20/01/2006

Qu'est-ce qu'un "moyen habile" ?

Aprés cette première expérience, j'étais à la fois déçu et excité. Les gens m'avaient fait bon accueil, s'émerveillant de mon jeune âge (c'était en 1990) et l'atmosphère était à l'enthousiasme général. Je sentait bien que quelques personnes avaient certains défauts de caractère, cependant cela ne me génait aucunement. Par la suite, j'ai donc assisté à de nombreux enseignements dans des centres bouddhistes tibétains.

Parallèlement, je découvrais le Shivaïsme du Cachemire. Un livre de Lakshman Joo venait de sortir, j'eu la chance de rencontrer le grand érudit Alexis Sanderson, et surtout, je découvrais les traductions de feu Lilian Silburn, dont le Vijnâna Bhairava Tantra. Je faisais du tamoul du hindi et du sanskrit, en lisant tout ce qui me tombais sous la main.

Du coup, un regard critique se fit jour en moi. Je voyais bien que le Shivaïtes et les Bouddhistes tantriques étaient proches, qu'ils s'étaient grandement isnpirés mutuellement, et pourtant je ne voyais que haine ou ignorance mutuelle de part et d'autre. Il suffit de lire les hagiographies des 84 mahasiddhas bouddhistes : dès qu'un Bouddhiste rencontre un Shivaïte, ça finit en pugilat. Idem dans les tantras : ils sont souvent trés semblables sur des points essentiels. Alors, ils essaient de montrer leur supériorité en proposant des états "plus profonds", des états non-états, des au-delà de par-delà le mental, des super-mantras qui lavent plus blanc que blanc, etc. Du marketing indien datant du Xème siècle, en somme. Quant aux tibétains, ils ont fidèlement repris la tradition : on dit que lorsque Mipham, le grand maître dzogchen du début du siècle, lu quelques pages de la Bhagavad Gîtâ, il fut si horrifié qu'il jeta le livre dans une rivière. Même aujourd'hui, cela n'a guère changé. Donc, je posais parfois des questions à ce sujet aux lamas, qui me récitaient leur leçon. Par exemple, j'avais demandé à Phendé Rimpoché la raison pour laquelle on disait que Mînapa avait entendu les enseignement tantriques de Shiva et Parvatî. Il me répondit que les enseignements entendu de Shiva ne lui avaient pas permi d'atteindre la libération, mais seulement des pouvoirs magiques "ordinaires". Mais alors, pourquoi relater cette histoire ? Et pourquoi Mînapa est-il qualifié de "grand accomplit" (mahâsiddha) ? La vérité de l'histoire, c'est que ce Mînapa n'est autre que le légendaire Matsyendra Nâth, fondateur supposé des lignées Kaula, formant la quintessence des tantras shivaïtes. Les Bouddhistes ont essayer de l'intégrer, sans y réussir complètement. Parfois, l'instrumentalisation du Shivaïsme tantrique a fonctionné, parfois non. Un exemple de transformation assez réussi est le Kâlachakra Tantra. C'est une imitation délibérée, consciente et critique du Shivaïsme. Un exemple moins convainquant, ce sont certains chapitres des tantras de Samvara qui, sortis de leur contexte shivaïte, deviennent innintelligibles.

Le Bouddhisme tantrique est légitimé, du point de vue bouddhiste, par la doctrine des "moyens habiles" : tous les moyens sont bons pour faire le bien des êtres. On a le droit de pomper les religions à succès et tout ce qui marche, pour "dompter les êtres". Soit.

