22/10/2006

La liberté de conscience - un droit sacré, et un devoir

Voici le texte la tribune libre publiée par le professeur de philosophie Robert Redeker dans Le Figaro le 19 septembre 2006. Je ne partage pas toutes ses idées, mais force est de constater qu'aux yeux de nombreux esprits, l'islam remplace aujourd'hui les utopies d'hier. Aprés l'Inquisition, aprés le nazisme, après le stalinisme et le maoisme, l'islam s'affirme chaque jour comme un nouveau totalitarisme. Cela est bien dommage car les civilisations musulmanes ont encore tant de richesses spirituelles à faire partager !

A cause de cet article, dans lequel il se contente de citer l'Encypopaedia Universalis, Robert Redeker et sa famille sont menacés de mort par des islamistes. L'état le protège certes, mais aucun soutient, moral ou financier (il doit sans cesse déménager) ne lui a été accordé par son ministre. Bienvenue dans le monde fabuleux de "l'Education Nationnale"...

Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?

Les réactions suscitées par l'analyse de Benoît XVI sur l'islam et la violence s'inscrivent dans la tentative menée par cet islam d'étouffer ce que l'Occident a de plus précieux qui n'existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s'exprimer.

L'islam essaie d'imposer à l'Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d'un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l'école, accusation d'islamophobie contre les esprits libres.

Comment expliquer l'interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l'argument avancé : risque de "troubles à l'ordre public". Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l'affichage de la beauté ? Ou bien craignait-on des manifestations islamistes, via des brigades de la vertu, aux abords de Paris-Plages ?

Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l'oppression contre les femmes suscite, plus propre à "troubler l'ordre public" que le string. Il n'est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit une islamisation des esprits en France, une soumission plus ou moins consciente aux diktats de l'islam. Ou, à tout le moins, qu'elle résulte de l'insidieuse pression musulmane sur les esprits. Islamisation des esprits : ceux-là même qui s'élevaient contre l'inauguration d'un Parvis Jean-Paul-II à Paris ne s'opposent pas à la construction de mosquées. L'islam tente d'obliger l'Europe à se plier à sa vision de l'homme.

Comme jadis avec le communisme, l'Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L'islam se présente, à l'image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l'instar du communisme d'autrefois, l'islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d'une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd'hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd'hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l'oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme.

Dans l'ouverture à autrui, propre à l'Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l'autre doit toujours passer avant moi. L'Occidental, héritier du christianisme, est l'être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l'identique de feu le communisme, l'islam tient la générosité, l'ouverture d'esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.

Ce sont des faiblesses qu'il veut exploiter au moyen "d'idiots utiles", les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d'imposer l'ordre coranique au monde occidental lui-même.

Le Coran est un livre d'inouïe violence. Maxime Rodinson énonce, dans l'Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. D'une part, "Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire (...) Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie (...) Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin".

D'autre part, "Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu juive qui y restait, les Qurayza, qu'il accusait d'un comportement suspect". Enfin, "après la mort de Khadidja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite Aisha, qui avait à peine une dizaine d'années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages".

Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran.

De fait, l'Église catholique n'est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L'Inquisition, la chasse aux sorcières, l'exécution des philosophes Bruno et Vanini, ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l'islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l'Église.

Aucune des fautes de l'Église ne plonge ses racines dans l'Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l'institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d'amour, Mahomet un maître de haine.

La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n'est pas qu'un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au coeur du croyant.

Cette lapidation, s'accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque.

Au lieu d'éliminer cette violence archaïque, à l'imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c'est-à-dire l'entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l'islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l'islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine.

Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l'islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l'Occident "le monde libre" par rapport à au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce "monde libre", fonctionnaires zélés de l'oeil du Coran, pullulent en son sein.

par Robert Redeker
Philosophe.
Professeur au lycée Pierre-Paul-Riquet à Saint-Orens de Gammeville



1er octobre 2006

14:09 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : philosophie, islam, liberte de conscience, redeker |  Facebook |

02/10/2006

Pour la liberté d'expression

Un professeur de philosophie menacé de mort, un opéra déprogrammé, des agressions physiques contre des églises... Faut-il croire que le terrorisme marche ? Va t-on se taire, terrorisés ? Si vous voulez agir, signez cette pétition de soutien.

