assiste à un spectacle innatendu, dans le flot de l'émission (du sperme), lorsqu'on déclame à toute allure, lorsqu'on s'enfuit à toutes jambes" (Shiva Drishti)

"Au commencement et à la fin de l'éternuement, dans la terreur ou l'anxiété, ou (quand on surplombe) un précipice, lorsqu'on fuit le champ de bataille, au moment où l'on ressent une vive curiosité, au stade initial ou final de la faim, etc., la condition qui est l'existence - le Brahman - (se révèle). A la vue d'un certain lieu, qu'on laisse aller sa pensée vers des objets dont on se souvient. Dès qu'on prive son corps de tout support, le Souverain omniprésent s'avance". (Vijnâna Bhairava)

"La présence du spanda est bien attestée chez celui qui est au comble de l'exaspération, ou de la joie; chez celui qui se demande "Que faire?" ou qui court en tous sens". (Spanda est synonyme d'Eveil dans les Spanda Kârikâ)

"Si l'on réussit à immobiliser l'intellect alors qu'on est sous l'emprise du désir, de la colère, de l'avidité, de l'égarement, de l'orgueil, de l'envie, la réalité de ces (états) subsiste seule". (Vijnâna Bhairava).

Peu importe que le choc soit de joie ou de peine, de plaisir ou de douleur, car au premier instant il perce à travers la croûte de nos habitudes et de nos repères. Qu'une telle merveille se cache dans les pires moments de notre existence, c'est aussi ce que l'art nous révèle. Pourquoi autrement se délecterait-on de drames et autres émotions négatives ? 

 

 

06/06/2006

Etre ou agir : faut-il vraiment choisir ?

En général, la spiritualité nous somme de choisir entre l'action et la contemplation, entre l'engagement et le retrait. Et, si nous choisissons d'agir, il faut alors renoncer à l'ego, pour agir sans désir, à l'image de Krishna.

De même, certains veulent éliminer toute activité, tout mouvement. Faire de nos océans tumultueux des mers d'huile, tel est le but du yoga (de Patanjali). N'être qu'un pur témoin face aux sensations, tel est le but du Sâmkhya. Pour le Védânta également toute activité, fut-elle sacrée, n'est que perpétuation de l'Ignorance.

Le Tantrisme, quant à lui, voit dans ce dilemme le pilier de la dualité, le noeud qui nous retient dans les limites de l'ego ordinaire, dans ce moi qui n'est qu'une croute, un reliquat du vrai moi.

Autrement dit, agir en ignorant l'Etre, la pure conscience, c'est certes être lié. Mais reposer dans la pure conscience en croyant que l'activité - mentale ou physique - est une entrave à abandonner, c'est aussi être lié. Toutes les variétés de Tantrisme s'accordent sur ce point. Il y a donc deux formes de finitude, celle de celui qui médite et celle de celui qui ne médite pas : 

"1. La liberté ne se manifeste pas mais il y a pure conscience. C'est le cas d'un sujet doué de conscience qui s'imagine à tort qu'il perd sa plénitude (s'il agit). 2. Ou encore la liberté demeure mais la conscience éclairée fait défaut quand on imagine un Soi là où il n'est pas, à savoir dans le corps et les autres attributs.

Comme dit (Utpaladeva) dans les Stances sur la re-connaissance (de soi) comme étant le Seigneur :

La perte de la liberté pour la conscience et aussi la perte de la conscience pour la liberté, voici l'impureté de finitude qui, sous ces deux variétés, cache notre propre essence." (Shivasûtravimarshinî I, 2, trad. L. Silburn).

Les adeptes de la Grande Perfection (Dzogchen) appellent cela "perdre la Vue dans l'Activité" et "perdre l'Activité dans la Vue".

 

 

10:34 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pratyabhijna, karma, yoga, jnana, atma, tantra, tantrisme |  Facebook |

04/06/2006

Faut-il avoir peur de l'Inde ?

Dans une entrevue accordée au quotidien Le Figaro du 4 juin, M. Verlinde (!) parle du "New Age" et de l'Inde à la manière des missionnaires chrétiens. C'est normal, puisqu'il est lui-même une sorte de missionnaire, parti depuis plusieurs livres en croisade contre "le retour du paganisme". Dans L'expérience interdite, ce moine catholique s'en prend à l'hindouisme en général qu'il identifie comme étant la source de la tendance à la "dissolution du sujet et de l'objet", pilier de "notre civilisation européenne".

