La vache cosmique
Elle a quatres pattes : Le Shivaïsme du Cachemire, la Grande Complétude (Dzogchen), la Vision Sans Tête (Douglas Harding) et ... la Quatrième, la patte mystère. Avec ses gros et néanmoins agiles sabots, elle parcourt les mondes d'ici et d'ailleurs. Sur ce blog, vous trouverez à la fois des anecdotes personnelles sur la spiritualité en général, et plus particulièrement des réflexions sur la Reconnaissance (pratyabhijnâ, formulée par Utpaladeva puis Abhinavagupta), philosophie née au Xème siècle au Cachemire.
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Présentation des Quatres Pattes de la Vache qui Exhauce les Souhaits, Tendre Animal Philosophal
"Forces et faiblesses de ses quatres pattes", ou "Présentation du Quatuor", ou "Cette bête est-elle viable ?" : PREMIER PILIER : ABHINAVAGUPTA, XIème siècle, vallée du Cachemire. A tenté une synthèse de tous les savoirs de l'Inde. Son idée directrice : "Tout est dans tout" (et vice-versa). Forces : - Le "Je" est la voie royale vers tout ce à quoi nous aspirons vraiment ; - Paradigmes sexuels et esthétiques (l'Absolu comme relation entre deux amants, ou entre l'artiste et son oeuvre); - Perspective inclusiviste (la plus haute vérité intègre toutes les vérités) ; - Cherche à synthétiser tous les points de vues de son temps ; - S'efforce de réconcilier les contraires. Faiblesses : - Style hermétique ; - Ignore l'éthique et le politique ; - Brahmaniste (modéré tout de même) ; - Sectarisme ; - Trop ambitieux sans doute ; - Culte du Gourou (modéré). DEUXIEME PILIER : LONGCHENPA, XIVème siècle, Tibet. Synthèse du Bouddhisme du point de vue de la Grande Complétude (Dzogchen). Forces : - Poésie originale, métaphores puissantes ; - Athée ; - S'appuie sur des expériences ; - Analyse détaillées des processus de la méditation ; - N'exclut pas les émotions et la sexualité. Faiblesses : - Ignore le "Je" ; - Superstitieux ; - Ignore l'art et la politique ; - Sectarisme ; - Croit en la réincarnation ; - Obsession paranoïaque à l'endroit des démons et autres esprits frappeurs ; - Culte du Gourou ; - Pieux mensonges ("vision pure") ; - Menances de damnation éternelle. TROISIEME PILIER : DOUGLAS HARDING, campagne anglaise, XXIème siècle. "La seule manière de résoudre le problème, c'est de VOIR qui a le problème". Forces : - Expériences simples et profondissimes ; - Pas d'autorité extérieure. Faiblesses : - Tendance à confondre les faits et leur interprétation ; - Théisme christocentrique ; - Pas de politique ni de psychologie ; - Semble prôner la régression vers un état infantile. QUATRIEME PILIER : KEN WILBER, Colorado, XXIème siècle. "Tout est vrai". Forces : - Approche intégrale ; - Unifie et organise les savoirs ; - Réconcilie. Faiblesses : - Culte du Gourou ; - Croit en la "folle sagesse" (on ne peut juger les actes d'une personne "éveillée") ; - Croyance au paranormal ; - Croit en la "résonnance morphogénétique" (sorte de karma cosmique).
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25-02-2010

Abhinavagupta - La Liberté de la conscience

abhinavagupta ft

 

Durant l'Âge d'or de l'Inde, le Cachemire fut le coeur vivant
du Tantra, ce vaste mouvement qui cherche à réconcilier
spiritualité et sensualité.
Ce livre est une introduction à l'enseignement du génie
le plus fulgurant du Tantra, Abhinavagupta (Xe siècle).
Il nous fait voir dans l’existence humaine le jeu de l’absolu
jouant à s’oublier dans les choses de ce monde pour ensuite
mieux s’y reconnaître. Abhinavagupta se donne corps et âme
à cette reconnaissance du Soi divin à travers les joies et les
misères de la vie quotidienne, partageant son expérience
paradoxale avec rigueur et vigueur, en mélangeant des registres
que l’Occident oppose. Chez lui, l’expérience et la théorie,
l’intellect et la vie, l’art et l’ascèse, la philosophie et la religion
se conjuguent pour réveiller la conscience libre depuis toujours,
mais assoupie dans ses habitudes mécaniques. Sa métaphysique
s’enracine toujours dans l’expérience. Maître de la parole,
Abhinavagupta n’oublie jamais de s’abreuver à la Source.
Sans moralisme, Abhinavagupta esquisse, au fil des extraits
présentés dans ce livre, une véritable voie d’exploration et de
célébration de la liberté. Loin de tout formalisme religieux ou
conceptuel, il joue de tous les registres du savoir disponible
en son temps pour s’émerveiller et entraîner son lecteur.
Cette oeuvre intéressera le chercheur d’aujourd’hui par sa
dimension universelle et pratique. Sans exotisme, sans
dogmatisme, elle va droit à l’essentiel. Chaque extrait proposé
veut être une ouverture possible vers l’essence de notre être.

Sur Amazon

Chez Almora


25-02-2010, 19:18:07 anargala
Abhinavagupta   éveil   pratyabhijna   shivaïsme du Cachemire   tantra   yoga   Général
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22-08-2009

Lectures du Vijnâna Bhairava

Sarasvatî, Bhaktapur


Rencontres autour du
Vijnâna Bhairava Tantra
Lectures de textes du shivaïsme du Cachemire animées par David Dubois


 

Ce tantra est le plus célèbre et le plus commenté depuis la redécouverte du shivaïsme cachemirien au début du XX ème siècle. Extrêmement original par rapport aux autres tantras, il se présente comme un extraordinaire catalogue d'expériences spirituelles allant des techniques yogiques les plus sophistiquées jusqu'aux circonstances de la vie quotidienne la plus banale. Nous lirons ensemble le tantra en sanskrit et ses commentaires, ainsi que plusieurs textes apparentés. Le but de ces lectures est de partager nos interprétations dans une ambiance conviviale.

Chaque séance a lieu un dimanche sur deux de 14 à 16 heures à Nogent sur Marne, non loin de Vincennes. Aucune connaissance du sanskrit n'est requise. Des photocopies du texte translittéré sont distribuées.

