10/09/2006

A quoi servent les textes ?

Le dzogchen est un système de méditation bouddhiste de plus en plus populaire (voir le documentaire "La momie tibétaine" sur La Cinq). Pourtant, les sources premières de cet enseignement sont presque toujours ignorées, alors qu'elles sont disponibles. Il est vrai que le dzogchen enseigne que les mots ne sont pas la chose, et qu'il ne suffit pas de lire pour comprendre profondément. Mais cela est vrai également des enseignement oraux. Il ne suffit pas d'écouter ou de citer tel "grand maître", mais il faut encore réfléchir et vérifier par soi-même.

Cependant, rares sont les personnes qui enseignent effectivement le dzogchen. De fait, quand on va assister à un "enseignement dzogchen", l'on se retrouve plutôt face à des techniciens, des experts en méditations complexes, qui parlent de purification, de "pratique". Ailleurs, nombreux sont les gens qui croient que le dzogchen n'est qu'une "technologie de l'esprit", visant à transformer le corps en pure lumière par une application systématique à l'instar d'une préparation sportive de haut niveau.

Pourtant, si l'on y réfléchit un peu, cette démarche est inconsistante. Comme nous le rappelle l'un des textes faisant autorité dans ce domaine - le Trésor du Mode d'Etre de Longchenpa (XIVème siècle) :

"Ne savez-vous pas que tout ce qui est composé est impermanent et voué à la destruction ?" Il s'explique plus loin : "Même si par ces pratiques [délibérées] vous atteignez à un certain bien-être, cet effet-là est un composé. Par conséquent, il finira par être réduit en pièces, à l'image d'un vase. [...] Tout ce qui est produit délibérément vous est une entrave." Pour étayer l'autorité de cette position radicale, il cite l'un des plus ancien textes du dzogchen, Le Roi Créateur de Toutes Choses : "L'état de Bouddha ne survient pas parce qu'on veut qu'il se produise. Il est présent en soi/naturellement et sans effort, de sorte qu'il est spontanément accompli." Puis Longchenpa compare les pratiques bouddhistes - y-compris les pratiques tantriques - à "ces jeux que jouent les enfants", ces jeux vains et sans importance.

Que faut-il "pratiquer" alors ? "Comme un vieillard prenant un bain de soleil, laissez-vous aller à ce délicieux bien-être, incomparable, qui n'implique nulle [pensée de] causalité du type "cela est à faire, ceci est à abandonner"". 

Assurément, chacun a le droit de parler de "son" expérience. Mais pourquoi appeler cela dzogchen, si cela contredit la lettre même des textes canoniques ?

Nous ne somme pas obligés de parler du dzogchen, mais si l'on choisit de le faire, vérifions également nos sources.

Ainsi, nous pouvons de même confronter nos idées et nos expériences à celle d'innombrables sages et saints de tous les pays et de toutes les époques. Les textes servent donc à tester nos opinions, ou même notre soi-disant "absence d'opinions".

15:22 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dzogchen, nyingthig, eveil, meditation, tantra |  Facebook |

14/04/2006

Reconnaître les pensées, ou bien développer les visions de l'Eveil ?

Avant de partir pour une petite semaine, je voudrais revenir sur la question des origines du Dzogchen Nyingthig et de ses pratiques visionnaires.

 

Un scénario possible :

Au Xème siècle, au Tibet, le Dzogchen est un enseignement "subitiste" reposant sur une déconstruction systématique du Tantrisme bouddhique. Au départ, "grande complétude" (dzogchen) désignait le résultat des pratiques tantriques de visualisation et de yoga sexuel. Puis, ce terme en vint à désigner un style de pratique des rituels, vus désormais comme des manifestations de l'Eveil éternel et non des techniques produisants cet Eveil. Enfin, dans le Tantra du Roi Créateur de Toutes Choses (Kunjé Gyalpo Do), le Dzogchen est l'intuition que tout est parfait depuis toujours. Cultiver cette intuition devient une voie à part entière.

Voilà ce qu'on peut déduire des textes anciens du Dzogchen, dont ceux retrouvés dans les célèbres grottes de Toun Houang.

