16/12/2005

Petits jeux éducatifs dans le temple

Vue depuis la grande cour du temple. Le truc, c'est que les chaussures sont interdites. Et vu qu'il fait 50° au soleil, le jeu consiste à courrir d'une zone d'ombre jusqu'à une autre sans trop se cramer les pieds. Ca s'appelle "la marche sur le Feu"... 

16:24 Écrit par David Dubois | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arunachala |  Facebook |

Du côté d'Arunâchala

Toujours en 97. Le temple d'Arunâtchala vu du haut de la colline sacrée. C'est là que vécut Ramana Maharshi. J'étais monté à 5h du matin, histoire d'échapper à la fournaise tropicale. Arrivé au sommet, j'eu d'abord une mauvaise surprise. Deux sâdhus (ascètes) : l'un, visiblement fêlé, vivant dans une hutte faite de sacs plastiques (je vous dit pas la poésie du dispositif !); l'autre, occidental, chantant "ommmm" dans une cavité voisine, avant de retourner dans sa Hollande natale avec sont gros chignon. Puis, une bonne surprise : au sommet, d'environ 20  mètres de large et couvert de suie noire, je me suis retrouvé entouré d'un océan de nuages blancs sous un ciel immaculé. Ahhhhh... Sauf qu'au niveau sonore, c'était pas à la hauteur : la route qui ceinture la sainte colline/montagne est une voie de circulation principale pour les gros camions. Même au sommet, on se serait cru en plein embouteillage. Bizarre contraste entre la vision et l'ouïe. En plus, ces camions tuent de pauvres pélerins circombulants (ça se dit ?) ce linga naturel qu'est la montagne. Les routiers sont sympas...

16:21 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arunachala, ramana |  Facebook |

A Noble Instrument !

Mon professeur de vina a appris avec le grand musicien Zia Mohiuddin Dagar (je vous recommande d'écouter le râg Pancham Kosh, paru chez Auvidis et peut-être disponible à la FNAC). Il est malheuseusement décédé il y a prés de 20 ans, mais son fils perpétue la tradition vivante de cette musique entièremment tournée vers l'Ecoute. Il était à Paris récemment.

16:08 Écrit par David Dubois dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dagar, dhrupad, rudra vina |  Facebook |

Un peu de musique

Mon gourou de rudra vina en action. Si vous n'avez pas encore visité son site  (voir le lien à droite) pour tout savoir sur la vina, je vous conseil vivement de le faire !

16:02 Écrit par David Dubois dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rudravina, rudra vina, dhrupad |  Facebook |

Meuh ?

Il y a une des 4 pattes (de la Vache) dont je n'ai par encore parlé. Il s'agit de la Philosophie Intégrale de Ken Wilber.
 
Or, il y a une raison à cela : plus le temps passe, moins cette patte me semble viable telle quelle. Comme je l'indique trop brièvement dans la colonne de gauche, chaque patte a ses points faibles. Certes. Mais la papatte wilberienne paraît s'affaiblir au point de mettre en danger la survie de l'organisme tout entier.
 
En effet, sa philosophie m'a d'abord enthousiasmé: Enfin un philosophe (: quelqu'un qui aime réfléchir) qui médite et lit les textes des pensées orientales non-dualistes. De plus, il cherche à réconcilier le plus de point de vue possible. Plus exactement, il recherche le point de vue qui enveloppe le plus de perspectives différentes. Il pense ainsi qu'il existe un "point de vue" à partir duquel toutes les philosophies, les religions, les sciences, sont vraies, chacune à sa façon. C'est pourquoi il affirme que son système est "intégral". Il souhaite de cette façon réconcilier la science et la religion, l'Orient et l'Occident, les sagesses antiques et la pensée moderne, le matérialisme et le spiritualisme. Selon lui, ces points de vue contraires ne sont que différents regard posés sur une seule et même réalité. Il propose alors une grille de lecture "intégrale", qui prend en compte les attitudes objectives et subjectives, ainsi que les différents stades de développement présent selon chacun de ces points de vue. Ainsi, selon lui, la matière n'est pas inférieure à l'esprit, ni l'inverse : la matière et l'esprit sont simplement deux regards (objectif et subjectif, respectivement) portés sur la réalité. A chaque état subjectif correspond un état de la matière, et inversement. De sorte que science et religion sont réconciliées.
Je trouve cette idée de réconciliation, d'unification, trés intéressante et fort utile. Car aujourd'hui, un des problèmes qui se pose à nous est justement celui de la fragmentation des savoirs. Chacun se spécialise, et du coup "on sait presque tout sur presque rien, et presque rien sur presque tout". Dans une démocratie, c'est un grave problème, car cela veut dire que l'on ne peut pas se prononcer sur une question (le nucléaire, par exemple) sans s'appuyer sur l'opinion d'un expert-spécialiste... Par ailleurs, comme je vis depuis longtemps dans un univers de pensée "oriental", cette pensée-là, qui voulait jeter des ponts entre des savoirs qui, au mieux, s'ignorent, était bienvenue. En lisant son best-seller Une brève histoire de tout, j'avais le sentiment de retrouver une certaine harmonie, d'avoir remis un peu d'ordre entre mes différents domaines de savoir. Bref, j'y avais gagné en unité. Quant à l'allure du personnage - 45 ans, super musclé, "méditant 4 h par jours", "le génie américain", crâne rasé, ermitte avec toujours de belles femmes au bras, etc. - , je l'acceptais de bon gré, me disant que c'était simplement la culture américaine, et qu'on ne doit pas juger un philosophe sur sa garde-robe ou l'expression de son visage. 
 
Mais ensuite, j'ai pris de plus en plus pris conscience de certains défauts du personnage qui se retrouvent dans ses écrits. Le principal est sa tendance à se lancer dans de grandes affirmations, en prétendant qu'il y a "des centaines d'études qui ont prouvé cela", alors qu'il n'y a rien. Par exemple, dans la dernière version de sa philosophie ("post post-moderne"), il s'appuit sur ce qu'il nomme le "karma cosmique". Cela signifie entre autres choses que, plus un évènement se produit, plus il aura tendance à se produire aisément, et cela indépendament des distances. Or, il s'agit en fait d'une reformulation de la thèse de la "résonnance morphogénétique" du pseudo-biologiste new-age Rupert Sheldrake. Le hic, c'est qu'aucune étude, aucun protocole expérimental n'a jamais confirmé cette thèse selon les critère de la "bonne science" (tels que définits par Wilber lui-même). La théorie de Wilber n'est donc pas corroborée "scientifiquement", contrairement à ce qu'il prétend. Et il nous fait le même coup à propos des effets "merveilleux" et "indubitables" de la méditation transcenddentale, etc. Par ailleurs, il a apporté son soutient à des gourous comme Adi Da, un psychopathe de premier ordre inspiré (encore un !) par le Shivaïsme du Cachemire. Il croit à la folle sagesse, aux êtres "parfaits" (siddha). Bon, il est vrai qu'il revient parfois sur ses avis, mais il finit toujours par retomber dans les mêmes travers. Evidemment, il a tendance à lui-même devenir l'un de ses gourous...
Je vous conseille de lire cet article instructif, et ceux à propos d'autres gourous que l'on trouve sur le même site :
 
http://www.strippingthegurus.com/stgsamplechapters/wilber.asp
 
Alors, que faire de cette patte ? Et bien j'en conserve la superstructure, c'est-à-dire la grille de lecture "intégrale", mais dans un esprit sceptique. Faisons comme le cygne (hamsa) indien : buvons le lait sans boire l'eau, laissons les gourous dans leurs délires monomaniaques et goûtons seuls, comme des adultes, aux joies de la méditation, de l'observation et de la réflexion. Youpi !