Mais alors, cela signifie que toute l'iconographie bouddhiste tantrique (et, plus généralement, mahâyaniste), n'a de valeur que dans la mesure où elle est pertinente dans une culrure donnée. Par exemple, l'apparence de Chakra Samvara est efficace seulement parce qu'elle ressemble à Shiva-Bhairava qui, à l'époque où le tantra de Chakra Samvara est apparu, était trés ancré dans les mentalités. Etc, etc. Mais alors, pourquoi faire visualiser à des Occidentaux d'aujourd'hui des divinités dont les symboles ne leur évoquent rien, mais alors rien du tout ? A quoi bon visualiser un Samvara piétinant un pauvre petit Ganesh ? En quoi cela nous touche t-il ? Et le croissant de lune ? Vous avez lu le Mahâ Bhârata et les 18 purânas, vous ? Même les tibétains n'y comprennent rien depuis longtemps. C'est pourquoi, je crois, une partie d'entre eux a voulu créer son propre tantrisme, à l'aide d'un symbolisme davantage propre à toucher les tibétains. Cela a donné le Bön. Même chose pour les mantras : on nous dit qu'il faut les prononcer correctement. Mais les tibétains ne savent pas les prononcer correctement. Personnellement, je m'en fiche car je ne crois pas au pouvoir des mantras. Mais à quoi bon perpétuer ce feuilleté de couches mythologiques si nombreuses et anciennes qu'elles ne veulent plus rien dire ? Franchement, à qui les divinités "courroucées" ou les gardiens, font-ils encore peur ? Ces images sont pittoresques et intéressantes, en tant que témoignages de l'humanité à laquelle nous appartenons, sans plus. Bref, il faudrait des icônes et des mantras capables de nous toucher. Une "Sâdhanâ d'Elvis à Quatre Bras", une "Pratique de Pére Noël dans les Cimetierres de Paris", une "Liturgie Archisecrète de Marilyn Manson dans les Catacombes"... Bref, un truc "qui nous parle". Franchement, vous vous sentez de transformer votre magasin Carrefour en une pagode tibéto-chinoise kitschissime ? Kitsch karmique ou kitsch pur, ça reste kitsch, non ?

De même, les lamas nous répètent que les "esprits" invisible et autres vilains démons sont des constructions mentales, tout en affirmant également qu'on doit réciter des heures de prières, en essayant d'invoquer des gardiens-éveillés-mais-super-dangereux-quand-même, si l'on est un bon disciple, pour essayer de les trucider, c'est-à-dire, ultiment, pour réaliser qu'ils ne sont que des constructions mentales. Comme le Père-Noël. Mais qui croit aux classes d'êtres invisibles ? Pourquoi devrais-je passer des heures (sous peine d'aller en enfer) à réciter des textes en tibétain et en sanskrit pour réaliser l'inexistence d'êtres à l'existence desquels je n'ai jamais cru ? Bien sûr que de nombreux fantômes me hantent. Comme tout le monde, je suppose. Il y a l'Etat, par exemple; les bureaucrates, les technocrates, etc : tous ces êtres que l'on ne voit jamais mais qui nous glacent le sang. Mais les tsen, les gyalpo (dont M. Shougden-le-tueur-de-dzogchenpas) etc., cela me parle autant que les schtroumphs ou les ragondins. Quand Namkhai Norbu, le "roi du dharma", me dit que les "Gardiens" sont des personnes réelles (et pas seulement des symboles) parce qu'il a vu des chauve-souris se transformer en souris quand il était petit, je respecte sa personne, mais pas ces idées-là. Comme disait Aristote : "Je respecte Platon; mais je respecte encore plus la vérité". Et la vérité, c'est que les chauves-souris ne se transforment pas en souris, sauf dans les poèmes et dans nos petits délires entre amis.

J'ai donc fréquenté moultes lamas, et eu moultes déceptions. Même déçu, j'y retournais, enthousiasmé et transporté que j'étais par la lecture des oeuvres de Longchenpa, qui suscitait en moi des expérience profondes d'espaces infinis, de transparence sans limite, d'absence de référence, de têtes-dans-le-poteau,  d'oublis-de-clefs et autres crâmages-de-patates. Je vivais ces déceptions commes des leçons de vérités que m'adressait le Réel, ce maître sans égal.

20:13 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : tantrsime, tantra, vajrayana, samaya, namkhai norbu |  Facebook |

02/01/2006

La Danse du Seigneur du Dharma

Quelques bons et augustes souvenirs, en ce début d'année :
 
Le Seigneur du Dharma, le Précieux Joyau Céleste (Chögyal Namkhaï Norbou Rimpoché), enseignant à ses disciples la Danse du Vajra lors de la retraite de juillet 1994, près d'Orléans.
Je me rappelle sa gentillesse lorsqu'il nous montrait inlassablement les pas de ces danses bouddhistes vajrayâna, qu'il avait reçues en rêve de la princesse Gomadevî. Cela pourra paraître un peu ridicule, mais pour ma part, je trouve ce maître dzogchen remarquable par sa créativité et son enthousiasme. Le sol est couvert d'un mandala symbolisant les enseignements dzogchen, mais aussi la Terre et beaucoup d'autres choses.

14:22 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : namkhai norbu |  Facebook |