Passons sur la mauvaise foi généralisée et l'ignorance crasse qui constituent le principal ressort de la bonne vieille rhétorique resservie par ce scientifique, ex-adepte de la Méditation Transcendentale (!), re-converti au christiannisme.

Le plus choquant, à mes yeux, est la manière dont cet homme essaie de dresser une civilisation contre une autre, en brandissant quelques mots ("la dissolution du sujet et de l'objet") pour effrayer le bourgeois. En fait, cette dissolution de la dualité est rarement valorisée en Inde. La "participation d'amour" (bhakti) requiert, en effet, une certaine dualité entre l'adoré et l'adorateur. Le personnalisme qui s'ensuit est l'un des chevaux de bataille des Hare Krishna, par exemple. Depuis des siècles, ils condamnent - dans des termes qui rappellent ceux de M. Verlinde - le supposé "impersonnalisme" du Non-dualisme de Shankara. De même, la plupart des adorateurs de Shiva sont réalistes, pluralistes, voire dualistes. Quant aux non-dualistes, ils conservent, d'une manière ou d'une autre, la dualité, au moins dans le domaine pratique. Ainsi, la tradition shankarienne maintient le système des castes (guère différent de celui de l'Ancien Régime). Le Shivaïsme du Cachemire, de son côté, déclare que la dualité est une libre manifestation de la divinité. Elle est une expression du sacré, supérieure au vide. Mais au fond, le christiannisme ne dit-il pas la même chose, quand on lit des docteurs de l'Eglise comme Saint Denys et sa Théologie Mystique ? Bien sûr, le christiannisme ne défent pas une identité pure et simple entre l'âme et Dieu. Toutefois il s'agit bien de s'unir à lui et de se diviniser par la partie de notre âme qui lui est identique en essence.

Par ailleurs, M. Verlinde semble dire que le christiannisme est à l'origine de la notion de "dignité de l'homme". Cette opinion est sans fondement. La dignité et le libre-arbitre de l'homme, c'est l'humanisme de la Renaissance et des Lumières. Peut-on sérieusement faire sortir la modernité de la bouche de Saint Paul, lui qui prône la soumission de l'esclave à son maître ? Non, le chistiannisme est une religion magnifique, mais il est pré-moderne, exactement comme l'hindouisme.

La modernité, ce sont les Droits de l'Homme, les libertés démocratiques et le progrès social. On ne peut la confondre ni avec le christiannisme, ni avec la civilisation européenne, ni avec la politique d'un gouvernement.

Dès lors, la question de savoir comment harmoniser les sagesses pré-modernes avec la modernité ne se pose pas seulement pour l'hindouisme ou le bouddhisme, mais aussi pour le chistiannisme, l'islam et le judaïsme. Et cette question, des Hindous ont commencé à se la poser dès les premiers contacts avec l'Occident, au début du XIXème siècle, avec des gens comme Vivekananda et Aurobindo.

Quelle merveille si M. Verlinde faisait vers l'Inde ne serait-ce qu'une fraction des efforts que les Hindous ont fait vers l'Occident et la modernité !

12:19 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : verlinde, tantra, yoga |  Facebook |

31/05/2006

Réflexion et dévotion sont-elles vraiment incompatibles ?

Saviez-vous qu'il existe une magnifique traduction française des Hymnes à Shiva (Shivastotrâvalî) d'Utpaladeva par Roselinne Bonnet, chez Adrien-Maisonneuve ? C'est le complément indispensable des Stances sur la Reconnaissance du Seigneur (Îshvarapratyabhijnâkârikâ), récemment parues chez l'Harmattan.

 

Rien n'est requis pour te voir,

Rien ne s'y oppose non plus

Puisque tout est inondé de toi seul !

Alors comment maintenant n'es-tu pas vu ? XII, 1

 

Pour le monde,

Qu'est-ce qui n'est matière à t'obscurcir ?