15:55 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : guru, ken wilber, integral, gourou |  Facebook |

13/12/2005

Yatra, spectacle de danse indienne

Ce vendredi, il y a, à la fac de Censier Paris-III, un divertissement de danse indienne variée, plein d'humour et de joie de vivre. N'hésitez pas à y aller si vous voulez passer un bon moment !

16:40 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Toutes les doctrines sont égales, mais certaines le sont plus que d'autres

Dans le chapitre 7 de la Doctrine secrète, la princesse récapitule les préceptes des chapitres précédents : Pour atteindre le Souverain Bien, il faut réfléchir, mais sur la base des textes révélés. Lesquels ?
 
1/ Les textes théistes sont supérieurs aux autres
 
Eh bien les textes qui admettent l'existence d'un Dieu tout-puissant. SS'ensuit une brève démonstration de son existence. Les textes selon lesquels le monde n'a pas de créateur conscient sont à rejeter.
Là-dessus, je ne suis guère d'accord.
-D'abord, parce que l'existence d'un Dieu personnel n'est pas le vrai message du texte. Pourquoi alors poser cette idée de Dieu comme condition préalable ? Les arguments théistes, en général, ne me convainquent pas. L'objection principale me semble être l'existence du Mal, non seulement chez l'Homme, mais aussi dans la nature : pas de vie sans destruction d'autres vies.
-En plus, on peut se passer de cette hypothèse. Si l'on veut du merveilleux, la conscience suffit, l'observation des petites choses de tout les jours suffit. C'est d'ailleurs le vrai message du texte.
 
Mais l'auteur ne peut s'empêcher de l'enrober dans un discours théiste. En cela, il suit fidèlement Utpaladeva, le fondateur de la philosophie de la Reconnaissance. Pour lui, il y a deux plans et deux discours correpondants : a/ Au plan ultime, Dieu n'est qu'un symbole, une construction mentale personnifiant la conscience ordinaire. b/ Mais au plan relatif, Utpaladeva accepte les catégories dualistes du Créateur, des créatures et de la création.
Je suis d'accord avec Utpaladeva au plan ultime, mais je ne suis pas théiste : je n'admet donc pas son explication du fonctionnement des choses au plan relatif (ou "conventionnel"). Soit-dit en passant, c'est pareil pour le Bouddhisme et l'Advaita Védânta. J'admet que tout est vide d'existence propre, que tout est Conscience. Mais je n'admet pas les explications du monde que donnent ces philosophies : je ne crois pas trop aux vies antérieures, au karman, encore moins au système des castes, etc.
Autrement dit, j'admet leur Vérité Ultime, mais pas leur explications sur le plan relatif ou conventionnel. Je penche plutôt pour des explications scientifiques, dans un esprit agnostique qui laisse la plus grande place à l'émerveillement devant les choses humbles.
 
Mais bon, laissons la princesse continuer "toute femme qu'elle soit" (dixit le prince...). A ce propos :
Selon le Tantrisme, la femme est la connaissance que l'homme a de lui-même
 
La princesse continue en relativisant la hiérarchie des doctrines:
 
2/ Toutes les doctrines sont également des points de vue sur Dieu : égalité des doctrines
 
Les Dieux imaginés avec leurs attributs ne sont pas le vrai Dieu:
 
"Mais Lui - véritable pierre philosophale pour ses adorateurs - se manifeste dans les lieux et sous les aspects particuliers qu'imaginent leur piété".
 
Voilà une belle idée, enseignée par Krishna dans la Gîtâ et dans le Mahâyâna bouddhiste. Ce que nous sommes vraiment apparait selon nos capacités pour nous éveiller à nous-mêmes. De sorte que le maître - le fameux gourou - n'est peut-être rien d'autre que notre Eveil éternel venu du futur pour nous sauver de nos fausses identifications ! En tous les cas, j'aime cette idées que Dieu ou les Bouddhas nous apparaissent d'innombrables manières, selon nos illusions propres. Comme dit le Dzogchen, "tout ce que l'on voit ou entend est la Compassion de notre Essence primordialement pure". Cela va également dans le sens de la parabole Jaïna de l'éléphant dans le noir : les philosophies, les doctrines ne sont que différents ponts de vue sur le Réel. Ce sont les Shaktis de Shiva, les manières dont le Réel ou Dieu, comme vous voudrez, prend conscience de lui-même. Du coup, on peut devenir plus tolérant :
 
"Et puisque la conscience absolue constitue le noyau de vérité commun aux diverses conceptions du Seigneur, il n'y a pas lieu de se représenter les unes commes xupérieures, les autres comme inférieures."
 
L'Inde a une vraie culture de la tolérance dont nous ferions bien de nous inspirer.
 
Ce sont là des illusions, des mots, des constructions, mais c'est tout de même trés émouvant, non ?

11/12/2005

Qu'elles sont jolies, ces dâkinîs !!!

Durant toute une nuit, des moines déguisés en dâkinîs (sortes de fées) dansèrent autour d'une tente où reposaient les pillules de longue vie que le Lopon allait distribuer à la communauté Bön à la fin des cérémonie.
 
 

12:32 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : bonpo, tenzin namdak |  Facebook |

Mines spirituelles

Même cérémonie : sous le regard amusé de khenpo Tenpa, des moines enterrent une amulette de protection, disposée selon les règles, pendant que le Lopon récite les textes appropriés.
 
 

12:30 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonpo, tenzin namdak |  Facebook |

Une bien jolie hutte !

Le même toit, du point de vue du Lopon. A l'arrière-plan, on aperçoit la "cellule pour les retraites dans l'obscurité". Comme vous le voyez, ce n'est pas Versailles...
 
 

12:28 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

En plein air

Aprés les prières préliminaires, tout le monde fu convié sur le toit du dortoir des moines pour une cérémonie complexe visant à protéger le monastère des esprits vilains. Au bout de l'allée des moines, on devine le Lopon assis sur le trône.
 

12:25 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Grand Festival Bön

En 1997, Lopon Tenzin Namdak célébra une fête que chaque abbé de monastère ne peut accomplir qu'une seule fois durant toute sa carrière. Tous les Bönpos d'Inde et du Népal avaient accourus. Durant une semaine, le Lopon transmis l'intégralité des initiations Bön. Les moines avaient passé des semaines à préparer leur coiffe spéciale.
Ici, on voit le Lopon sortir du temple pricipal le premier jour. A gauche du Lopon, tenant le grand tambour, on apperçoit Khenpo Tenpa, qui reçut la charge d'abbé aprés ces cérémonies.
 
 

12:23 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

10/12/2005

Patits problèmes entre pratiquants

Dans les centres spirituels, il y a parfois des conflits, même en Orient, comme en témoigne ce cliché d'adeptes ayant subit une malencontreuse réincarnation...

