15/11/2006

Dzogchen et communisme : même combat ?

Le LTWA de Dharamsala a publié une biographie du trés controversé personnage Gendun Tcheupel (1902-1951). Moine et érudit guélougpa, il quitta le Tibet avant tous ses compatriotes pour explorer l'Inde et l'Asie. Il apprit le hindi, étudia et traduisit de nombreux textes du sanskrit en tibétain. Il est aussi célèbre pour avoir composé sa version du Kâma Soûtra, basé sur ses expériences avec les femmes des diverses contrées de l'Inde... Il fut même emprisonné à Lhassa. Tous le prenaient pour un fou. Il fumait, buvait et semblait ne respecter personne, se livrant à d'interminables diatribes contre les superstitions des Tibétains. Il fut le premier à prendre conscience des limites de la tradition tibétaine, et a comprendre la nécessité d'une approche critique de la tradition. Le maître contemporain Namkhaï Norbou le cite souvent sur ce point (ce qui n'empêche pas Norbou de tirer le bouddhisme dans le sens de l'occultisme... comme d'autres confondent dzogchen et plomberie !). Ils ont deux autres points communs. Le premier est l'attrait pour le marxisme. Norbou a étudié dans des écoles maoïstes avant de rencontrer son maître principal. Il juga d'ailleurs la communauté qu'il dirigeait proche des idéaux communistes. On sait aussi l'intérêt du Dalaï Lama pour la pensée de Marx, qu'il n'a pas hésité à déclarer à plusieurs reprises. Tcheupel, quant à lui, fut accusé d'avoir participé à la création du premier parti communiste tibétain, avant la seconde guerre mondiale ! Ce lien récurrent entre bouddhisme et communisme n'est-il qu'une simple coïncidence ?

Chopel

 

Ce qu'on sait moins, c'est que Gendun Tcheupel fut un adepte du dzogchen. Cela est évident dans ce poème qu'il écrivit pour une amie tibétaine rencontrée en Inde :

"Toutes les apparences extérieures sans exception, bonheurs et malheurs, sont le prodigieux spectacle de notre propre esprit ! Ce ne sont que des reflets de notre inétrieur apparaissant au dehors, et non des apparences de choses extérieures qui seraient venues [s'imprimer] en nous.

Si l'on entend bien ceci, alors, quand l'esprit est tranché à sa racine par un examen méthodique, c'est la base de toutes choses qui est tranchée ! Le ciel de la réalité absolue repose au-delà  de la brume des apparences.

Ce que l'on appelle "être" et "non être" ne sont que des artifices forgés de toutes pièces ! La nature de l'esprit est vierge de tels édifices ; c'est la bouddhéité au complet ...

Ces pensées du genre "il y a" et "il n'y a pas", pareilles à des rides sur la surface de l'eau se succédant, finissent dans le Royaume du Réel (dharmadhâtou) éternel, dès lors qu'elles s'évanouissent dans l'absence de visée.

En bref, les apparences sont le prodigieux spectacle de l'esprit ! L'esprit est vide, infondé et sans origine. Tenir cette chose infondée pour un "soi", voilà la cause qui nous fait errer dans le Cycle (samsâra), vous et moi.

Alors, sans poursuivre les apparences, regardant directement celui à qui cela apparaît, le chemin de la bouddhéité n'est guère long ! car on verra alors notre propre face indicible.

Ainsi, par la grâce des Trois Sources [le maître, les divinités et les dâkinîs], ayant sans délais trouvé l'esprit vacant, puissé-je oeuvrer grandement pour les êtres vivants, innombrables, depuis la citadelle de la Grande Complétude pure depuis toujours !"

 

19:36 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gendun choepel, dzogchen, communisme |  Facebook |