25/06/2007

A quoi ressemblait la vie des brahmanes ?

Voici un beau documentaire sur Shankara, le maître très célèbre de la tradition non dualiste fondée sur les Upanishads.

Adi_shankara

 

C'est une tradition brahmanique, orthodoxe donc. Dans cette reconstitution, tous les dialogues sont en sanskrit, la langue sacrée de l'Inde et, par suite, d'une bonne partie des pays bouddhistes. L'enfance de Shankara a été tournée au Kerala, état du sud de l'Inde où les brahmanes de la communauté Nambudiri ont perpétué d'anciennes traditions. Mais surtout, on peut apprécier dans cette représentation ce que l'Inde a pu être avant la mondialisation et le culte actuel de la vitesse et de l'agitation. Je ne dis pas que ce monde était idyllique, bien sur. Il y avait un système de discrimination raciale très dur. Mais il reste la beauté de l'Inde, de ses paysages, de son architecture, ses ambiances et la rigueur intellectuelle des brahmanes, alliée à une sorte de sensualité archaïque, sans oublier la couleur de la terre ...

19:58 Écrit par David Dubois dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shankara, non dualite, kerala, brahmanisme, brahmane |  Facebook |

22/11/2006

La conscience du Soi doit-elle être ininterrompue ?

Lorsque l'on découvre la Vision de l'absence de tête Ici, au-dessus des épaules, ou bien - ce qui revient finalement au même - la conscience pure de soi, on se demande souvent comment faire pour faire durer cet état. Parce qu'on y expérimente une joie et une paix sans mesure et, surtout, sans cause objective. Ce bien-être ne dépend que de lui-même. Il est donc gratuit et toujours disponible. Sauf que l'on a inmanquablement l'impression d'en sortir, on ne sait comment, par distraction sans doute. Pourtant, c'est le Soi. Ce n'est ni ceci ni cela. C'est tout, et ce n'est rien. Comment diable peut-on délaisser ce délicieux "rien" ? Parce que nous en faisons un état, une chose. Nous réifions, comme disent les philosophes d'aujourd'hui, cette parfaite ouverture, cette fluidité sans le moindre grumeau. Dès lors, il semble raisonnable d'aspirer à ne plus objectiver, à ne plus quitter ce non-état.

Ceci étant, à mieux y réfléchir (activité vitale trop souvent dédaignée par nos contemporains), qu'est-ce que cela peut bien changer ? Comment la conscience - l'absence de visage Ici - pourrait-elle cesser ? Et qui serait le témoin de cette cessation ? De toutes les façons, qu'on le voit ou pas, personne n'a de tête Ici. Comme dit Douglas Harding, nous sommes bâtis de cette manière, c'est un fait, une réalité. Eveillé ou endormi, la réalité est la réalité. Vaguement initié seulement ou parfait profane, telle reste notre situation : nous ne sommes jamais nulle part. Suspendus, flottants, et insubmersibles tout autant, si vous préferrez. Tomber où ? Avoir une tête, oui. Mais où ? Ici ? Dans cet espace à partir duquel vous percevez ces mots ? Allons-donc ! Une tête ne perçoit rien, encore moins des mots.

A fortiori, une fois que l'on a "vu" cet espace, à quoi bon vouloir le prolonger ? N'est-ce pas là un acharnement inutile, voire nuisible ? Ne vaut-il pas mieux se laisser aller, laisser là, devant, tous soucis et inquétudes ? De plus, cette vision ne voit rien. Pas de forme, pas de changement. Donc pas de temps. Comment alors peut-on affirmer : "Durant cet instant, durant cette heure, durant ce jour, j'ai vu" ? N'est-ce pas une simple erreur due à une habitude, une façon de parler ? Et puis, chacun pourra constater que le "je" - la conscience de la conscience de la conscience - est toujours présent, même si l'on continue d'entonner la rengaine du "Mais ça ne dure pas !" De fait, n'entendez-vous pas cette résonnance ininterrompue, ce choc - rien - miraculeusement se répétant à chaque instant ? Comment pourrions-nous même nous lamenter, si vraiment ce Néant venait à cesser ?

Bref, que l'on voit "toujours", "une fois" ou même jamais, cela ne change rien à cette essence capable de changer tout, et plus si affinités. Mais rassurez-vous, cette demeure n'est guère exigeante. Omnisciente, elle ne voit rien. Inutile donc de vous soucier de votre apparence, même de votre intérieur. C'est elle, l'intérieur. C'est elle, qui vous explore et vous découvre, sonde et éprouve sa richesse à travers les mille fenêtres de nos visages.

Or, si l'on se lâche ainsi, l'émerveillement ne fait que croître et durer plus, si cela avait un sens.   

ShivaGandhara

 

04/04/2006

La connaissance de l'Absolu peut-elle surgir des mots ?

On entend souvent dire dans les millieux "non-dualistes" que les mots ne peuvent procurer qu'une connaissance indirecte ("intellectuelle") de l'Absolu. Il faut ensuite, dit-on, pratiquer la méditation pour en obtenir une connaissance directe, non verbale.

Mais la Reconnaissance soutient que l'on peut connaître directement l'Absolu par des propositions comme : "Tu es le Seigneur". Entendre cela et le comprendre est l'Eveil complet (pûrnabodha). Voici une historiette tirée de la tradition Védântique pour illustrer ce point :

 

Il était une fois dix paysans voyageants ensemble. Pour atteindre leur destination, ils dûrent traverser un grand fleuve. Arrivé sur l'autre rive, ils se regroupèrent afin de vérifier si chacun était bien sain et sauf. Chacun leur tour, ils se comptèrent. Mais à chaque fois, ils n'arrivaient qu'à neuf. Le désespoir les envahit, car ils étaient persuadés qu'il était arrivé malheur à l'un d'entre eux, mais ils ne savaient même pas lequel !

Un type qui se trouvait là les approcha en rigolant : "Ne vous inquiétez pas, le dixième est bien là !" "-Où ça ?" s'écrierent-ils en coeur. "Je vais vous le montrer", dit le type. Il les aligna, et demanda à l'un d'eux de compter les autres. Lorsque celui-ci arriva à neuf, le type vint devant lui et dit : "...et tu es le dixième !" En entendant ces mots, celui-ci compris immédiatement qu'il avait simplement oublié de se compter lui-même, et qu'il était lui-même le "dixième homme".