Pour ma part, je crois qu'il faut résister, c'est-à-dire exercer sa liberté d'expression. Pourquoi ? Eh bien, non seulement pour défendre ce droit, si précieux en lui-même, mais aussi pour défendre le combat de tous ceux qui luttent contre les islamistes. Car parmis les résistants, il ne faut pas oublier les musulmans progressistes, ceux qui s'efforcent de réformer l'islam, c'est-à-dire de retourner à son essence spirituelle et universelle, au lieu d'imposer un islam guerrier fondé sur la peur de l'autre.

Il faut donc avoir le courage de critiquer l'islam. Ce qui veut dire pointer du doigt les problèmes, mais aussi mettre en valeur ce qu'il a de bon et d'universel, en s'appuyant sur des exemples comme Ibn Arabî et Abd El Kader. 

Sur le site de Frank Visser, vous pourrez lire (en anglais) deux articles de Roy Harris sur les différentes tendances dans l'islam. Il soutient que l'islam est, historiquement, un code guerrier et non une religion de paix au sens moderne. Mais il souligne également que des musulmans interprètent le Coran dans un sens plus ouvert et évolutif (voir Maddhad Versus Ijtihad). Alors, si vous avez découvert des liens vers des sites ou des articles qui expriment un islam progressiste, faites-le savoir aux autres !

12:22 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (103) | Tags : redecker, abd el kader |  Facebook |

18/02/2006

Est-il inévitable que les extrêmes se rejoignent ?

La tentation obscurantiste

 

L'affaire des caricatures de Mahomet me confirme dans l'idée qu'il existe au moins deux gauches ( intuition confirmée et argumentée par Caroline Fourest dans son ouvrage remarquable La tentation obscurantiste :

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/10/29/362 ). L'une défend d'abord les valeurs républicaines contre les totalitarismes quels qu'ils soient. L'autre se veut avant tout anti-colonialiste, quitte à s'allier avec les islamistes. Ainsi voit-on le MRAP intenter un procès à Charlie-Hebdo pour "incitation à la haine raciale". Le président du MRAP considère que critiquer l'islam, c'est faire preuve de racisme. Contre quelle race ? Nul n'a réussi à le lui faire dire. Le fait que l'islam n'est ni une race, ni une ethnie, ni une nationalité ne semble pas l'avoir effleuré. Qu'il apporte ainsi de l'eau au moulin des terroristes islamistes ne semble pas gravement le troubler non plus. Non : il préferre être "révolté contre cette manifestation de haine raciste" qui consiste a représenter un homme, en l'occurence Mahomet - ce sympathique chef militaire et religieux de l'Arabie du VIIème siècle. En revanche, ce monsieur du MRAP ne dit pas un mot sur les violations des droits élémentaires de millions d'hommes, de femmes et d'enfants au nom de cette idéologie morbide. Pas une parole pour se révolter contre les caricatures de l'islam que sont les hommes, les femmes et les enfants qui se font exploser à travers le monde entier au nom de cette "religion de paix". Rien, non plus, à propos des manifestations antisémites de plus en plus fréquentes en France. Sans parler de la haine de la République affichée plus ou moins ouvertement par certains "intellectuels musulmans modérés" comme Tariq Ramadan.

 

Et le soufisme ?

