21/08/2006

Suffit-il de s'enrichir pour progresser ?

Certains signes tendent à montrer que l'Inde s'est enrichie. Par exemple, les vélos et les scooters sont désormais minoritaires sur les routes, remplacés par les voitures et les motos. Ce qui m'empêche de parler de "progrès" à ce propos, c'est la stagnation des compétences des conducteurs... Ainsi Mac Leod Ganj est-elle envahie de véhicules pour touristes penjabis, qui traversent les rues sans aucun égard pour les piétons. La paisible bourgade tibétaine est devenue un lieu de passage pour les classes moyennes ennervées du Nord de l'Inde. Car, en dépit (ou à cause de ?) leur croissance économique, les Indiens sont toujours aussi ennervés, stressés et tendus. Tout se fait dans l'agitation. Ce paradoxe d'une Inde idéalement sereine et pratiquement hyper-agitée m'a toujours étonné (et beaucoup ennervé). En fait, une société produit ce dont elle a besoin. Et ce qu'elle n'a pas, c'est ce dont elle manque. Si donc l'Inde a donné au monde la non-violence et la tolérance, c'est parce qu'elle est violente et intolérante (relativement).

Autrement dit, l'Inde change sans changer.

Autre fait : malgré l'explosion du commerce, on voit toujours aussi peu de librairies. C'est qu'on ne lit pas, ou on ne lit que des ouvrages techniques (préparations de concours, etc.). Ainsi Shimla, la capitale de l'Himachal Pradesh, ne compte que quelques librairies. Mais dans chacune, on trouvera plusieurs éditions de Mein Kampf d'Adolph Hitler : 

 

Il y a aussi des traductions en langue hindî, que l'on peut rencontrer jusque sur les quais de gare. Pourquoi cette fascination ? Mystère. En tous les cas, les nombreux touristes israéliens ne semblent pas s'en offusquer. Comme disent les Indiens : Abhi tak calta hai, to kya hai ? "Tant que ça marche, pourquoi se poser des questions ?"

Bref, le développement économique n'entraine pas nécessairement une amélioration des mentalités. Mais, me diras-t-on, qu'est-ce que le progrès ? Qu'est-ce qui nous autorise à juger une société ?

En fait, on a pas vraiment de choix de juger ou non. Refuser de juger, c'est refuser d'être humain. En revanche, on a le choix entre juger et préjuger. La plupart de nos jugements sont en partie déterminés par nos préjugés. D'où la necessité d'une reflexion critique.

Pour en revenir à l'Inde, je crois que sa société est malade, au sens où elle engendre plus de souffrance pour ses membres que de bien-être. La cause du problème est la dualité corps-esprit qui sévit en Inde depuis des millénaires, et plus particulièrement l'opposition entre le pur et l'impur, qui prend là une tournure presque psychotique. Je ne parle pas tellement des Indiens en général, mais surtout des classes moyennes, qui à mes yeux sont les gens les plus insupportables et déséquilibrés qui soient. Méprisants, snobs, grossiers, vulgaires, malpolis, indifférents, égoïstes, vénaux, arrivistes, incultes, sexistes, racistes, patriotes, hypocrites, etc. : incroyable, mais vrai.

Ceci dit, l'Inde reste une immense démocratie, avec un remarqueable esprit de tolérance et un patrimoine philosophique et artistique toujours à découvrir. Que des paradoxes, en somme.

09:27 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : inde, nazisme, hitler, mein kampf |  Facebook |