Telle est la situation vers la fin du XIème siècle donc, au moment où arrive au Tibet le Kâlachakra Tantra. Lui propose une pratique trés technique : il professe que l'Eveil est présent en nous, mais qu'il est caché par les apparences ordinaires. Ce samsâra est une illusion, vide de toute réalité. Les corps de Bouddha, les qualités de l'Eveils, sont quant à elles vides de tout défaut. Autrement dit, elles sont "vides d'autre chose qu'elle-mêmes". Bref, le nirvâna - conçu comme royaume de la gnose (jnâna) et des apparences pures et immatérielles (sambhogakâya) - est la seule réalité, et notre expérience ordinaire est une pure illusion. Telle est la doctrine du "vide d'altérité" (shentong) proposée par de smaîtres indiens du Kâlachakra comme Sanjana (cachemirien contemporain d'Abhinavagupta) ou tibétains, comme Yumowa. Selon ce dernier, la vacuité vraie, ce n'est pas le "vide d'existence propre" de Nâgârjuna, mais les "formes de la vacuité" (shûnyabimba) "visibles par les yeux" (sâkshât) grâce au yoga du Kâlachakra (voir The Buddha from Dolpo, C. Stearn, p.45). 

En d'autres termes, l'esprit, le mental, n'est pas la nature de l'esprit, et il ne suffit pas de "reconnaître" la nature des pensées pour s'éveiller. Dolpopa, contemporain de Longchenpa, ne dira pas autre chose. Selon lui, l'esprit (sem) est aussi opposé à l'Eveil (yeshe) que les ténèbres à la lumière. Reconnaître la nature des pensées est vain. "Certains disent que si la nature de l'esprit ordinaire est reconnue, c'est la bouddhéité, mais que si elle n'est pas reconnue c'est le samsâra (...) Mais c'est comme de dire que si le feu est reconnu, il est rafraichissant, alors que s'il n'est pas reconnu, il brûle !" (ib. p. 104).

Bref, pour atteindre l'Eveil éternel, il faut stopper l'esprit, et pour cela, il faut appliquer les techniques du yoga de l'obscurité et des visions, révélées dans le Kâlachakra.

Dolpopa et Yumowa critiquent ici le Dzogchen ancien et la Mahâmudrâ des Kagyupas, ainsi que tous ceux qui croient qu'il suffit d'observer les pensées sans les manipuler pour que l'Eveil se fasse jour, "tout comme un verre d'eau emplit de boue devient limpide si on cesse de l'agiter". C'est la rhétorique de "l'état naturel" qu'ils dénoncent donc.

On peut ainsi imaginer qu'au XIème, des adeptes du Dzogchen de l'époque, "anti-techniques", ont été touchés par les critiques venants du Kâlachakra. Ils ont donc voulu combinner ce Dzogchen ancien avec le yoga visionnaire du Kâlachakra.

Cela a donné le Dzogchen Nyingthig, avec ses pratiques visionnaires (thögal).

 

Cependant, la tension entre les deux approches - "spontanéiste" et "techniciste" - n'a jamais complètement disparue. A l'intérieur du Nyingthig lui-même, on trouve en effet deux grande pratiques, le trekchod, approche "spontanéiste" (il n'y a rien à faire, tout effort est un obstacle, vive l'inaction etc.), et le thögal, yoga visionnaire qui critique le trekchöd qui ne consisterait, au fond, qu'à se payer de mots. Cette "non-pratique" du laisser-être qu'est le trekchöd, héritière du Dzogchen "ancien", et qui se veut pourtant anti-intellectuelle, se voit ainsi à son tour taxée de simple "construction intellectuelle", alors que, dans thögal on "voit" vraiment le nirvâna, disent les textes du Nyingthig qui vantent cette pratique. Ce qui revient à dire que la Mahâmudrâ des Kgyupas est une "construction intellectuelle", un artifice superficiel, une illusion en somme !

 

Voilà comment est né le Dzogchen : d'une tension, d'une hésitation que l'on retrouve dans toutes les traditions non-dualistes.

 

D'un côté, l'évidence de la vanité absolue de toutes les techniques, les pratiques, les yogas et les rituels, et l'affirmation radicale que la seule pratique est la simple détente des pensées, instant aprés instant.

 

De l'autre, la tentation récurrente de recourir à des techniques "puissantes" pour "accélérer la purification karmique", comme le yoga de l'obscurité, des lampes et du ciel prônés par thögal et le Kâlachakra.