20:22 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Initiation au vajra-bizz

Deux petits moines en plein travaux pratiques !

20:19 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Des animaux et des hommes

Sur les sites bouddhistes, il y a des singes experts en picage de pièces. On vous aura prévenus...
 

20:05 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Un petit tour à Kathmandou

Quelque images d'un séjour à Kathmandou en 1997. D'abord, le stoupa de Svayambhu, situé sur une colline en face du monastère du Lopon T. Namdak. Vous remarquerez les pigeons, comme autant de pratiquants appliqués dans leur quête vers l'Eveil...

20:02 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/12/2005

Croire en quoi ? en qui ?

Dans le chapitre 6 de la Doctrine secrète, le prince commence par dire qu'il ne comprend rien à l'allégorie racontée par sa princesse. En fait, il ne comprend même pas que c'est une allégorie.
Son épouse lui répond, en substance, qu'il doit lui faire confiance. En effet, sans confiance ni foi, aucune action, ordinaire ou spirituelle, n'est possible.
" Concluons donc que tout comportement humain se fonde sur une certaine confiance originelle".
Le doute à tout va paralyse le sceptique. Le jeu du "prouve ta preuve" mène à un nihilisme stérile. Il faut réfléchir, mais en s'appuyant sur des enseignements révélés dans des textes ou par un maître: "Lorsque tu ne raisonneras plus que sur la base des textes révélés tu seras prés d'atteindre le salut."
Mais le mari, pas si bête que cela, aprés avoir loué l'intelligence de sa femme, lui pose quelques questions pertinentes :
"A quoi doit-on croire ? Et à quoi ne doit-on pas croire ? Les textes révélés sont si nombreux, contradictoires, les opinions des maîtres si variées... Chacun est enclin à proclamer l'excellence des idées qui ont sa préférence et à rejeter les autres comme inutiles et même comme nuisibles au salut... Même celui qui considère le vide comme étant la vérité est en mesure de réfuter les autres. Pourquoi ne pas ajouter foi à ses paroles ? Son opinion aussi est en accord avec les textes révélés !" Les textes bouddhistes "révélés" (sûtra et tantra), mais aussi certains passages des Upanishads védiques.
 
Bref, chacun choisit la philosophie qui convient à son tempérament. "Dis-moi ce que tu crois, je te dirais qui tu es". Aujourd'hui en Occident, comme hier en Inde, il y a pléthore de systèmes - y compris des "systèmes anti-systèmes" - qui se proposent à notre adhésion. On y adhère en effet, puis on passe à autre chose... Cette attitude semble devoir mener au nihilisme, au scepticisme ou à un prudent agnosticisme. En tous les cas, pas à la foi. Le prince a donc raison de demander à cette princesse comment l'on peut avoir foi en la foi ? Ne faut-il pas se contenter de l'expérience et du raisonnement ? Mais on a démontré avant que les expériences sont subjectives et relatives, que les raisonnement peuvent prouver tout et n'importe quoi : Que faire alors ?

11:07 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

07/12/2005

Encore un problème de famille !

Dans le chapitre 5 de la Doctrine secrète, la princesse instruit son imbécile de mari par une allégorie.
Elle raconte que sa mère est sainte, mais qu'elle-même est tombée accidentellement dans une famille pourrie. Cette famille, ce sont l'intellect (pur mais naïf), le mental (imagination etc.) les sens et le corps. Ces facultés sont, en effet, notre première et notre dernière famille Or, dans le tantrisme non dualiste, ces facultés sont personnifiées par des yoginîs et autres démones lubriques assoiffées de sang frais. Comme dit Bhartrihari : "Nous n'avons consommé aucune chose : ce sont les choses qui nous ont consummé !" 
Mais, une fois reconnues comme étant des manifestations de la conscience, elles procurent tout ce que l'on désire. Cette femme mal mariée souffre donc de pitoyables tourments dans sa belle-famille.
Heureusement,
 
"Ma mère était une femme sainte, pure, immaculée.
Elle était omniprésente comme l'espace et d'essence subtile comme les atomes
Omnisciente sans rien savoir,
Universellement active sans s'activer en rien,
Répandue partout sans avoir de réceptacle,
Support de toutes choses sans avoir de support,
Omniforme et dépourvue de forme,
En relation avec toutes choses et isolée,
Pleine de joie sans se réjouir de rien,
Partout apparente et cependant impossible à connaître par qui que ce soit.
Elle qui n'a eu ni père ni mère a mis au monde des filles semblables à moi, innombrables comme les vagues de la mer...
De mon côté, j'étais en possession d'un grand mantra, ce qui me permettait de demeurer essentiellement identique à ma mère, tout en vivant au milieu de cette famille et en me dévouant à son profit."
 
Puis, sans entrer dans les détails, elle raconte qu'elle a tué tout le monde et retrouvé sa félicité native.
Encore une fois, tout est affaire de compagnie ! Par contre, je me demande ce qu'est ce "grand mantra". Le commentateur a l'air un peu perdu là dessus...

16:21 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

04/12/2005

"Nous sommes tous une seule et même Absence"

Deux heures passées cet aprés-midi avec Douglas E. Harding.
Trés en forme qu'il semblait, j'ai pu l'interroger sur le sujet qui lui tient à coeur : la Vision Sans Tête. Autour d'une tasse de thé et de quelque biscuits, il a sans cesse insisté sur le caractère absolument miraculeux de chaque moment vécu, de chaque personne rencontrée. Plein d'esprit, il a cité de nombreux auteurs anciens et modernes, tout en insistant sur la simplicité de la Vision. Voici ce que je me rappel de cet échange :
 
"Certains disent que le 'Je suis' est la réalité ultime, finale. D'autres disent que, même si c'est un moyen utile, il faut ensuite le délaisser ou le dépasser. Qu'est le 'Je suis' pour vous ?"
- Le 'Je suis' est ultime, car pour douter de mon existence, il faut encore que je doute. La certitude du 'Je suis' est le roc sur lequel je puis douter autant que bon me semble. Il est le roc immuable qui rend possible toutes les expériences changeantes. Le 'Je suis' est à la fois le moyen et le but.
 
"Ramana Maharshi recommandait, à la fin de sa vie, que l'on répète mentalement 'je-je' comme moyen pour s'établir dans l'Etat Naturel, le Soi. Penser-vous que ce soit un moyen valable ?"
- Je pense qu'il existe d'innombrables moyens qui sont autant d'accès vers Ici. En aucun cas je ne me laisserais aller à les limiter. Et surtout, voyez-vous, même si les gens ne voient pas, ils ont raison. Car leur aveuglement ne change rien à ce qu'ils sont vraiment. C'est même ce qu'ils sont vraiment qui rend possible cet aveuglement. C'est la liberté, c'est la beauté de l'Histoire. Quoi qu'il en soit, Ici, je suis immortel, non-né.
 