 

Certes, il y a le soufisme, ce courant musulman spirituel, plus ouvert semble t-il et plus tolérant. Mais n'oublions pas que Hassan Al-banna, fondateur des Frères musulmans ( ancêtre des organisations intégristes), était un soufi. Et puis, l'on peut être un grand spirituel et se montrer arriéré sur le plan moral. Prenons le cas d'Ibn Arabî, cet immense penseur de la "doctrine de l'Unité de l'Existence", réputé pour son "intelligence du coeur". Dans La sagesse des prophètes (Albin Michel, p.126), il professe pourant ceci : "Jésus manifesta de l'humilité jusqu'à ordonner à sa communauté qu'ils donnent la dîme en s'humiliant, et que si quelqu'un est frappé sur sa joue, il tende l'autre à celui qui l'a frappé et ne se révolte pas contre lui ni ne cherche vengeance." Morale de l'histoire selon le grand soufi : "Ceci Jésus le tint du côté de sa mère, car c'est à la femme de se soumettre tout naturellement, puisque la femme est légalement et physiquement sujette à l'homme." Et que l'on ne croit pas que tous les soufis ont adopté l'égalité des sexes depuis l'époque Ibn Arabî. J'ai moi-même assisté à des réunions soufies à Paris, dans une tradition pourtant réputée pour son ouverture d'esprit. Mais, au moment de la prière, l'on m'ordonna de passer devant les femmes (qui avaient revétu leur voile par-dessus leur jean pour l'occasion), conformement à l'ordre "légal et physique".

De même, à Bénares, j'ai pu constater chez les Occidentaux alter-mondialistes une certaine complaisance avec les injustices de la société de caste. Toute critique de cette société était accueillie comme un propos "colonialiste", et toute référence aux valeurs universelles de liberté et d'égalité, comme des idées "passéïstes".

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

L'histoire a l'habitude de ces mouvements de balanciers. De l'extrême d'un Occident ethnocentriste et arrogant, l'on est passé en quelques dizaines d'années au culte des cultures et des religions pré-modernes. Le nouveau mot d'ordre est : "Peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'exotisme".

Un des éléments qui ont sans aucun doute concouru à ce revirement est la philosophie "post-moderne". On désigne ainsi ce courant qui, depuis Nietszche jusqu'à Derrida, à entrepris de remettre en questions les fondements mêmes de la modernité : la démocration, la raison, les valeurs universelles des droits de l'homme, le progrès, la science. A ces idées, ils opposent celles de relativisme culturel, ainsi que le fait que toute idée est subjective, située historiquement, que la "recherche de la vérité" cache toujours une soif de pouvoir, qu'il n'y a pas de critères universels de justice ou de bonté, que la science n'est qu'un mythe comme un autre, que l'idéal démocratique n'est qu'un instrument au service des puissances impérialistes.

Ce faisant, le post-modernisme a permis à l'Occident de prendre du recul par rapport à lui-même, de relativiser ses projets ambitieux, de se livrer à un salutaire examen de conscience en apprenant à se mettre à la place de l'Autre.

Mais certains post-modernistes ont voulu - et veulent toujours - aller plus loin. Ils sont devenus des "intégristes post-modernes". Selon eux, le Coran, la Bible et les théories scientifiques ont la même validité. De même, les droits de l'homme ne sont pas plus légitimes que la charia, etc. Autrement dit, ces gens veulent être post-modernes en ne conservant rien de la modernité. Pour eux, la démocratie devrait appartenir au passé. Ce faisant, ils font le jeu des intégristes. En effet, la seule façon d'évoluer de façon saine, c'est de dépasser une étape, mais en l'incluant dans la nouvelle construction. Si l'on détruit l'étage que l'on peut dépasser, on se retouve simplement à l'étage du dessous! De même, en rejetant complètement la modernité, certains post-modernistes se retrouvent au niveau-pré-moderne (celui de l'islamisme et de l'Inde des castes), alors qu'il faut certes depasser la modernité, mais en conservant ce qu'elle avait apporté : les droits de l'homme, etc. En voyant partout des complots impérialistes, ils font le lit des terroristes. (Voir, par exemple, la critique du livre de Caroline Fourest sur les pages du "Réseau Voltaire" (!), ainsi que les pages sur le 11 septembre qui exposent la thèse selon laquelle ces attentats n'auraient été qu'un coup monté par la CIA alliés des "sionistes" : http://www.voltairenet.org/article130948.html )

Voilà comment, aujourd'hui, une partie de la gauche et de la droite extrême se retrouvent régulièrement pour faire alliance avec les intégristes et pour condamner la liberté d'expression. Il est temps de réagir, en réaffirmant que les droits humains sont bels et bien universels et intangibles, quoi qu'en disent le Coran , la Bible et autres textes "sacrés". 