 

Ce dilemme, ce doute, ce soupçon, reviennent sans cesse chez tous les Dzogchenpas d'aujourd'hui. Les lamas enseignent la "suprême non-méthode de la contemplation non-duelle sans effort", tout en sachant trés bien que, dans leur tradition, ce n'est pas la pratique ultime ! Le must, en effet, c'est le yoga visionnaire de thögal. Mais c'est compliqué et dangereux (rester plusieurs semaines dans l'obscurité complète au milieux des visions !). Je me souvient de la confession désabusée d'un Français adepte du Dzogchen et célèbre spécialiste de ces choses : "Le trekchöd (= la simple pratique de la reconnaissance des pensées), c'est efficace, mais on "libère" les pensées l'une aprés l'autre. Du coup, ça peut prendre un temps fou pour arriver à un changement sensible". Peut-être. Mais moi je dis : les visions d'arc-en-ciel et de Bouddha et de formes fractales etc., c'est bien, mais ce n'est pas l'Eveil, ce n'est as le Soi, ce n'est pas la Vision. Evidemment, cela n'exclu pas l'apparition des visions de l'Eveil. C'est simplement une question de priorités. Qu'est-ce qui prime par-dessus tout ?

D'abord, la Vision. Le reste, les visions ou autre chose, viendra par surcroit.

 

10/04/2006

De l'origine de certaines pratiques de la Grande Complétude (dzogchen)

A en croire les lamas tibétains qui professent le Dzogchen, ses pratiques "visionnaires" (thögal) seraient propres au Dzogchen Nyingthig, partie la plus secrète du corpus dzogchen, lui-même étant l'enseignement le plus élevé du Bouddhisme. Mais l'originalité n'est t-elle jamais autre chose qu'un mythe, surtout lorsqu'on parle de pratiques tantriques ?

Or, à y regarder de plus prés, ces pratiques ont une origine repérable.

 

1/ Le Dzogchen Nyinthig est un corpus de textes qui prétend enseigner une pratique sans équivalent ailleurs : l'adepte s'installe, dans le noir principalement, et contemple les visions lumineuses qui apparaissent spontanément, aidé par des postures, des mantras et des visualisations. Les visions se développent parallèlement à un accroissement de la clarté intérieure. En quelques années ou quelques mois, l'adepte se dissoud en lumière et devient omniscient.

Notons que cette forme de Dzogchen est la plus tardive. Le Dzogchen "ancien" (plus tard relégué dans la catégorie "inférieure" de "la série de l'Esprit d'Eveil") est dépourvu de ces pratiques. Selon lui, il suffit de s'éveiller, à travers la poésie des textes Dzogchen, comme par exemple le "Roi créateur de toutes choses" (voir "The Supreme Source", ed. Snow Lion).

 

2/ Ce Dzogchen Nyinthig n'apparait qu'à partir du XII ème siècle. Or, qu'est-ce qui apparaît au Tibet en même temps ? Le Kâlachakra Tantra. Selon les termes mêmes du tantra, il serait apparu en Inde en 1027, puis il fut enseigné au Tibet par des Indiens jusqu'en 1447. Le Kâlachakra enseigne aussi un yoga se pratiquant dans l'obscurité (mais également de jour, avec le ciel comme support, comme dans le Nyingthig). Des visions apparaissent, puis des "formes vides" (shûnyabimba). Ces formes deviennent la divinité Kâlachakra, puis toutes les divinités de son entourage apparaissent, tout comme le Dzogchen Nyingthig affirme que les visions mûrissent en la totalité des divinités "paisibles et courroucées" décrites dans le fameux "livre des morts tibétains" (qui dérive en fait du corpus du Nyingthig).

La principale différence tient au fait que le Kâlachakra combinne cette pratique visionnaire dans l'obscurité avec l'autre grande pratique des tantras : le yoga sexuel. Aprés s'être uni avec une partenaire réelle ou imaginée, il peut s'unir à la partenaire qui apparaît spontanément dans l'obscurité, comme les visions du Nyingthig. Le corps de l'adepte se dématérialise alors, les atomes redeviennent lumière, et l'adepte devient un Bouddha immortel.

 

3/ Ce yoga du Kâlachakra lui-même ne surgit pas de nullepart. Il est, presqu'entièremment, une transposition délibérée de pratiques shivaïtes.