Si vous souhaitez venir, nous vous demandons juste d'écrire à l'auteur du blog afin de recevoir l'adresse où se tiendront ces rencontres.

NB : ce blog n'est plus régulièrement mis à jour. La vache cosmique s'est réincarnée sous d'autres cieux.

22-08-2009, 12:44:06 anargala
Abhinavagupta   shivaisme du Cachemire   tantra   tantrisme   Vijnana Bhaira   yoga   Tantrisme
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07-03-2008

Au Coeur des tantras

Qu'est-ce que le tantrisme ?




Une traduction d'une oeuvre de Kshemarâja, maître du shivaïsme du Cachemire du XIe siècle, vient de paraître aux Deux Océans. Dans ce texte assez bref, Kshemarâja présente de façon succinte son enseignement, inspiré par ses maîtres. Il a extrait, dit-il, la crème de cet océan vaste et profond à l'intention de ceux qui n'ont pas le goût des études philosophiques, mais qui néanmoins aspirent à s'absorber au plus intime de l'absolu, à même la vie profane.


Il fût sans doute disciple d'Abhinavagupta et eut, à son tour, des élèves dont certains venus du Sud de l'Inde, comme Madhurâjayogin de Maduraï. De fait, l'enseignement du texte ici traduit, Le Coeur de l'enseignement sur la reconnaissance du Soi comme étant identique au Seigneur (Pratyabhijnâhridayam), s'est répandu dans le Sud au point qu'on en trouve aujourd'hui des manuscrits un peu partout. Ce texte a profondément influencé les traditions tantriques encore vivantes aujourd'hui, comme la Shrî Vidyâ.

07-03-2008, 16:34:28 anargala
Pratyabhijna   reconnaissance   tantra   tantrisme   Reconnaissance
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14-09-2007

Je savoure l'Essence

Le soleil, la lune, les étoiles, l’espace, l’air, le feu, l’eau et la terre, le « mien » et le « tien » - tout cela apparaît en moi. Je suis donc le fondement de la multitude des êtres. 212 

 Je savoure l’Essence qui donne à la fois jouissance et délivrance, cette Essence qui brille, indéfinissable, qui embrasse tout, éternelle, débordante de la joie de n’être que Conscience. 213 

 

Je goûte sans trêve mon propre Soi impérissable, radieux, indéfinissable, qui embrasse tout, éternelle, débordante de la joie de n’être que Conscience. 214

[La première moitié de la stance 214 est identique à la première moitié de la stance précédente.] 

 

L’Essence est éternellement réalisée. Elle n’est pas à atteindre ou à réaliser. Celui qui nourrit le désir de (la) réaliser ou de l’atteindre sera toujours autre que Shiva. 215

[Il y a un jeu de mot : sadâ a-shivah syât : « Il sera toujours non-shiva », c’est-à-dire malheureux, ou autre que Shiva, ce qui revient au même. En outre, l’expression évoque Sadâshiva, « l’Eternel Shiva », forme de Shiva adorée par les adeptes du Shivaïsme commun, plutôt dualiste, encore vivant de nos jours dans le pays tamoul.] 

 Le gnostique qui demeure en son propre Soi n’entreprend jamais d’effort pour y demeurer. Au contraire, l’ignorant laborieux reste privé de la Connaissance, alors même qu’il est (cette) Connaissance ! 216 

  Ayant délaissé la contemplation du corps, abandonnant l’observation du souffle, je suis toujours sans penser, apparaissant plein de la félicité du Soi. 217 

[« souffle » traduit ici spanda, littéralement « vibration ». Ce terme désigne souvent l’Essence (svarûpa), mais ici il me semble faire référence au mouvement du souffle, avec son alternance inspire-expire, archétype de tous les couples de contraires (jour-nuit, soi-autrui, etc.).]  

 Je suis pur, évident, toujours réalisé, affranchi des pensées. Mais lorsque je désire m’éveiller à moi-même par moi-même, alors je me manifeste comme n’étant pas réalisé. 218 

 

Je demeure à tout instant sans second. C’est en moi qu’apparaît cette corporalité que voici. Les phénomènes se manifestent à la suite de l’apparence du corps. Tout se passe alors pour moi (comme) s’ils me dérobaient la conscience. 219

Râmeshvar Jhâ, La liberté de la conscience


14-09-2007, 12:26:42 anargala
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07-09-2007

Pourquoi tant de haine ?

Un documentaire sur "le yoga et le tantra", datant des années 70, nous rappelle que les fantasmes sur le tantrisme ne datent pas d'hier. Ce documentaire de propagande chrétienne n'y va pas avec le dos de la cuillère ! Un "grand spécialiste du New Age"  nous le dit : Shiva est Satan ! La Kundalinî n'est autre que le Serpent de la Genèse...

Et ce genre de discours de haine est toujours d'actualité, propagé par exemple par le Père Verlinde. Tout y passe : Descartes (massacré tant par tout le monde, il est le bouc-émissaire de service), l'écologie, l'hindouisme, le bouddhisme (par l'intermédiaire de quelques caricatures comme Lobsang Rampa).  Quant à notre cher Pape, il nous a réjoui d'une encyclique sur les "dangers du bouddhisme".

La religion de la peur a encore de beaux jours devant elle.

Ce qui ne veut pas dire que le yoga n'est pas aussi une sorte de buisness, comme le montre cet autre documentaire américain.


07-09-2007, 22:47:30 anargala
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05-09-2007

La différence entre la pure conscience et l'état de Shiva

Celui qui se présente comme une pluie d’ambroisie peut à tout instant être connu. Il est Vibration, naturellement en mouvement, prise de conscience de soi. Et bien qu’il soit le Royaume où s’épanche le triple éclat (du Feu, du Soleil et de la Lune), il est Un. Dépourvu de l’apparence d’un commencement et d’une fin, il est Apparence/Lumière du Soi. 206 

Lémur

Une fois que l’on cesse complètement de méditer le Soi sous la forme des liens qui s’étendent jusqu’à l’Egale (samanâ), on médite notre Essence de pure conscience. C’est « l’omnipénétration du Soi » (âtmavyâpti). (Mais dans les tantras) il est montré que « l’omnipénétration de Shiva » est différente… 207 … : Evoquant en soi les attributs tels que l’omniscience et l’omnipotence, l’omnipénétration de Shiva se produit sans délai. 208