"Oui, mais cette immortalité est purement impersonnelle. Y-a t-il un avenir pour Douglas Harding aprés sa mort ? Y-a t-il une continuité de la personne à travers sa mémoire ?"
- Non, je ne crois pas. Et heureusement ! Ce serait épouvantable si Douglas ne cessait jamais. Une malédiction, une forme d'enfer ! D'un autre côté, chacun apporte une contribution unique, imprévisible, sans prix. En plus, ce que l'on fait demeure dans cet univers. Les conséquences de nos actes s'y perpétuent. C'est une sorte d'immortalité personnelle.
 
"Mais si le 'je suis' est si indubitable et évident, comment se fait-il que tous les gens qui sont réputés regarder Ici ne parlent pas de 'Je suis', comme les Bouddhistes  par exemple ?"
- Eh bien, je crois que c'est parce que cela est requis. S'il y a des gens qui ne voient pas, ou bien qui interprètent différement, c'est parce qu'ils sont libres. Dieu est libre. Cela veut dire que je ne sais pas ce qui va arriver. C'est comme le vol d'un papillon : [il mime avec sa main] hop, hop ! Je ne sais pas ce que je vais dire, ni comment je vais le dire. Cela est requis car, voyez-vous, nous avons besoin d'une Histoire. Or, qui dit Histoire dit aussi complications, embrouilles, essais et erreurs, pertes et retrouvailles... Tout ce qui est apparement mauvais concourt à un plus grand bien.
 
"Il y a des spiritualités où l'on dit que 'tout est parfait' (comme dans le Dzogchen), mais ensuite on vous dit qu'il faut respecter des règles, sans quoi on ira en enfer, etc. Qu'en pensez-vous ?"
- J'en pense que ces organisations vont se défaire d'elles-mêmes. Ces règles sont inutiles. Quand je vois Ici, je ne peux me tromper ! Par contre, je peux stabiliser cette vision. Mais cela se fait par la force des choses, plus ou moins rapidement, selon le tempérament de chacun... C'est un processus cyclique d'aller-retour constant entre la Vision et la distraction, entre la simplicité et la paix de ce que je suis Ici d'une part, et la complexité et la souffrance que je vois et que je dois acueillir encore et encore. C'est un va-et-vient incessant entre la vacuité et la compassion, comme disent les Bouddhistes.
 
"La méditation est-elle une aide pour stabiliser la Vision ?"
- Pas pour moi. En fait, je crois même que c'est plutôt un obstacle, dans la mesure ou cette activité de méditation est délibérée. Naturellement vient un moment ou cette Vision devient naturelle. Mais, aprés un demi-siècle de pratique, je crois pouvoir affirmer que cela implique maintes souffrances et épreuves.
 
"Mais n'avez-vous pas trouvé que, aprés la Vision, vous vous sentiez davantage incliné à 'méditer' ?"
- Non.
 
"A la lumière de votre expérience, croyez-vous que la Vision peut rendre un homme parfait  tant dans ses actes que dans ses paroles ?"
- Ha !!! [il s'esclaffe] Impossible. Quant à mon cas, je dirais même que Douglas est un démon, un diable. Et je puis vous affirmer que je possède des informations de première main à ce sujet ! Mais cette débilité, cette stupidité dont j'ai eu de si nombreuses preuves, je la laisse là-bas, à u mètre.
 
"Mais, même si je constate l'absence de formes Ici, que faire des innombrables pensées obsessionnelles qui y surgissent sans-cesse ?"
- Cela fait partie de l'Histoire. C'est là-bas. Il faut voir aussi que toute cette complexité, cette obscurité de l'âme humaine, est requise. On ne peut pas à la fois vivre et vivre sans ce sac de noeuds. Mais voir Qui voit est d'une grande aide. Partir du centre est la voie la plus directe. Ensuite, le reste change automatiquement autant qu'il est possible.
 
"Pensez-vous qu'il y a un lien étroit entre la Vision et la croyance en Dieu ?"
- Absolument pas. Au contraire ! Les croyants ont souvent du mal a accepter ce qu'ils voient, cette Absence de tout, y compris de Dieu. Car Dieu n'est pas Dieu, comme dit Maître Eckhart.
 
"La vision est-elle compatible avec l'agnosticisme ?"
- Dieu lui-même est le Président du Club des agnostiques ! Dieu ne croit pas en Dieu.
Tout cela, voyez-vous, n'est finalement que paradoxes. Je ne fais rien et, pourtant, depuis un demi-siècle toutes sortes d'idées me sont venues pour partager la Vision avec mes amis.
Dans tous les cas, l'essentiel est de prendre note qu'il n'y a pas de visage Ici. Simplicité. Il y faut, si vous voulez, une attention légère, une attention sans intention. Cela suffit : inutile de se torturer.
 
 
 
 

20:25 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : douglas harding |  Facebook |

02/12/2005

Comment peut-on ne pas voir la Conscience ?

Le maître répond que la source ultime de la réalisation spirituelle est la "bonne compagnie" (satsang). En effet, "même en ce bas monde, il en va ainsi : de la valeur des gens avec qui on s'associe dépend celle des résultats que l'on obtient."
 
Le maître illustre cette loi par un récit, celui d'une princesse qui éveille à sa vraie nature son idiot d'époux.
 
Celle-ci commence par lui montrer combien nos goûts et nos opinions sont relatives. Ce qu'on désire est le bonheur. Mais que désire t-on vraiment ? Tout est relatif en ce domaine. On recherche "ce qui est agréable" dit-on. Mais ce qui est agréable pour l'un laisse l'autre indifférent, et fait souffrir un autre encore. De même "la beauté est seulement ce que l'esprit se figure". Comme dit Pascal "L'imagination dispose de tout".
 
En méditant ces propos, le prince parvient au "désenchantement", puis à la "connaissance". Autrement dit, la voie proposée est celle-ci : (1) On écoute ou on lit. (2) Puis on réfléchit. (3) Cette réflexion mène au détachement, (4) qui culmine dans la connaissance. Cette connaissance est la délivrance et l'expérience parfaite, ultime.
 
Mais en quoi consiste cette connaissance ? Elle consiste, paradoxalement, à être fermement convaincu que tout est Connaissance, justement. C'est-à-dire Apparence et Conscience.
De fil en aiguille, même les perroquets de la ville de ce couple princier bienheureux répètent la connaissance parfaite en ces termes :
"Ô gens, cessez de vous complaire dans les choses, et goûtez à vous-mêmes/ à votre Soi !" Car se complaire dans les choses est la cause principale de la souffrance, explique le commentateur.
Mais qu'est-ce que le Soi ? Il est la conscience, le fait d'être "conscient de", "présent à" soi ou aux choses.
"Il faut adorer le Soi". Adorer, c'est, normalement, célébrer un culte extérieur, visualiser, prier, etc. Mais l'adoration "du Soi, c'est demeurer en tant que 'je'". C'est se laisser aller dans le pur et simple acte de conscience "je-je", pareil au bourdonnement de la tampura. C'est évoquer délicatement et intensément "Je suis Lui", en accord avec le souffle et les mouvements des sens et du mental. C'est s'absorber dans cette certitude inébranlable et se laisser imprégner par elle. Cette conscience pure est "dépourvue de tout objet de conscience", en ce sens que ce dont on a conscience - le corps, les sensations, les gens et les choses... - sont aussi la Conscience, car ce sont de pures apparences. Les choses sont seulement Lumière, se confondant ainsi avec la transparence de la conscience qui les acueille.
 