Les correspondances macro/microcosme sont identiques à celle compilées par le shivaïte Abhinavagupta (mort vers 1050) dans les chapitres 6 à 10 du Tantrâloka. En particulier, les mises en correspondance du souffle des cycles temporels sont identiques. Il s'agit de "dévorer le Temps" en arrêtant la respiration. Cette connaissance est utilisée pour "tricher avec la mort" (kâlavancana), thème classique des tantras. On y décrit les "signes présageants la mort", ainsi que les moyens d'y remédier. Ces passages de tantras shivaïtes se retrouvent jusque dans le corpus Nyingthig ainsi que ses équivalents Böns (la soi-disant "spiritualité d'origine tibétaine"). D'ailleurs, un tantra shivaïte, le Shivasvarodaya Tantra (traduit par Daniélou), consacré à ce thème, fut traduit en tibétain et intégré au Canon. La lignée donnée par le traducteur tibétain inclut Abhinavagupta ainsi que ses maîtres... On y retrouve le "yoga de l'homme-ombre", assez proche des pratiques visionnaires du Nyingthig.

Les tantras shivaïtes les plus anciens décrivent les pratiques visionnaires du Nyingthig. En dehors du Vijnâna Bhairava qui mentionne les pratiques visionnaires dans l'obscurité, avec pression des yeux, en regardant le ciel, le soleil, la lune ou une lampe, il y a le Mâlinî Vijaya Uttara Tantra. Selon Abhinavagupta, il s'agit là de la quintessence des tantras shivaïtes, un peu comme le Kâlachakra est la quintessence des tantras bouddhistes. Dans ce texte, Shiva-Bhairava enseigne 50 pratiques fondées sur les Cinq Eléments, les facultés sensorielles, le toucher, l'espace ou la lumière. La pratique prenant appui sur "les formes-couleurs" (rûpatanmâtra) est décrite ainsi :

 "Afin d'acquérir tous les accomplissements (siddhi), je vais enseigner la contemplation des formes, faste, fondée sur les visions, qui confère la vision divine (ou :"qui fait voir les dieux"). (1) Quand le yogi ferme les yeux à la vision externe, seul, il voit quelque chose d'indistinct possédant l'éclat des nuages d'automne. Fixant son esprit sur cela, aprés dix jours, il y voit d'abord des sphères (bindu), bien que trés subtiles. Certaines sont blanches, d'autres rouges, jaunes ou bleues. Sans se décourager, il doit établir son esprit sur elles sans autre préoccupation. (2-3) Aprés six mois, il voit des formes apparaître en elles. (4-5) Aprés trois ans, elles brillent d'un éclat pareil au feu et se stabilisent. (6-7) Aprés deux ans, s'il se familiarise avec elles, il perçoit des silhouettes dans les orbes (lumineuses). (8-9) Aprés un an, il voit l'Eclat lumineux (tejas ?). (10-11) Six mois plus tard, il voit des silhouettes humaines (purushâkriti). (12-13). Trois mois plus tard, l'Eclat devient omniprésent. (14-15) Aprés un mois, cela se répand. Selon les durées mentionnées, il atteint les fruits de la "catégorie de la forme-couleur" (rûpatanmâtratattva) ainsi que la vision divine. Telle est la vision qui surgit spontanément, dépourvue de constructions imaginaires (ou : "dépourvue de visualisations"). Dans cette (méthode), les 15 étapes (de la Voie générale décrite par ce tantra) sont parcourues spontanément (svayam eva). Par conséquent, l'on devrait la pratiquer en toute certitude ! A quoi bon le tintammare des autres enseignements ?"

Autre pratique, celle de la catégorie de "l'Eternel Shiva" :

"Se concentrant sur le point entre les sourcils (comme dans le Nyingthig et Kâlachakra), l'on voit rapidemment un grand éclat fait de ces huits couleurs : le saphir, le lustre d'une queue de paon, une couleur pareille au lapis-lazuli, puis une autre pareille à l'oeil-de-chat, au topaz, au corail, au rubis et à la lune. Aprés avoir vu cette suprême lumière lunaire, la vision divine s'élève. De là surgit la connaissance de tout ce qui est mobile et immobile."

Ces descriptions, plus ou moins détaillées, se retrouvent dans tous les tantras. Certains extraits des tantras de Kubjikâ se retrouvent dans l'Advayakâraka Upanishad ou la Mandalabrahmana, qui décrivent en détail les étapes du développement visionnaire. Que ces pratiques étaient extrêmement répandues au Cachemire se voit au fait qu'elles sont mentionnées également dans le Yogavâsishtha, composé au Cachemire vers 950.