 

[« L’omniprénétration du Soi » désigne l’absorption dans la pure conscience que recherchent les adeptes de l’Advaita Vedânta ou du Sâmkhya. « L’omnipénétration de Shiva » est l’absorption en Shiva, qui est à la fois pure conscience ET activité. D’où sa supériorité, selon l’auteur. En clair, cela veut dire que les yogins du Sâmkhya considèrent les pensées, les émotions et la vie ordinaire comme des ennemis à fuir ou a éliminer. Dès qu’ils sortent de leur méditation profonde (nirvikalpasamâdhi), les pensées etc. réapparaissent, et ils ont l’impression de perdre leur sérénité. Pour les yogins shivaïtes en revanche, à l’absorption sans pensée succède « l’absorption-les-yeux-grands-ouverts », à laquelle la pensée participe (« Je suis tout cela »), ainsi que le corps et les sens  ; « l’Egale » est l’avant-dernière étape de l’énoncé d’une syllabe telle que OM. C’est une forme très subtile de la conscience/Parole.] 

La Puissance (shakti) qui fait apparaître l’univers est Désir, Perception et Action. Bien qu’absolument parfaite, elle atteint un état imparfait en faisant apparaître pour ainsi dire un quelque chose. 209 

Lorsque l’activité mentale apparaît comme incarnant la conscience, alors l’état de Shiva apparaît, présent pour l’éternité. 210 

Lorsque l’on perçoit touts les objets sans aucune séparation comme reposants en soi, c’est alors qu’apparaît l’état de Shiva, qui consiste à être identique à tout. 211

Râmeshvar Jhâ, La liberté de la conscience.


05-09-2007, 11:23:52 anargala
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01-09-2007

Il deviendra Shiva

L’adepte qui voit le Réel, devenu le Soi de tout et reposant en son propre Soi, ne s’égare pas dans les phénomènes distincts. 197

 Ciel
 

Le but à atteindre n’est pas à atteindre pour moi, car il n’est autre que le sens du mot « je ». Il est à tout moment réalisé. Que reste t-il à accomplir ? 198 

Tous les phénomènes subsistent en moi et ne surgissent que de moi. Ils me trompent, (mais) une fois vue l’Essence du Soi, ils se résorbent. 199 

Si je ne deviens pas puissant par la prise de conscience « je », alors ces phénomènes (manifestés par moi) me dérobent la Lumière. 200 

Autrement dit, la Contraction qui engendre les moments et les lieux survient. Alors survient (aussi l’idée fausse) que l’on est « contenu » (dans l’espace et le temps). Le Soi oublie qu’il est la Vie. 201 

Voilà pourquoi le sage qui désire la délivrance-dès-cette-vie  doit constamment demeurer dans la prise de conscience « je ». 202 

Je suis Shiva, sans second, évident, égal, constamment homogène, indépendant, m’adonnant spontanément au jeu de la liberté tout en faisant apparaître (l’ensemble des phénomènes) depuis le vide jusqu’au corps. 203 

Connaissant le Soi comme étant le Seigneur, voyant clairement l’omniscience et l’omnipotence, immergé dans la souveraineté, abandonnant le corps, que l’on devienne Shiva. 204 

(Au contraire, l’être ordinaire) délaisse la Reconnaissance (du Soi), acquiert du même coup l’état d’âme (limitée). Vaincu dans le corps par le Soleil et la Lune [l’expir et inspir, etc.] , il devient un mortel. 205

Râmeshvar Jhâ, La liberté de la conscience


01-09-2007, 19:47:07 anargala
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10-08-2007

Comment la Lumière pourrait-elle être occultée par sa propre ombre ?

Je suis la Mère de toutes les apparences, le Fondement et le Destructeur. Comment cet (univers) impermanent pourrait-il occulter celui qui est Profond (majja), éternel, affranchi de toute peine, à la Forme éclatante ? 190

Je suis Un, éternel, toujours apparent, entier, contenant tout, constant, égal. Cette dualité de la Mâyâ, apparente en tant que cause de l'accroissement des différentes phases de l'existence (vikâra : naissance, âge adulte, âge mûr, vieillesse, maladie et mort), n'est pas mienne ! 191

 Ô Seigneur ! cette lumière des Trois Mondes (Terre, Ciel et Paradis) qui partout te suis, elle brille par ta Lumière. Tu es cette (Lumière) qui ne vacille pas et qui ne peut être cachée par cette ombre qu'elle projette. 192

Cette (Lumière) aux formes innombrables est perçue comme cette activité qui va se dilatant au travers d'une Apparence toujours nouvelle, inséparable de l'acte de conscience (vimarsha). 193

Celui qui a complètement abandonné la contraction librement assumée par la conscience perçoit intégralement et directement, pour lui-même, cette Essence infinie. 194

Pour qui a l'intuition inébranlable de sa propre Essence omniprésente, pour qui éprouve le Soi après avoir abandonné (l'identification) au corps, pour celui-là rien n'est difficile à obtenir ! 195

Je suis avant toutes choses. Je suis la Lumière des lumières (ou : "Celui qui fait apparaître toutes les apparences"). A part moi, qui suis évident, il n'y a aucune autre lumière (ou : "aucune autre source des apparences"), . 196

Râmeshvar Jhâ, La liberté de la conscience


10-08-2007, 12:01:09 anargala
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06-08-2007

L'Un et le Multiple

Je suis Un et sans second. (Shiva) fait apparaître l’univers entier ici-même, en moi, dans l’Apparence. Ayant fait apparaître (l’univers) dans l’intellect, dans le corps et aussi à l’extérieur, il me lie, moi qui suis consumé par les dilemmes. 185

 

L’Espace est Un. De même, l’Air, le Feu, l’Eau et la Terre, à la fois divisée et indivise. De même, notre Soi est toujours absolument Un. Il est aussi ce qui fait apparaître toutes choses, (c’est pourquoi) il apparaît comme différencié. 186

 

Bien qu’Un, il est perçu comme multiple et différencié par le temps et le lieu. Bien que multiple, il atteint l’unité à travers le lieu, le temps et la finalité. [Par exemple, une graine, l’eau et la terre concourent à engendrer un arbre]. 187

 

Ce jeune arbre du monde sensible, fait des mots et de leur sens, existant à l’intérieur mais apparaissant « à l’extérieur », est tout entier apparut spontanément. Quand je le vois se dissoudre en moi, je me réjouis. 188

