03/01/2007

Qu'est-ce qu'un exorcisme ?

De même que l'Eglise entend chasser le démon des âmes, de même les exercices proposés par Douglas Harding ont pour but de nous libérer de l'idée que nous sommes dans un corps qui est dans le monde. L'exercice principal est celui du doigt, lequel semble dire : "Arrière, ô tête ! Retourne là où tu as toujours été !". "Là-bas", c'est-à-dire dans les miroirs et autres surfaces réflechissantes, ainsi que dans le regard d'autrui. Ici, au-dessus des épaules, n'y a t-il pas qu'un espace limpide et clair qui englobe ce corps et ce monde ? Le doigt devient ainsi un véritable scalpel, un sceptre pour exorciser l'idée fausse que nous nous faisons de nous-mêmes.

Mais les aveugles ? Eh bien, les aveugles ne sont nullement exclus de ce Grand Exorcisme, bien au contraire. Il existe une version yeux-fermés de l'exercice du doigt. En voici une version pour les anglophones, inspirée par l'enseignement de Nisargadatta Maharaj.

Visions1

 

30/12/2006

Se connaître comme source de toute naissance et de toute mort

Pour moi, il ne reste absolument rien à accomplir ni à réaliser. Que resterait-il à accomplir pour qui est éternellement comblé ? Que resterait-il à réaliser pour qui est éternellement contenté ? 104

 

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Cet Ineffable qui apparait indifférencié, qui brille dans l'éternel et le parfaitement homogène, c'est lui le "poison"/l'omniprésent, l'immortel, c'est lui cette Apparence qu'est notre Soi. 105

 

Je suis naturellement affranchis du temps et de l'action, car c'est moi qui fais apparaître les apparences du temps et de l'action dans leur succession. 106

 

Le Soi brille de soi-même. Notre forme propre n'a pas besoin d'être indiquée ni comprise. Elle est éternelle, accomplie, obtenue. Par conséquent, délaisse le désir de l'obtenir et sois heureux ! 107

 

Prenons refuge dans la base universelle, dans cette liberté absolue (svâtantrya) qui est la Puissance unique dont sont faites toutes les puissances, Elle qui est spontanément présente, accomplie, affranchie de l'être comme du non-être ! 108

 

Ma seule forme constamment présente est Apparence car je vois que tout ce qui apparaît, apparaît en moi. 109

 

Je suis déjà spontanément accompli ! Que pourrais-je le devenir ? J'ai délaissé l'identification au corps qui cause une vaine naissance. 110

 

Merveille ! Cette aventure de l'adepte fortuné que je suis est le plus grand miracle ! Même si je demeure en ce corps limité, je soutiens l'univers entier ! 111

 

Mon essence est vibration toujours parfaitement pure. Je suis contamment vibrant, éternel. Je suis conscience comblée. 112

 

Ma vibration est manifestation et repos en moi-même. Sans contact avec le corps, je contemple cette (vibration) spontanément présente. 113

 

Je vibre, spontanément accomplis. (Aussi), je ne désire pas (le) devenir. Quant à l'identification au corps qui fait naître la peur de naître et de mourrir, je l'ai abandonnée. 114

 

Ma vibration est l'Apparence de mon essence. Ma vibration est la totalité des actions.  Le corps naît de la vibration et il ne vit que par la vibration. 115

 

Je suis toujours la majesté de l'Apparence qu'est le Soi. Par ma plénitude, je tisse le Tout. Il n'y a rien à abandonner, ni maintenant ni plus tard ! Le Tout, fait de mon Soi, bourgeonne/baille/se déploie. 116

 

De fait, pour qui il y a naissance faiseuse de Temps, il y a mort, elle aussi faiseuse de Temps. Mais celui qui se connaît lui-même comme Naissance de la naissance, des mondes, du Temps, etc. ne connaît point la naissance ni la mort. 117

 

Notre Soi est sans parties, évident par soi, éternel et sans événements. Mais (tout) ce qui est fait et accompli l'est dans le Soi, par le Soi, spontanément. 118

 

La liberté de la conscience, Pandit Rameshvar Jhâ.