Cependant, ce ne sont pas là de pures innovations des tantras. Ainsi, la Brihad Âranyaka, qui est sans doute la plus ancienne Upanishad (c. 800 av.-J.C.), décrit déjà l'anatomie subtile décrite dans le Nyingthig, avec un "coeur", source de tous les canaux subtils, et contenant l'essence subtile des cinq Eléments sous une forme lumineuse.

 

Bref, ce n'est pas le lieu ici de rentrer dans trop de détails. Mais je voulais seulement donner un petit aperçu des ancêtres d'une pratique soi-disant "unique" et "sans équivalent ailleurs". Aucun chercheur, à ma connaissance, ne s'est sérieusement donné la peine de chercher du côté des tantras shivaïtes via le Kâlachakra Tantra, et la plupart préfèrent spéculer sur ses origines "zoroastriennes" ou tibétaines. Or, au regard des éléments présents en abondance dans la littérature tantrique, il est inutile d'aller chercher si loin.

 

La généalogie de ces idées obéit aux mêmes lois d'évolution que celle des êtres vivants. Il n'y a pas de génération spontanée.

 

10:09 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : nyingthig, tantrisme, dzogchen, upanishad, kalachakra |  Facebook |

26/01/2006

Faut-il être crétin pour être pieux ?

Un lecteur affirme avoir fait l'expérience du désintérêt des pratiquants du Vajrayana pour les questions historiques.

 

Voici que qu'a dit Nyoshul Khenpo (1931-1999) - peut-être le plus grand maître dzogchen qui enseigna en Occident - sur l'importance de la connaissance historique :


"If we fail to understand this kind of historical background, then what we find these days is that there are many people who don't comprehend the roots of these teachings at all. They may, for example, have studied only one teaching, like the [dzogchen] instruction manual Yéshé Lama, and they conclude, "Well, Yéshé Lama is Dzogchen". Yes, Yéshé Lama certainly is Dzogchen, but it is only one of many. [...] What we need ask ourselves is, what has happened in the meantime [entre les débuts historiques du Dzogchen et le Yéshé Lama] ? Since the first appearance of these teachings, millenia ago, what kind of practice has been done, what kind of transmission has taken place - where has Dzogchen "been" in all that time between its beginning and the writing of Yéshé Lama ? But if you ask people nowadays, many of them will say, "Well I don't know. Other than Yéshé Lama, I don't konw anything. That's all I know. That's Dzogchen". Things have reached such a pass.

It is almost as if we were childern who had lost their mother. Or, to take another example, imagine we have an exquisite vase made of gold, encrusted with gems, and to the handle of this vase we attach a string that goes to another vase, made of clay. From that clay vase, another string is attached that goes to yet another vase, and so on, until we have five, six, seven, eight vases down the line. At a certain point, the person who holds the last one in the succession may have no idea where the original golden vase is. That person has forgotten it or doesn't know how to find it, simply thnking, "Well, I've got this vase that I'm holding in my hands; there's nothing other than this". In order to avoid such a predicament, we need to understand vererything that has gone before. But if you ask people today, "Tell me, is this a tantra ? Is it an explanatory commentary, an âgama ? Or is it a pith instruction, an upadesha ?" they simply do not know what to say. They just blurt on something vague like, "Well, I just take teachings on mind. I get mind teachings... mind teachings ..." They repeat this over and over again, but they do not have the faintes idea of what is constituted by the entirety of Dzogchen." 

(tiré de : Nyoshul Khenpo, A marvellous Garland Of Rare Gems, p. xxxi, Padma Publishing, 2005).


Bien peu d'adeptes du Dzogchen s'intéressent à son histoire, c'est-à-dire aux enseignements "transmis oralement" (kama). Tout le monde semble n'avoir d'oreilles que pour les enseignements "redécouverts" (terma), à l'exception de lamas comme Namkhai Norbu ou Alak Zenkar. Si  vous vous sentez concerné par le devenir du Dzogchen, vous pouvez certes demeurer dans la Nature de l'esprit, mais vous pourriez également lire le livre ci-dessus, sur l'histoire du Dzgochen justement, ou bien la thèse de son disciple Stéphane Arguillère, qui devrait paraître bientôt.

12:49 Écrit par David Dubois dans Dzogchen | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dzogchen, nyoshul khenpo, nyingthig |  Facebook |