 

Pour l’être accomplit, le royaume de la méditation profonde (samâdhi) dans laquelle tout est assimilé au Soi, est en vérité accompli. Il n’a pas à le devenir. Au contraire, pour l’être asservi dont l’intelligence n’a pas abandonné l’identification au corps, ce royaume demeure invisible, même après des centaines d’efforts. 189

 

Râmeshvar Jhâ, La liberté de la conscience


06-08-2007, 10:12:15 anargala
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08-07-2007

La danse de la yoginî

Le chant, la danse et les arts de la scène occupent une grande place dans les tantras, et cela depuis le shivaïsme ancien, celui des adeptes du Maître des Bestiaux (pâshupatâh).

lion_faced_dakini

 

Cette place centrale se retrouve dans les tantras ésotériques du bouddhisme, dont les pratiques ont été conservées au Népal. C'est ainsi qu'on y trouve les chants des adeptes accomplis (mahâsiddhâh) mis en musique, dans différents modes, ou râgas. Cette pratique est encore bien vivante au Népal, comme en témoignent ces spectacles. Bien sur, les éléments sexuels ont été expurgés (notamment la nudité), mais l'essentiel, me semble t-il, demeure.

Une danse de la yoginî. Notez le chant en accompagnement, remarquablement sobre, et d'un style assez original par rapport à la musique hindoustanie.

Un deuxième exemple de la même danse.

Une danse "des cinq Târâ". On comparera avec cette danse par des nonnes tibétaines.

Vajrapâni, le Gardien des Secrets.

Les Cinq Bouddhas.

La Dâkinî à tête de lion, Singhamukhâ : un exemple de divinité "courroucée".

Et enfin, le ballet des"divinités d'offrande", qui offrent au maître et aux bouddhas seizes délices, à commencer par la danse, la musique et le chant (nritta-vâdya-gîti)

 

 


08-07-2007, 11:13:35 anargala
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22-06-2007

Alexis Sanderson

L'un des plus grands chercheurs sur le shivaisme du Cachemire est le professeur Alexis Sanderson d'Oxford. Il a désormais son site, sur lequel on peut télécharger ses principaux articles.

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Son article de 1988 Saivism and the Tantric Traditions reste indispensable pour se faire une idée de l'organisation des différents courants du tantrisme de l'âge classique (IV-XII siècles).

En ce qui concerne le bouddhisme tantrique, il montre dans un article de 1994 combien le bouddhisme a plagié consciemment - et de manière critique - le shivaisme pour se constituer. Le tantra de La Roue du Temps (Kâlacakra) en est l'exemple le plus aboutit. En revanche, un tantra comme celui de Cakrasamvara a "copié" des passages de tantras shivaïtes verbatim. Du coup, certains de ces passages sont devenus incompréhensibles dans un contexte bouddhiste (Sanderson donne un exemple dans un article fort technique mais passionnant : "History Through Textual Criticism", pp. 44-47)... 

Enfin Sanderson, qui a étudié auprès du maître Lakshman Joo (voir la photo ci-dessus), est aussi réputé pour sa rigueur et ses critiques, particulièrement à l'endroit du travail de Lilian Silburn. Voyez par exemple son évaluation de la traduction par Silburn du commentaire de Kshemarâja aux Shiva Sûtras. Les remarques de Sanderson sont dures mais exactes, et il est incontestable que Silburn a déformé sa lecture des textes pour l'adapter à l'enseignement de son gourou - qui était un soufi - et que ses traductions sont souvent inexactes, sans parler de l'aspect historique ou philosophique, qui lui échappe complètement. Cela étant, ses livres restent magnifiques et profonds.

D'un autre côté, les études de Sanderson manquent, à mon (très) humble avis, de la problématisation nécessaire quand on aborde des oeuvres à caractère philosophique. Cependant, il a livré récemment un commentaire impressionant à l'introduction du Tantrasâra d'Abhinavagupta. De plus, il a écrit un article sur la philosophie bouddhiste (école sarvâstivâda) !

Sanderson est un virtuose du sanskrit et manie les manuscrits avec une aisance stupéfiante. On ne peut que le respecter, tout en regrettant qu'il ne publie pas davantage, et qu'il ne livre pas plus de réflexions d'ensemble sur l'oeuvre d'Abhinavagupta.


22-06-2007, 11:36:43 anargala
Abhinavagupta   cachemire   Sanderson   shivaisme   tantra   tantrisme   Tantrisme
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13-06-2007

Tantrisme extrême

Le shivaïsme est une vieille religion. Ou plutôt, un ensemble de religions, assez distinctes les unes des autres mais toutes révélées ou inspirées par Shiva, un peu comme le christiannisme, le judaïsme et l'islam se réclament tous du Dieu d'Abraham.

Aghori1

 

Parmi ces courants, l'un des plus anciens et des plus curieux est celui des Pâshupatas, ascètes au corps couvert de cendres et vivants dans les champs de crémation. Vers le IVème siècle, leur ont succédé les Kâpâlikas ("Crâneurs"), qui devinrent rapidement une figure de l'imaginaire indien. Ils sont l'objet de nombreuses satyres dans les pièces de théâtres et farces de l'Inde médiévale. Ils boivent, copulent et se livrent à toutes sortes de pratiques antinomiques. C'est dans leur milieu que va s'élaborer, des IV ème au XII ème siècles, la littérature des tantras, avec leur symbolisme érotique ou morbide.

Que sont-ils devenus ? Les Nâtha, "inventeurs" du Hâtha-yoga, sont toujours présents en Inde et au Népal, bien que  largement corrompus par la mafia du BJP, du RSS et du VHP... Leur chef actuel (Avedya Nâth) est, comme souvent dans le Nord de l'Inde, à la fois député et brigand notoire.

L'une des sectes qui peut se réclamer de la parentée  des Kâpâlikas de l'Inde ancienne est celle des Aghoris, peu nombreux mais que l'on peut encore croiser sur les ghats de Bénares. Malheureusement, je ne les ai ni filmé ni même photographié. Cependant, voici un excellent documentaire anglais sur l'un d'eux à Haridvar non loin de Rishikesh. Le personnage est attachant. Originaire du Bihar  l'état indien qui compte le plus de guérisseurs tantriques - on l'accompagne dans une partie de son parcours intérieur et extérieur. Sa pratique donne une idée de ce que pouvait être celle des ascètes de l'Inde médiéval et des adeptes du bouddhisme tantrique. On voit que Râm Nâth désobéit à son gourou et ne craint pas de rendre visite à sa famille ou à des prostituées de Calcutta. Une existence libre mais risquée.

