19/10/2005

Se concentrer, c'est être distrait

Plutôt que de relater mes déambulations de manière linéaire, je préfère procéder par touches, dans le désordre. Ce style impressionniste est d'ailleurs tout à fait celui des textes indiens. Il y a un certain ordre des pensées, mais il n'a rien à voir avec l'ordre des matières !
 
L'autre soir, je réflechissais sur les instructions du Dzogchen et du Mahâmudrâ (autre tradition bouddhiste trés voisine, mais d'origine plus nettement indienne). Selon elles, tous les préceptes se résument à un seul: "Ne pas méditer, ne pas être distrait". Mais, en fait méditer et être distrait, cela revient au même. Méditer, en effet, c'est se concentrer sur quelque chose, sur un objet grossier ou subtil. Mais cela, c'est ce que nous faisons à longueur de journée. Nous passons notre temps à saisir tel objet, telle image mentale, telle sensation. Ou bien, nous cherchons à nous en dé-saisir en la repoussant, ce qui revient au même. Dans tous les cas, il y a "saisie", c'est-à-dire contration de la conscience et de l'attention. Or, c'est cela la cause fondamentale de toutes les souffrance. On se replie, on devient rigide, immobile, pétrifié, inerte, mécanique. Le "but" de la contemplation, assise ou non, est justement de relâcher cette emprise, de relaxer cette tendance à fixer notre attention sur telle ou telle chose, à se fragmenter, se compartimenter, se diviser. Se délivrer, c'est simplement s'affranchir du réflexe de se focaliser sur un point, sur une zone, en excluant le reste. L'attention redevient alors spatiale, ouverte, sans point de référence, sans but ni repère.
Par conséquent, méditer, se concentrer, c'est être distrait de cette ouverture, de ce regard panoramique, flottant.  
Il s'agit donc de laisser cette compulsion à saisir se détendre, en se laissant aller, et en laissant aller tout ce que l'on sent, imagine ou pense.

15:13 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dzogchen, mahamudra, meditation |  Facebook |