 

 

Sur la collusion des intellectuels post-modernistes avec les intégristes hindous, lire aussi l'excellent article (en anglais) de Meera Nanda :

http://www.humanscape.org/Humanscape/1999/Aug/hs8998t.htm

15:37 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (1879) | Tags : caroline fourest |  Facebook |

08/01/2006

Une grande âme

Interlude :
Voici une photo du maître de feu Lilian Silburn, pionnière de la redécouverte du Shivaïsme du Cachemire. Son maître, Râdhâmohan Adhauliyâ, que l'on voit ici, n'avait aucun rapport avec le Shivaïsme. Mais il appartenait à une branche exceptionnelle de la confrérie soufie musulmane Naqshbandiyyâ. Cette lignée, remontant directement au Prophète Mahomet, est réputée dans tous le monde musulman pour son orthodoxie : application de la chariâ, pratiques de jeûnes, prière silencieuse, etc. Pourtant, au début du XXème siècle, un maître indien de cette prestigieuse lignée décida de transmettre toute son autorité à un Hindou. Celui-ci transmit la Grâce dans sa communauté, hindoue, trés puritaine, mais proche de la culture musulmane. Le maître Râdhâmohan vivait avec sa famille à Kânpur, dans la vallée du Gange. Il travaillait dans l'administration. C'est lui que décrivent les témoignages rassemblés à la fin du volume de la collection "Hermès", consacrée au "maître spirituel", paru aux Deux Océans. Il était également imprégné de la traditions des Sants, au premier rang desquels figure Kabîr. Mais il transmettait la Grâce d'abord par sa Présence. Il eut une autre disciple, anglaise, Irina Tweedie, laquelle a eu à son tour des disciples qui on fondé le Golden Soufi Center présent sur le net. Le fameux Sahaj Marg (différent du Sahaj Yoga de Nirmâlâ Devî) en est également dérivé.
Lilian Silburn a transmis à son tour cette spiritualité extrêmement dépouillée à un cercle de disciples dans la banlieue de Paris, jusqu'à sa mort en 1993.

20:08 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : lilian silburn |  Facebook |

10/11/2005

Où situer la frontière entre expliquer et justifier ?

Ces jours-ci, un slogan revient sans cesse. "Comprendre".
 
Il faut "comprendre" les "jeunes", nous dit-on. Soit.
Mais, à force d'écouter ce refrain, on a trés vite l'impression qu'il s'agit d'autre chose que de simplement comprendre. Car la frontière est bien mince entre expliquer un acte, et le justifier. C'est pourquoi Elie Wiesel refusait de comprendre le pourquoi les camps de concentration. Son argument était que le Mal doit certes être vu, remémoré et combattu. Mais, chercher à le comprendre, ce serait encore lui reconnaître une certaine intelligibilité. Car, si le Mal est rationnel, s'il a des explications, on pourrait aussi bien dire qu'il a ses raisons. Il serait subrepticement justifié. Le passage de l'un à l'autre serait quasiment inévitable. D'autre part, bien sûr, il y a l'argument qui consiste à dire qu'il faut comprendre le Mal pour le combattre et pour éviter qu'il se reproduise. Ce serait une des fonctions des sciences historiques. Mais éviter le glissement de la compréhension à la justification reste un exercice particulièrement délicat.