Un autre document, filmé sans doute à Bénares, où l'on voit un aghori manger un morceau de chair humaine. Ce petit film, réalisé par et pour des Indiens, donne un aperçu assez juste de l'image que les Indiens eux-mêmes se font du tantrisme, qui finalement est pour eux l'équivalent de ce que l'occultisme et de l'astrologie sont chez nous. Dans cette série ("kaal kapaal mahakaal"), vous pourrez également regarder d'autres documents intéressants sur le tantrisme contemporain, avec notamment un gourou buvant des litres de whisky devant ses fidèles et des rituels d'exorcisme.

Enfin, un documentaire de qualité fait par le National Geographic. L'alcool y est omniprésent. J'ai assisté à des rituels à base d'alcool dans un temple dédié à Batuk Bhairava. Mais les adeptes ne consommaient rien. Toute la nourriture, imbibée de vodka, était donnée aux chiens. En revanche, il était obligatoire, pour pouvoir assister à la cérémonie, de boire au moins trois coupelles de whisky !

A travers ces films, on mesurera la distance entre ce tantrisme rustique et le néo-tantrisme californien raffiné...  


13-06-2007, 15:30:44 anargala
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08-06-2007

Archéologie de la perfection

Un article a été publié récemment en anglais, qui confirme, me semble t-il, les hypothèses que j'avais avancé sur l'histoire de la tradition contemplative tibétaine de la "Grande Complétude" (dzogchen).

ChaineVajra2

 

L'auteur en est David Germano, qui coordonne le "Projet Samantabhadra", visant à mettre en ligne les différentes collections de textes apparentés au dzogchen.

Je dis bien "différentes", car l'un des premiers résultats de ses recherches est qu'il n'existe pas un dzogchen, mais bien plusieurs, et qui se sont élaborés en opposition les uns aux autres. L'utilisation d'un terme unique pour désigner tous ces courants cache la réelle diversité d'une littérature qui s'est constituée sur plusieurs siècles (du VIIIème au XIVème siècle).

En gros, il distingue un dzogchen "ancien", qui est le dzogchen à l'état pur, d'un dzogchen "tantrique", ritualisé et présenté dans le contexte de la "culture des champs de crémation" propre aux tantras bouddhiques, eux-mêmes puisants cette esthétique "funéraire" (divinités "courroucées", volcans, etc.) dans le shivaïsme.

Le dzogchen ancien (VIIIème-XIème siècles) se caracérise par le rejet de tout rituel et de toutes les techniques, y-compris tantriques. Les textes de ce dzogchen ancien se présentent sous forme de poésies et cherchent à provoquer une conversion radicale chez le lecteur. Le mot "dzogchen" n'y figure pour ainsi dire pas.

A partir du XIème siècle, apparaissent d'autres textes, se présentants comme supérieurs aux précédents. Ce sont eux qui vont évoluer pour former "L'essence du Coeur" (Nyingthig), dont se réclament tous les adeptes du dzogchen contemporain. On y assiste au retour progressif de l'esthétique tantrique "funéraire", et l'accent porte désormais sur les techniques visionnaires (thogal), elles-mêmes d'origine tantrique (kâlacakra, guhyasamâja...). Cependant, le dzogchen ancien reste présent sous la forme de texte poétiques et anti-techniques (c'est le fameux trekchod).

Depuis le XVième siècle, le dzogchen se réduit à cela. Cependant, ce retour de la "technique de l'Eveil" a rencontré des résistances. D'où l'apparition de multiples courants au sein même du dzogchen "tantrique".

On peut ainsi distinguer trois phases :

1- Le Nyingthig ancien, qui propose un dzogchen révélé dans le cadre du panthéon des "divinités paisibles et courroucées" du célèbre "Livre des morts tibétains". On y trouve des descriptions détaillées et variées de l'expérience de l'au-delà (bardo), ainsi que nombre de techniques empruntées, comme souvent, à des tantras shivaïtes (notamment les pratiques pour "tromper la Mort" - kâlavancanam).

2 - Le Tchiti, "révélé" par des "découvreurs" (terton) comme Gourou Chöwang et Nyangrel Nyima Öser. La principales nouveauté est ici l'organisation de tous les enseignements autour de la figure de Padmasambhava. Celui-ci, en effet, ne figure pas dans le Nyingthig ancien (centré  quant à lui sur un autre personnage de légende : Vimalamitra), et encore moins dans le dzogchen ancien... Germano note que Nyangrel a voulu revenir au dzogchen radical "ancien", en séparant clairement celui-ci des pratiques tantriques liées aux divinités courroucées, etc.

3 - Mais dans une dernière phase (yangti), la tendance techniciste est revenue en force, affirmant que la pratique visionnaire (thogal) est la meilleure, et que le dzogchen "ancien" n'est que du verbiage pour intellectuels (pour un échantillon, voir Les phères du coeur de Samantabhadra, aux Deux Océans).

 

Voilà pourquoi aujourd'hui vous ne trouverrez aucun lama pour enseigner le dzogchen ancien. Soit ils ne le connaissent pas, soit ils le considèrent comme dépassé.

De plus, le dzogchen contemporain se résume soit à des "enseignements sur la nature de l'esprit" (trekchöd) qui ne sont pas le "vrai" dzogchen selon les lamas qui l'enseignent eux-mêmes ; soit à un enseignement sur les techniques visionnaires, généralement réservé aux disciples proches ou dans le contexte d'une retraite stricte.

Donc, quand un lama "dzogchen" parle de "la nature de l'esprit", sachez qu'il ne parle pas de la vraie nature de l'esprit, qui selon lui ne peut se révéler que dans le cadre d'une pratique visionnaire. Pour eux, trekchöd et mahâmudrâ sont des sortes de pratiques préliminaires.