Croire que le corps et le monde existent en eux-même, en dehors de la Conscience et de leur apparence, c'est comme de croire en l'existence des cornes du lièvre... Ce qui apparaît, c'est la Conscience elle-même, et rien d'autre !
 
Mais si seule la conscience se manifeste ("brille"), comment se fait-il qu'on s'identifie aussi au corps, etc ? Le texte répond : "à la manière d'un miroir". Le commentateur précise :
Tout se réduit à la Conscience. Car tout ce qu'on perçoit, tout ce qu'on pense ou imagine apparaît seulement "dans" et par la conscience. La conscience est donc notre Soi et le Soi de tous les objets. Parce qu'elle choisit librement d'ignorer cette vérité, elle s'identifie à des corps d'hommes, de dieux, etc. Mais toutes ces expériences ne sont possibles que dans la Lumière qu'est la Conscience ! Cette Apparence, cette Présence ininterrompue est le suprême Shiva dont parlent les Ecritures. Grâce à son absolue liberté, nommée Mâyâ ("Magie"), il apparait comme dualité, en faisant librement apparaître l'Ignorance qui consiste à cacher sa Présence alors qu'il est l'Apparence même ! Et il fait apparaître tout cela à partir de lui-même, en découpant sa propre Apparence. Il ne produit pas les choses comme la pousse surgit de la graine, ou comme un potier façonne des vases, ni même comme une corde apparaît illusoirement comme un serpent, car la dualité apparaît. Elle n'est donc pas une illusion. Ou plutôt, même l'Illusion est réelle, car elle est Apparence.
Cela est possible, "comme dans un miroir". Le miroir reste un seul miroir, une seule apparences, alors même qu'il accueil une infinité de reflets. Il est à la fois un et multiple, duel et non-duel. Cela est possible à cause de son extrême limpidité. N'ayant aucun forme propre, il peut acueillir toutes les formes. Le monde nous semble "extérieur" justement parce qu'il est "à l'intérieur" de la Conscience. Il semble séparé précisément parce qu'il n'est jamais séparé ! La Conscience est un pouvoir de manifestation absolument libre et indépendent, alors que tout le reste dépend d'elle.
 
 
"De cela surgit la Grande Délivrance."
 
Les chapitres suivants répondent aux questions que se pose le disciple, et qui sont souvent des questions que nous nous posons. 

11:53 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

29/11/2005

Où trouverait-on de l'eau fraîche dans un désert calciné par le soleil ?

Le récit-cadre de La Doctrine secrète de la Déesse Tripurâ est celui d'un homme - appelons-le disciple - qui en questionne un autre - un homme trés sage. Le disciple revient voir le maître, aprés avoir passé douze ans à pratiquer le culte de la Déesse Tripurâ, personnification de notre propre conscience sous les traits d'une belle jeune fille de seize ans, d'une formule en seize syllabes (un "mantra") et d'une figure géométrique avec pleins de triangles emboités, que l'on voit partout sur le Net. Il a également entendu les récits décrivants les immenses qualités de la Déesse, et il a compris qu'elle réside en lui-même.
 
Mais, malgré cette longue pratique et moultes expériences, le disciple se fait cette réflexion : "Même le culte que je rend à la Déesse Tripurâ paraît se ramener à une simple activité mentale de ma part et tomber ainsi dans la catégorie des amusements puérils." De plus, il se demande pourquoi pratiquer telle sâdhanâ (méthode de réalisation spirituelle) plûtôt que telle autre ? Toutes prétendent également "laver plus blanc que blanc"...
 
Le maître, tout content, lui répond que ce doute qui s'insinue en lui est le signe que la Déesse lui octroie la Grâce la plus intense ! Comme si toute pratique n'avait pour fonction que de faire naître la pensée que toute pratique est factice, artificielle et donc puérile.
 
Le maître se livre alors à une intense louange de la réflexion (vicâra, tarka). Elle seule peut détruire les préjugés en forme de "je dois" (pratiquer, méditer, purifier, travailler, jeûner, péleriner, réciter, payer, baver...). Il cite tout un tas d'exemples tirés de la mythologie hindoue pour montrer que tous les problèmes viennent d'un manque de réflexion, et que la solution, c'est toujours de réfléchir.
 
"La réflexion, en effet, est à l'origine de tout. Sache qu'elle est la première marche de l'escalier qui monte vers le bien suprême. Sans elle, qui donc pourrait obtenir un bien quelconque ?
Le défaut de réflexion, c'est par essence la mort : les hommes périssent à cause de lui..."
 
"La réflexion est la graine qui, en germant, produit l'arbre du bonheur. C'est elle qui exalte l'homme au-dessus de tous les êtres (de la nature). (...) C'est grâce à elle que l'omniscient Shiva est le plus grand des dieux..."
 
"Heureux et mille fois digne de louange, ceux que jamais la réflexion n'abandonne ! Par manque de réflexion, on rencontre le "je dois" et on succombe à l'aveuglement.  Grâce à la réflexion, on échappe à d'innombrables dangers."
 
Pour en arriver là, il faut la grâce de la Déesse "qui a élu domicile dans le coeur de chacun".
 
"Le soleil de la réflexion dissipe les épaisses ténèbres de l'irréflexion. Et il finit toujours par se lever pour qui, avec amour, rend un culte à la Déesse." Ce culte est lui-même une forme de réflexion (carcâ), mais qui s'appuie plutôt sur des images symboliques pour préparer l'âme.
"Une fois propitiée et satisfaite la Déesse prend la forme de la réflexion et monte au firmament de la conscience comme le soleil (dans le ciel)."
 
"Toutes les existences où le (pouvoir de réflexion) ne se manifeste pas encore sous sa forme achevée paraissent vaines et stériles."
 
Comme dit le commentateur : "C'est clair."
 
Or, tout cela naît d'abord du fait d'avoir entendu la célébration de la grandeur de la Déesse...
N'est-ce pas faire dépendre l'obtention du Souverain Bien d'un simple hasard ?
 
Quelle sera la réponse du maître ? et la nôtre ?
 
 

20:51 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pratyabhijna |  Facebook |

La Gnose de la Déesse Conscience, celle-là même qui lit ces lignes !

Sur ce blog, je m'efforce de faire la synthèse de ce que les Quattre Pattes de la Vache Cosmique ont a offrir de meilleur. Mais, parmi elles, la Reconnaissance, la voie philosophique proposée par la religion non-dualiste du Shivaïsme du Cachemire, est la plus importante.
 
Pour réfléchir sur la Reconnaissance, je propose de lire des passages d'un texte exceptionnel, La Doctrine secrète de la Déesse Tripurâ. Ce texte anonyme fut composé par un adepte de la philosophie de la Reconnaissance. Je m'appuirais sur la belle traduction de Michel Hulin (Fayard, collection "Documents Spirituels", 1979) ainsi que sur le commentaire de Shrînivâsa un adepte du XIXème siècle. Ce commentaire fut publié à Bénares par le grand savant du Tantrisme, Gopinâth Kavirâj. J'ai eu l'honneur d'étudier auprès de deux de ses disciples. 
Je choisi ce texte, parce qu'il enseigne la Reconnaissance sous forme de récits disposés un peu à la manière des contes des Mille et Une Nuits, et parce qu'il démêle un tas de questions que l'on se pose souvent aujourd'hui.
 