 

 

 

 

 

 

 

 

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27/12/2006

Contenant et contenus

Sans se préoccuper du corps, il faut atteindre l'harmonie. On ne peut l'obtenir dans le corps, lequel est l'unique source de disharmonie. Le repos dans notre Soi est orné d'harmonie et de paix. C'est la Science. (Au contraire) l'identification au corps n'est qu'Ignorance. 95

 

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Ce qui n'apparaît pas n'a aucune réalité. Puisqu'elle fait tout apparaître, cette Lumière-Apparence, c'est moi en vérité ! 96

 

"Il est indéfinissable, sans voiles, infini, totalement immuable et donc toujours accompli, libre des moments et des lieux, sans contact avec l'inconscience, l'intellect, l'imagination, les sensations et le corps" : c'est notre Soi qui est indiqué par ces mots. Par conséquent, le bon yogi doit percevoir directement son Soi par son Soi au moyen de la prise de conscience verbale "je". Alors plus rien ne demeure de ce qui est manifesté comme de ce qui est latent. Simplement, l'univers brille spontanément comme son Soi, à partir de sa propre essence. 97-100

 

Ô Soi intérieur ! Vois ta propre essence ! Cet état absolument permanent ne peut être lié ni libéré. Il est tout ce qui est. 101

 

Le désir de définir l'indéfinissable et le désir de réaliser ce qui est (déjà) accompli ainsi que celui de prouver ce qui est évident : les ayant abandonnés, je suis toujours heureux ! 102

 

Je suis parfaitement présent en tout, car je suis aussi les choses en lesquelles je suis présent. Je suis celui qui toujours connait, perçoit et fait apparaître le contenant et les contenus. 103

 

La liberté de la conscience, Mahâmahopâdhyâya Rameshva Jhâ.

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23/12/2006

Présent au Présent

Reposant dans le Soi, fait de tout de toutes les manières, je suis l'essence de l'épanouissement et de la contraction. Je n'appartient à personne. Personne ne m'appartient non plus. Bien que je me manifeste comme Un, je suis la forme du Multiple. 86

 

Je suis le Voyant constant de l'apparition comme de la disparition (des choses). Je suis le Puissant, je ne suis affecté ni par l'apparition, ni par la durée, ni par la destruction (des choses). 87

 

C'est moi, doué de toutes les Puissances, qui perçoit et fait être. Tout est créé et manifesté en tant que moi, par moi et en moi. 88

 

Je possède le "je" authentique grâce à la prise de conscience "je". Je suis toujours tout sans exception, dépourvu de la distinction entre le contenant et le contenu. 89

 

J'existe ainsi et autrement aussi. Je suis Un, non-duel. Bien que je forge la division en "ainsi" et "autrement", je me tiens en leur centre. 90

 

Oubliant mon propre Soi présent, doué de toutes les Puissances, je viens habiter spontanément le corps, le vide, etc., en personne. 91

 

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Celui qui se tient au présent dans le Présent, que ne jouit-il pas de toutes les Puissances ! (Mais) celui qui s'occupe du passé et du futur, oublieux de lui-même, que ne devient-il pas ! 92

 

Je m'épanouis complètement, totalement libre de contraction grâce à la Puissance d'activité née de la Conscience, ou encore à travers (la Puissance de connaissance) egendrée par l'activité. 93

 

Né du Soi, le monde n'existe que dans le Soi. Pour l'adepte toujours uni, il apparaît identique à sa propre essence. 94

 

La liberté de la conscience, Mahâmahopâdhyâya Rameshvar Jha.

 

 

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16/12/2006

Je suis la Preuve des preuves

Je ne suis aucune chose et je ne suis personne. Aucune action n'est mienne. Je ne souffre rien, n'imagine rien. Je ne suis le fondement de rien. 60

 

Je suis l'essence du soi et du non-soi, du vivant et de l'inerte, je suis ce qui apparait et ce qui le fait apparaître. Je suis affranchi de la naissance comme de la mort. 61

 

Trident

 

Je suis le suprême et l'inférieur. Je suis grand, glorieux et entravé à la fois. Parce que je suis le Soi de tout, je suis tout. Je suis un, mais j'apparais comme étant multiple. 62

 

J'apparais comme esence de l'ami. Je brille aussi comme essence de l'ennemi. Je suis celui qui loue et celui qui calomnie. Je suis à la fois l'essence du Soi de chacun et le Suprême. 63

 

Je ne suis pas visible, ni méditable, ni mémorable non plus. Aucune preuve ne peut me prouver, car je suis l'existence avérée (de toutes les preuves). 64

 

Je suis la Preuve de toutes les preuves, car je suis toujours apparent. Je suis le Seigneur du tout, le Soi ultime, car je suis l'essence du tout. 65

 