Mais ce genre de tension entre les tenants d'une pratique "sans forme" d'une part, et les partisans de diverses techniques visionnaires, de l'autre, n'est pas nouveau. Le Soûtra de l'Entrée à Lankâ mettait déjà en garde les disciples du Bienheureux (trad. P. Carré, p. 124):

 

Les pratiquants en extase contemplent

Les formes du soleil et de la lune,

Des lotus rouges au fond des précipices,

L'espace vide, des flammes et des images.

 

Or, toutes ces visions sont justes bonnes

A vous précipiter dans les royaumes non bouddhistes

Ou, encore, dans le champs d'expérience

Des auditeurs et des bouddhas-par-soi.

 

Renoncez à toutes ces visions

Pour vous établir dans l'absence d'objet

De méditation, et vous accéderez

A l'Apparence réelle, l'ainsité.

 

P.S. : Malgré tout cela, je continue de croire que le dzogchen "d'aujourd'hui" (c'est-à-dire le Nyingthig) est un immense trésor de sagesse. En effet, il me semble que les pratiques visionnaires elles-mêmes, bien comprises, dépassent l'opposition entre "forme" et "sans forme", tant il est vrai que le bouddhisme a toujours enseigné que la forme et le vide, la réalité et l'apparence, sont deux facettes du Réel, distinctes mais inséparables.


08-06-2007, 16:16:29 anargala
dzogchen   nyinthig   tantra   Dzogchen
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12-04-2007

Y a t-il une "voie du milieu" dans le shivaisme cachemirien ?

L'absence de tout précepte moral dans les oeuvres attribuées à Abhinavagupta aura sans doute frappé plus d'un lecteur. Plus encore, il n'y va pas d'une simple absence, mais bien d'une critique des morales brahmaniques et tantriques.

papilli

 

Dans le quatrième chapitre de la Lumière des tantras, en particulier, il offre un développement dialectique sur ce point, d'une vaste portée pratique. Sa conclusion est que les règles ne sont ni une aide, ni un obstacle. De fait, on peut s'en passer, comme le conseillent certaines traditions tantriques non-dualistes, mais on peut aussi bien s'y conformer sans perte aucune. Tel fut, d'ailleurs, le choix d'Abhinavagupta, qui siégeait parmi ses disciples revêtu des attributs du dévot de Shiva (graines de rudrâksha, cendre, rosaire, etc.). De même, dans son commentaire au Chant du Bienheureux Seigneur (Bhagavad Gîtâ, dont une nouvelle traduction vient de paraître chez GF), il affirme que la morale brahmanique est fausse en théorie, mais que l'on doit s'y conformer en pratique : " Les adeptes parfaitement accomplis ne se disent pas 'En servant un brahmane, j'accumulerais du mérite'. Ils ne croient pas aux vertus purificatrices de la vache, ni que posséder un éléphant les enrichirra, etc. A leurs yeux, le chien n'est pas impur. Pour eux, même l'intouchable n'est pas impur ni pécheur. Ils regardent toutes les créatures d'un regard égal. Cependant, ils n'agissent pas ainsi dans la vie quotidienne (na tu vyavaharanti)." (ad V, 19). Le maître invoque ici la célèbre théorie - bouddhiste à l'origine - des "deux vérités", l'une absolue et l'autre superficielle mais pratique dans tous les sens du terme. Distinction elle-même fort pratique il est vrai, et qui n'est pas sans rappeler celle d'un Ibn Rushd (Averroès) en contexte musulman. Il va sans dire que cette distinction peut justifier tous les mensonges et toutes les manipulations. Cependant, s'il y a sans doute un "côté obscure" de la théorie des deux vérités, et si cette voie fut suivie, dit-on, par des adeptes de la non-dualité védântique, telle n'est pas, à notre avis, l'option choisie par Abhinavagupta. En effet, bien que celui-ci n'appelle certe point au soulèvement des opprimés du système des castes, il n'en reste pas moins qu'il ne craint pas de proclamer haut et fort sa propre doctrine, y compris dans ses parties les moins conformistes. C'est ainsi qu'il décrit en détail les rituels transgressifs sans céder à la tentation de les édulcorer, s'efforçant de les justifier contre les tenants de l'orthodoxie védique. Dans son commentaire à la Gîtâ, il se moque de ceux pour qui les femmes, les enfants et les intouchables n'auraient pas droit à la connaissance salvatrice. De même, dans la vaste glose au Tantra de la Guirlande de Victoire : "... le Kâlapâda Tantra affirme que "l'on doit initier les intouchables" (MVV, 197ab). Or ce tantra fait parti du corpus du shivaisme dualiste ! On surprend donc Abhinavagupta en pleine tentative de corruption, si j'ose dire, de ses coreligionnaires shivaïtes qui se veulent orthodoxes.

Quoi qu'il en soit, Abhinavagupta se montre globalement libéral et souvent extrêmement original. Ainsi, à la "voie du millieu" bouddhiste, il propose cette alternative surprenante, fondée sur une lecture singulière d'un passage de la Gîtâ ! : "Il est dit ici que ceux qui aspirent à la délivrance doivent honorer les objets des sens :

[suit la stance de la Gîtâ III, 11:]

"Grâce à cette (forme d'activité sans visée utilitaire), les dieux seront nourris et te nourriront. En se nourrissant mutuellement, tous atteindront le Souverain Bien."

Abhinavagupta formule une exégèse toute tantrique, fondée sur l'Hymne de louange au ballet des dieux présents dans le corps (cf. Les Hymnes d'Abhinavagupta traduits par L. Silburn). "Les dieux" sont les objets des sens, tandis que leurs déesses respectives sont nos organes, à savoir les cinq sens, mais aussi le mental, la faculté de juger et l'ego. Lorsque, à travers une étreinte rituelle, ces couples sont assouvis, ils délivrent l'adepte. Autrement dit, ils ne sont plus source de peur et de jalousie, mais participent au contraire à la vaste dilatation qui caractérise la conscience affranchie au grand large de son immensité. Ainsi, banqueter c'est, comme nous l'assure le Tantra de l'Intuition (Vijnânabhairava), ouvrir la porte de l'Infini. Cependant, il n'y va pas d'un hédonisme simpliste, travers affligeant auquel on réduit trop souvent le tantrisme. En effet, cette jouissance n'est libératrice que si elle est précédée de l'absorption en la pure conscience de soi. Sans elle, cette dilation est vaine, au sens augustinien, et donc finalement asservissante. L'idéal est d'alterner les deux, comme l'on frotte deux morceaux de bois pour allumer un feu (ad II, 11) : "On atteint l'Absolu quand la différence entre (méditation et vie quotidienne) a disparue. Le Bien Souverain est obtenu sans délais lorsque l'on pratique sans interruption le mélange des périodes de méditation et celles de la vie quotidienne qui s'engendrent mutuellement, mélange signalé par (la conviction que) l'Essence est identique à la satisfaction des sens."