 

20:09 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tripura rahasya, tantra, pratyabhijna |  Facebook |

28/11/2005

Boires et déboires de la vache ...

Au fond, la plupart de mes billets depuis deux semaines portent sur la question de la connaissance de l'absolu : Est-il connu par lui-même ? par autre chose ? ou encore carrément inconnaissable ? Sur ce même thème, il y a également la question du rapport entre connaissance par concept, et connaissance intuitive, voire inconsciente (je pense à l'influence des "initiations-bénédictions" sur les traces karmiques).
 
Mon approche consiste à m'efforcer de trouver un point de vue dans lequel le plus grand nombre de vérités se trouvent embrassées.
Pour ce faire, je m'appuie sur l'expérience, la raison, et le témoignage de personnes faisant autorité dans ce domaine. Bien sûr, je pense que l'absolu se connait par lui-même, et que la connaissance de l'absolu est elle-même inséparable de l'absolu. Comme ce dernier n'est pas un concept, sa connaissance n'est pas conceptuelle non plus. Néanmoins, je persiste à dire que la pensée est un moyen assez direct pour réveiller en nous cette connaissance. De fait, nous faisons cela tous les jours : Nous utilisons des raisonnements pour arriver à des expériences directes. Par exemple, nous apprenons à jouer du piano en analysant et en raisonnant. Mais, rapidement et sans rupture dramatique, ces opérations mentales complexes deviennent une seconde nature, et le jeu devient "intuitif". De même,  quand on me demande "Passe moi le sel", bien que le sel soit en lui-même innacessible par le mot "sel", je sais très bien aller du mot (la connaissance par concept) à la chose (la connaissance directe, intuitive).
Pour discuter de tout ceci plus en détail, je me propose de m'appuyer sur des extraits de La Doctrine secrète de la Déesse et de La Lumière sur les Tantras, textes traduits et accessibles à tous.
J'ai bien conscience que mes billets paraissent embrouillés. C'est normal : Ce blog essaie d'être une synthèse jamais achevée de plusieurs pensées ("Les Quatre Pattes") qui sont en grande partie incompatibles (voir "Cette bête est-elle viable ?" en marge). De plus, il n'est pas toujours commode de distinguer entre ce que je pense et ce que pense la Reconnaissance sur tel ou tel sujet... 
En outre, je ne suis ni bouddhiste, ni chrétien, ni néo-védântiste. Les pensées sur lesquelles je m'appuie ici ne rentrent adéquatement dans aucune de ces catégories (Longchenpa est trés éloigné de l'orthodoxie bouddhiste, tout comme le Dzogchen dans son ensemble).
 
Enfin, j'aimerais relater quelques anecdotes d'Inde et d'ailleurs. Mais pour cela, il faudrait encore que je scanne quelques clichés. Patience donc... 

10:28 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, pratyabhijna, tantra |  Facebook |

25/11/2005

Qui a plus peur de renaître après sa mort, que de perdre ses clefs ?

Je suis surpris d'entendre encore des gens parler de "ne plus renaître", d'être "délivré du cycle des renaissances".
Franchement, qui prend encore au sérieux cette histoire de samsâra ? Car si, vraiment, je vais renaître, alors je ne veux pas chercher à y échapper, mais, au contraire, je ferais tout pour conserver instacte la continuité de ma mémoire !
 
Ce point est d'importance.
En effet, nous confondons souvent des sagesses qui ont des projets complètements différents à cet égard : 
 
(1) Le but du Bouddhisme ancien, de l'Advaita Védânta et du Néo Védânta, c'est bien de ne plus renaître du tout et de plutôt se fondre dans un absolu impersonnel, le "non né" dont parle le Bouddha historique.
 
(2) En revanche, le Bouddhisme Mahayana, les différents tantrismes et le Dzogchen ne partagent aucunement cet idéal. On n'y cherche pas seulement la délivrance (moksha). On y recherche également une expérience (bhoga) de liberté, ce qui suppose un corps et donc une forme d'immortalité. D'où l'intérêt des pratiques qui permettent de transmuter le corps ordinaire en un corps inaltérable, comme Thogal dans le Dzogchen. Ou bien , à défaut de cela, il s'agit renaître dans une "Terre Pure", un monde de lumière dans lequel l'esprit ignorant se volatilisera en un instant. Mais jamais de ne point renaître du tout.
 
Si l'on fait abstraction de ce point (capital) alors, évidemment, "tout le monde dit la même chose"...
 
Or, il me semble que la plupart d'entre nous sommes plutôt attirés - au fond de nous-mêmes - par la seconde sorte d'entreprise : nous rappeller enfin nos exitences antérieures ! profiter à l'avenir d'une série infinie d'existences, ici où dans d'autres dimensions !
Seulement, cela implique que nous admettions l'existence d'une conscience individuelle aprés la mort. Et là, il n'y a pas des masses "d'expériences" possibles... Du coup, nous nous rabattons sur ces sagesses non dualistes qui ne visent que la délivrance. Au moins, il n'est alors plus aussi urgent de croire à une vie dans l'au-delà digne de ce nom. On cite souvent les réponses de Nisargadatta là-dessus, du genre "Voyez d'abord qui vous êtes Ici et Maintenant..." Dans la même veine, on garde l'idée de samsâra, mais dans le cadre d'une interprétation psychologique : ces histoires de renaissances ne seraient qu'une manière, adaptée à un temps et à une mentalité différente, de dire comment nous, les êtres humains, nous sommes conditionnés par notre imagination et par le langage. D'où la thèse de ceux qui, comme Stephen Batchelor, disent que la transmigration (samsâra) n'est au fond qu'une allégorie de notre devenir depuis notre naissance, allant dans le même sens que ce que dit la Psychanalyse freudienne.
 
Tout cela est un peu embrouillé certes, mais il en ressort qu'il y a deux conceptions de la liberté : S'agit-il d'échapper à tout conditionnement en réalisant qu'on est un Absolu impersonnel; Ou bien s'agit t-il d'accéder à une nouvelle forme de liberté, à la fois impersonnelle (le dharmakâya, disons) et trés personnelle (sambhogakâya, "mondes imaginals et corps de gloire"...), c'est-à-dire avec un corps et une mémoire intactes  ?
 
Bref, nous sommes tous d'accord pour dire que nous sommes immortels. Mais cette immortalité n'est-elle que l'Etre pur, c'est-à-dire aussi bien un pur Non-Etre, un Néant au-delà de toute représentation, de toute expérience mentale ? Mais alors, dans ce cas, comme on peut bien se le dire en lisant Nisargadatta, pourquoi parler de "recherche" spirituelle ? Les matérialistes comme Spinoza ou Diderot disent aussi que tout est une seule Substance, dans laquelle nous forgeons des divisions fictives à partir de notre entendement limité. "Rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se transforme" : sous-entendu, l'Etre, la Réalité reste la même, tel un océan. Personnellement, je ne suis pas sûr que cette immortalité impersonnelle puisse me satisfaire. Et l'on aura beau rétorquer que c'est là justement une illusion mentale, je trouve que ce genre de sagesse, si l'on se contente de cela, n'est que la voix des piliers de bistrot mixée au jargon védântique... Que l'univers, la Nature, la Réalité continuera aprés moi, que la conscience n'est qu'une illusion : C'est ce dont on nous rabat les oreilles depuis la maternelle. Inutile donc d'invoquer Ramana Maharshi ou la sagesse des "Eveillés" post-papajistes, ces microcéphales analphabètes tout justes bons à gâcher la beauté des plages de Goa (là, je suis caricatural et de mauvaise foi, mais c'est juste un moyen habile, donc que tout le monde garde son calme...). Je comprend tout à fait le dépit des gens qui trouvent que cette "Non-dualité" n'est qu"un verbiage inconsistant.
 