Dans la vie, en effet, on cherche souvent à comprendre, pour retarder le moment où l'on devra juger, c'est-à-dire décider.
Ainsi, des parents s'interrogent sans fin sur les causes du comportement de leur enfant. C'est certainement louable. Sauf que comprendre est une démarche purement spéculative. Dans la réalité, il faut aussi agir. Et agir, c'est juger, décider. De sorte que, dans les circonstances présentes, les voix des "experts" sociologues et autres, fonctionnent comme une forme de divertissement. On écoute ces gens pour ne pas avoir à réfléchir soi-même, pour ne pas avoir à prendre ses résponsabilités de citoyen. Le sociologue nous rassure : par son jargon, il transforme des violences physiques en problèmes purements théoriques. Il transforme des attaques manifestes contre la démocratie républicaine en des "phénomènes qu'il faut comprendre". De plus, on nous demande également de faire preuve d'empathie à l'égard des "jeunes". Ils faut les comprendre, les pauvres. Ce sont des victimes, ils appellent au secour. Ils "poussent un cri".
Sans parler des inénarables économistes de tous bords qui viennent eux-aussi nous rassurer : Pour avoir la paix, il suffit de donner aux "jeunes" plus d'argent, plus de travail, etc. Plus, toujours plus, comme si l'argent pouvait règler tous les problèmes...

Comme si, surtout, il n'y avait pas aussi des idées derrière cette violence. Comme s'il n'y avait absolument aucun lien entre l'idéologie islamique puisée dans la lettre du Coran et cette guerre des rues qui rappelle un peu trop l'Intifada.
 
Comme si les terroristes islamistes, aussi, étaient de tous de pauvres victimes analphabètes manipulées.
 
Tout cela est en partie vrai. Mais cela ne suffit pas.
 
Bien sûr, les personnes d'origines maghrébines sont victimes de discrimination et d'injustices sociales insupportables. Bien sûr le racisme rampant et la violence dont font preuve trop de policiers est intolérable. Mais enfin, tous les musulmans, veulent-ils vraiment s'intégrer au peuple ? A la communauté des citoyens ? Pour cela, il faudrait que le Coran lui-même fasse l'objet d'une profonde relecture, mais aussi d'une réécriture. Ce qui semble inconcevable, puisqu'il est "la Parole de Dieu".
 
Bref, les musulmans de France ont sans-doute des raisons de se sentir exclus, mais n'est-ce pas au fond ce qu'ils cherchent ? N'est-ce pas, du moins, ce que veulent les imams de la plupart des mosquées ? Se sentir persécuté, pourchassé (par les américains, les juifs..), n'est-ce pas le sentiment que cherchent à entretenir toutes les idéologies ?
D'ailleurs, pourquoi devrait-on, a priori, respecter l'Islam ? Aucune opinion n'est, a priori, respectable. Seules les personnes le sont. Et les idées formant la religion mulsulmane sont-elles toutes respectables ? Sont-elles compatibles avec la modernité ? Où parle t-on de démocration, de liberté de conscience où d'égalité des sexes dans le Coran ? Comment se fait-il que les pays à majorité musulmane imposent cette religion à leurs citoyens ? Si l'Islam est démocratique en essence, et tolérant, comment expliquer toute cette violence, depuis Mahomet jusqu'à aujourd'hui ? Qu'y a t-il de commun entre les terroristes saoudiens, algériens, chinois, thaïs, indiens, indonésiens, chinois et philippins ? Non pas l'appartenance à une ethnie, non pas un passé commun, non pas la pauvreté. Non. Une seule chose : une idéologie. De plus, si l'Islam est tolérant, pourquoi le territoire de l'Arabie Saoudite est-il interdit aux non-musulmans ?
 
Et surtout, ne serait-il pas temps de chercher à comprendre les victimes de l'Islam, ces millions de personnes opprimées dans leur chair et dans leur conscience, rejetées, exclues dans leur propre pays, parce qu'elles ne sont pas musulmanes ("soumises" - je pense aux minorités du Pakistan, de l'Arabie Soudite, du Soudan, de l'Iran, etc.) ? Sans parler de l'oppression que subissent les "musulmans" des états islamiques, personnes qui ne méritent ce nom que parce qu'on ne leur reconnait nulle liberté de conscience. Sans parler des femmes, non plus...
 
La liberté de penser et de s'exprimer sont des droits qu'il faut sans cesse défendre pour pouvoir les exercer. Comment ? En les exerçant, justement.