C'est que ces deux aspects se corrigent en quelque sorte mutuellement. L'intériorisation prépare le terrain - ce vide dans lequel la joie va pouvoir venir m'habiter -, et l'extériorisation est la joie elle-même, en forme de partage avec le monde et les autres. Tel est le sens du "banquet" (melâpa, ganacakra) tantrique, si souvent carricaturé par ses propres adeptes. De cette manière l'homme et la femme deviennent créateurs et auteurs de leur existence, d'authentiques gastronomes de la vie, explorant sans crainte la "voie du centre" qui n'exclu rien mais embrasse tout dans une expansion sans fin.

 

 


12-04-2007, 12:20:39 anargala
brahmanisme   conformisme   hédonisme   morale   tantra   Tantrisme
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02-02-2007

Tout apparaît naturellement

Les univers composés du corps et autres objets apparaissent au Soi qui est être et conscience, dont la forme est félicité infinie. De même, ils n'existent qu'en moi. 162

 

ramana6

 

D'abord le corps apparaît, puis les objets apparaissent à l'intérieur et à l'extérieur du sujet connaissant, percevant, auteur de ces états. 163

 

Les activités et les pensées du sujet connaissant - Apparence évidente par soi - apparaissent directement et naturellement dans le Soi, à partir du Soi, grâce à la Puissance du Soi. 164

 

Je suis le Soi, conscience et félicité éternelle. J'apparais partout et toujours. A partir de mon Apparence, les objets apparaissent en moi. Il ne sont que ma progéniture. 165

 

Sans moi, il n'y a ni pureté ni impureté, ni lumière ni ténèbre, puisque ce soleil qui brille, brille pour moi. 166

 

"La terre et les autres (éléments) existaient bien avant vous. Comment pouvez-vous affirmer qu'ils ne peuvent exister sans vous ?"

- Mais je ne suis pas ce corps ! Je suis conscient, toujours présent. J'existe avant toutes choses. Je suis l'existence de tout ce qui existe et celui qui fait tout apparaître. 167

 

"L'inerte naît du conscient tout comme le conscient naît de l'inerte."

- (Mais cela) est perçu (par vous), monsieur. Comment pouvez-vous affirmer que le conscient vient de l'inerte si vous n'existez pas avant l'inerte ? 168

 

La liberté de la conscience, Pandit Râmeshvar Jhâ.

 

 


02-02-2007, 19:28:06 anargala
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24-01-2007

Le Soi ne peut être capturé à coup d'efforts

Ô intellect !  L'époux parti est revenu : ne le délaisse pas ! L'oubli est oublié, notre vraie nature est trouvée ! 150

Lama3

 

Puisque le "je" - mon Soi - est Lumière directement et spontanément présente, sans interruption, immuable, comment pourrais-je être distrait de lui ? 151

 

Je suis présent une fois pour toutes. Je ne "deviendrais" jamais. Je n'ai jamais "été". Voilà pourquoi je suis "toujours" ! Je suis le Seigneur, identique au monde, toujours parfaitement apparent. Je suis Shiva, naturellement pur, sans rien à accomplir. 152

 

Je suis Shiva, fait de l'Apparence qui est le Soi, vide de toute inconscience, qui fait apparaître l'action, le temps et la durée, dépourvu de la dualité contenant-contenu. 153

 

Tout apparaît en moi qui suis, à cet instant même, apparent. Mon essence - le Soi, essence des objets, évident, ne peut jamais devenir un objet. 154

 

[Je n'arrive pas à traduire le 155]

 

Je suis en cet instant complètement affranchis du désir d'atteindre cette merveille bariolée au teintes variées, cette Lumière dépourvue des apparences du "début" et de la "fin". L'être avisé qui voit cela, est délivré en ce corps même ! 156

 

Ce Soi ne peut être appréhendé même par des centaines de raisonnements. Il est conscience toujours prouvée/accomplie/présente. On ne peut le capturer dans les filets des méthodes. Or, je suis Apparence, et non pas quelque chose qui apparait ! 157

 

Le seul maître (gourou) capable d'évéiller au Soi est Shiva lui-même. C'est lui qui apparait avec un corps sous la forme du maître et du disciple. 158

 

Je prend conscience de l'Apparence. Tout n'existe qu'en moi, à partir de moi. Ce "je" est le "je" absolu, dit-on. 159

 

Le bleu, le plaisir, etc. apparaissent scindés en temps et lieux distincts. C'est l'objectivité qui est (ainsi) déterminée, jamais le sujet. 160

 

Il apparait comme pur Apparaître, présent avant tout autre chose. Il est pur et simple acte d'apparaître. Il est donc l'Être primordial. 161

 

La liberté de la conscience (Samvitsvâtantrya), Pandit Râmeshvar Jhâ.


24-01-2007, 18:27:37 anargala
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22-01-2007

Dans le temps et hors du temps

Je suis absolument comblé. Rien ne me fait défaut. Parfaitement pur aussi ; sans aucune impureté. Toujours je reste spontanément apparent, même lorsque tout apparaît. Bien que spontanément apparent, j'apparaît aussi en conformité avec le temps. 148

ChaineVajra2

 

Je me manifeste naturellement, éternellement j'apparais, ayant pour forme toutes les formes. Tout est ma manifestation, de sorte que je suis toujours évident. 149

 

La liberté de la conscience, Pandit Râmeshvar Jhâ.