Et pour tes adorateurs,

Il n'est rien qui puisse te cacher ! XVI, 1

 

Pour certains,

ton hommage n'est qu'une voie cérémonieuse

En vue de t'atteindre

Mais pour tes adorateurs,

Il est l'épanouissement même

De leur unicité en toi. XVII, 40

 

Ils n'auront guère conscience

De l'essence merveilleuse des êtres,

Les gens vaniteux,

Car celle-ci se révèle telle

Dans un effort de connaissance ;

Mais en revanche,

Si je ne prend pas en considération

Cette conscience-de-soi, ici-même,

Alors je suis perdu ! XVIII, 3

 

 

12:52 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : pratyabhijna, tantra, yoga, bhakti, shiva, shakti, utpaladeva |  Facebook |

29/05/2006

Pourquoi des rituels compliqués ?

Aryapoutra retrouve Nandi dans son temple privé:

Aryapoutra: Mais tu ne t'arrêtes donc jamais !

Nandi: La conscience ne s'arrête jamais.

A: Peut-être. mais elle est au-delà de toute activité, rituelle ou autre. Alors pourquoi tout ce zèle ?

N: Détrompes toi : la conscience est activité. Toute activité est un aspect de cette Activité. Elle est à la fois mouvement et repos, comme l'océan et ses vagues. Toute distinction est imaginaire.

A: Mais encore une fois, à quoi bon en rajouter.

N: Je ne rajoute rien. On ne peut pas ne pas agir. On ne fait pas un rituel de temps à autre. Toute activité est rituel. Autrement dit, toute activité est intégrée dans la Grande Activité. Quant à l'aspect artificiel ou laborieux, c'est juste une question de goût. C'est toujours l'autre, celui qui n'est pas animé par ce désir, qui voit de l'artifice ou de l'effort. Tout est naturel, car toute activité est la Déesse.

A: Mouais.

N: Mouais. Regarde par exemple le rituel de la Shrî Vidyâ. C'est la liturgie de la Déesse, celle de la Doctrine secrète de la déesse Tripurâ. C'est vrai qu'à première vue ça parait un peu compliqué. Tu vois ce mandala tracé sur ce miroir, avec plein de triangles entrelacés ?

A: Ca me fait mal aux yeux !

N: T'inquiètes pas, vas. Il n'y a rien d'obligatoire là-dedans. La vie profane est rituel, le rituel fait partie de la vie. En plus, tous ces rituels sont à géométrie variable. Ici, je fais la grande cérémonie des Neufs Cercles. Mais demeurer dans la vision de Celui Qui Voit est suffisant. Si on ne voit pas, aucun rituel n'a de sens. Si l'on voit, le rituel devient inutile.

A: Ah, ben tu vois, je te le disait !

N: Nan. Je veux dire que le rituel n'a pas de but, pas de sens utilitaire. C'est comme un spectacle, comme une oeuvre d'art : on s'en délecte justement parce qu'on n'est plus obsédé par l'espoir ou la crainte. Il y a des vins si chers qu'il vaut mieux les déguster gratuitement. Sinon, c'est le la gloutonnerie indigne. Il y a désir, il n'y a même que cela, mais désir gratuit, sans but. C'est ce que la tradition appelle "amour" (bhakti). Et cet amour du Dieu, c'est la Déesse. Il n'y a donc pas à se forcer. Méditation en silence et "rituel" sont le prolongement l'un de l'autre. En fait, tout vient du silence, de la conscience qui est activité pure.

A: Mais pourquoi à l'extérieur ? Et pourquoi ne pas suivre son élan intérieur, sa spontanéité ?

N: Bien sûr. La tradition, c'est ce qui ne peut être transmit, et qui change donc sans cesse. Si tu regardes les rituels, tu verras que, même à l'intérieur d'une lignée, il n'y a jamais deux texte absolument identiques. Le rapport au côté "technique" du rituel est encore comparable avec le cas de l'art. La technique est nécessaire, mais pas suffisante. Le rituel est un moyen d'exprimer qui nous sommes vraiment, de même que c'est en obéissant aux règles de la grammaire que l'on pourra expimer notre singularité par la parole.

Ce rituel de la Srî Vidyâ est la Rolls-Royce des rituels, un descendant direct de l'enseignement d'Abhinavagupta. Il est un peu au Shivaïsme ce que le Kâlacakra est au Bouddhisme. Sophistiqué, raffiné, et profond.