Je suis la connaissance suprême. Je suis l'existence suprême. Je suis le Souverain Bien. Je suis la plus haute fortune. Je suis la Puissance suprême. Je suis aussi la science suprême. Je suis tout cela, et je suis l'auteur de tout. 66

 

Celui qui fait de moi l'objet de sa prière - la prise de conscience "je" - je devient sa nature. Il devient un adepte accompli, plein de connaissance, il obtient la plénitude. 67

 

L'être accompli, c'est celui qui est accompli en omniscience et en omnipotence, dit-on. Les sages déclarent que celui qui est libéré par l'omniscience et l'omnipotence est (vraiment) libéré. 68

 

La liberté de la conscience, Mahâmahopadhyâya Rameshvar Jha

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13/12/2006

Qui suis-je ?

Quand c'est le Soi seul qui apparait lui-même sous toutes les formes, que reste t-il à atteindre ? que faudrait-il  ensuite rejetter ? 51

La Terre, l'Eau, le Feu, l'Air et l'Espace : voilà l'objectivité qui apparaît de cinq façons. Je suis le sixième élement, Shiva. 52

 

Je me contente de ce que je possède naturellement. Je n'espère ni la disparition de l'irréel, ni la réalisation du réel. Ma forme naturelle, originelle, n'est ni réelle ni irréelle. C'est en elle que viennent mourrir les vagues des constructions imaginaires. 53

 

Le propre Soi du délivré est Shiva, non forgé par l'imagination, limpide, débordant de toutes choses. Même une fois libéré, il est sans aucun doute Shiva lui-même. 54

 

Mes Puissances (shakti) brillent de manière variée, encore et encore ! Océan de nectar, je ne suis pas affecté par les vagues qui émanent du Soi ! 55

 

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C'est cette Vibration et elle seule qui se manifeste comme essence de toutes choses pour celui dont l'essence est une nuée de félicité et de conscience toujours frémissante ! 56

 

Celui qui connait sa forme naturelle, source des choses et de leur disparition, celui-là se réjouit de tout lorsqu'il perçoit l'univers absorbé en lui-même. 57

 

Quand la forme lumineuse inextinguible et toujours pleine, le Soi, le "je", apparait en moi sous la forme du "cela", alors (seulement) le Tout apparait visible. 58

 

Je suis présent avant toutes choses, car je fais apparaître tout ce qui apparaît distinctement à l'extérieur ou dans l'esprit. 59

 

La liberté de la conscience, Pandit Rameshvar Jha.

 

 

08/11/2006

"Je" est-il le Soi absolu ou juste une entité psychique ?

Pour moi, me recueillir sur le "je" est la "pratique" la plus sublime. C'est sans doute une pratique, car elle peut être répétée jusqu'à ce que cette Présence soit reconnue dans sa permanence, jusque dans les activités les plus banales, jusque dans la maladie, la souffrance et la déchéance physique.

Elle est bien difficile à décrire, pourtant ! Trop proche, trop simple, trop facile. Les seuls obstacles à cette écoute sont les préjugés sur ce que nous croyons être. D'où l'importance de la réflexion, réflexion qui est rapidement dépassée et consummée dans le "je", un peu comme une allumette dans le feu qu'elle a servi à allumer.

On ne peut pas le prouver. Mais il suffit, pour l'éprouver, d'énoncer mentalement "je". En fait, le mental ne peut pas dire "je". Dès que l'on énonce ce mantra, en effet, le mental est attiré comme un aimant vers sa source et s'y dissoud sans tarder. Cette présence résonne alors comme une basse continue, constante à l'arrière-plan de toute expérience. En réalité, elle a toujours été présente. Mais comme le montre l'expérience, ce qui est toujours présent disparait de la conscience mentale, comme un ciel que l'on ne voit plus à force de le voir. Le mental ne peut saisir que la nouveauté et les variations. D'un point de vue darwinien, c'est là sa fonction : avertir l'individu de tout changement pouvant constituer une menace, trier et simplifier pour économiser de l'énergie. Mais le prix à payer pour cette survie de l'individu et de son espèce est l'oubli du Soi véritable, qui est cette présence ininterrompue.

En disant "je", on ne pense à rien. Il y a purement et simplement identité du sujet et de l'objet, par une simple conversion de soi vers soi. On ne crée aucun nouvel objet, mais l'on s'éveille plutôt à ce qui a toujours été là, à quoi nous avions toujours été absents.