22-01-2007, 19:32:36 anargala
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12-01-2007

Ici ou là, je ne vois que toi

La lumière du Soi danse ainsi et me procure jouissance et délivrance. Elle engendre à la fois la connaissance juste et l'illusion. De cette manière - ô merveille ! - elle me divertit éternellement/chaque jours. 133

 

Ganapati

 

Ce que je ne puis atteindre peut parfaitement l'être : c'est le sens du mot "je". Bien que je ne puisse être atteint, je suis pour tous et toujours le seul but visé. 134

 

Je suis le lieu de l'apparition et de la disparition de toutes choses. Je suis dieu en personne, parfaitement évident, et qui ne peut être démontré puisqu'il est éternel et indéfinissable. 135

 

Je ne suis pas le corps, car ce corps apparait en moi. Il est mon serviteur, et de ce fait il déborde de joie et de conscience. 136

 

A chaque fois qu'une apparence objective - le souffle, l'inellect, le vide ou le corps - apparait et disparait, à chaque fois l'état de sujet conscient authentique est pleinement présent. 137

 

Dans l'exacte mesure où apparait l'attribut de souveraine liberté propre à la conscience, par cela même l'adepte obtient les accomplissements (siddhi) tels que le pouvoir de voler dans l'espace (khecarî) et les autres. 138

 

Ô déesse, pas un seul individu ne peut atteindre son propre Soi sans devenir identique à toi. Si à l'inverse, tu t'efforces de t'individualiser, je pense que c'est là ton désir pour Shiva ! 139

 

Bien que je transcende les sens et l'entendement, je suis présent sous la forme de toutes choses. Bien que je sois sans divisions, je brille à travers tout ce qui est, inaffecté par ces divisions. 140

 

Je suis celui qui apparait avant, aprés et aussi pendant chaque désir et chaque pensée. Il n'y a aucun doute à cela ! 141

 

Je suis le fondement de tout puisque c'est moi qui fait tout apparaître. Je suis conscience, je suis Apparence. Je suis le germe primordial de toutes choses. 142

 

Je suis la matière première de ce tableau multicolore, de l'apparent dans sa totalité. Je suis le père, le voyant du fils, du créé dans sa totalité. 143

 

Contemplant toute cette diversité, façonné par lui-même pour lui-même, Shiva ayant assumé l'état d'être asservi ne se connait plus lui-même ! 144

 

Ici, là, partout, toujours, maintenant, alors... j'apparais de toutes les manières et je goûte à la fois à la jouissance (bhukti) et à la délivrance (mukti). 145

 

Ô seigneur ! tout apparait dans ta présence. Tu n'apparais pas ici-bas à celui qui n'a pas d'amour pour toi. Tous les mondes apparaissent dans ton regard, mais dans mon regard, toi seul apparais, unique ! 146

 

Ici et là, partout, toujours et maintenant, lorsque, quand... pleinement apparent à l'extérieur comme à l'intérieur, il n'y a que toi dans mon regard. 147

 

La liberté de la conscience, Pandit Rameshvar Jhâ.

 


12-01-2007, 17:54:18 anargala
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06-01-2007

Doit-on devenir ce que l'on est ?

Contenir, être contenu, grandeur et petitesse, éloignement et proximité n'apparaissent que dans la présence que je suis. 119

 

FemmeGandhara

 

Ce qui est à faire et ce qui est fait, ce qui est à venir et ce qui est passé, le présent et l'activité, la connaissance et l'ignorance apparaissent  toutes en moi. 120

 

Quand je deviens sujet connaissant, la vision est alors imparfaite et je parais diminué. Et je suis aussi la vision parfaite, je suis éternel, je suis celui qui fais apparaître l'apparition et la disparition (des choses). 121

 

De fait, cette condition est expérimentée de bien des manières ! Cette gloire se fait visible même dans le corps. "Le souffle suspendu, l'activité apaisée", (dit-on). Mais notre Soi est partout et toujours identique ! 122

 

Notre Soi est apparant en tant que Soi de tout. Il apparait directement en cet instant même, (car) sa forme est unique. Il ne gagne ni ne perd rien en étant apparent sous telle ou telle (forme). Ce dieu qui embrasse (toutes les formes) est immuable en lui-même. 123

 

Je suis l'essence qui est notre Soi, dont la forme unique ne dévie jamais. Je me manifeste, me divertissant à travers la connaissance et l'action. Rien n'est séparé de moi, ni ce qui a été, ni ce qui sera. 124

 

Rien ne peut apparaître séparé de ce qui est trés pur et (donc) capable d'accueillir (des formes, à la façon d'un miroir limpide). Directement apparent, limpide, absolument libre, je suis celui qui fait apparaître le monde. Celui qui se méprend sur le Soi devient identique à moi/ avec mon Soi quand s'élève la conscience qui est ressaisissement de soi. Le Seigneur tout-puissant présent en ce corps se révèle (ainsi) à moi totalement ou partiellement (seulement). 125

 

Les vagues des pensées et des sensations (vimarsha) brillent éternellement dans l'océan de la conscience. Elles sont remémorations de ma propre souveraineté présente sous toutes ces formes. 126

 

La prolifération des objets des sens en forme de mots et de choses apparaît à l'intérieur et à l'extérieur. Elle surgit tout entière de notre Soi et se dissoud en notre Soi. Voyant cela, je suis heureux ! 127

 

Toujours, avant tout ce qui apparaît en ce moment, "je suis". Je suis celui qui fait apparaître (les choses), je suis celui qui les fait voir. Avant cela, je suis celui qui expérimente leur absence. 128

 

Il est toujours serein, limpide, accompli et inconditionné. Comment pourrais-je le produire à nouveau par une activité ? 129

 

La souillure, le conditionnement : comment et pour qui adviendraient-elles ? Car je suis impartial, toujours indivis, limpide, identique à tout. 130

 

Comment ces phénomènes pourraient-ils cacher mon état naturel ? Car tous, depuis Shiva (jusqu'à l'élément "Terre") surgissent de moi seul. 131

 

"Je suis". Que pourrais-je le devenir ? Etant (déjà existant), je ne le deviens pas. Celui qui, déjà existant, devient "existant", pour lui absolument tout s'effondre en ce monde ! 132

 

La liberté de la conscience, Pandit Râmeshvar Jhâ.


06-01-2007, 17:52:48 anargala
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02-01-2007

Les guinols du tantra

L'année est à peine commencée, que le guinol 2007 est déjà là. Cette caricature enseigne le Vijnâna Bhairava Tantra. Et il y a des gens pour écouter. Comme disait mon ex-belle grand mère : He Râm ! Bara afsos hei ! Ye sâb kaliyug ke dosh hain !  Mon Lama (de rêve) n'est pas content :

LamaGrogneur

 


02-01-2007, 22:46:13 anargala
crétin   gourou   tantra   Anecdotique
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