19:51 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

03/11/2005

Abd el Kader contre al Kaida ?

"Mon coeur est devenu capable de revêtir toutes les formes
Il est pâturage pour les gazelles et couvent pour le moine
Temple pour les idoles et Ka'aba pour le pélerin
Il est les tables de la Thora et le livre du Coran
Je professe la religion de l'Amour, quelque soit le lieu
vers lequel se dirige ses caravanes
Et l'Amour est ma loi et ma foi."
 
L'interprête des désirs (Tarjumân al-ashwâq), Ibn 'Arabî,
cité dans Abd el Kader, Ecrits spirituels, p. 34.

 

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 La tolérance, au sens moderne, est pour ainsi dire absente des textes pré-modernes (en gros, avant Descartes).
 
Mais, selon leur conception de la vérité, les auteurs pré-modernes préparent ou non le terrain à une certaine tolérance.
 
Pour l'hindouisme, Abhinavagupta est sans doute le plus brillant exemple.
Comme tous les indiens, il intègre toujours les anciens systèmes, ou bien ceux qu'il estime être inférieurs, sans les supprimer. Il hiérarchise les points de vue, sans en exclure aucun. Chaque pensée est un point de vue plus ou moin riche sur l'Etre. 
Les exemples sont ici innombrables, mais je souhaitais en rappeller l'existence, pour corriger l'impression qui ressort  de mes billets précédents, et qui serait que les hindous sont des fanatiques.
Il n'en est rien. La civilisation indienne est profondément tolérante, intégratrice, réconciliatrice, toujours prête à envisager la nouveauté, à faire des compromis. Et les religions tantriques Shivaïtes et Bouddhistes (mais aussi Vishnouïtes et Jains) sont des mouvements religieux d'une richesse sans équivalents ailleurs.
Même dans la pratique, les indiens font preuve d'une incroyable ouverture d'esprit face à l'Islam ou au Christiannisme, alors que ces religions font bien peu d'effort pour s'adapter.
 
Par exemple, saviez-vous que le maître de Lilian Silburn était un hindou, maître d'une lignée soufie réputée, la Naqshbandiyya ? C'est une des plus orthodoxe en manière de loi islamique. Et pourtant, au début du siècle, un maître musulman de cette lignée transmit son enseignement à un hindou ! Au XXème siècle ! Et cette lignée s'est propagée. Des disciples de Lilian Silburn la perpétue, et il y a toujours des satsangs à Kanpur. Par ailleurs, même les hindoux anti-musulmans au plan politique ont souvent une étonnante culture islamique. Ils connaissent le plus souvent des poèmes  arabes et persans. Parfois même, ils en composent, comme l'ex premier ministre de l'Inde, qui était pourtant du parti hindou fondamentaliste BJP !
 
De même, j'ai décris le Shaiva-siddhânta comme une religion sectaire. Ce qui est vrai. Mais certains textes shivaïtes, par exemple, décrivent comment toutes les sectes shivaïstes avaient le droit de chanter leur propres hymnes à Shiva lors des grandes fêtes publiques. Et ce n'est pas qu'un idéal : on a la preuve que cela s'est parfois déroulé ainsi. Evidemment, les shivaïtes ont aussi leur "service d'ordre", hier comme aujourd'hui. Mais bon, il y a aussi une étonnante plasticité.
 
On retrouve cette ouverture d'esprit en Islam, chez Ibn Arabi en particulier. Il n'a pas eu de successeur. Il est en fait devenu immortel, sous la forme de ses oeuvres. Certains ont perpétué son esprit. Le meilleur exemple en est sans doute l'émir Abd el Kader. Authentique mystique non-dualiste, nationaliste arabe, homme d'action, et homme de dialogue impressionnant. Je vous conseil vivement de vous procurer ses Ecrits spirituels, parus dans la collection Points Sagesse.
 
Quand on le lit, on se dit que tout est encore possible.

 

18:05 Écrit par David Dubois dans Islam | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |