La vache cosmique
Elle a quatres pattes : Le Shivaïsme du Cachemire, la Grande Complétude (Dzogchen), la Vision Sans Tête (Douglas Harding) et ... la Quatrième, la patte mystère. Avec ses gros et néanmoins agiles sabots, elle parcourt les mondes d'ici et d'ailleurs. Sur ce blog, vous trouverez à la fois des anecdotes personnelles sur la spiritualité en général, et plus particulièrement des réflexions sur la Reconnaissance (pratyabhijnâ, formulée par Utpaladeva puis Abhinavagupta), philosophie née au Xème siècle au Cachemire.
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Présentation des Quatres Pattes de la Vache qui Exhauce les Souhaits, Tendre Animal Philosophal
"Forces et faiblesses de ses quatres pattes", ou "Présentation du Quatuor", ou "Cette bête est-elle viable ?" : PREMIER PILIER : ABHINAVAGUPTA, XIème siècle, vallée du Cachemire. A tenté une synthèse de tous les savoirs de l'Inde. Son idée directrice : "Tout est dans tout" (et vice-versa). Forces : - Le "Je" est la voie royale vers tout ce à quoi nous aspirons vraiment ; - Paradigmes sexuels et esthétiques (l'Absolu comme relation entre deux amants, ou entre l'artiste et son oeuvre); - Perspective inclusiviste (la plus haute vérité intègre toutes les vérités) ; - Cherche à synthétiser tous les points de vues de son temps ; - S'efforce de réconcilier les contraires. Faiblesses : - Style hermétique ; - Ignore l'éthique et le politique ; - Brahmaniste (modéré tout de même) ; - Sectarisme ; - Trop ambitieux sans doute ; - Culte du Gourou (modéré). DEUXIEME PILIER : LONGCHENPA, XIVème siècle, Tibet. Synthèse du Bouddhisme du point de vue de la Grande Complétude (Dzogchen). Forces : - Poésie originale, métaphores puissantes ; - Athée ; - S'appuie sur des expériences ; - Analyse détaillées des processus de la méditation ; - N'exclut pas les émotions et la sexualité. Faiblesses : - Ignore le "Je" ; - Superstitieux ; - Ignore l'art et la politique ; - Sectarisme ; - Croit en la réincarnation ; - Obsession paranoïaque à l'endroit des démons et autres esprits frappeurs ; - Culte du Gourou ; - Pieux mensonges ("vision pure") ; - Menances de damnation éternelle. TROISIEME PILIER : DOUGLAS HARDING, campagne anglaise, XXIème siècle. "La seule manière de résoudre le problème, c'est de VOIR qui a le problème". Forces : - Expériences simples et profondissimes ; - Pas d'autorité extérieure. Faiblesses : - Tendance à confondre les faits et leur interprétation ; - Théisme christocentrique ; - Pas de politique ni de psychologie ; - Semble prôner la régression vers un état infantile. QUATRIEME PILIER : KEN WILBER, Colorado, XXIème siècle. "Tout est vrai". Forces : - Approche intégrale ; - Unifie et organise les savoirs ; - Réconcilie. Faiblesses : - Culte du Gourou ; - Croit en la "folle sagesse" (on ne peut juger les actes d'une personne "éveillée") ; - Croyance au paranormal ; - Croit en la "résonnance morphogénétique" (sorte de karma cosmique).
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18-02-2006

Est-il inévitable que les extrêmes se rejoignent ?

La tentation obscurantiste

 

L'affaire des caricatures de Mahomet me confirme dans l'idée qu'il existe au moins deux gauches ( intuition confirmée et argumentée par Caroline Fourest dans son ouvrage remarquable La tentation obscurantiste :

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/10/29/362 ). L'une défend d'abord les valeurs républicaines contre les totalitarismes quels qu'ils soient. L'autre se veut avant tout anti-colonialiste, quitte à s'allier avec les islamistes. Ainsi voit-on le MRAP intenter un procès à Charlie-Hebdo pour "incitation à la haine raciale". Le président du MRAP considère que critiquer l'islam, c'est faire preuve de racisme. Contre quelle race ? Nul n'a réussi à le lui faire dire. Le fait que l'islam n'est ni une race, ni une ethnie, ni une nationalité ne semble pas l'avoir effleuré. Qu'il apporte ainsi de l'eau au moulin des terroristes islamistes ne semble pas gravement le troubler non plus. Non : il préferre être "révolté contre cette manifestation de haine raciste" qui consiste a représenter un homme, en l'occurence Mahomet - ce sympathique chef militaire et religieux de l'Arabie du VIIème siècle. En revanche, ce monsieur du MRAP ne dit pas un mot sur les violations des droits élémentaires de millions d'hommes, de femmes et d'enfants au nom de cette idéologie morbide. Pas une parole pour se révolter contre les caricatures de l'islam que sont les hommes, les femmes et les enfants qui se font exploser à travers le monde entier au nom de cette "religion de paix". Rien, non plus, à propos des manifestations antisémites de plus en plus fréquentes en France. Sans parler de la haine de la République affichée plus ou moins ouvertement par certains "intellectuels musulmans modérés" comme Tariq Ramadan.

 

Et le soufisme ?

 

Certes, il y a le soufisme, ce courant musulman spirituel, plus ouvert semble t-il et plus tolérant. Mais n'oublions pas que Hassan Al-banna, fondateur des Frères musulmans ( ancêtre des organisations intégristes), était un soufi. Et puis, l'on peut être un grand spirituel et se montrer arriéré sur le plan moral. Prenons le cas d'Ibn Arabî, cet immense penseur de la "doctrine de l'Unité de l'Existence", réputé pour son "intelligence du coeur". Dans La sagesse des prophètes (Albin Michel, p.126), il professe pourant ceci : "Jésus manifesta de l'humilité jusqu'à ordonner à sa communauté qu'ils donnent la dîme en s'humiliant, et que si quelqu'un est frappé sur sa joue, il tende l'autre à celui qui l'a frappé et ne se révolte pas contre lui ni ne cherche vengeance." Morale de l'histoire selon le grand soufi : "Ceci Jésus le tint du côté de sa mère, car c'est à la femme de se soumettre tout naturellement, puisque la femme est légalement et physiquement sujette à l'homme." Et que l'on ne croit pas que tous les soufis ont adopté l'égalité des sexes depuis l'époque Ibn Arabî. J'ai moi-même assisté à des réunions soufies à Paris, dans une tradition pourtant réputée pour son ouverture d'esprit. Mais, au moment de la prière, l'on m'ordonna de passer devant les femmes (qui avaient revétu leur voile par-dessus leur jean pour l'occasion), conformement à l'ordre "légal et physique".

De même, à Bénares, j'ai pu constater chez les Occidentaux alter-mondialistes une certaine complaisance avec les injustices de la société de caste. Toute critique de cette société était accueillie comme un propos "colonialiste", et toute référence aux valeurs universelles de liberté et d'égalité, comme des idées "passéïstes".

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

L'histoire a l'habitude de ces mouvements de balanciers. De l'extrême d'un Occident ethnocentriste et arrogant, l'on est passé en quelques dizaines d'années au culte des cultures et des religions pré-modernes. Le nouveau mot d'ordre est : "Peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'exotisme".

Un des éléments qui ont sans aucun doute concouru à ce revirement est la philosophie "post-moderne". On désigne ainsi ce courant qui, depuis Nietszche jusqu'à Derrida, à entrepris de remettre en questions les fondements mêmes de la modernité : la démocration, la raison, les valeurs universelles des droits de l'homme, le progrès, la science. A ces idées, ils opposent celles de relativisme culturel, ainsi que le fait que toute idée est subjective, située historiquement, que la "recherche de la vérité" cache toujours une soif de pouvoir, qu'il n'y a pas de critères universels de justice ou de bonté, que la science n'est qu'un mythe comme un autre, que l'idéal démocratique n'est qu'un instrument au service des puissances impérialistes.

Ce faisant, le post-modernisme a permis à l'Occident de prendre du recul par rapport à lui-même, de relativiser ses projets ambitieux, de se livrer à un salutaire examen de conscience en apprenant à se mettre à la place de l'Autre.

Mais certains post-modernistes ont voulu - et veulent toujours - aller plus loin. Ils sont devenus des "intégristes post-modernes". Selon eux, le Coran, la Bible et les théories scientifiques ont la même validité. De même, les droits de l'homme ne sont pas plus légitimes que la charia, etc. Autrement dit, ces gens veulent être post-modernes en ne conservant rien de la modernité. Pour eux, la démocratie devrait appartenir au passé. Ce faisant, ils font le jeu des intégristes. En effet, la seule façon d'évoluer de façon saine, c'est de dépasser une étape, mais en l'incluant dans la nouvelle construction. Si l'on détruit l'étage que l'on peut dépasser, on se retouve simplement à l'étage du dessous! De même, en rejetant complètement la modernité, certains post-modernistes se retrouvent au niveau-pré-moderne (celui de l'islamisme et de l'Inde des castes), alors qu'il faut certes depasser la modernité, mais en conservant ce qu'elle avait apporté : les droits de l'homme, etc. En voyant partout des complots impérialistes, ils font le lit des terroristes. (Voir, par exemple, la critique du livre de Caroline Fourest sur les pages du "Réseau Voltaire" (!), ainsi que les pages sur le 11 septembre qui exposent la thèse selon laquelle ces attentats n'auraient été qu'un coup monté par la CIA alliés des "sionistes" : http://www.voltairenet.org/article130948.html )

Voilà comment, aujourd'hui, une partie de la gauche et de la droite extrême se retrouvent régulièrement pour faire alliance avec les intégristes et pour condamner la liberté d'expression. Il est temps de réagir, en réaffirmant que les droits humains sont bels et bien universels et intangibles, quoi qu'en disent le Coran , la Bible et autres textes "sacrés". 

 

 

Sur la collusion des intellectuels post-modernistes avec les intégristes hindous, lire aussi l'excellent article (en anglais) de Meera Nanda :

http://www.humanscape.org/Humanscape/1999/Aug/hs8998t.htm


18-02-2006, 15:37:20 anargala
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