Cette présence à la Présence est suffisante pour purifier ce qui doit et ce qui peut l'être. Contrairement à d'autres, je ne crois pas que l'on puisse totalement s'affranchir de l'ego, du mental, dès cette vie. Je peux savoir que je ne suis pas tout cela. Mais, comme le corps n'est que l'autre face de l'ego, l'ego est présent tant qu'il y a un corps. D'ailleurs, cet égoisme naturel n'est pas nécessairement un mal. Il est une étape nécessaire au contraire. Sans lui, il n'y aurait ni individualité ni liberté. Une conscience pure ne vit rien, si elle vit tout. A quoi pourrait bien ressembler l'expérience d'une conscience qui connaîtrait toutes les choses en leurs détails, sous tous les rapports, sans jamais s'identifier un tant soit peu à aucune ? Ne serait-ce pas de l'inconscience ?

Mais il est vrai que ce "je suis untel" qu'est l'ego doit être dépassé vers le "je" pur, immense et ainsi inclusif et de l'ego et de tout. Quoi qu'il en soit des interprétations sur la possibilité de tel ou tel idéal spirituel, en effet, l'essentiel demeure le "je". On peut trés bien s'en contenter. C'est même recommandé. Cette pratique n'implique pas d'être croyant, ni athée. C'est un peu des deux, comme on voudra. Je ne crois pas que ce soit essentiel, comme le montre l'existence de véritables spiritualités athées, le bouddhisme en est l'exemple principal.

Le "je" est l'absolu. Non pas, peut-être, "je suis l'absolu", mais "je suis" est l'absolu. D'ailleurs, dans la tradition judéo-chrétienne, "je suis" est le nom secret de Dieu, Iahvé. Quand Jésus affirme : "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie", ne doit-on pas comprendre "Le "je suis" est la Voie, la Vérité et la Vie" ?

La Reconnaissance - le shivaïsme du Cahemire - ne dit pas autre chose : "Le sujet connaissant est cet état de la conscience qu'exprime la pensée 'je suis', indépendamment de toute référence aux moyens (associés au) connaissable, etc." Le commentaire explique que l'acte de conscience "je suis" est prise de conscience globale - "je" en sa plénitude (Tantrâloka, 125b, trad. A. padoux). C'est la connaissance même par laquelle Dieu se connait lui-même. C'est donc la connaissance parfaite. Pourtant, elle ne se compare à rien, puisqu'il n'y a rien d'autre. Ce n'est pas "je suis tout", ou "je suis Dieu" mais, simplement, "je".

Ramana Maharshi dit "Je suis je", souvent traduit en anglais par "I-I". Mais laissons la parole à ce sage incomparable :

"Quand on s'interroge mentalement 'Qui suis-je', le "je (suis untel)" se dissoud quand on atteint le Coeur. Au même instant, la Réalité se manifeste (litt. "brille") comme "je suis je". Bien qu'il apparaisse ainsi (comme s'il était une chose nouvellement produite), ce n'est pas le "je" artificiel,  mais l'Être parfait, le Soi absolu". (Ulladu Narpadu, 30).

"D'où surgit ce "je" ? Cherchez en vous-mêmes ! Alors, ce "je" disparait. Voilà ce qu'est la quête de la connaissance. Quand ce "je" disparait, apparait spontanément un "je suis je". Il est parfait (litt. "complet", pûrnam)." (Upadesa Undiyar, 17-20).

"Quand le 'je (suis untel)' disparait dans sa source, un 'je suis je' apparait de soi-même et sans interruption. C'est le Coeur, l'Être  Suprême infini." (Upadesa Saram, 20).

On ne peut guère être plus clair. Mais pour ceux qui douteraient encore que la pratique qui consiste à énoncer mentalement "je" est la voie royale vers le Soi, le Maharshi ajoute :

"Si vous trouvez la voie de l'investigation rationnelle trop ardue, vous pouvez répéter "je, je". Et cela vous conduira au même but. Il n'y a aucun mal à utiliser "je" comme mantra. Parmi les Noms de Dieu, c'est le premier." (Day by day with Bhagavan 8/5/46)

Et lorsqu'on lui demanda "Comment le Nom ("je") peut-il être un moyen de réalisation ?", il répondit : "Le Nom orriginel s'énonce sans trêve, de lui-même, sans effort de la part de l'individu. Le Nom est aham - "je". Quand il se manifeste il devient le "je" artificiel (l'ego, ahamkâra).  La répétition orale du Nom mène à la récitation mentale, qui se résorbe finalement dans la Vibration éternelle." (Talks, n°591)

 

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