[Suite au prochain kalpa]

 

11:54 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sadhana, tantra, yoga, pratyabhijna, rituel |  Facebook |

28/05/2006

A quoi servent les rituels ?

Un petit dialogue :

 

Aryapoutra : Salut Nandi !

Nandi : Salut à toi.

A: Tiens, je vois que tu es encore dans ta pièce spécial sacré, plongé dans tes interminables rituels.

N: Mmm. Je perçois comme une condamnation dans tes paroles...

A: Je ne te le fais pas dire ! A quoi bon ces pratiques répétitives, ces mantras et ces abracadabras à n'en plus finir. Ne le prend pas personnellement, mais quand je te vois entouré de cet attirail, ça me fait penser à un TOC. D'ailleurs, il m'a semblé que tu étais davantage nerveux les jours où tu n'avais pu achever tes rituels.

N: Peut-être, mais nous avons tous nos TOC, non ? La vie est habitude et inertie, pour ne pas dire karma...

A: Mouais. Mais alors, pourquoi ces rituels-là ? Pourquoi ne pas simplement rester assis devant la télé le dimanche, devant son bureau la semaine, etc ? Chaînes d'or ou de fer, ce sont toujours des chaînes. Nuages blancs ou sombres cachent également le soleil ! Le Bouddha n'a t'il pas rejeté tous les rituels ? Pourquoi ne pas s'assoir simplement et contempler notre Visage Originel ?

A: Premièrement, je te ferais remarquer que rien, mais alors absolument rien, ne t'empêche te contempler ton Visage Originel face à la télé, au bureau ou face à une Image Divine lors d'un rituel. Deuxièmement, le Bouddhisme est sans doute, avec l'Hindouisme, le plus grand producteur de rituels que la Terre a jamais portée ! Même le zen - auquel tu fais sans doute allusion - est perclu de rituels ! Zazen est un rituel, et le maître Dôgen va jusqu'à préciser comment le moine zen doit s'y prendre pour se brosser les dents !

A: C'est que le Bouddhisme dégénère : le Bouddha l'avait prédit.

N: Ah bon ? Mais regarde les Tantristes - qui sont plutôt joyeux en général - ils sont d'accord pour dire que le Bouddhisme dégénère, et pourtant cela ne les empêche pas de pratiquer toute sortes de rituels.

A: Ce sont les Tibétains, ce sont des demi-sauvages, obsédés de sorcellerie.

N: Tu serais surpris d'apprendre que ces superstitions sont ridiculisées par les tantras eux-mêmes, et que du côté du Bouddhisme soit-disant pur, les grigris sont légions. Il ne faut pas confondre rituel et supestition. On peut parfaitement pratiquer des rituels sans voir des présages et des démons partout.

A: Admettons. Mais il reste que pratiquer ainsi, c'est se conditionner ! Au mieux, on ne fait que changer l'apparence de sa cage.

N: Je ne vois là nulle fatalité. Comprend le bien : toute vie est rituel. Toute vie n'est-elle pas faite de rythmes et de répétitions ? Veille-sommeil, jour-nuit, inspir-expir, vie-mort, réussite-échec, prendre-donner, agir-subir : le Temps lui-même est le Grand Pratiquant de la liturgie cosmique !

A: Si tout est déjà rituel, pourquoi ces rituels artificiels et biens humains ?

N: Pour communiquer avec le cosmos, ou plus exactement pour mettre notre microcosme à l'unisson avec le grand. Relier pour nous ce qui l'a toujours été en soi. Les rituels sont faits de symboles. En Grec, ce mot désigne les deux moitiés d'une poterie. Les marchands la brisaient, et s'en servaient comme signe de reconnaissance. L'homme et le cosmos sont les deux moitiés d'un même Tout : "Le ciel étoilé au-dessus de moi, et la voix de la conscience en moi".

Quoi qu'il en soit, je te prie de bien vouloir me laisser continuer ma cérémonie...

A: Bien sur. Mais en quoi consiste t-elle d'ailleurs ?

N: Je te le dirais aprés, si tu veux bien me laisser finir.

14:34 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : yoga, rituel, liturgie, sadhana, tantra |  Facebook |