Ou bien alors, finalement, sommes-nous prêts à croire en une immortalité personnelle ?

17:18 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : samsara, reincarnation, dzogchen, tantra |  Facebook |

22/11/2005

Des méthodes pour vérifier par soi-même qui on est vraiment ?

En gros, on peut distinguer deux phases dans toute démarche spirituelle de connaissance de soi :
(1) Découvrir qui je suis;
(2) En faire profiter ma petite personne et les autres (ou, du moins, éviter de leur en faire trop baver...). Il fut un temps, j'appelais cela "stabiliser", mais c'était suicidaire, et je préfère la vie.
 
Pour découvrir qui on est donc, il existe quelques merveilleux textes et collections de dispositifs expérimentaux à mettre entre toutes les mains.
 
Il y a,d'abord, le Vijnâna Bhairava Tantra. Evitez, de grâce, la "traduction" de D. Odier. En effet, la mienne sera beaucoup meilleure ! Mais il faudra me faire des cadeaux pour l'avoir. Mon poids (virtuel) en chocolats Duplot serait une bonne entrée en matière.
En attendant, vous pouvez vous procurer la traduction de Lilian Silburn, parue chez De Boccard.
Dans le même style, il y a d'autres petits textes en sanskrit, malheureusement introuvables. N'est pas Indiana qui veut...
 
Il y a aussi les "semzin" du Dzogchen. Des séries de 21 ou 25 expériences. Peut-être oserais-je les mettre en ligne. On verra bien.
 
Si, enfin, vous être allergiques aux livres, il y a, en livre, en vidéo, et en chair ainsi qu'en os, les extra-ordinairement ordinaires expériences inventées par Douglas Hardins et ses amis (pour plus d'informations, veuillez cliquer le lien sur la Vision Sans Tête). 
En attendant, voici un lien vers une présentation vidéo des-dites expériences :
http://www.headless.org/English/movies.htm
 
Et si, impatients de passer enfin de la théorie à la pratique, vous n'en pouvez plus d'attendre, il vous suffit de simplement retourner votre attention, de trés exactement 180°, vers cet "espace" à partir duquel vous lisez ces lignes. Essayez, juste pour voir.
 
Comme on dit en anglais : "Mind the gap !"

23:26 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : douglas harding |  Facebook |

20/11/2005

Pratiquer pour atteindre l'Eveil, ou bien parce qu'on l'a déjà atteint ?

Je visitais hier les listes de gourous du site de Sarlo. Et je me disais que leur vocabulaire n'est pas le mien. L'Eveil, le mental, la clarté, le cérébral vs. le corps, la théorie vs. la pratique, l"illusion vs. la réalité : je ne me reconnait tout simplement pas dans ces problématiques. La Reconnaissance non plus, d'ailleurs.
 
"Je suis" est une sorte d'acte de conscience extatique, qui se répand en tout et auxquel toutes choses participent. Ce n'est peut-être pas permanent, mais ça fait plaisir, et ce plaisir donne l'envie d'y replonger.
 
Du coup, je ne ressent pas la nécessité de pratiquer, la méditation par exemple. En fait, quand on me pose la question "Tu médites ? Tu pratiques quoi ?", je me trouve assez embarrassé. Car pratiquer voudrait dire que la conscience "je suis" est ailleurs. Or elle est toujours déjà-là. C'est un fait. C'est un peu comme la "voix de la conscience morale". On peut ne pas l'écouter, mais on ne peut pas ne pas l'entendre. Il suffit de s'y abandonner. C'est bien une sorte d'effort, mais trés particulier. Je ne sais pas si on peut appeller ça méditer. Mais on peut dire, comme Ramana, que jusqu'à un certain point l'effort est nécessaire. Au-delà, il devient impossible.
 
Bref, je ne pratique pas pour atteindre l'Eveil. L'Eveil est mon essence, et tout ce que je fais, que je le sache ou non, est "pratique", c'est-à-dire manifestation de cet Eveil éternel.
En un sens, nous sommes tous l'Eveil. En un autre sens, nous ne l'atteindrons jamais.

20:33 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : eveil, pratyabhijna, ramana |  Facebook |

19/11/2005

Quel rapport entre connaissance discursive et connaissance intuitive ?

Je reprends ici, par commodité, l'échange à propos de la connaissance libératrice commencé il y a quelques jours.
 
En disant que "la Reconnaissance est une pensée", je voulais simplement dire qu'il n'y a pas un gouffre insondable entre la connaissance discursive (par mots et concepts) d'un côté, et la connaissance parfaite, intégrale, de l'autre. Il n'y a que des différences de degrés. En effet, la connaissance intuitive contient en elle-même tous les concepts possibles, mais à l'état subtil. A l'inverse, aucune pensée conceptuelle ne serait possible si elle n'était le prolongement d'une connaissance intuitive, en prise avec l'Etre.
 
Et je suis tout à fait d'accord avec Iboga pour dire que cette intelligence intuitive se dévoile en sa nudité entre deux pensées, deux perceptions, entre l'expiration et l'inspiration, etc. Et cela, même si l'on en a pas conscience ordinairement.
 
La connaissance discursive est le déploiement dans le temps et l'espace de la connaissance éternelle. Car cette dernière précontient en elle-même toutes les connaissances, un peu comme un programme compressé. Connaissance discursive et connaisssance directe sont un seul et même acte de connaissance : la conscience, la Déesse. C'est seulement du point de vue de la connaissance discursive, justement, que ces deux plans peuvent paraître totalement étrangers l'un à l'autre.
 
Shiva choisit de ne connaître que certains aspects de lui-même, grâce aux phonèmes, aux mots et aux phrases, selon son bon plaisir. Et rien n'empêche d'aller des mots à leur sens, puis vers une connaissance de plus en plus intégrale. Les mots ne sont pas une illusion à écarter. Ils sont la manifestation fragementée d'une connaissance unique. A partir d'eux, on peut ainsi remonter jusqu'à la Déesse Parole, jusqu'à la source des mots. C'est du moins ce que propose la Reconnaissance, mais aussi le Bouddhisme Théravâda et l'Advaita védânta de Shankara. On médite d'abord pour calmer le mental, puis on réflechit et enfin on re-trouve cette connaissance absolue qui est depuis toujours le coeur de tous les êtres, juste Ici.

15:10 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : pratyabhijna, tantra, yoga, shankara, abhinavagupta |  Facebook |

18/11/2005

Rétention spermatique et autres curiosités...

L'autre jour, je feuilletais un recueil d'articles sur "le corps dans la civilisation indienne". Allez à la FNAC, dans le rayon "ethnologie", vous l'y trouverrez sans difficulté. Il est cher, mais vous n'avez pas besoin de l'acheter.
Bref, un article qui retint mon attention se présentait comme une étude de la "rétention spermatique" pratiquée par des yogins tantriques de Târâpîth, au Bengale.
Ces hommes (mais aussi quelques femmes) s'entraînent à pomper leur sperme une fois éjaculé. Evidemment, la semence ne peut retourner dans les testicules. En fait, en contractant les muscles autour de l'anus, le liquide va dans la vessie. Mais cette pratique est essentielle au yeux de ces yogins inspirés par le hatha yoga. L'idée est que lorsque on éjacule, on perd son cerveau (vous avez sans doute déjà remarqué la ressemblance, non ?). Autrement dit, son âme et sa vitalité. Savoir le recycler, c'est donc se rapprocher de l'immortalité.
Cette idée que la semence est l'essence de la vitalité masculine est d'ailleurs assez largement répandue. Dans le christiannisme par exemple, les prêtres tiennent leur pouvoir sacramentel de leur chasteté : leur pouvoir vient de leur accumulation de semence. Or, le sang menstruel est considéré, dans la plupart des sociétés pré-modernes, comme étant la semence féminine. Les femmes étant ainsi incapables de conserver leur semence, on s'explique qu'on leur refuse l'accès à la prêtrise... De même, en Inde, il y a de nombreux livres sur l'art de conserver sa semence. C'est pourquoi, aussi, la femme est perçue comme une sorte de vampire qui peut se nourrir, volontairement ou non, de l'essence masculine. Dans la même veine, on dit en Inde qu'un homme qui n'a que des filles est une sorte d'impuissant dominé par sa femme. N'avoir que des filles, c'est "gupta rog", la "maladie cachée". Ouvrez n'importe quel journal, vous verrez des dizaines d'annonces pour remédier à ce genre de problème.
Dans cet article trés sérieux, on voit des illustrations des diverses sortes de tubes en caoutchouc utilisés par les yogins, ainsi que les récipients et les liquides pour leur entraînement : lait, puis miel, voire mercure... L'auteur de l'article, trés scrupuleux, nous livre même une remarquable formule mathématique de l'acte de pompage, selon la densité du liquide pompé, l'inclinaison, la longueur du tube... Ca, c'est de l'indologie !
Par contre, dans son introduction, il affirme que le tantrisme est basé sur le principe de la rétention du sperme. Il se réfère pour cela à Abhinavagupta et au Shivaïsme du Cachemire.
Or, c'est un grave contresens : Nulle part Abhinavagupta  ne prescrit ou ne fait allusion à ce genre de pratique selon laquelle il faudrait à tous prix éviter l'éjaculation... Il faut dire que cette idée est reprise par les quasi-majorité des "maîtres de Tantra". Mais c'est un cliché sans fondement. Cette idée de rétention n'est abordée que dans quelques textes bouddhistes et hatha-yogiques tardifs. Dans le tantrisme "mainstream", on éjacule et on offre tout ça à Shiva et aux Déesses.
Un autre livre plus intéressant sur la question est celui d'Hélène Trottier, "Fakir. La quête d'un Baul musulman", parut chez l"Harmattan. Bonne lecture.

21:50 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tantra, yoga |  Facebook |

15/11/2005

Un spécimen de "maître du Shivaïsme du Cachemire" de Mathurâ

Je vais essayer de scanner quelques photos pour illustrer un peu mes récits de voyage.
 
En attendant, voici un sympathique specimen de gourou se réclamant du Kriya yoga et du Shivaïsme du Cachemire (voir sa traduction commentée des Shiva-sûtras), le grand, l'inimitable Shailendra:  http://www.siddhasiddhanta.com/shail.html
 J'ai effectivement pu visiter la demeure ancestrale de la famille Lahiri dans une ruelle de Bénares. C'est petit mais joli. En tout cas, les Lahari étaient une famille d'adeptes du yoga. Dommage qu'ils aient du inventer cette histoire de babaji pour faire connaître leur méthode de yoga.
Je vous laisse admirer ces photos de la lignée. Au milieu, on a les Lahiris, authentiques pratiquants de yoga. Par contre, la première et la dernière photo me laissent un peu perplexe. Surtout la dernière, qui nous offre une synthèse inédite de Shiva, Rambo, Terminator et Tarzan. M'enfin bon, c'est juste un cas parmi d'autres...

19:57 Écrit par David Dubois dans Tantrisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kriya, yoga, tantra |  Facebook |

14/11/2005

"Quand dire, c'est faire"

Un sympathique lecteur a répondu a mon dernier billet en livrant un extrait d'un sermon du Bouddha. Celui-ci dit, en substance, que lorsqu'on souffre, ce qui compte c'est d'abord de se libérer de cette souffrance. A côté de cette urgence-là, les spéculations métaphysiques sont totalement secondaires. Lorsque nous serons enfin libérés de la souffrance, nous aurons tout le loisir, si nous y trouvons encore quelque intérêt, de spéculer sur les causes ultimes et le sens de la souffrance. Donc, soyons pragmatiques, et gardons-nous du "fourré des opinions" (dixit le même Bouddha).
 
Ce discours est trés sage.
Sauf si notre souffrance tient à des opinions, justements. Si la souffrance n'a rien à voir avec la manière dont nous pensons, dont nous nous représentons le monde, alors effectivement, il est inutile de perdre son temps a penser.
Mais si, au contraire, c'est notre manière même de penser qui est à l'origine de nos souffrances, alors nous ferions bien d'y réfléchir à deux fois.
 
Or, je pense, avec la Reconnaissance (pratyabhijnâ), que nous sommes déjà cet être libre de toute souffrance que nous rêvons d'être. La seule chose à faire est de le re-connaître. Et cette reconnaissance est une certitude en forme de pensée. C'est une représentation, un "vikalpa". Un vikalpa vrai, certes, mais c'est tout de même une construction mentale. Car la souffrance (au contraire de la douleur) est une construction mentale, une imagination. On s'imagine être souffrant : c'est un cauchemard, au propre comme au figuré. Notre vraie nature nous apparaît alors sous la forme d'un maître sage, ou d'un texte sage, ou de ce qu'on voudra, et nous parle : "Tu rêves. Tu n'est pas cet être là. Comprends que tout n'est qu'un rêve." Et il le persuade à travers divers moyens (yoga, rituels, raisonnements), qui sont tous des constructions imaginaires. Un peu comme dans Matrix. Si vous voulez sortir quelqu'un de l'illusion, il faut jouer son jeu. Faire semblant d'y croire. On se libère donc des illusions par d'autres illusions. Telle est, du moins, la doctrine des Bouddhas eux-mêmes. C'est également la pensée de la Reconnaissance et de bien d'autres sages.
 
Cependant, je ne crois pas que l'on puisse s'affranchir entièrement de l'humaine condition, ni même que cela soit souhaitable. Comme je l'ai déjà dit, nous sommes à la fois toujours déjà libérés et jamais encore parfaits.

20:35 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : pratyabhijna, yoga, vikalpa |  Facebook |